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	<title>Lodovico Filippo RAVIZZA - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Fri, 28 Aug 2026 15:58:17 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Lodovico Filippo RAVIZZA - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>PUCCINI, La Bohème – Baden-Baden</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-la-boheme-baden-baden/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 29 Aug 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est avec une grande et candide confiance qu’on arrive au Festspielhaus de Baden-Baden pour l’opéra événement de l’été : à l’affiche, une Bohème avec la superstar Benjamin Bernheim et Carolina López Moreno que nous avions adorée en Mimi à Vérone le mois dernier. Le spectacle s’annonce de qualité supérieure et la salle est comble. Et le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est avec une grande et candide confiance qu’on arrive au Festspielhaus de Baden-Baden pour l’opéra événement de l’été : à l’affiche, une <em>Bohème</em> avec la superstar <strong>Benjamin Bernheim</strong> et <strong>Carolina López Moreno </strong>que nous avions adorée en Mimi <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-la-boheme-verone/">à Vérone</a> le mois dernier. Le spectacle s’annonce de qualité supérieure et la salle est comble. Et le scénographe <strong>Fabio Rickenmann</strong> assure une mise en espace minimaliste pour animer une version de concert qui se rapproche fortement d’une mise en scène traditionnelle : deux tables, les chaises que sont censées occuper les chanteurs entre deux airs, quelques verres teintés au fond pour un liquide qui ne risque pas de couler, l’une ou l’autre bouteille, un chevalet, un drap, juste de quoi permettre de mimer l’essentiel de l’action. Marcello est déjà en place, feignant de peindre, se frottant les mains pour se réchauffer.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20260823_LaBoheme_cMichaelGregonowits-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-219577"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Michael Gregonowits</sup></figcaption></figure>


<p>Arrive Rodolfo, échine courbée, transi de froid (il le mime à merveille) et le visage exceptionnellement grave. Mais le chanteur marque plus qu’il ne chante et se retourne pour tousser à la fin de chaque phrase musicale. On se dit qu’en principe, ce n’est pas lui, mais Mimi qui est censée tousser, ce qui ne laisse pas de nous inquiéter. La jeune cousette arrive, pimpante, en robe du soir très près du corps, aux antipodes de ce qu’il est convenu pour le rôle et là, les choses se gâtent. Benjamin Bernheim s’interrompt, déclare qu’il va prendre dix minutes de pause, ce qui a pour effet de faire se lever tout le monde, comme un seul homme. <br />La scène se vide et les lumières se rallument tandis qu’une rumeur inquiète s’élève de la salle. Quelques moments d’angoisse plus tard, un officiel arrive pour demander encore un peu de patience. Et quelque temps plus tard, c’est le directeur du Festspielhaus, <strong>Benedikt Stampa</strong>, qui survient, infiniment sérieux et le micro à la main. On se dit que la soirée va s’écourter pour tout le monde ; en effet, Benjamin Bernheim ne peut plus chanter. C’est la consternation jusqu’à ce qu’il finisse par nous dire que dans le public, quelqu’un était présent qui pouvait reprendre la situation en mains. « Nous avons un ténor », nous informe-t-il, comme il aurait signifié : « Habemus papam ».</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20260823_LaBoheme_cMichaelGregonowits-7-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-219583"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Michael Gregonowits</sup></figcaption></figure>


<p>Le spectacle recommence, mais cela cafouille quelque peu : <strong>Marco Armiliato </strong>dirige son orchestre sans pupitre, donc sans partition, et il faut un moment pour que tout le monde sache où l’on doit reprendre exactement. C’est avec « Mi chiamano Mimì » que l’on enchaîne, ce qui veut dire que nous n’aurons pas droit au grand air du ténor, « Che gelida manina »… On comprend que le sauveur n’ait pas envie de commencer sans échauffement par l’air principal de l’œuvre, mais cela casse un peu l’ambiance, quand bien même tout le monde soit très content de ne pas avoir été obligé de rentrer à la maison plus tôt que prévu&#8230; <br />Et c’est ainsi que l’on assiste à un opéra où Rodolfo est incarné par un ténor muet qui mime son rôle (il saisit sa Mimi à pleines mains) et l’assure en playback, tantôt côté jardin, tantôt au centre, alors que le ténor valide, côté cour, bras croisés et concentré devant sa tablette, chante l’ensemble de la partition assez loin des autres protagonistes. Le spectateur a beaucoup de mal à suivre et risque le torticolis, ne sachant plus très bien qui regarder, d’autant que le chef remue également les lèvres, nous donnant l’impression d’avoir affaire à deux ventriloques. <br />Tout cela sent l’improvisation et pourrait voisiner le grand n’importe quoi, mais, curieusement, le résultat est étonnant de justesse, le professionnalisme des interprètes s’imposant à tous. Qui plus est, l’émotion est constamment présente et il est très difficile de retenir ses larmes. Lorsque Mimi apparaît lors de la scène finale, accompagnée de Musetta, on va l’installer non pas dans un lit, mais sur trois chaises, lesquelles n’ont pas été fixées entre elles. La soprano manque de se retrouver par terre, mais Benjamin Bernheim est là pour stabiliser le grabat branlant et approximatif parvenant à éviter l’incident funeste. Nous réprimons un fou rire, avec une arrière-pensée négative : ça y est, c’est fichu, nous sommes en plein <em>slapstick</em> involontaire, impossible de s’intéresser comme il se doit aux malheurs de la pauvre Mimì et il est compliqué d’éprouver l’empathie nécessaire pour la catharsis commune finale. <br />Que nenni ! Car quelques secondes plus tard, nous fondons en larmes comme rarement. Pourquoi tant d’émoi ? Est-ce dû aux circonstances rocambolesques de ce concert, sauvé <em>in extremis</em> ? Mais non… C’est là qu’on se rend compte, si ce n’était pas déjà une certitude, de la puissance de l’œuvre de Puccini, apte à résister à tous les contextes, même les moins favorables. La qualité de l’interprétation fait le reste.</p>
<p>Car Carolina López Moreno est absolument formidable. Elle nous avait fait vibrer à Vérone, elle récidive ici. La voix est puissante et autoritaire et la soprano incarne le rôle de la cousette comme celui d’une maîtresse femme qui se révèle d’emblée comme une séductrice sachant exactement ce qu’elle veut. <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-la-boheme-gstaad/">Charles Sigel</a> s’était étonné du choix de sa robe de vamp à Gstaad, très éloignée de la réalité du personnage, nous avons la même sensation, mais qu’à cela ne tienne, la chanteuse parvient sans peine à faire croire à son amour naissant (et conquérant) et à l’évolution de son mal, la conduisant du désespoir à l’acceptation, le tout saupoudré d’une nostalgie que l’on décèle au plus profond du timbre, fort beau. Son « Bada sotto il guanciale c’è la cuffietta rosa » est irrésistible. <br />Son Rodolfo de circonstance se montre tout à fait à la hauteur de la situation. Le ténor venu de Cincinnati (mais établi à Zurich, c’est tout de même plus pratique pour rejoindre Baden-Baden à l’impromptu) sauve la soirée, mais le fait avec maestria. <strong>Andrew Owens </strong>n’a pas forcément la projection vigoureuse et ample dont on pourrait rêver, mais son interprétation est empreinte de sensibilité et touche le public qui de toute façon, quoi qu’il advienne, est prêt à tout lui passer. <strong>Sandra Hamaoui</strong>, magnifique dans ses robes bustier et fourreau noir et fuschia, est une Musetta qui dégage beaucoup de charme, mais dont le « Cuando men vo » manque un peu d’éclat. De même, la scène finale est chantée comme en retrait, en dessous des moyens de la soprano, cependant très crédible scéniquement. <br />Les trois amis, en revanche, font grande impression, à commencer par <strong>Lodovico Filippo Ravizza</strong>, chaleureux et bienveillant, Marcello au grand cœur, voix ronde et belle projection. <strong>Biagio Pizzuti</strong> est un Schaunard de luxe, vibrant de naturel, conférant à son personnage une profondeur inhabituelle. Quant à <strong>Gianluca Buratto</strong>, sa tirade exaltée tout en renoncement avant le sacrifice du manteau fait de ce Colline un protagoniste de tout premier plan. Le trio fonctionne à merveille et occupe le terrain, au moins autant que les deux couples, c’est dire…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20260823_LaBoheme_cMichaelGregonowits-6-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-219582"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Michael Gregonowits</sup></figcaption></figure>


<p>Le <strong>Chor der Bühnen Bern</strong>, avantageusement placé à l’arrière, offre une qualité de projection bienvenue pour la scène de Momus. Ce sont les femmes qui interprètent les rôles d’enfants, qu’on aura rarement entendus aussi tonitruants, et pour cause. Le <strong>Gstaad Festival Orchestra</strong> est lui aussi bien en phase avec la partition de Puccini, dont on se délecte de la profusion de couleurs et la puissance émotive, sous une direction d’une très grande précision d’un <strong>Marco Armiliato</strong> très en forme. Au terme de cette représentation épique, après quelques instants pour se ressaisir et (probablement) essuyer ses larmes, le public éclate de joie et ovationne les artistes. Toute l’équipe semble soulagée, mais ne reviendra pas pour les rappels. Heureusement, il y avait un ténor dans la salle.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-la-boheme-baden-baden/">PUCCINI, La Bohème – Baden-Baden</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>PUCCINI, La Bohème – Gstaad</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-la-boheme-gstaad/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Aug 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Hédoniste, davantage que lacrymogène, cette Bohème ! Elle nous aura privé du plaisir, quelque peu pervers, des larmes à la mort de Mimi mais nous aura, à défaut d’une émotion profonde, plongé souvent, sinon toujours, dans un bain de voix et de sons délectable.Chaque année, le Gstaad Menuhin Festival offre en août un grand opéra &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Hédoniste, davantage que lacrymogène, cette <em>Bohème</em> ! Elle nous aura privé du plaisir, quelque peu pervers, des larmes à la mort de Mimi mais nous aura, à défaut d’une émotion profonde, plongé souvent, sinon toujours, dans un bain de voix et de sons délectable.<br />Chaque année, le Gstaad Menuhin Festival offre en août un grand opéra en version de concert, doté d&rsquo;interprètes prestigieux. Daniel Hope, dont c&rsquo;est la première saison comme directeur de cette institution septuagénaire, n&rsquo;a pas dérogé à cette tradition.</p>
<h4><strong>Vif-argent</strong></h4>
<p>Évidemment, une <em>Bohème</em> sans mansarde, ni terrasse du café Momus, ni petit matin sous la neige, perd quelques-uns de ces attraits. Mais la partition en offre d’autres, l&rsquo;orchestre notamment. À la tête d&rsquo;un <strong>Gstaad Festival Orchestra</strong> en pleine forme, <strong>Marco Armiliato</strong> est le maître d&rsquo;œuvre essentiel de la représentation. Le tissu symphonique élaboré par Puccini, marqueterie de ponctuations nerveuses, de thèmes ne prenant qu&rsquo;à peine le temps du s’alanguir, de timbres, de couleurs, d&rsquo;associations d&rsquo;instruments à peine aperçues que disparues, devient sous la direction vif-argent du chef génois, qui a dirigé cet opéra partout, le protagoniste essentiel.<br />À cet égard, la virtuose première scène avance dans un élan constant sans qu&rsquo;on perde rien d’un fourmillement d&rsquo;évènements sonores, auquel les voix des quatre garçons ajoutent leur polyphonie.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2026RaphaelFauxRFX_6096-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-219317"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Lodovico Filippo Ravizza, Biagio Pizzuti, Roberto Abbondanza, Gianluca Buratto,<sub> </sub>Benjamin Bernheim © Raphaël Faux</sub></figcaption></figure>


<p>La distribution masculine est irréprochable : le Marcello de <strong>Lodovico Filippo Ravizza</strong> ajoute à sa présence bonhomme et solide une beauté de timbre, une projection, des phrasés, un naturel de jeu, suggérant la bonté du personnage, qui en font un complice parfait, parce qu&rsquo;il est son contraire, du Rodolfo de <strong>Benjamin Bernheim</strong>. Mais on voudrait, avant de parler de lui, dire un mot du Schaunard de <strong>Biagio Pizzuti</strong> et du Colline de <strong>Gianluca Buratto</strong>, tous deux excellents de naturel, de couleur vocale, d’insertion dans les ensembles. On ajoutera que <strong>Roberto Abbondanza</strong>, qui fait figure de vétéran, dessine un Benoît (le logeur qui vient réclamer le loyer) tout aussi bien chantant.<br />Est-ce le fait d&rsquo;une mise en espace très basique, mais on a l&rsquo;impression, dans les ensembles, – et bien que les chanteurs tournent le dos au chef d&rsquo;où quelques décalage furtifs –, d&rsquo;entendre la précision d&rsquo;une « italienne » avec orchestre.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2026RaphaelFauxRFX_6637-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-219324"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Benjamin Berheim © Raphaël Faux</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Grisant</strong></h4>
<p>Mais il est évident que, si la salle (la tente) du festival affiche complet, c&rsquo;est pour Benjamin Bernheim. La mèche d&rsquo;abord en bataille (pour faire poète ?), il dessine un Rodolfo léger, insouciant, extraverti, avec ce naturel en scène, cette façon de bouger sur le plateau comme à la ville, qui lui est propre. On a commencé cet article parle le mot « hédoniste », c&rsquo;est bien sûr par allusion à l&rsquo;ineffable beauté sonore de ce que Bernheim donne à entendre. La clarté lumineuse du timbre, cette couleur française qu’il insinue dans le répertoire italien, cet allégement, ces passages insensibles en voix mixte, ce legato enjôleur, ce sourire aussi qu&rsquo;on entend constamment, tout cela est de l&rsquo;ordre de la pure volupté.</p>
<p>Ajoutons aussi quelque chose qui lui est très particulier : cette impression de distance d&rsquo;avec son personnage – et d’avec lui-même ? – qu&rsquo;il donne constamment, d&rsquo;ironie, de « je ne suis pas tout à fait là, je n&rsquo;adhère pas tout à fait à ce que je fais », cette impression qu&rsquo;il est « entre guillemets », ce qu&rsquo;il y a dans son Roméo, ce sentiment qu&rsquo;il joue à jouer, – en d&rsquo;autres temps on aurait parlé de « distanciation » – fait qu&rsquo;on oublie un peu d&rsquo;être ému pour se laisser « seulement » griser, mais alors là irrésistiblement… Et puis son charme, bien sûr, comment y résister ?</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2026RaphaelFauxRFX_6218-1-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-219329"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Carolina López Moreno © Raphaël Faux</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Vampé</strong></h4>
<p>Si ce Rodolfo est poète au second degré, à quel degré sa Mimi est-elle cousette ? <strong>Carolina López Moreno</strong> a eu l&rsquo;idée saugrenue de revêtir une noire robe de vamp très moulante, qui certes lui va à ravir, très décolletée, pas très raisonnable pour quelqu&rsquo;un qui souffre des bronches (on parle du personnage, pas de la chanteuse). <br />Cette Mimi n&rsquo;a pas froid aux yeux (non plus), elle souffle sa bougie pour la rallumer à la flamme de Rodolfo, qu&rsquo;elle embrasse sur la bouche sans trop de préambules. Vocalement non plus, la fragilité n&rsquo;est pas son fort. C&rsquo;est une Mimi qui rêve d&rsquo;être Tosca. Au « Che gelida manina » évidemment enchanteur de Benjamin Bernheim (tout ce qu&rsquo;on a dit : la lumière, la ligne, l&rsquo;éclat et l&rsquo;allégement, le lyrisme élégiaque, à quoi s’ajoute la projection pour rivaliser avec l’orchestre – assez fort), elle répond par un « Mi chiamano Mimi » à pleine puissance, de sa voix aux couleurs assez dramatiques (mais aux notes graves d’abord assez instables, ce qui disparaîtra quand la voix sera plus chaude). Ce chant un peu bravache, très extraverti, lui vaudra des applaudissements, même s’il n’a d’ailleurs pas toujours, dans son genre, une homogénéité idéale.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2026RaphaelFauxRFX_6475-1-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-219330"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Au café Momus (à droite Sandra Hamaoui) © Raphaël Faux</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Foisonnement</strong></h4>
<p>Le tableau du café Momus rutilera de cuivres et de fanfares à défaut de briller par sa mise en espace : faute de place, c’est en contrebas du plateau que <strong>Fabio Rickenmann</strong> installe les tables de sa terrasse, de sorte que la plupart des spectateurs ne verront dépasser que quelques têtes de l’excellent <strong>Chor der Bühnen Bern</strong>, par ailleurs très en place musicalement, maîtrisant comme l’orchestre les incessants changements de tempo impeccablement négociés par Armiliato (la fulgurance et le foisonnement de cette partition, même si on la connaît par cœur, sont encore plus évidentes en version de concert).<br />C’est dans ce tableau qu’apparait Musetta. <strong>Sandra Hamaoui</strong> y fait un numéro de meneuse de revue qui ravit le public, ou l’amuse. Dommage cependant que son « Cuando men vo » n’ait pas vocalement le délié de sa gestuelle.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2026RaphaelFauxRFX_6324-1024x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-219319"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Carolina Lopèz Moreno et Benjamin Bernheim © Raphaël Faux</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Belles notes</strong></h4>
<p>Dirigé un peu trop vite, le tableau de la Barrière d’Enfer y perdra de sa poésie neigeuse ; on y verra apparaître une Mimi en recherche de ses notes graves autant que de Marcello auquel elle racontera la jalousie de Rodolfo. Si sa vocalité extravertie (et pas très homogène) semblera d’abord hors de propos, en revanche la retenue, le legato de Lodovico Filippo Ravizza donneront à nouveau tout son poids d’humanité au bon Marcello, tandis que Bernheim fera d’autres merveilles de clarté, de lyrisme, de ligne (« Amo Mimi sovra ogni cosa al mondo »). <br />Mais portée par les couleurs de l’orchestre (les contrechants des bois, la clarinette basse notamment), Carolina López Moreno prêtera de belles notes et un dramatisme cette fois-ci très juste à son « Bada sotto il guanciale c&rsquo;è la cuffietta rosa », avec des sons filés qui feront fondre le public. Comme l’irrésistible quatuor final, entrecroisant les effusions des deux amants et les éternelles querelles du duo Marcello-Musetta.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2026RaphaelFauxRFX_6631-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-219323"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Lodovico Filippo Ravizza et Benjamin Berheim © Raphaël Faux</sub><br><br></figcaption></figure>


<h4><strong>Duo d’amitié</strong></h4>
<p>Au chapitre des voluptés sonores, on inscrira le duo Rodolfo-Marcello du dernier tableau, « Mimi ne andasti e più non torni », duo d’amitié idéal où les deux timbres, quasi amoureusement, s’entrecroisent ou se retrouvent pour un unisson, avant en guise de strette un quatuor burlesque avec un parfait Schaunard et un Colline dont le « Vecchia zimarra », très fervent, très intense, recevra un bel applaudissement.<br />À nouveau, on remarque la netteté de la direction d’Armiliato – et le beau phrasé des cordes sur l’entrée de Mimi, frigorifiée mais toujours aussi peu couverte… </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2026RaphaelFauxRFX_6854-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-219334"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>La mort de Mimi © Raphaël Faux</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Chanter ou mourir</strong></h4>
<p>Les couleurs dramatiques de Carolina López Moreno donneront une force saisissante à son « Sei il mio amore é tutta la mia vita ». C’est le moment où il faut choisir entre chanter ou mourir. La soprano choisit de chanter ! Et Bernheim lui répondra par un « O mia bella Mimi » transcendant !</p>
<p>La réminiscence par Mimi de son « Mi chiamano Mimi ed il perchè non so » aura la fragilité qui nous avait manqué au premier acte, de même que le rappel du « Che gelida manina » de Rodolfo. Ces jolis moments vocaux, si justes, Carolina López Moreno les trouvera la tête posée sur l’épaule de Benjamin Bernheim, belle image. Comme celle de son bras retombant quand la vie la quittera.<br />Sandra Hamaoui aura quant à elle son meilleur moment, vocalement et émotionnellement, dans la prière « Dio benedetto, Madonna benedetta », et évidemment, à défaut de pleurer à chaudes larmes, on ne pourra qu’être touché par ce moment où tous comprennent que c’est fini, sauf Rodolfo qui s’est éloigné et n’a rien vu. <br />Et par ses appels « Mimi, Mimi ! » avant le grand coup de timbale qu’on prend dans l’estomac et les implacables accords funèbres des cors.</p>
<p>Standing ovation !</p>
<p>Comme si le public voulait manifester, après ce moment poignant, le sursaut de la vie.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-la-boheme-gstaad/">PUCCINI, La Bohème – Gstaad</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>VERDI, Un ballo in maschera &#8211; Busseto (Festival Verdi)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-un-ballo-in-maschera-busseto-festival-verdi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Brunetto]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 11 Oct 2024 03:59:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Distribuer de jeunes chanteurs dans une œuvre majeure du répertoire verdien peut se révéler périlleux au regard de l’exigence des profils vocaux. C’est pourtant le pari que fait le Festival Verdi pour ce Il ballo in maschera, monté au Teatro Verdi de Busseto, théâtre de poche de 300 places, qui en profite d’ailleurs pour faire &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Distribuer de jeunes chanteurs dans une œuvre majeure du répertoire verdien peut se révéler périlleux au regard de l’exigence des profils vocaux.</p>
<p>C’est pourtant le pari que fait le Festival Verdi pour ce <em>Il ballo in maschera</em>, monté au Teatro Verdi de Busseto, théâtre de poche de 300 places, qui en profite d’ailleurs pour faire alterner les titulaires des rôles principaux.</p>
<p>C’est un cadre idéal pour ces jeunes chanteurs afin de se frotter à ces grands rôles qui leur seraient sinon probablement hors d’atteinte à ce stade de leur carrière, d’autant que l’orchestre a lui-même rétréci au passage, réduit souvent à un instrument par pupitre (traitement radical qui appauvrit tout de même l’orchestration de Verdi malgré la fougue de l’Orchestra giovanile Italiana). La direction très mesurée de Fabio Biondi, que l’on n’attendait pas forcément dans ce répertoire, va dans ce sens, sans recherche absolue d’originalité, mais d’une attention maniaque aux chanteurs.</p>
<p>De fait, cet environnement permet au Riccardo de <strong>Davide Tuscano</strong>, plus clair et léger qu’habituellement, de s’épanouir, donnant une couleur juvénile au personnage. De plus, la ligne est élégante, et l’interprète est très à l’aise scéniquement, campant un comte dont l&rsquo;exaltation apparente semble couvrir un certain mal-être (il faut dire que le spectacle commence dans une ambiance de lendemain de fête très arrosée !). <strong>Caterina Marchesini</strong> (Amelia) inquiète, elle, dans ses premières interventions à l’acte 1 avec des aigus serrés et surtout une justesse problématique. Heureusement tout rentre dans l’ordre dès l’acte 2 et la chanteuse affronte crânement la tessiture très étendue, avec des graves bien projetés. Son « Morrò ma prima in grazia » émeut et l’expérience permettra sûrement à la voix de se libérer davantage.</p>
<p>On sent cependant la fatigue qui gagne progressivement ces deux interprètes, qui doivent puiser dans leurs réserves pour achever le dernier acte, au détriment des nuances.</p>
<p>À l’applaudimètre, les deux triomphateurs de cette matinée sont sans conteste Renato et Ulrica.</p>
<p>La sorcière de la mezzo coréenne <strong>Danbi Lee</strong>, engoncée dans une robe à crinoline, est particulièrement effrayante avec ses quelques cheveux épars et ses yeux vitreux. La voix est au diapason, parfaitement projetée sur toute la tessiture avec un poitrinage bien dosé, qui donne un impact indéniable à ses imprécations.</p>
<p>Mais si nous ne devions retenir qu&rsquo;un seul nom, ce serait celui de <strong>Lodovico Filippo Ravizza</strong>, Renato de très haut vol. Le timbre sombre et caressant, la voix puissante et enveloppante, capable d’éclats glaçants accrochent immédiatement l’oreille. Si le chanteur fait déjà carrière (sont notamment prévus des Giorgio Germont à Florence ou des Belcore à Turin) on lui prédit un avenir radieux, si tant est qu’il maîtrise quelques fragilités dans l’aigu.</p>
<p>Les autres protagonistes sont très bien distribués. On citera l’Oscar de <strong>Livia Piermatteo</strong>, soprano léger à l’acidité bien dosée, qui ose même des variations inhabituelles dans son air du dernier acte ou encore les deux conspirateurs, Tom (<strong>Lorenzo Barbieri</strong>) et Samuel (<strong>Agostino Subacchi</strong>) qui tirent de façon surprenante, mais avec un certain talent, le duo vers le comique.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/0919_UnBalloInMaschera2024-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1728592175611" alt="" />© Roberto Ricci</pre>
<p>La mise en scène dans un si petit espace relève de la gageure. Le défi est pourtant relevé haut la main par <strong>Daniele Menghini</strong>. Le dispositif scénique est relativement simple avec un hémicycle tout de tasseaux recouverts et un trône imposant à jardin, qui se transformera tout à tour en bouche de l’enfer ou en tombe. Ce décor se transforme grâce aux éclairages, tantôt teintes crues des néons, tantôt ambiance boîte de nuit pour le fameux bal, et aux accessoires où les crânes et les angelots tiennent une place prépondérante. L’atmosphère générale peut évoquer <em>The Rocky horror picture</em> <em>show</em> avec ses maquillages outranciers et ses costumes qui entretiennent un certain flou sur les genres, mais surtout la direction d’acteurs fluide et bien caractérisée permet une grande lisibilité de l’action sur scène, malgré l&rsquo;espace restreint et bien rempli.</p>
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