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BOESMANS, Julie — Dijon

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Spectacle
6 mai 2022
L’émotion en noir et blanc

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Opéra en un acte (2005)

Musique de Philippe Boesmans
Livret de Luc Bondy et Marie-Louise Bischofberger, d’après la pièce Mademoiselle Julie d’August Strindberg

Création le 8 mai 2015 à Bruxelles, au Théâtre royal de la Monnaie

Détails

Mise en scène et décors

Silvia Costa

Costumes

Laura Dondoli

Lumières

Marco Giusti

Dramaturgie

Simon Hatab

Julie

Irene Roberts

Julie qui danse

Marie Tassin

Jean

Dean Murphy

Kristin

Lisa Mostin

Orchestre de l’Opéra national de Lorraine

Direction musicale

Emilio Pomarico

Production de l’Opéra national de Lorraine

Dijon, Grand-Théâtre, le 4 mai 2022, 20 h

Comme Ned Rorem en 1965, puis, en 1977,  William Alwyn, Philippe Boesmans s’est inspiré de la sulfureuse pièce naturaliste du dramaturge suédois August Strindberg Fröken Julie [Mademoiselle Julie], créée en 1894 au Danemark. Son opéra de chambre, de 2005, pour ses qualités dramatiques et musicales, comme par son format réduit, a séduit nombre de salles. Après l’Opéra national de Lorraine, cette réalisation, coproduite avec Dijon, y est donnée à l’identique. Las, si Philippe Boesmans avait pu assister à la première à Nancy, il ne sera pas des nôtres, sinon en esprit.

Tragédie de la hiérarchie sociale, où se combinent celle du pouvoir et de la fortune avec celle des sexes, l’histoire est connue. Mademoiselle Julie, fille du Comte, qui a jeté son dévolu sur Jean, le serviteur en livrée, fiancé à Kristin, va profiter de la nuit de la Saint-Jean pour assouvir ses fantasmes. Le retour à l’ordre moral, avec la piété scandinave qui ressurgit des profondeurs des êtres, marque la fin, où le vol des billets de son père par Julie, la trahison de Jean et le déshonneur de Kristin conduiront cette dernière à l’église, alors que sa maîtresse se suicidera. Ce qui aurait pu être une pièce de théâtre de boulevard prend ici une dimension onirique où l’alchimie des sentiments, des passions, des pulsions va nous entraîner aux limites de l’humain.

La relecture de Silvia Costa et de Simon Habab, très sensiblement différente de celle de Luc Bondy, conjugue réalisme et symbolisme pour nous dévoiler les ressorts de chacun des êtres. La noirceur du propos est soulignée par des lumières signées Marco Giusti.  Mouvantes, crues, souvent latérales, aux contrastes accusés, où le théâtre d’ombres tient une large part, c’est une réussite magistrale. La cuisine, huis-clos du drame, située au centre de la scène, est encadrée de deux espaces judicieusement utilisés. Les panneaux mouvants qui rétrécissent l’espace en un couloir, la table revêtue de sa nappe blanche qui coulisse et se scinde, l’absence de toute couleur autre que celle de la chair, la beauté de ce décor permettent de révéler les déchirements intérieurs de chacun. L’hystérie de Julie, son masochisme sont remarquablement traduits par la direction d’acteurs. Cependant, Jean, comme Kristin, ne souffrent pas moins, porteurs eux aussi d’un lourd héritage de soumission et de frustrations. Nos trois personnages dont la gestique est fréquemment ritualisée, ne sont pas seuls. Une doublure de Julie, en danseuse, émouvante, en amplifie l’évolution, avec, toujours son poignard dans le dos. Un acrobate, suspendu par les pieds, apparaît brièvement. Quelle que soit la beauté des images, n’est-ce pas redondant ? Ce sera l’unique réserve.

Julie est Irene Roberts, beau mezzo dont l’émission arrogante est servie par un timbre chaud. Son chant comme son jeu lui confèrent une vie intense, avec ses mystères à peine dévoilés. Lisa Mostin endosse les habits de Kristin, soprano, une technique infaillible, aux aigus et suraigus stupéfiants dans la mélopée que lui offre la partition : une pureté, une immatérialité qui fait penser alors aux Ondes Martenot. Passif, résigné, mais ambigu aussi, le personnage n’est pas moins touchant. Quant à l’homme, Jean, qu’incarne Dean Murphy, la sûreté de ses moyens sert un rôle complexe, la voix est ample, libre et expressive. Le serviteur servile et obséquieux du Comte n’est pas moins crédible en mâle dominateur et inhumain, avec les incertitudes, les ambigüités entre ces deux extrêmes.

L’orchestre de l’Opéra national de Nancy, en formation réduite, ne comporte que 18 instrumentistes, tous virtuoses. Emilio Pomarico (*), auquel Dijon doit déjà tant de bonheurs, totalement investi dans cette partition qui lui est familière, obtient de ses musiciens une perfection rare, avec une constante attention au chant. Les couleurs, les phrasés, les interjections nous font vibrer, ignorerait-on l’action dont nous sommes les témoins. Dès les pulsations cardiaques – que l’on retrouvera dans la dernière partie – notre pouls passe sous le contrôle de cette extraordinaire partition. Non seulement Philippe Boesmans fut un admirable conteur mais aussi un alchimiste des sons et du verbe.

Une grande soirée, dont on regrette que l’écrin idéal du Grand théâtre, à dimension humaine, s’accordant idéalement à l’œuvre, n’ait pas été davantage rempli.

(*) dont on se souvient ici du Pinocchio, qu’il dirigea après Aix et Bruxelles, mais aussi d’un magnifique Wozzeck (2015), et des Châtiments, de Brice Pauset (d’après la Métamorphose, de Kafka) en 2020.

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Opéra en un acte (2005)

Musique de Philippe Boesmans
Livret de Luc Bondy et Marie-Louise Bischofberger, d’après la pièce Mademoiselle Julie d’August Strindberg

Création le 8 mai 2015 à Bruxelles, au Théâtre royal de la Monnaie

Détails

Mise en scène et décors

Silvia Costa

Costumes

Laura Dondoli

Lumières

Marco Giusti

Dramaturgie

Simon Hatab

Julie

Irene Roberts

Julie qui danse

Marie Tassin

Jean

Dean Murphy

Kristin

Lisa Mostin

Orchestre de l’Opéra national de Lorraine

Direction musicale

Emilio Pomarico

Production de l’Opéra national de Lorraine

Dijon, Grand-Théâtre, le 4 mai 2022, 20 h

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