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	<title>Ilanah LOBEL-TORRES - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Ilanah LOBEL-TORRES - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>GLASS, Satyagraha – Paris (Garnier)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/glass-satyagraha-paris-garnier/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tancrède Lahary]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 11 Apr 2026 05:23:15 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour l’entrée de Philip Glass au sein de son répertoire, l’Opéra national de Paris a choisi Satyagraha, deuxième opéra de la trilogie du compositeur américain consacrée aux grandes figures historiques qu’ont été Einstein, Gandhi puis Akhénaton. À quelques mois près, il aurait pu s’agir d’une création française, l’œuvre n’ayant été donnée pour la première fois &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour l’entrée de Philip Glass au sein de son répertoire, l’Opéra national de Paris a choisi <em>Satyagraha</em>, deuxième opéra de la trilogie du compositeur américain consacrée aux grandes figures historiques qu’ont été Einstein, Gandhi puis Akhénaton. À quelques mois près, il aurait pu s’agir d’une création française, l’œuvre n’ayant été donnée pour la première fois en France qu’en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/glass-satyagraha-nice/">octobre dernier, à l’Opéra de Nice</a>.</p>
<p>Une telle programmation, qui affiche complet, marque l’intérêt persistant, voire son regain, pour la musique de Glass, présent ce soir et très chaleureusement applaudi. On ne présente plus la force magnétique de sa musique, basée sur la répétition de motifs progressivement modifiés, dans une forme de digression méditative profondément poétique. Dans le cas de <em>Satyagraha</em>, le propos, qui certes ne dessine pas d’intrigue ou de dialogue, est éminemment politique, centré autour de la période sudafricaine de Gandhi, de son éveil à la politique à l’élaboration du concept de non-violence.</p>
<p>La production des chorégraphes <strong>Bobbi Jene Smith</strong> et <strong>Or Schraiber</strong> tente d’atteindre cet équilibre entre méditation et politique, sans toutefois parvenir à réellement dessiner une démarche cohérente ou pleinement aboutie. La mise en scène est entièrement décontextualisée, située dans une période intemporelle, même si les costumes de<strong> Wojciech Dziedzic</strong> peuvent avoir tendance à faire allusion aux années 1950. La scène dessine un studio de répétition de théâtre, signé <strong>Christian Friedländer</strong>, dans une forme de mise en abyme des plus classiques pour un questionnement convenu sur les liens entre théâtre et politique. Si l’idée est d&rsquo;interroger le pouvoir politique du théâtre dans notre monde contemporain, tous les choix effectués auraient malheureusement pu être appliqués à n’importe quel autre opéra &#8211; à la teneur un tant soit peu politique &#8211; et désincarnent l’œuvre en évacuant ses particularités et même son identité.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/30467-Yonathan_Kellerman___OnP-Satyagraha-25-26-Yonathan-Kellerman-OnP-7-1600px-1294x600.jpg" />
© Yonathan Kellerman</pre>
<p>La distance avec le propos de l’opéra de Glass s’accentue encore par le choix de ne pas faire correspondre chanteurs et personnages : ainsi, Gandhi est incarné par un acteur silencieux positionné en haut de la scène sur un promontoire. Il en va de même pour tous les chanteurs qui, libérés de leur personnage, ne jouent donc plus de rôle, du moins pas celui prévu par le livret. En effet, l’ensemble de la distribution s’emploie à dérouler une autre intrigue, faisant intervenir un univers plus ou moins militaire, avec diverses péripéties difficilement compréhensibles, sans direction claire ni assumée. Cette sous-intrigue non explicitée et dont on ne comprendra jamais les contours, occupe l&rsquo;essentiel de la mise en scène,  même si la démarche est progressivement abandonnée d’acte en acte et que le troisième acte verse très clairement vers le ballet.</p>
<p>Les chorégraphies constituent le réel intérêt de cette mise en scène, elles qui jalonnent à bon escient chacune des scènes. Le très grand talent de la troupe de danseurs mérite à cet égard d’être particulièrement souligné. C’est certainement là que se joue intelligemment l’incarnation de la dimension politique de l’opéra, dans le jeu des corps qui entrent en résistance les uns avec les autres. Cela ne suffit toutefois pas à proposer une réelle vision de l’œuvre, ni ne sauve l’ensemble qui manque d’inspiration, ne créant jamais d&rsquo;émotion particulière, si ce n&rsquo;est pendant certains tableaux dansés.</p>
<p>Le plateau vocal ne rattrape malheureusement pas cette déception. Il faut d’emblée souligner que le pari de programmer un contre-ténor à la place d’un ténor pour le rôle-titre est perdu. Il ne fait bien sûr aucun doute qu’<strong>Anthony Roth Costanzo </strong>est un contre-ténor très talentueux, mais la partition n’est tout simplement pas écrite pour cette tessiture. Tantôt trop graves, tantôt trop aigues, les portées du rôle trouvent le chanteur en difficulté. Induisant une forme de raideur continue, qui se ressent d’ailleurs sur la diction, la greffe ne prend malheureusement pas, accouchant d’un son irrégulier aux coutures apparentes. Est-ce en raison de ce changement de tessiture que celle du Prince Arjuna chanté par<strong> Nicky Spence</strong>, est également modifiée, délaissant le baryton au profit d’un ténor ? Le constat est le même : le ténor Nicky Spence ne convainc pas dans « Kuru Field of Justice », peinant à s’imposer durant ce morceau, n’étant pas là non plus doté de la bonne tessiture. <strong>Nicolas Cavallier</strong>, s’il dégage une présence scénique intéressante, manque pour sa part d’un certain relief, la voix raisonnant de manière quelque peu tassée.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/30463-Yonathan_Kellerman___OnP-Satyagraha-25-26-Yonathan-Kellerman-OnP-1-1600px-1294x600.jpg" />
© Yonathan Kellerman</pre>
<p>Le reste de la distribution est en revanche de très bonne facture. Les sopranos <strong>Ilanah Lobel-Torres </strong>et<strong> Olivia Boen</strong> déploient une très belle sensibilité, des aiguës aériens et une maîtrise de la répétition façon Glass. <strong>Davóne Tines</strong> impose un charisme magnétique, une puissance remarquable et un timbre plein de rondeur, malgré une gestuelle qui n’est pas toujours sous contrôle. <strong>Adriana Bignagni Lesca</strong> est bouleversante dans « Confrontation and Rescue », offrant une pugnacité et une détermination ancrées dans une ligne de chant qui perce la scène. Enfin, <strong>Amin Ahangaran</strong> et <strong>Deepa Johnny</strong> complètent très efficacement la distribution, dans un sans-faute également.</p>
<p>La direction musicale de <strong>Ingo Metzmacher</strong> marque l’ultime déception de la soirée. Si l’on salue une certaine attention au détail – des <em>piani</em> inattendus dans « Kuru Field of Justice » ou des contrastes intéressants dans « Protest », qui écartent toute approche mécanique de la partition, on déplore des choix de tempi tout à fait étonnants et contre-intuitifs. The « Kuru Field of Justice », censé accélérer au fil des 20 minutes, est d’une lenteur inédite, créant une lourdeur qui fait obstacle à la construction du registre épique escompté. Il en va de même pour « Indian Opinion » marqué par une curieuse forme de mollesse. À l’inverse, « Conclusion » est joué à toute vitesse, alors que la pesanteur de l’héritage de Gandhi, exploré dans cet ultime acte, inviterait davantage à une forme de décélération. L’orchestre se plie avec talent à ces orientations, tandis que la performance du chœur requiert encore quelques ajustements car on relève un certain nombre de décalages, notamment dans « Confrontation and Rescue ».</p>
<p>On conviendra que <em>Satyagraha</em> est un opéra redoutable à mettre en scène. Se référer au livret de manière littérale peut créer le risque d’une platitude désuète, tandis que trop s’en éloigner crée d’emblée un effet générique et passe-partout. La bonne distance existe toutefois, comme démontré par le succès de très belles mises en scènes passées. Toutes ont en commun un minimum d’adhésion avec le propos de l’œuvre et le déploiement d’une vision cohérente alliant méditation et politique.</p>
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		<title>WAGNER, Siegfried – Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-siegfried-paris-bastille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 19 Jan 2026 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après un prologue et une première journée du Ring qui n’ont pas exactement remporté tous les suffrages, Calixto Bieito semble avoir été plus inspiré par l’atmosphère de conte de fées dans laquelle baigne Siegfried. La deuxième journée de la tétralogie retrouve en effet plus d’un motif du Conte de celui qui s’en alla pour apprendre &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-paris-bastille/">un prologue</a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-walkure-paris-bastille/">une première journée</a> du <em>Ring</em> qui n’ont pas exactement remporté tous les suffrages, <strong>Calixto Bieito</strong> semble avoir été plus inspiré par l’atmosphère de conte de fées dans laquelle baigne <em>Siegfried</em>. La deuxième journée de la tétralogie retrouve en effet plus d’un motif du <em>Conte de celui qui s’en alla pour apprendre la peur</em> des frères Grimm, où l’initiation semée d’embûches du jeune héros le conduit à découvrir l’amour et à alterner exploits et déconvenues dues à sa naïveté. Les décors immenses de <strong>Rebecca Ringst</strong> plongent le spectateur dans une forêt post-apocalyptique : entendez par là que les arbres y poussent à l’envers et à l’horizontale. L’effet est réussi : les frondaisons des arbres vont servir de toile, tout au long de l’opéra, à des projections de <strong>Sarah Derendinger</strong> qui, sans avoir un sens bien clair, animent avec puissance la scène. Les lumières de <strong>Michael Bauer</strong>, éclairant alternativement les différents plans et angles de la forêt, créent efficacement des atmosphères tantôt lugubres et tantôt idylliques. Le tout remplit ingénieusement le plateau de Bastille, recouvert de gazon.</p>
<p>Cet esprit de conte de fées se retrouve, mélangé à des influences pop culture, dans les costumes qu’<strong>Ingo</strong> <strong>Krügler</strong> imagine pour Fafner (voir <a href="https://www.forumopera.com/breve/spoiler-le-dragon-dans-siegfried-selon-bieito/">notre post à ce sujet</a>) et pour l’Oiseau (post-it jaune canari et perruque rutilante). La scène du dragon est magistralement servie par un gigantesque masque noir transpercé de faisceaux lumineux aveuglants qui déchirent le navire parisien. L’abondant emploi de fumée est souvent judicieux, favorisant des brumes mystérieuses et renforçant l’efficacité des lumières.</p>
<p>Alors quelle déception quand la dernière scène nous ramène dans le monde des constructions métalliques posthumaines ! Brünnhilde est congelée façon Nicholson à la fin de <em>Shining</em>, dans une salle rectangulaire dont le quatrième mur est une pellicule plastique que Siegfried transperce de son épée (pour ceux qui n’auraient pas compris qu’il s’agit d’une scène d’initiation sexuelle). La lumière est d’une blancheur extrêmement froide et la direction d’acteur manque totalement sa cible dans le duo d&rsquo;amour. Heureusement qu’à ce stade <strong>l’orchestre de l’Opéra de Paris </strong>s’était réveillé, car la musique doit faire beaucoup pour racheter la laideur du plateau.</p>
<p>Réveillé, dit-on, car l’orchestre placé sous la baguette de <strong>Pablo Heras-Casado</strong> nous avait donné des frayeurs dans le premier acte : tout en mollesse, sans netteté ni mouvement, jusque dans un chant de la forge poussif et rythmiquement fragile qui faisait craindre le pire. Le chef espagnol a repris la main sur sa phalange au cours du deuxième acte pour proposer un beau troisième acte, tendu de désir et pas avare en décibels – malgré les approximations régulières des cuivres, qu’on retrouve jusque dans l’appel du cor au II. Les pages d’idylle avec Brünnhilde sont magnifiquement caressées par la ligne expressive que Heras-Casado insuffle à l’orchestre et la soirée s’achève ainsi sur un moment musical réussi.</p>
<p>Ce <em>Siegfried</em> se signale, dans la continuité de la <em>Walkyrie</em>, par son plateau vocal de très bonne tenue et, plus que dans la journée précédente, par des incarnations abouties. <strong>Ilanah Lobel-Torres</strong> est un Oiseau moins colorature qu’on ne le conçoit habituellement, mais cela importe peu tant elle affiche une juvénilité irradiante qui fait merveille des quelques phrases de son rôle. Le charisme de <strong>Marie-Nicole Lemieux</strong> sert une Erda qui perd la raison et qui est plus maternelle qu’à l’accoutumée : Bieito la fait assister au duo Siegfried-Wotan, ce qui permet ensuite une scène assez forte, où elle contemple la lente arrivée de la prison de plastique de sa fille, avec une douleur touchante. Vocalement, la brièveté du rôle ne lui laisse pas le temps d’asseoir sa projection, même si on admire toujours ses couleurs somptueuses. <strong>Tamara Wilson</strong> confirme la très bonne impression qu’avait laissée sa Brünnhilde dans la première journée : si le timbre n’a pas les dernières séductions, la voix est dotée d’une ampleur parfaitement contrôlée, qui permet un bouleversant « Ewig war ich, ewig bin ich » chanté à mi-voix, peut-être le sommet d’émotion de la soirée.</p>
<p>Le versant masculin de la distribution, bien plus sollicité par l’œuvre, est presque irréprochable. Fafner caverneux et sonore alors même qu’il n’est pas amplifié, <strong>Mika Kares</strong> force l’admiration. L’Alberich de <strong>Brian Mulligan</strong> est parfaitement abouti, jouant juste ce qu’il faut d’une certaine dose de Sprechgesang, se montrant parfait diseur des allitérations de Wagner et traînant sur le plateau sa joie mauvaise après l’assassinat de son frère. Mime justement, trouve en <strong>Gerhard Siegel</strong> un interprète de premier plan : la proposition est moins pittoresque que ce à quoi d’anciennes versions ont pu habituer, mais on gagne en ligne de chant et en subtilité du jeu ce qu’on perd en nasalité et en glissandi. Son art d’acteur éclate dans la scène où il dévoile contre son gré son plan d’empoisonner Siegfried, ainsi que dans la dispute entre les deux nains, franchement réussie. <strong>Derek Welton</strong> possède de Wotan la stature, la noblesse de chant et l’émission autoritaire qui feraient de lui un interprète quasi idéal, mais manquant un peu de projection : le premier acte le trouve ainsi à court de son contre l&rsquo;orchestre. Comme dans la <em>Walkyrie</em> où il dansait de joie pendant ses adieux, ce Wotan est en proie à des accès d’hystérie surprenants, comme lorsqu’il mord Alberich ou violente Erda. <strong>Andreas Schager</strong>, enfin, est assurément l’un des meilleurs tenants actuels du rôle de Siegfried, dont il a la vaillance, l’éclat, la projection insolente et le caractère impulsif. La direction d’acteur semble l’avoir poussé vers une incarnation plus héroïque que touchante, et il n’est du reste pas un Siegfried franchement juvénile, ni physiquement, ni vocalement, mais on tient là un interprète au charisme efficace et aux moyens démesurés – auxquels, notons-le, Gerhard Siegel tient tête dans le duo de l’acte I, ce qui n’est pas une mince affaire.</p>
<p>Bieito s’emploie scrupuleusement à montrer qu’il n’est pas esclave des indications du livret : ainsi Siegfried ne forge rien pendant la chanson du forgeron ni ne brise aucune enclume. Plus grave, la lance de Wotan, que ce dernier rafistole au premier acte (puisque Fricka l&rsquo;a réduite en morceaux dans la <em>Walkyrie</em>), n’est pas brisée par Notung au dernier acte. Siegfried ne brandit même pas son épée (que, curieusement, il tient par la lame et non par la poignée tout au long de la soirée) : il se contente de saisir la lance de son grand-père, qui s’en va tout penaud pour sa dernière apparition&#8230;</p>
<p>La cohérence du projet de Bieito à l’échelle du <em>Ring</em> a encore du mal à se dégager à ce stade, malgré quelques clins d’œil aux soirées précédentes (les humanoïdes d’Alberich, le fauteuil rouge de Wotan, la robe de Sieglinde revêtue par Siegfried). Si l’on ressort de <em>Siegfried</em> avec plus d’images marquantes que des deux premiers volets, on a l’impression d’un intermède verdoyant et merveilleux qui se referme brusquement dans la dernière scène, en laissant songeur sur ce que <em>Le Crépuscule des dieux</em> pourrait apporter comme synthèse de tout cela.</p>
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		<title>MOZART, Le nozze di Figaro (distr. B)- Paris (Garnier)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-le-nozze-di-figaro-distr-b-paris-garnier/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Dec 2025 06:38:43 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Succès absolu pour la reprise des Noces de Figaro selon Netia Jones à Garnier dont les quatorze représentations se sont jouées à guichet fermé. Nous avions déjà écrit à l’occasion de la première du 15 novembre, ce que nous pensions de la production, somme toute astucieuse, qui privilégie l’aspect comique de l’ouvrage et capte durablement &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Succès absolu pour la reprise des <em>Noces de Figaro</em> selon Netia Jones à Garnier dont les quatorze représentations se sont jouées à guichet fermé. Nous avions déjà écrit à l’occasion de<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-le-nozze-di-figaro-paris-garnier/"> la première du 15 novembre</a>, ce que nous pensions de la production, somme toute astucieuse, qui privilégie l’aspect comique de l’ouvrage et capte durablement l’intérêt du spectateur. Force est de reconnaître que cette nouvelle vision met en lumière certains éléments qui finissent par paraître répétitifs, comme ces extraits de la pièce de Beaumarchais écrits sur le rideau de scène, ou d’autres qui s’avèrent superflus comme le dispositif du premier acte qui représente trois loges d’artistes côte à côte. L’action principale se joue à l’intérieur de la loge centrale, tandis que, sur les côtés, nous assistons à des actions secondaires, censées éclairer le comportement des personnages, alors qu’en fait elles détournent l’attention du public. Malgré tout, ce spectacle conserve son aspect original et distrayant jusqu’à l’apparition éblouissante en fond de scène, du foyer de la danse durant l’ensemble final</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/%C2%A9-Franck-Ferville-OnP-2-1294x600.jpg" />© Franck Ferville / OnP</pre>
<p>Pour les deux dernières représentations, la distribution a partiellement changé, accueillant de nouveaux interprètes pour les rôles principaux dont certains sont issus de la troupe de l’Opéra de Paris. <strong>Franck Leguérinel</strong> amuse toujours autant l’auditoire avec son Antonio buté et cocasse. <strong>Monica Bacelli</strong> est égale à elle-même dans son numéro d’<em>executive woman </em>affairée, de même que <strong>James Creswell</strong>, imposant Bartolo à la voix sonore et aux graves profonds. <strong>Eric Huchet</strong>, habitué du personnage, campe un Basile obséquieux et médisant à souhait. Le timbre juvénile de <strong>Boglárka Brindás</strong> ne passe pas inaperçu dans son air « L’ho perduta, me meschina », chanté avec une naïveté touchante. <strong>Seray Pinar </strong>campe un délicieux Cherubino à tout point de vue. Scéniquement convaincante dans son jogging rouge, la mezzo-soprano turque, chante avec une voix assurée et agile « Non so più » au premier acte avant de proposer à l’acte suivant un « Voi che sapete » délicatement nuancé. Montée en grade pour <strong>Ilanah Lobel-Torres</strong> qui après avoir chanté Barberine lors des premières représentations incarne à présent une Susanne piquante, dotée d’un medium consistant, qui livre au dernier acte un « Deh vieni non tardar » irréprochable. <strong>Margarita Polonskaia</strong> aborde son « Porgi amor » avec une voix solide et une belle projection, cependant le registre aigu n’est pas exempt de duretés. Il faut dire qu’aborder cet air sans que la voix ait eu le temps de se chauffer est un exercice périlleux. Elle se montre plus à son aise dans « Dove sono i bei momenti » dont on aura apprécié la reprise en demi-teintes. Si les premières représentations tournaient autour du comte Almaviva bouillonnant et totalement déjanté de Christian Gerhaher, le centre de gravité du spectacle s’est déplacé sur le personnage de Figaro. Non que <strong>Jérôme Boutillier</strong> ait démérité de quelque manière que ce soit, bien au contraire. Très à l’aise sur le plateau, le baryton français incarne un comte plus introverti, souvent sur la réserve, dont les colères froides ne sont pas moins convaincantes. Le timbre est somptueux et le style tout à fait accompli. Triomphateur de la soirée à l’applaudimètre, <strong>Vartan Gabrielian</strong>, campe un Figaro éblouissant. Doté d’une voix d’airain, sonore et bien projetée, le baryton arménien séduit le public dès son premier air « Non più andrai », enjoué et tendrement moqueur. Tout au long de la soirée, son Figaro jovial et rusé capte durablement l’attention. Le récitatif de son air du quatrième acte « Aprite un po’ quegl’ occhi » est théâtralement habité et l’air impeccablement interprété. <br />Toujours aussi respectueux du style de cette musique, <strong>Antonio Manacorda</strong> n’a pas évité pour autant quelques décalages. Sa direction soignée lui a cependant valu un bel accueil du public au salut final</p>
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			</item>
		<item>
		<title>MOZART, Le nozze di Figaro &#8211; Paris (Garnier)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-le-nozze-di-figaro-paris-garnier/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 16 Nov 2025 07:46:55 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=203655</guid>

					<description><![CDATA[<p>Créée en 2022, la production des Noces de Figaro concoctée par Netia Jones revient sur la scène du Palais Garnier pour une série de représentations qui d’ores et déjà affichent complet. La popularité de l’œuvre justifie cet engouement mais pas seulement. Le plaisir de voir les interprètes vêtus de costumes dix-huitième comme autrefois y est &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-le-nozze-di-figaro-paris-garnier/"> <span class="screen-reader-text">MOZART, Le nozze di Figaro &#8211; Paris (Garnier)</span> Lire la suite »</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Créée en 2022, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-noces-de-figaro-paris-garnier-au-theatre-ce-soir/">la production des <em>Noces de Figaro</em></a> concoctée par <strong>Netia Jones</strong> revient sur la scène du Palais Garnier pour une série de représentations qui d’ores et déjà affichent complet. La popularité de l’œuvre justifie cet engouement mais pas seulement. Le plaisir de voir les interprètes vêtus de costumes dix-huitième comme autrefois y est sans doute pour beaucoup. De fait, la robe rouge de la comtesse est presque identique à celle portée par ce personnage dans la célèbre production de Giorgio Strehler que l’Opéra de Paris a reprise pendant quatre décennies. L’une des tenues du Comte également. Un hommage pour le moins habile à l’attention des mélomanes nostalgique. Mais en réalité, la metteuse en scène britannique situe l’action de nos jours dans les coulisses du Palais Garnier où l’on répète le chef-d’œuvre de Mozart, ce qui permet de savoureux jeux de scène où se mêlent les deux époques, comme par exemple Figaro qui téléphone ou le Comte qui pianote sur son ordinateur avec leur costumes d’antan. Dans cette optique, Suzanne exerce le métier d’habilleuse, Figaro, celui de perruquier, Don Bazile est chef de chant et Barberine un petit rat. Bartolo et Marceline font partie de l’équipe de direction, le comte et la comtesse étant les vedettes du spectacle. D’autre part, Netia Jones profite du ressort principal de l’intrigue, autrement dit le rétablissement du droit de cuissage par le Comte Almaviva dans le but de s’envoyer Suzanne, pour inclure dans son travail une dénonciation des violences faites aux femmes, tout cela en pleine expansion du mouvement #metoo. Ainsi, l’hommage du personnel à la fin de l’acte un se présente comme une manifestation féministe avec distribution de tracts à l’appui, et l’apparition du Foyer de la danse au dernier tableau rappelle les turpitudes qu’abritait ce lieu où les riches bourgeois venaient s’approvisionner en chair fraîche au dix-neuvième siècle. Pour le reste, les décors représentent une enfilade de loges dans lesquelles se joue l’intrigue principale au centre, et quelques scènes muettes signifiantes sur les côtés. Ainsi lorsque Figaro chante son air dans la loge centrale, on aperçoit dans celle de droite Basile qui harcèle une apprentie chanteuse. Plus tard, c’est le Comte qui lutine une jeune danseuse dans la loge de gauche. Le décor di troisième acte est constitué d&rsquo;un gigantesque vestiaire sur trois niveaux, rempli de portants chargés de costumes. Des projections vidéo et quelques incrustations de phrases tirées de la pièce de Beaumarchais viennent compléter l’aspect visuel du spectacle. La direction d’acteurs, qui a sans doute été retravaillée en profondeur, multiplie les gags visuels, Netia Jones ayant voulu privilégier l’aspect comique de l’intrigue parallèlement à son message social.</p>


<figure class="wp-block-image size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="900" height="600" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Franck-Ferville-.ONP_.-12.jpg" alt="" class="wp-image-203663"/><figcaption class="wp-element-caption">Franck Ferville © ONP</figcaption></figure>


<p>Sans être exceptionnelle, la distribution a le mérite d’être homogène, tous les protagonistes étant bons comédiens dans l’ensemble. <strong>Franck Leguérinel</strong> campe un Antonio truculent. <strong>Nicholas Jones</strong> et <strong>Ilanah Lobel-Torres</strong> sont tous deux membres de la troupe de l’ONP, le premier est un Don Curzio tout à fait crédible, la seconde possède un medium charnu et une voix sonore qui ne passe pas inaperçue. Doté d’un timbre clair, <strong>Leonardo Cortelazzi</strong> est un Don Basile obséquieux à souhait. <strong>Monica Bacelli</strong>, impayable dans sa tenue de DRH énergique, campe une Marceline au timbre corsé et au volume sonore conséquent. Déjà présent en 2022, <strong>James Creswell</strong>, est doté d’une voix de bronze au grave profond, son Bartolo impressionne, notamment dans son air « La vendetta » chanté avec une vélocité et une précision sans faille. <strong>Léa Desandre</strong> faisait également partie de la première distribution, elle incarne un Chérubin tout à fait convaincant, sa gestuelle est bien celle d’un adolescent. Sa voix qui s’est étoffée et son legato souverain font merveille dans un « Voi che sapete » accompli.  <strong>Gordon Bintner</strong> dispose d’une voix homogène mais peu nuancée. Plutôt raide sur le plateau, Il lui manque encore, pour être un Figaro convaincant, un soupçon de malice et de roublardise. Fine musicienne et comédienne subtile, <strong>Sabine</strong> <strong>Devieilhe</strong>, éblouit l’auditoire dans le rôle de Susanne. Son air du trois « Deh vieni » non tardar » est un modèle de style mozartien. Qu’il nous soit permis cependant de préférer dans cette page une voix au medium plus riche et consistant. Au deuxième acte, <strong>Hanna-Elisabeth Müller</strong> semble quelque peu extérieure à son air « Porgi amor ». En revanche, elle interprète « Dove sono » avec juste ce qu’il faut de nostalgie dans la voix, une ligne de chant élégante et une belle longueur de souffle. Dommage que dans la partie rapide les deux la aigus soient légèrement tendus. <strong>Christian Gerhaher</strong> est sans conteste le grand triomphateur de la soirée. Cet éminent interprète de lieder se révèle un excellent comédien, doté d’une <em>vis comica</em> irrésistible. Il campe un comte Almaviva agité et dépassé par les événements, quelquefois même ridicule, mais toujours « en chasse ». Au dernier tableau, Marceline, la DRH, déchire son contrat et le renvoie, au milieu de la liesse générale. La voix est bien projetée, le style idoine et son air « Vedro’ mentr’io sospiro » chanté avec la rage du dépit. On lui pardonnera un léger cafouillage dans les dernières mesures, tant sa prestation est admirable.</p>
<p>Toujours attentif aux chanteurs, <strong>Antonello Manacorda</strong> propose une direction souple, sachant maintenir un juste dosage entre les passages enlevés et les moments suspendus comme la partie lente de « Dove sono » . Les ensembles sont conduits de main de maître avec un sens aigu du théâtre.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-le-nozze-di-figaro-paris-garnier/">MOZART, Le nozze di Figaro &#8211; Paris (Garnier)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>MASSENET, Manon &#8211; Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/massenet-manon-paris-bastille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 May 2025 02:28:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Avec cette reprise de Manon, L’Opéra de Paris entendait sans doute mettre à l’affiche le couple « de rêve » qui avait incarné Roméo et Juliette à New-York la saison passée avec un succès retentissant. Mais le sort en a décidé autrement. Nadine Sierra s’étant retirée de la production, c’est Amina Edris qui avait déjà &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Avec cette reprise de <em>Manon</em>, L’Opéra de Paris entendait sans doute mettre à l’affiche le couple « de rêve » qui avait incarné <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-romeo-et-juliette-new-york-streaming/">Roméo et Juliette</a> à New-York la saison passée avec un succès retentissant. Mais le sort en a décidé autrement. Nadine Sierra s’étant retirée de la production, c’est <strong>Amina Edris</strong> qui avait déjà chanté le rôle lors d’<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/manon-paris-bastille-amina-edris-la-revelation/">une soirée unique</a> en mars 2020, juste avant la fermeture du théâtre pour cause de covid, qui a repris je flambeau. La soprano d’origine égyptienne ne manque pas d’atouts, elle possède un timbre clair qui évoque la jeunesse de l&rsquo;héroïne et dans la voix quelque chose de fragile qui émeut d’emblée l’auditeur. Elle parsème sa ligne de chant, élégante et nuancée, de délicats <em>piani </em>qui font merveille notamment dans la « Petite table » qu’elle interprète avec des accents particulièrement émouvants. Elle ne fait pas de sa grande scène du Cours la reine, « Je marche sur tous les chemins » un numéro d’esbroufe, elle interprète au contraire cette page avec un naturel confondant sans ajouter de suraigus qu’elle ne possède d’ailleurs pas, ce qui confère une certaine sincérité à son propos. Enfin, sa diction parfaitement intelligible et son physique adapté au personnage font d’elle une Manon accomplie. A ses côté, <strong>Benjamin Bernheim </strong>qui grimpe une à une les marches vers le sommet de son art, campe un des Grieux proche de l’idéal. Après ses sublimes Roméo à Paris en 2023 et au Met en 2024, son Werther miraculeux au Théâtre des Champs-Elysées en mars dernier, voilà qu’il nous offre un des Grieux d’anthologie, supérieur encore à celui qu’il avait incarné <em>in loco</em> en 2020. Le personnage est plus fouillé, l’interprétation plus nuancée et le jeu plus assuré, dès son entrée en scène au premier acte. Son interprétation du « songe » tout en demi-teinte est un modèle d’élégance et de beau chant associé à une diction exemplaire. Au trois il livre un « Ah fuyez douce image » à la fois poignant et spectaculaire avant de laisser s’épancher sa passion amoureuse dans le duo qui suit. Enfin sa prestation à l’hôtel de Transylvanie met particulièrement en valeur ses talents d’acteur. Il n’est pas aisé pour <strong>Andrzej Filończyk</strong> de passer après Ludovic Tézier dans le rôle de Lescaut. Le baryton polonais ne manque pas de qualités cependant. Son timbre agréable retient l’attention et il dispose d’un medium et d’un aigus solides mais en dépit de louables efforts sur le plan théâtral, son personnage demeure quelque peu en retrait, sans doute à cause d’une projection insuffisante et d’une diction perfectible. Tel n’est pas le cas de <strong>Nicolas Cavallier</strong> dont la projection et la diction sont souveraines. Il campe un Comte des Grieux à la fois autoritaire et paternel, tout à fait irréprochable. <strong>Régis Mengus</strong> propose un Brétigny excentrique et par moment ridicule, tandis que <strong>Nicholas Jones</strong> constitue une erreur de casting, ce ténor mince et fringant n’évoque en rien Guillot de Morfontaine que l’on imagine âgé et repoussant, à la limite du grotesque.<strong> Ilanah Lobel-Torres</strong>, <strong>Marine</strong> <strong>Chagnon</strong> et <strong>Maria Warenberg</strong> interprètent leurs rôles de courtisanes avec humour et fantaisie. Enfin notons l’hôtelier haut en couleur de <strong>Philippe Rouillon</strong>, déjà présent lors de la précédente reprise.</p>
<p>Au pupitre, <strong>Pierre Dumoussaud</strong>, récemment nommé Directeur Musical de l’Opéra Orchestre de Normandie Rouen, propose une direction nette et précise, avec des tempi plutôt retenus qui laissent respirer les chanteurs.</p>


<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="900" height="600" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Manon-©-Sebastien-Mathe-.-OnP-3-1.jpg" alt="" class="wp-image-190954"/><figcaption class="wp-element-caption">Manon © Sébastien Mathé / OnP </figcaption></figure>


<p>Sur le plan visuel, la production de <strong>Vincent Huguet</strong> en impose grâce à ses magnifiques décors, dans le style art déco, imaginés par <strong>Aurélie Maestre</strong>. En effet, l’action est transposée dans les années 20 comme en témoignent les somptueux costumes dessinés par <strong>Clémence Pernoud</strong>. Lorsque le rideau se lève au début du troisième acte, le public applaudit le salon monumental et les costumes chatoyants des personnages. Transformer le Cours-la-Reine en une salle de bal où se déroule une soirée en costumes dix-huitième siècle s’avère une idée intéressante en harmonie avec la musique du ballet. En revanche l’omniprésence d’une pseudo-Joséphine Baker qui sert d’entremetteuse est parfaitement incongrue. D’autant plus que cette créature chante -en play-back- une chanson de la célèbre meneuse de revue. Plutôt que d’ajouter une page on ne peut plus éloignée musicalement de l’opéra, il aurait mieux valu rétablir certaines coupures comme la fin du premier acte voire le début du cinquième où dans cette production, Lescaut n’apparaît pas. C’est le comte des Grieux qui se charge des tractations avec les archets.   </p>
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		<title>CILEA, Adriana Lecouvreur &#8211; Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/cilea-adriana-lecouvreur-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 Jan 2024 06:58:59 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Programmée en avril 2020 puis annulée pour cause de covid 19, cette reprise d’Adriana Lecouvreur selon David McVicar avec Anna Netrebko et Yusif Eyvazov affichait salle comble ce 16 janvier 2024. Créée en 2010 à Londres, cette production a été applaudie ensuite à Paris en 2015, à Vienne en 2017 où Anna Netrebko effectuait sa &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Programmée en avril 2020 puis annulée pour cause de covid 19, cette reprise d’<em>Adriana Lecouvreur</em> selon David McVicar avec Anna Netrebko et Yusif Eyvazov affichait salle comble ce 16 janvier 2024. Créée en 2010 à Londres, cette production a été applaudie ensuite à Paris en 2015, à Vienne en 2017 où Anna Netrebko effectuait sa prise de rôle et enfin à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/adriana-lecouvreur-new-york-la-perfection-en-5-noms-et-quelques-autres/">New-York en 2019</a>. Le premier acte se situe dans le foyer de la Comédie-Française où règne une grande agitation tandis qu’Adrienne Lecouvreur s’apprête à incarner Roxane dans <em>Bajazet</em>. Le metteur en scène écossais respecte scrupuleusement l’époque et le lieu, ce qui nous vaut de splendides costumes de <strong>Brigitte Reilffenstuel</strong> mais il joue la carte de la mise en abyme en situant l’action tout entière à l’intérieur du Théâtre-Français, superbement illustré par les décors monumentaux de <strong>Charles Edwards</strong>. La direction d’acteurs, sobre et précise, souligne de façon conventionnelle, les diverses péripéties de l’intrigue. &nbsp;</p>
<p>La distribution, parfaitement homogène, ne souffre d’aucun point faible. <strong>Ilanah Lobel-Torres</strong> et <strong>Marine Chagnon</strong>, sont irrésistibles en jeunes pensionnaires turbulentes dont les chamailleries exaspèrent Michonnet. <strong>Alejandro Baliñas Vieites</strong> et <strong>Nicholas Jones</strong>, leurs pendants masculins, ne sont pas en reste en jeunes comédiens serviles, volontiers cancaniers. <strong>Sava Vemić</strong>, Prince de Bouillon un rien compassé et <strong>Leonardo Cortellazzi</strong>, abbé de Chazeul cauteleux complètent avec bonheur l’équipe des <em>comprimari</em>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img decoding="async" width="900" height="599" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Adriana-Lecouvreur-23-24-©-Sebastien-Mathe-OnP-17.jpg" alt="" class="wp-image-154251"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Adriana Lecouvreur 23-24 © Sebastien Mathé &#8211; OnP (2)</sup></figcaption></figure>


<p><strong>Ambrogio Maestri</strong>, dont la voix sonore n’a rien perdu de son éclat campe avec sobriété un Michonnet complexe, mélange d’humanité et de bienveillance, qu’il fait évoluer avec subtilité de l’amoureux transi du premier acte au confident attentif et discret puis à l’ami protecteur et paternel du dernier. Sa composition extrêmement fouillée lui vaut un accueil chaleureux de la part du public. Doté d’une voix large aux graves profonds,<strong> Ekaterina</strong> <strong>Semenchuk</strong>, est une princesse de Bouillon altière et possessive, dévorée par la passion dans son air « acerba voluttà », éperdument amoureuse dans son duo avec Maurizio puis dévorée par la jalousie dans sa scène avec Adriana où elle atteint des sommets d’intensité dramatique. Dès son entrée en scène, <strong>Yusif eyvazov</strong> déploie une voix large et homogène qui capte immédiatement l’attention. Son air « La dolcissima effigie » offre un impeccable legato et des nuances bienvenues. Soldat intrépide, comme en témoigne son récit du troisième acte « Il russo Mèncikoff riceve l’ordine » chanté avec vaillance et couronné d’un aigu claironnant, il semble inconscient des rivalités amoureuses qu’il suscite sauf au dernier acte dans son duo passionné avec Adriana « Il nostro amor sfida la sorte ».  <strong>Anna Netrebko</strong> a désormais fait sien le rôle d’Adriana qu’elle incarne avec une voix opulente et un registre grave sonore. Dans des costumes somptueux réalisés spécialement pour elle au Met, qui mettent en valeur sa silhouette, la cantatrice se déplace sur scène avec élégance et un port de reine. Son air d’entrée « Io son l’umile ancella », tout en délicatesse est émaillé de sons filés longuement tenus de toute beauté. Au troisième acte son monologue de <em>Phèdre</em> est déclamé sans emphase excessive mais avec une grandeur tragique et une diction superlative. Poignante de bout en bout sa scène finale culmine dans un « Poveri fiori » déchirant.  Au rideau final, une ovation retentissante salue cette prestation de haut vol.</p>
<p>Au pupitre <strong>Jader Bignamini</strong> impose une direction subtile et théâtrale, alternant avec bonheur les scènes d’ensembles menées à vive allure et les airs dans lesquels il étire le tempo pour laisser le chanteur s’épancher. Son prélude du dernier acte, au cours duquel on sent le drame sous-jacent s’installer progressivement est un modèle d’interprétation.            </p>
<p> </p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cilea-adriana-lecouvreur-paris/">CILEA, Adriana Lecouvreur &#8211; Paris</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>JANACEK, L’affaire Makropoulos &#8211; Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/janacek-laffaire-makropoulos-paris-bastille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Jamar]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 06 Oct 2023 08:41:39 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L&#8217;un des sujets favoris du spectateur lyrique est certainement la fin de carrière des chanteurs. A l&#8217;écouter, on apprend souvent à raison que telle soprano aurait dû s&#8217;arrêter il y a dix ans, que ce pauvre ténor a bien fait de se réfugier dans des seconds rôles chez Puccini, mieux taillés à ce qui lui &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L&rsquo;un des sujets favoris du spectateur lyrique est certainement la fin de carrière des chanteurs. A l&rsquo;écouter, on apprend souvent à raison que telle soprano aurait dû s&rsquo;arrêter il y a dix ans, que ce pauvre ténor a bien fait de se réfugier dans des seconds rôles chez Puccini, mieux taillés à ce qui lui reste d&rsquo;appareil vocal, surtout depuis qu&rsquo;il est passé baryton, qu&rsquo;il faut laisser la place à la jeune génération, et que Blomstedt, quand même, c&rsquo;est plus ce que c&rsquo;était. En lisant le casting de cette reprise de l&rsquo;<em>Affaire Makropoulos</em>, ce même spectateur lyrique a probablement froncé les sourcils : « Allons, Karita Mattila en Emilia Marty, est-ce bien raisonnable ? ». Soyons justes avec lui, sa dernière apparition à la Grande Boutique (Herodias chez Strauss il y a tout juste un an) n&rsquo;était pas la plus éclatante qu&rsquo;on lui ait connue. Emilia Marty est un rôle redoutable, où nombre de chanteuses en pleine santé laissèrent leur larynx.</p>
<p>Et pourtant, quel coup de maître que ce choix : rarement l&rsquo;adéquation entre œuvre, mise en scène et distribution n&rsquo;aura été aussi juste. Pour illustrer le destin tragique d&rsquo;une cantatrice immortelle, <strong>Krzysztof Warlikowski</strong> situe l&rsquo;action dans un Hollywood triste et glacé, où l&rsquo;on assiste à la lente agonie d&rsquo;une Emilia Marty aux allures assumées de Marylin Monroe. C&rsquo;est dans ce double rôle d&rsquo;icône de l&rsquo;opéra et de vedette de cinéma que <strong>Karita Mattila</strong> excelle : tout à la fois lucide et disjonctée, elle est une Emilia Marty usée d&rsquo;avoir trop vécu, et pourtant passionnément vivante. Sa voix reflète cette dualité : elle porte le passage des années (projection amoindrie dans le médium, quelques sons en force), mais son immense talent d&rsquo;actrice et de musicienne la fait véritablement triompher des assauts de la partition. Mattila est Marilyn, qui est Marty, qui est Makropoulos, c’est l’équation qui s’impose à l’écoute de cette prestation.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Mal1-1024x683.png" alt="" class="wp-image-142882"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Bernd Uhlig</sup></figcaption></figure>


<p>Bien que moins exposé, le reste de la distribution est tout à fait à la hauteur des enjeux. <strong>Pavel Černoch</strong> prête son timbre vaillant et héroïque aux saillies passionnelles d&rsquo;Albert Gregor. Le Jaroslav Prus crâneur et solennel de <strong>Johan Reuter</strong> épate tout autant que l&rsquo;assurance de <strong>Károly Szemerédy</strong> en Doktor Kolenaty. Le couple formé du Janek « un peu bête et trop blond » de <strong>Cyrille Dubois</strong>, et de la voix fraîche mais robuste d&rsquo;<strong>Ilanah Lobel-Torres</strong> amuse tout autant que le Vitek pétillant et chic de <strong>Nicholas Jones</strong>. La touchante apparition de <strong>Peter Bronder</strong> en improbable Hauk-Šendorf complète un panel de personnages finement dessinés.</p>
<p>Dans la fosse, <strong>Susanna Mälkki</strong> fait des miracles avec une partition pourtant à la limite du jouable. L&rsquo;orchestre sonne admirablement, sans que les particularités du langage janačékien soient édulcorées. Osons une mention toute particulière aux cuivres sous et sur la scène, dont les fanfares hallucinantes sont exécutées avec une remarquable précision.</p>
<p>Une fois n&rsquo;est pas coûtume, l&rsquo;<em>Affaire Makropoulos</em> est un chef-d&rsquo;œuvre qui se joue dans une salle à moitié vide. La crainte d&rsquo;une contre-performance de la part du rôle titre en est-elle la raison ? Gageons que ce compte-rendu réconciliera le spectateur sceptique avec ce qui est certainement l&rsquo;un des plus beaux spectacles de la saison lyrique parisienne.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="695" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Mak2-1024x695.png" alt="" class="wp-image-142883"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Bernd Uhlig </sup></figcaption></figure>
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		<item>
		<title>BRITTEN, Peter Grimes — Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/peter-grimes-paris-contempler-flux-la-perte-reflux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 28 Jan 2023 05:01:30 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/peter-grimes-paris-contempler-flux-la-perte-reflux/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Dans l’immédiat après-guerre, Peter Grimes ne tranchait sans doute pas avec les expériences encore vivantes du public :  il y a un ennemi, il y a une communauté liguée contre cet ennemi, il y a l’environnement hostile où se déploient le bien et le mal, sans plus de nuances, sans autre alternative. Aujourd’hui, l’argument fait encore écho à nos &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/peter-grimes-paris-contempler-flux-la-perte-reflux/"> <span class="screen-reader-text">BRITTEN, Peter Grimes — Paris</span> Lire la suite »</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans l’immédiat après-guerre, <em>Peter Grimes </em>ne tranchait sans doute pas avec les expériences encore vivantes du public :  il y a un ennemi, il y a une communauté liguée contre cet ennemi, il y a l’environnement hostile où se déploient le bien et le mal, sans plus de nuances, sans autre alternative. Aujourd’hui, l’argument fait encore écho à nos urgences : il y a des exclus, il y a ceux qui excluent – peut-être malgré eux –, il y a beaucoup de souffrance. Et la souffrance engendre la souffrance. Loin de la vision passéiste ou romantique à laquelle pourrait facilement succomber la mise en scène (un village de pêcheurs isolé, vers 1830, entre tempêtes, récifs, falaises, nuages menaçants et morts mystérieuses), <strong>Deborah Warner </strong>dépeint une réalité actuelle parce qu’intemporelle. Si l’œuvre se prête plus ou moins heureusement à toutes les transpositions, le respect scrupuleux du contexte du livret dans le monde contemporain en souligne l’actualité : les milieux déclassés d’hier sont ceux d’aujourd’hui et il reste illusoire de penser que « tout va vers un mieux ». Du moins à certains endroits ou dans certaines communautés, encore isolées socialement et économiquement. Plus que réaliste, la démarche de mise en scène se veut ainsi quasiment naturaliste. Deborah Warner et <strong>Michael Levine</strong>, décorateur de la production, se sont rendus à Aldeburgh, ville isolée du Suffolk où vécut Britten, et dans d’autres villes ou villages isolés et pauvres de la côte de l’Essex. Il en résulte une esthétique sobre, directe, d’une efficacité redoutable. Aucun  lyrisme ni romantisme. Même les évocations des noyés (le premier apprenti puis, plus tard, Peter Grimes lui-même) qui pourraient se réduire à de belles figures aériennes, légères et oniriques, sont glaçantes.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="313" src="/sites/default/files/styles/large/public/vincent_pontet_opera_national_de_paris-peter-grimes-22-23-vincent-pontet-onp-5-.jpg?itok=E13gkhil" title="© Vincent Pontet - ONP" width="468" /><br />
	© Vincent Pontet &#8211; ONP</p>
<p>D’emblée, Peter Grimes est en décalage par rapport aux femmes et hommes qui forment pourtant sa communauté. Dans le procès sans contradiction qui ouvre l’œuvre, on découvre un personnage bourru, peu communicatif, physiquement isolé. Il n’est en revanche pas la brute colérique, voire portée sur la cruauté, qui est parfois dépeinte. En somme, Peter Grimes est un homme complexe, en tension perpétuelle entre son attachement au lieu et son décalage social. Peter Grimes, pour le dire autrement, est pris entre deux pôles menaçants et même, avec une intensité croissante au fil de l’œuvre, meurtriers : la foule et la mer. La mer est partout dans l’opéra, et avant tout dans la fosse et la partition. Elle est explicitement dépeinte à l’occasion des six interludes qui structurent l’œuvre. Ainsi, comme Peter Grimes, le spectateur est pris dans le flux et le reflux des vagues, dans le sac et le ressac. Grimes se livre, ouvre son cœur, chante ses espoirs de mariage avec Ellen Orford (flux), il ne restera que de la violence (reflux). Grimes se voit offrir une deuxième chance (sac), il ne récoltera que de la violence (ressac). Faire face à la mer, c’est toujours faire face à l’horizon d’une perte. Perte de nos illusions qui nous reviennent violemment (sac et ressac), pertes très concrètes – trois noyés, dont un suicidé, tués par la mer (sac) et ensuite rejetés vers les hommes (ressac).  </p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="313" src="/sites/default/files/styles/large/public/vincent_pontet_opera_national_de_paris-peter-grimes-22-23-vincent-pontet-onp-15-.jpg?itok=2_VX6XSQ" title="© Vincent Pontet - ONP" width="468" /><br />
	© Vincent Pontet &#8211; ONP</p>
<p><strong>Alexander Soddy </strong>livre une interprétation fine de ces fresques maritimes, jouant habilement avec les textures et les couleurs, les mouvements de flux et de reflux, les différentes évocations du paysage. Il offre ainsi un second interlude mouvementé où cordes et cuivres parviennent à rendre compte de l’instabilité constitutive – de la mutation perpétuelle – du paysage marin. L’<strong>Orchestre de l’Opéra national de Paris </strong>maintient la tension qui caractérise la partition tout du long de l’œuvre, avec toutefois une meilleure maîtrise dans les nuances <em>forte</em> – comme si seule la tempête était meurtrière, ce qui semble évidemment réducteur : dans <em>Peter Grimes</em>, ce sont les forces souterraines (rumeurs, suppositions et ressentiments) qui sont les plus destructrices. </p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="305" src="/sites/default/files/styles/large/public/vincent_pontet_opera_national_de_paris-peter-grimes-22-23-vincent-pontet-onp-12-.jpg?itok=JCWRWGe7" title="© Vincent Pontet - ONP" width="468" /><br />
	© Vincent Pontet &#8211; ONP</p>
<p>Le Peter Grimes d’<strong>Allan Clayton</strong> assume pleinement la complexité du personnage qu’il sert par un jeu exempt de toute caricature. Le timbre est clair et naturel, la projection impeccable. Seul face à la foule dans le livret, il se distingue également très nettement sur le plan vocal et compense amplement les quelques réserves que l’on peut avoir par ailleurs. <strong>Maria Bengtsson </strong>campe une Ellen Orford lumineuse, parfois trop contenue mais qui offre de véritables moments de grâce. La voix reste souvent coincée contre le palais avant de jaillir et d’offrir ce que la partition recèle de plus touchant. Elle se révèle véritablement au début de l’acte II : immense musicienne et certainement très grande interprète de Britten (on ne l’a malheureusement pas entendue dans le rôle de la gouvernante/<em>The Turn of the Screw</em> en 2018 à Berlin et on se laisse aller à rêver d’une interprétation idéale…). À la fin du premier tableau du même acte, le quatuor qu’elle forme avec Auntie (<strong>Catherine Wyn-Rogers</strong>, tenancière du <em>Sanglier</em>) et ses deux nièces (<strong>Anna-Sophie Neher </strong>et <strong>Ilanah Lobel-Torres</strong>, prostituées) exprime toute l’humanité qui manque à la foule violente, bigote et hypocrite : femmes hors des cadres (veuve ou apparemment peu vertueuses), elles sont des mères pour tous les laissés pour compte. Ce sont elles qui permettent d’encore espérer (« Devrons-nous avoir honte parce que nous faisons oublier la laideur aux hommes ? »). Le duo formé par les nièces est, plus généralement, d’une remarquable homogénéité et stylistiquement exemplaire, alors que leur tante reste souvent vocalement en retrait mais compense par une réelle présence scénique. <strong>Simon Keenlyside</strong> incarne un Captain Balstrode idéal. La projection est naturelle, le timbre magnifique, à la fois sombre et éclatant, ainsi qu’il sied au personnage qui, pour sauver Grimes, le poussa vers la mort – ultime geste d’humanité et de lucidité. <strong>John Graham-Hall </strong>est un Bob Boles convaincant mais qui peine à passer, tandis que le Swallow de <strong>Clive Bayley </strong>– qui ouvre l’opéra – est un homme de loi bien campé à la projection incisive. La Mrs. Sedley de <strong>Rosie Aldridge</strong> – bigote, malveillante et un peu accro à certaines pilules – manque d’éclat dans le médium mais son jeu est désopilant. Elle incarne parfaitement son personnage de veuve de bénitier. Le révérend Horace Adams de <strong>James Gilchrist</strong>, le Ned Keene de <strong>Jacques Imbrailo</strong> et le Hobson de <strong>Stephen Richardson </strong>complètent vaillamment un tableau globalement très  réussi.   </p>
<p> </p>
<p>Central dans le traitement d’une intrigue où <em>l’opinion publique</em> joue un rôle à part entière, le <strong>Chœur de l’Opéra national de Paris</strong> a manifestement été remarquablement préparé par <strong>Ching-Lien Wu</strong>. Il réagit au quart de tour et forme un étau qui, peu à peu se resserre autour de Grimes, ne lui laissant en dernière instance qu’une seule issue : la mer immense, nourricière et meurtrière. </p>
<blockquote>
<p> </p>
<p>Sans cesse en mouvement, la marée va et vient. </p>
<p>Montante, elle remplit généreusement le chenal,</p>
<p>puis, d’un élan puissant et majestueux, se retire, </p>
<p>toujours terrible et mystérieuse. </p>
</blockquote>
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		<title>MOZART, Le nozze di Figaro — Paris (Garnier)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/les-noces-de-figaro-paris-garnier-retour-gagnant/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Nov 2022 08:06:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’Opéra Garnier affichait salle comble ce soir pour la reprise des Nozze di Figaro dans la production de Netia Jones, créée in loco en janvier dernier. Comme l’a indiqué Clément Tallia dans son compte-rendu la metteuse en scène britannique a choisi de situer l’action de nos jours, dans les coulisses d’un opéra, en l’occurrence le Palais &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’Opéra Garnier affichait salle comble ce soir pour la reprise des <em>Nozze di Figaro</em> dans la production de <strong>Netia Jones</strong>, créée <em>in loco</em> en janvier dernier. Comme l’a indiqué Clément Tallia dans son <a href="https://www.forumopera.com/les-noces-de-figaro-paris-garnier-au-theatre-ce-soir">compte-rendu</a> la metteuse en scène britannique a choisi de situer l’action de nos jours, dans les coulisses d’un opéra, en l’occurrence le Palais Garnier, où l’on répète …<em>Les Noces de Figaro</em>. Ce procédé, largement exploité par Robert Carsen, notamment dans ses <em>Contes d’Hoffmann</em> à Bastille, a le mérite de bien fonctionner. Pour le tableau final où l’on voit au fond du plateau le foyer de la danse, Netia Jones s’est probablement inspirée de la production de <em>Capriccio</em> réalisée en 2004 par le metteur en scène canadien. Cette mise en abyme permet de montrer à certains moments les interprètes en costumes dix-huitième sans pour autant situer l’action en ce temps-là. Cela nous vaut d’ailleurs quelques faux anachronismes comme Le Comte utilisant son téléphone portable ou Figaro son ordinateur, tous deux en tenue d’époque. L’un des principaux jeux de scène des personnages consiste à se déshabiller et se rhabiller à tout moment, dévoilant leurs dessous, ce qui met en difficulté Gérald Finley lorsqu’il chante son air du trois en retirant son pantalon.</p>
<p>Le décor du premier acte représente trois loges en enfilade, le deuxième se situe dans la loge de la Comtesse, le troisième dans un gigantesque vestiaire sur trois niveaux avec des portants chargés de vêtements au sol et dans les étages, le dernier sur le plateau nu. Figaro est perruquier, Suzanne habilleuse, Bazile chef de chant et Barberine, un petit rat. Marceline et Bartolo font partie de l&rsquo;équipe de direction, quant à la Comtesse et son époux, ils sont les stars du spectacle. Le Comte est présenté comme un prédateur sexuel qui en plus de convoiter Suzanne reluque les danseuses, en particulier Barberine. Etant donné le sujet de l’ouvrage qui fait écho à l’actualité récente, la tentation était grande pour Netia Jones d’y insérer un plaidoyer féministe. Ainsi l’hommage du personnel à la fin du premier acte « Giovani lieti, fiori spargete » est l’occasion d’une distribution de tract contre les violences faites aux femmes. La metteuse en scène a également recours à des projections vidéo pour surligner les passages signifiants à ses yeux. Enfin, le dénouement est modifié puisque si, comme le dit la musique, la comtesse accorde son pardon à son époux, son interprète restitue son alliance au sien qui quitte la scène, furieux. <br />
	Rien d&rsquo;indigne finalement dans ce spectacle visuellement réussi qui a valu à Netia Jones et son équipe des applaudissements nourris au rideau final.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="304" src="/sites/default/files/styles/large/public/les_noces_de_figaro.4._vincent_pontet.jpg?itok=OYujQhOS" width="468" /><br />
	© Charles Duprat</p>
<p>La distribution a le mérite d’être homogène et de comporter quelques éminents mozartiens dont certains étaient déjà présents en janvier dernier. Le grand triomphateur de la soirée est <strong>Luca Pisaroni</strong> qui depuis une vingtaine d’années a promené son Figaro sur les plus grandes scènes de la planète. Autant dire qu’il en connaît toutes les facettes, qu’il restitue à merveille dans une incarnation fouillée et haute en couleur. En grande forme vocale, la basse italienne interprète ses trois airs avec autant de classe que de conviction et habite les récitatifs avec toute la verve qu’on lui connaît. A ses côtés la comtesse de <strong>Miah Persson</strong> conjugue charme et distinction dans une interprétation sobre, teintée de mélancolie. On apprécie l’élégance de sa ligne de chant nuancée notamment dans la reprise piano de « Dove sono ». Seules d’infimes duretés dans les notes aiguës trahissent le passage des ans. <strong>Gérald Finley</strong> campe un Almaviva jouisseur et retors, préoccupé tout autant par son plaisir que par son honneur. Si le personnage est pleinement convaincant, la voix manque par moment de projection. Il tire néanmoins son épingle du jeu dans son air « Vedrò mentr’io sospiro » modèle de chant mozartien. Si l’on en juge par l’enthousiasme qu’elle a soulevé au rideau final, la Suzanne de <strong>Jeanine De Bique</strong> a conquis le public ; qu’il nous soit permis cependant de trouver la voix trop légère pour le rôle et limitée dans le grave. Néanmoins le style est impeccable et la soprano qui se révèle fine comédienne fait jeu égal avec Pisaroni. Le Chérubin espiègle et virevoltant de <strong>Rachel Frenkel</strong> lui permet de faire des débuts remarqués à l’Opéra de Paris d’autant que le timbre est fruité et le chant raffiné. <strong>James Creswell</strong> est un Bartolo à la voix sonore et au grave profond, <strong>Sophie Koch</strong> campe une Marceline de luxe, impayable dans sa tenue d’executive woman. Enfin <strong>Éric Huchet </strong>est un Bazile bien chantant et obséquieux à souhait. <strong>Ilanah Lobel-Torres</strong>, touchante Barberine et <strong>Franck Leguérinel</strong> truculent Antonio n’appellent que des éloges.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/les_noces_de_figaro._vincent_pontet.jpg?itok=vWvTVFQv" width="468" /><br />
	© Charles Duprat</p>
<p>La partition comporte les traditionnelles coupures des airs de Marceline, « Il capro e la capretta » et de Bazile « In quegli anni in cui val poco » au quatrième acte. D’autre part les chanteurs ornementent avec goût et discrétion les reprises de leurs airs.</p>
<p>Louis Langrée dirige avec fougue et un sens aigu du théâtre cette partition foisonnante ménageant avec brio séquences éthérées comme le duo « Sull’aria » et rythmes endiablés comme le final du deux.</p>
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		<title>MASSENET, Manon — Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/manon-paris-bastille-une-manon-en-demi-teinte/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 13 Feb 2022 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Cette reprise de Manon aura connu bien des vicissitudes avant que le rideau ne se lève finalement ce vendredi 11 février sur la soirée d’ouverture, avec six jours de décalage. En effet, la première, initialement prévue le 5, a été annulée en raison de la détection de nombreux cas positifs à la Covid 19 au &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Cette reprise de <em>Manon</em> aura connu bien des vicissitudes avant que le rideau ne se lève finalement ce vendredi 11 février sur la soirée d’ouverture, avec six jours de décalage. En effet, la première, initialement prévue le 5, a été annulée en raison de la détection de nombreux cas positifs à la Covid 19 au sein de l’orchestre, et la générale, également annulée pour les mêmes raisons, a pris la place de la deuxième représentation. Auparavant, le ténor initialement prévu dans le rôle de Des Grieux avait dû renoncer à sa participation au spectacle. Trois ténors ont alors été engagés pour le remplacer, Roberto Alagna qui ne chantera finalement qu&rsquo;un seul soir, Benjamin Berheim et Attala Ayan.</p>
<p>Est-ce à cause de ces contretemps, récurrents ces derniers mois, que durant presque toute la représentation nous avons eu le sentiment que le cœur n’y était pas ? Certes, les interprètes faisaient leur travail avec application, heureux de pouvoir enfin chanter devant le public mais en même temps lassés, nous a-t-il semblé, par toutes les contraintes qu’ils subissent depuis deux ans pour parvenir à exercer leur art. A moins que la direction d’orchestre lisse et académique mais néanmoins précise de <strong>James Gaffigan</strong> ne soit en cause ?</p>
<p>L&rsquo;équipe réunie pour la circonstance, moins spectaculaire qu&rsquo;en mars 2020, n&rsquo;en comporte pas moins des chanteurs émérites qui ont fait leurs preuves. Les seconds rôles, dans leur ensemble, n’appellent aucune remarque particulière. <strong>Rodolphe Briand</strong> retrouve le personnage de Guillot de Morfontaine qu’il avait déjà incarné avec malice il y a deux ans, <strong>Marc Labonnette</strong> est un Brétigny haut en couleur dans ses improbables costumes. <strong>Andrea Cueva Molnar</strong>, <strong>Ilanah Lobel-Torres</strong> et <strong>Jeanne Ireland</strong> forment un trio de courtisanes accortes et frivoles à souhait. <strong>Jean Teitgen</strong> possède une voix bien timbrée et un grave sonore, son Comte Des Grieux à la fois noble et bienveillant lui vaudra une salve d’applaudissements nourris au rideau final. En revanche, le Lescaut d’<strong>Andrzej Filończyk </strong>nous a paru quelque peu falot. Le baryton polonais possède un timbre clair et un medium solide. Si la voix n’est pas très puissante, il parvient néanmoins à se faire entendre, mais son personnage demeure constamment en retrait.</p>
<p><strong>Atalla Ayan</strong> possède un timbre chaleureux et une diction acceptable. Sa ligne de chant élégante et soignée, la délicatesse de ses demi-teintes, en particulier dans le duo de Saint-Sulpice et la rondeur de ses aigus lui permettent d’incarner un Des Grieux touchant. Le songe (« En fermant les yeux ») est chanté mezzo-forte avec un legato accompli, et son grand air « Ah fuyez douce image » n’appelle aucune réserve sur le plan vocal. En revanche, l’on aurait souhaité qu’il y insuffle davantage de passion. A ses côtés <strong>Ailyn</strong> <strong>Perez</strong> campe une exquise Manon. La soprano américaine est dotée d’un timbre crémeux qui culmine sur un aigu brillant, toutefois les vocalises de son entrée au deuxième acte demeurent timides. Elle est capable d’émettre de jolis sons filés qui font merveille dans le duo de Saint-Sulpice, dont on peut cependant regretter qu’il soit dépourvu de sensualité. Sa « petite table » en revanche est émouvante à souhait. Quant à sa diction, somme toute correcte, elle est encore perfectible. Les chœurs préparés par <strong>Alessandro Di Stefano</strong> n’appellent que des éloges pour chacune de leurs interventions.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/manon_4._emilie_brouchon._onp.jpg?itok=6x42gNuI" title="Manon. Emilie Brouchon © Opéra national de Paris" width="468" /><br />
	Manon © Emilie Brouchon &#8211; Opéra national de Paris</p>
<p>La transposition dans les années 20 fonctionne d’autant plus qu’elle nous vaut des décors monumentaux et des costumes somptueux aux teintes vives, chaleureusement applaudis lorsque le rideau se lève sur le Cours-la-Reine, <strong>Vincent Huguet</strong> a modifié le dénouement par rapport à<a href="https://www.forumopera.com/manon-paris-bastille-lulu-lescaut"> la première série</a> de représentations. Cette fois, Manon ne finit pas fusillée mais repart pour Le Havre avec les soldats, après son duo avec Des Grieux. En revanche la chanson de Joséphine Baker, interpolée entre deux tableaux, paraît d’autant plus incongrue, passé l’effet de surprise. De même, ce clone de la chanteuse d’origine américaine, mi-figurante, mi-danseuse qui joue les entremetteuses, n’apporte rien à l’intrigue tout comme les travestissements de Brétigny qui, pour amusant qu’ils soient, ne collent pas avec son personnage.</p>
<p> </p>
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