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	<title>Lauren LODGE CAMPBELL - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Lauren LODGE CAMPBELL - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>PURCELL, The Indian Queen — Thiré</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Aug 2021 09:57:44 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« Pas un jour sans musique » proclame l&rsquo;une des maximes latines qui ornent les murs de la maison de <strong>William Christie</strong> à Thiré, en Vendée. Pour la dixième édition du festival, son jardin, comme le village où bon nombre de maisons font désormais partie du « quartier des artistes », décline l&rsquo;adage : pas un lieu, un bosquet, ni un moment, sans musique ! Dans un bouquet de couleurs, de sensations, d&rsquo;émotions, se dégage un sentiment profond de joie, de générosité, de goût du partage ; l&rsquo;impression de vivre un moment privilégié.</p>
<p>La journée festivalière débute sous les arbres par un atelier de danse baroque avec <strong>Pierre-François Dollé</strong>, se poursuit avec un parcours musical pour les familles animé depuis sept ans par la chaleureuse <strong>Sophie</strong> <strong>Daneman</strong>, entourée d&rsquo;instrumentistes. Chacun présente son instrument, le donne à entendre dans un air soliste sur le thème de la nature tandis que les spectateurs sont régulièrement appelés à chanter en chœur jusqu&rsquo;à interpréter un double canon.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/2021-festival-jardins-william-christie-img_1007-jay-qin.jpg?itok=qCw_9UR3" title=" © Jay Qin" width="468" /><br />
	 © Jay Qin</p>
<p>Puis vient l&rsquo;heure délicieuse de déambuler dans les magnifiques jardins créés de toute pièce par le chef d&rsquo;orchestre depuis 1985. Les artistes de l&rsquo;ensemble ont carte blanche pour ces capsules musicales qui se dégustent avec gourmandise du « pont japonais » au « mur des cyclopes ». Ils parrainent de jeunes artistes du programme Art Flo Junior et sont également rejoints par de jeunes diplômés de la Julliard School de New York.</p>
<p>Ainsi peut-on applaudir le Prologue du<em> Couronnement de Poppée</em> très joliment incarné par <strong>Maud Gnidzaz</strong>, <strong>Julierre Perret</strong> et <strong>Virginie Thomas</strong>, avec William Christie au clavecin tandis que les colombes roucoulent sous les pins. Puis retrouver <strong>Paul Agnew </strong>en habit de ténor pour une interprétation sensible et raffinée des chansons de Sébastien Camus, aristocrate musicien dont le fils publia vingt et une chansons après sa mort. <strong>Thomas Dunford</strong> au luth et <strong>Myriam Rignol </strong>à la viole de gambe en subliment la mélancolie qui enchante tout autant que l&rsquo;écho moderne choisi pour clore ce moment musical avec un « Ne me quitte pas » que Jacques Brel n&rsquo;aurait sûrement pas renié.</p>
<p>La musique baroque contemporaine est d&rsquo;ailleurs à l&rsquo;honneur en cette dixième édition, grâce aux créations du contrebassiste <strong>Douglas Balliett</strong> qui compose avec Thomas Dunford des chansons pour orchestre fort réussies, portées par le charme et la technique impeccable d&rsquo;élégance de la soprano <strong>Lauren Lodge-Campbell</strong>. Elles prouvent, si besoin est, que le baroque ne manque pas de groove ! Le jeune compositeur offre une chanson d&rsquo;anniversaire à la gloire des dix ans de Thiré et n&rsquo;hésite pas à se frotter à une œuvre plus ambitieuse créée pour l&rsquo;occasion, avec <em>Actaeon</em>, récit musical pour orchestre d&rsquo;une vingtaine de minutes. Le musicien en déclame le texte depuis son pupitre de contrebasse, rejoint par la Diane impérieuse aux aigus brillants d&rsquo;<strong>Elodie Fonnard</strong> et par l&rsquo;Actéon à la projection pleine de naturelle de <strong>Nicholas Scott</strong>. Cette musique très illustrative, pleine de délicatesse, n&rsquo;est pas sans évoquer l&rsquo;esprit des délicieux contes musicaux d&rsquo;Allan Ridout (<em>Rapunzel and other stories</em>).</p>
<p>L&rsquo;art baroque est celui du contraste : c&rsquo;est à l&rsquo;église de Thiré que nous retrouvons Thomas Dunford en toute fin de soirée pour une version très habitée de la suite BWV 1007 et de la chaconne tirée de la Partita BWV 1004, transcrites pour le luth. Cette traditionnelle « méditation à l&rsquo;aube de la nuit », concert aux chandelles et sans applaudissements, moment de grâce et de recueillement, clôt chaque journée depuis l&rsquo;origine de la manifestation.</p>
<p>Mais avant cela, à 20h, nous voici face au somptueux miroir d&rsquo;eau. Tous les protagonistes de cette ébouriffante journée se retrouvent au chevet de <em>The Indian Queen</em>, incarnée par <strong>Raphaëlle Saudinos</strong>, narratrice de la soirée. Malgré un langage volontairement moderne et parfois familier, un rythme effréné aux transitions parfois brutales, l&rsquo;incarnation est royale. La comédienne – qui participait déjà à la précédente version du spectacle en 2011 – joue du sarcasme et de l&rsquo;orgueil avec jubilation. Telle l&rsquo;<em>Armide</em> de Lully, folle d&rsquo;orgueil et d&rsquo;amour, elle appelle la haine à son secours quand elle se trouve victime de ses sentiments. Pour cette égocentrique, l&rsquo;autre n&rsquo;existe pas ou à peine, il est donc fort pertinent qu&rsquo;elle raconte sa propre histoire, centrée sur son point de vue sans laisser beaucoup de place aux protagonistes de sa chute.</p>
<p>Aussi, point d&rsquo;ajouts ici à l’œuvre inachevée de Purcell. Au contraire, l&rsquo;essentiel de l&rsquo;action est racontée et parfois évoquée avec beaucoup d&rsquo;élégance par deux danseurs baroques dont le chorégraphe Pierre-François Dollé. Ils incarnent les deux armées en présence, ou encore l&rsquo;amour naissant entre la fille du monarque inca, Orazia, et le valeureux Montezuma. Ces deux personnages perdent par la même occasion la plupart de leurs interventions, voire, comme le roi Inca, n&rsquo;apparaissent pas du tout. Les impératifs d&rsquo;une production estivale expliquent peut-être ce choix drastique.</p>
<p>L&rsquo;orchestre se trouve donc au centre de la soirée, mené avec brio par Paul Agnew qui joue des tempi et des couleurs avec une remarquable finesse, toujours attentif à un excellent plateau vocal à la diction impeccable : Lauren Lodge-Campbell régale à nouveau de sa présence délicate et espiègle d&rsquo;une aisance parfaite. Elodie Fonnard peut rivaliser avec elle de fraicheur, de précision dans l&rsquo;émission et d&rsquo;intelligence dans les ornements. Les garçons, également d&rsquo;anciens lauréats du Jardin des Voix, ne sont pas en reste : Nicholas Scott profite d&rsquo;aigus faciles et brillants. <strong>Sean Clayton </strong>met plus de temps à trouver ses marques avec une justesse discutable pendant toute la première partie de la soirée mais son timbre velouté et la ciselure de ses couleurs font du duo de la Gloire et de l&rsquo;Envie avec <strong>Padraic Rowan</strong>, un moment particulièrement réussi, d&rsquo;autant plus que la basse propose une belle présence, très dense, des graves très libres y compris lorsqu&rsquo;il incarne le Grand prêtre.</p>
<p>La triste fin de la Reine des Indes est celle d&rsquo;une <em>Leçon de Ténèbres</em> avec ces bougies éteintes une à une jusqu&rsquo;au noir total. Le présage serait par trop sombre pour un anniversaire ; aussi est-il contrebalancé par un superbe feu d&rsquo;artifice et un bis dirigé par William Christie lui-même : « Come all, come at my call, in this glorious day ! ».</p>
<p> </p>
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		<title>MOZART, La finta giardiniera — Paris (Cité de la Musique)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/le-jeune-mozart-cultive-son-jardin-paris-cite-de-la-musique-lecon-de-jardinage/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claire-Marie Caussin]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 Nov 2019 22:44:23 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En marge des représentations de La Finta Giardiniera – dont notre collègue Tania Bracq proposait il y a quelques jours un compte rendu enthousiaste –, William Christie animait à la Cité de la musique une sorte de master class à destination du public qui, en plus d’extraits de l’opéra en question, présentait les jeunes chanteurs &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En marge des représentations de <em>La Finta Giardiniera</em> – <a href="https://www.forumopera.com/la-finta-giardiniera-nantes-la-fougue-de-la-jeunesse">dont notre collègue Tania Bracq proposait il y a quelques jours un compte rendu enthousiaste</a> –, <strong>William Christie</strong> animait à la Cité de la musique une sorte de master class à destination du public qui, en plus d’extraits de l’opéra en question, présentait les jeunes chanteurs de la 9<sup>e</sup> édition du Jardin des voix.</p>
<p>L’occasion pour le chef, accompagné par <strong>Paul Agnew</strong>, de se remémorer l’histoire de cette académie créée en 2002 et qui a vu se succéder nombre de chanteurs aux carrières aujourd’hui florissantes ; l’occasion également de donner des clés d’écoute pour une œuvre rarement jouée mais recelant déjà tout le génie dramatique d’un Mozart de dix-huit ans, dont le talent ne demandait qu’à s’épanouir.</p>
<p>Après un rappel du contexte de création de l’œuvre, le duo Christie / Agnew s’emploie à décrire l’orchestre classique en opposition aux orchestres baroque et moderne, ainsi qu’à mettre en lumière les caractéristiques du récitatif et des ensembles dans la production mozartienne, exemples à l’appui.</p>
<p>Le jeune contre-ténor <strong>Théo Imart</strong> se fait ainsi entendre dans le rôle de Ramiro, et force est de constater que peu de chanteurs sont capables d’interpréter un rôle aussi aigu, écrit à l’origine pour un castrat et depuis longtemps repris par les mezzo-sopranos. La voix est encore jeune, l’expressivité scénique un peu timide ; mais aucun doute que Théo Imart possède toutes les qualités requises pour s’épanouir vocalement, dont un timbre clair et lumineux particulièrement intéressant.</p>
<p>Les trois sopranos de la production, <strong>Mariasole Mainini </strong>(Sandrina), <strong>Lauren Lodge Campbell </strong>(Serpetta) et <strong>Déborah Cachet</strong> (Arminda), en plus d’être des voix prometteuses, font déjà preuve d’une belle efficacité dramatique. On regrette de ne pas les avoir entendues davantage ; mais les récitatifs de Sandrina et Serpetta ont en tout cas démontré un engagement scénique évident. Ne manque plus que les voix mûrissent encore un peu, en gagnant en rondeur et en ampleur, ce qui ne saurait tarder.</p>
<p>Les ténors <strong>Rory Carver</strong> (Don Anchise) et <strong>Moritz Kallenberg</strong> (Belfiore) ainsi que la basse <strong>Sreten Manojlovic</strong> (Nardo) semblent quant à eux posséder une forte expérience de la scène, tout en étant plus assurés vocalement que leurs jeunes collègues. Ils parviennent ainsi à tirer leur épingle du jeu dans les courts extraits musicaux interprétés, et notamment les ensembles dans lesquels ils s’affirment et se font entendre.</p>
<p>A la tête bien sûr de l’orchestre des <strong>Arts Florissants</strong> (dans une configuration ici très réduite), William Christie dirige une <em>Finta giardiniera</em> vivace et colorée avec une joie bien visible. Mais au-delà de ces quelques pages de musique, au-delà même des clés d’écoute que le chef nous a fournies, cette « leçon de musique » fut l’occasion de constater, une fois de plus, que William Christie fait preuve d’une oreille remarquable pour dénicher les jeunes pousses de son Jardin des voix ; et que, décidément, il a la main verte.</p>
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		<title>MOZART, La finta giardiniera — Nantes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-finta-giardiniera-nantes-la-fougue-de-la-jeunesse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 02 Nov 2019 11:38:15 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>« La fougue de la jeunesse », tel pourrait être l’exergue de cette Finta Giardiniera proposée par l’Opéra de Nantes dans la version crée l’été dernier par le Jardin des Voix. Cette ardeur juvénile, c’est d’abord celle d’un Mozart de dix-huit ans à la fabuleuse faconde, qui développe déjà, dans de très belles pages, les thèmes centraux &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« La fougue de la jeunesse », tel pourrait être l’exergue de cette <em>Finta Giardiniera </em>proposée par l’Opéra de Nantes dans la version crée l’été dernier par le Jardin des Voix.</p>
<p>Cette ardeur juvénile, c’est d’abord celle d’un Mozart de dix-huit ans à la fabuleuse faconde, qui développe déjà, dans de très belles pages, les thèmes centraux de son œuvre lyrique : les jeux de travestissements – parfaitement adaptés pour cette œuvre composée à l&rsquo;occasion du carnaval de Munich ; l’éventail infini du sentiment amoureux, du badinage à la passion destructrice ; la sagesse qui dépasse la possessivité, préférant l’autre libre et heureux, même auprès d’un autre…</p>
<p>S’il est vrai que les personnages relèvent plus parfois de l’archétype que de l’humain de chair et de sang, la direction d’acteur de <strong>Sophie Daneman</strong> &#8211; qui accompagne les Arts Florissants depuis de nombreuses années &#8211; joue de cette faiblesse avec une notable intelligence, la transformant en pirouettes et en clins d’oeils pleins d’humour. Les indications, extrêmement précises, nourrissent une soirée au rythme enlevé et pétillant de charme qui dépasse ce que l’on espérait de la simple mise en espace annoncée dans le programme. Implanté en fond de scène, comme pour une version concert, l’orchestre est à la fois délicieusement visible et placé derrière les chanteurs, ce qui évite de les mettre en difficulté – car les voix ne sont pas très larges – tandis que l’action se développe sur le proscenium.</p>
<p>Si l’on voulait chipoter, l’on pourrait trouver à redire à certains éléments de costumes ou de décor : Quel dommage que la robe de l’héroïne soit si peu seyante, tout comme les fausses fleurs appliquées sur la robe de sa rivale ; pourquoi les chaussures des femmes sont-elles si étonnement ringardes ? Surtout, pourquoi laisser ces arbres printaniers au second acte milieu d’une nature censément hostile ? Dans sa rage, Arminda aurait pu en déraciner quelques-uns plutôt que de s’acharner sur les pots de fleurs !</p>
<p>En revanche, opposer les personnages aristocratiques en habits de soirée noirs et blancs et les serviteurs (réels ou travestis) en robe à fleurs ou uniforme de jardinier, s’avère aussi efficace que séduisant à l’œil. Concept logique mais bien joli aussi que ces tenues qui se débraillent au fil de la soirée tandis que les vrais sentiments des personnages viennent au jour. Plus encore, cette feuille que chacun enlève de ses cheveux ou de ses vêtements en rentrant du lieu sauvage où il a retrouvé l’état de nature, laissant s’exprimer passions et folie de la manière la plus débridée et reprenant ainsi ses esprits et la maitrise de lui-même.</p>
<p>Car cette jeunesse pleine de fougue, c’est également celle des jeunes artistes de la 9e Académie du Jardin des Voix dont l’implication scénique, l’énergie vibrionnante et joyeuse appelle maints éloges. Ils viennent de l’Europe entière mais font montre d’une parfaite complicité. Les dictions sont exemplaires de clarté, les émissions vocales d’un formidable naturel, sans forçage, les récitatifs aussi intelligents qu’intelligibles, le plaisir de jouer, manifeste. Les personnalités, aussi, sont bien affirmées.</p>
<p>La Serpetta piquante et enjouée de <strong>Lauren Lodge Campbell</strong>, boit le chocolat de sa maitresse comme le fera Despina, chante pour son amoureux en faisant mine de ne fredonner que pour elle-même, annonçant Suzanna. Soubrette idéale, elle dispose d’un minois charmant, d’une vivacité scénique délicieuse et d’un outil vocal brillamment poli. Sans illusion sur la fidélité masculine à l&rsquo;exemple d&rsquo;une servante de comédie, la morgue en sus, l’Arminda de <strong>Déborah Cachet</strong> brille par l’unité des registres, le sens de la ligne, les graves bien timbrés. A l’amant convaincu d’infidélité, le taille-haie pourrait bien élaguer les ardeurs !</p>
<p>Face à ces deux fortes personnalités, <strong>Mariasole Mainini</strong> a le difficile privilège d’incarner Violante/Sandrina, Janus à l’identité mouvante, qui rompt la légèreté du propos général de la soirée en basculant dans la folie. Une personnalité étrange et masochiste qui poursuit – avec des motivations totalement ambivalentes – l’homme qui a tenté de la tuer dans un accès de jalousie. Voici déjà, chez le jeune Mozart, une figure féminine forte, incarnation de l’ambivalence passionnelle, qui revient peu à peu à la vie après avoir risqué de se perdre totalement. La soprano italienne se glisse avec une belle sincérité dans cette interprétation ardue, évitant l’écueil du surjeu, d’une voix bien unifiée, au timbre sensuel, à laquelle un peu plus d’ancrage et moins d’air, ne nuiraient pas.</p>
<p>Tiraillé entre deux belles, <strong>Moritz Kallenberg</strong> incarne, quant à lui, un Belfiore éminemment séduisant qui joue des clichés pour mieux émouvoir. Le ténor s’enorgueillit d’une voix charnue aux traits souples que l’on retrouvera avec plaisir dans <em>Parsifal</em> à l’Opéra du Rhin en janvier prochain.</p>
<p>Autre parcours à suivre, celui du benjamin de la troupe : le tout jeune contre-ténor <strong>Théo Imart </strong>se révèle en effet un vocaliste de premier ordre, aux graves bien campés, au timbre idéal de pureté. Seul son dernier air accuse une certaine fatigue qui met quelque peu à mal la longueur du souffle.</p>
<p>Le Podestat de <strong>Rory Carver</strong> n’a évidemment pas l’âge du rôle ; il n’en n’a pas encore l’ampleur vocale, mais compense cet inconvénient par une présence pleine d’humour, une projection saine et généreuse ainsi qu’un naturel émérite dans l’émission.</p>
<p>Le Nardo de <strong>Sreten Manojlovic</strong> gagnera également à s’étoffer, à trouver plus de profondeur dans les graves et d’aisance dans les aigus, mais, bouffonnant à plaisir, il s’impose par un épatant travail des couleurs vocales qui emporte l’adhésion et les rires d’un public conquis.</p>
<p>A la fougue juvénile d’un Mozart adolescent et d’un plateau vocal d’une grande fraîcheur, répond celle toujours formidablement vive de <strong>William Christie</strong> qui prend un plaisir manifeste, contagieux, à conduire la pâte sonore velouté et sensuelle de l’orchestre des <strong>Arts Florissants</strong>. Les tempi sont enlevés, l’interprétation merveilleusement contrastée, délicate, l’écoute du plateau remarquablement attentive en dépit de deux petits décalages. Le pupitre des violoncelles est particulièrement suave, celui des hautbois d’un velours mémorable, tandis que le continuo fait montre d’une sensibilité qui ravit.</p>
<p> </p>
<p>Dans les semaines qui viennent, ce spectacle rafraichissant voyagera jusqu’à l’Opéra Royal de Versailles, la Philharmonie de Paris, le Théâtre Impérial de Compiègne – coproducteur &#8211; mais également Valencia ou encore Moscou et Vienne.</p>
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