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	<title>Marius ARON - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Marius ARON - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>WEILL, Aufstieg und Fall der Stadt Mahagonny &#8211; Bâle</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/weill-aufstieg-und-fall-der-stadt-mahagonny-bale-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Sep 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Mahagonny, c’est d’abord un opéra sur l’opéra : une question adressée au genre lyrique et à son écosystème. Dans ses Notes sur l’opéra, qui accompagnent le livret, Brecht constate avec malice : « Comme l’opéra est cher à son public précisément du fait de son caractère arriéré, il faudrait que l’on soit attentif à l’afflux de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;"><em>Mahagonny</em>, c’est d’abord un opéra sur l’opéra : une question adressée au genre lyrique et à son écosystème. Dans ses <em>Notes sur l’opéra</em>, qui accompagnent le livret, Brecht constate avec malice : « Comme l’opéra est cher à son public précisément du fait de son caractère arriéré, il faudrait que l’on soit attentif à l’afflux de couches nouvelles aux appétits nouveaux, et aussi l’est-on : on veut <em>démocratiser</em>, naturellement sans que soit changé le caractère de la démocratie, lequel consiste à ce que soient donnés au “peuple” de nouveaux droits, mais non la possibilité de les exercer. […] Des innovations sont donc réclamées ou défendues – par les esprits les plus avancés – qui doivent mener à la rénovation de l’opéra –, une discussion de fond de l’opéra (de sa fonction !) n’est pas réclamée et ne serait sans doute pas défendue ». Pour, en quelque sorte, neutraliser cette perpétuelle reproduction du même fardée de bons sentiments, Brecht entend prendre le problème de l’intérieur : « Même si l’on voulait mettre en discussion l’opéra en tant que tel (sa fonction !), il faudrait faire un opéra ». Envoyons donc la musique.</p>
<p style="font-weight: 400;">Pour poser à l’opéra (à sa fonction, on suppose) les mêmes questions que celles que l’auteur adresse au théâtre de son temps, Brecht dresse un ensemble d’oppositions entre la « forme dramatique du théâtre » et la « forme épique du théâtre ». Pour rénover véritablement l’opéra, il devrait, à en croire l’auteur, être amené au niveau du théâtre épique. Là où le théâtre dramatique se caractérise essentiellement par la <em>passivité</em> qu’il implique, le théâtre épique serait le lieu de l’<em>activité</em>. La forme dramatique (celle que l’on trouve sous une épaisse couche de poussière donc) « implique le spectateur dans une action et ; épuise son activité ; lui procure des émotions ; le spectateur est plongé dans une action ; l’homme est supposé connu ; l’homme est immuable ; ce que l’homme devrait faire ; ses instincts ; la pensée détermine l’être ». En miroir (après dépoussiérage), la forme épique « fait [du spectateur] un observateur, mais ; éveille son activité ; l’oblige à des décisions et lui procure des connaissances ; [le spectateur] est confronté [à une action] ; l’homme est l’objet de la recherche ; l’homme qui se transforme et transforme ; ce que l’homme est obligé de faire ; ses motivations ; l’être social détermine la pensée ».</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/tb_mahagonny_khpringo_hoehn-37_0-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-220298"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Ingo Höhn</sup></figcaption></figure>


<p style="font-weight: 400;">Le moins que l’on puisse écrire, c’est que la mise en scène de <strong>Benedikt von Peter</strong> prend ces ambitions réformatrices, sinon au pied de la lettre, très au sérieux. Exit les fonctions du bâtiment théâtre. Il n’y a plus de séparation scène-salle et donc plus de séparation acteurs-public. L’action se déroule de manière mouvante. Le public est invité à se déguiser et à se fondre dans l’action qui, après avoir commencé dans le hall, se poursuit à l’extérieur, dans la salle, sur scène…, chacun étant libre de se déplacer et (paraît-il) d’intervenir. Il reste possible d’assister à l’ensemble du spectacle grâce à des projections de vidéo en direct (très réussies) et à une sonorisation (plus ou moins heureuse et, en l’occurrence, plutôt malheureuse).</p>
<p style="font-weight: 400;">On commence dans le hall donc : c’est la fondation de la ville de Mahagonny. L’orchestre est sur scène, très loin, on le devine plus qu’on ne l’entend. Il faudra attendre de migrer dans la salle et, pour les plus aventureux, sur des matelas disposés sur scène après le non-passage du typhon, pour apprécier à sa juste valeur la direction de <strong>Stefan Klingele</strong>. Face à une partition qui appelle des choix d’interprétation tranchés, le chef reste partisan d’un vrai son d’orchestre symphonique. L’approche est lisible (on n’écrirait pas analytique) et le son cohérent, avec une belle rondeur de cuivres et des cordes comme veloutées. Le chœur est présent et offre une prestation d’excellente tenue, malgré des conditions pour le moins atypiques (dans la salle, des écrans permettent de voir le chef plus ou moins partout. Ailleurs – outre quelques écrans fixes – on assiste aussi au ballet d’une télévision sur pied qui permet au chœur mais surtout aux solistes de limiter – mais donc pas d’éviter – les décalages).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/tb_mahagonny_ohpringo_hoehn-63_1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-220300"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Ingo Höhn</sup></figcaption></figure>


<p style="font-weight: 400;">D’emblée, on sait que la fondation de la ville magique portera son lot de frustrations. Pour le spectateur d’opéra (d’opéra poussiéreux du moins), la frustration est vocale. Le dispositif « scénique » (l’adjectif est évidemment inadéquat) implique une sonorisation, sonorisation doublée d’une amplification qu’on devine nécessaire, même si <em>a priori</em> les chanteurs n’en ont pas besoin. Le son reste amplifié dans la salle alors que, là, on n’imagine plus ce qui justifie ce choix. Il en résulte des aigus tendus et nasillards chez les ténors, des effets grossiers chez les voix masculines inférieures et le sentiment de n’avoir pas perçu tout ce que les voix féminines avaient réellement à offrir. Cela étant, le plateau (là encore, le terme est inadapté) recelait de belles voix : outre les qualités d’un jeu très à propos, la veuve Begbick de <strong>Jasmin Jorias</strong> offre une voix ample aux aigus cuivrés. Ses graves – poitrinés à l’occasion, jubilatoires parfois – sont servis par une projection impeccable. <strong>Solenn’ Lavanant Linke </strong>a le groove et la fragilité de la Jenny Hill qu’elle incarne. Le timbre est clair, voire ciselé, avec un vibrato présent mais maitrisé. On devine de très belles ouvertures de <em>pianissimi</em> que la sonorisation passe toutefois dans sa moulinette infernale.</p>
<p style="font-weight: 400;">Par chance, on était près du Fatty de <strong>Ronan Caillet</strong> à l’occasion de son premier air. Le timbre clair et la voix bien accrochée sont mis au service d’un phrasé engagé et d’une belle articulation. L’orchestre est par contre inaudible : on ne peut pas avoir le beurre, etc. <strong>Rolf Romei </strong>(Jim Mahoney) pâtit particulièrement du dispositif : son premier air est en décalage complet avec l’orchestre et l’amplification produit des sons médiums-haut et aigus nasillards et un médium qui paraît détimbré. Pourtant, dans la salle, plus proche du chanteur, on perçoit un timbre riche et coloré, un son parfaitement timbré sans nasalisation et un bel éventail de nuances, avec l’expression d’une vraie intimité. Le Joe de <strong>Marius Aron </strong>offre des graves intéressants, larges et sans noirceurs, tandis que le Bill d’<strong>Elliott Carlton Hines</strong> déploie un son plein, aux harmoniques riches et chatoyantes. Outre quelques problèmes de justesse chez le premier, <strong>Ervin Ahmeti </strong>(Jack), <strong>Andrew Murphy</strong> (Moses), <strong>Elisabetta Picello</strong>, <strong>Sarah Baxter</strong>, <strong>Eva Buffoni</strong>, <strong>Carmela Calvano Forte</strong> et <strong>Georgia Knower </strong>complètent une distribution de très bonne tenue, investie dans un dispositif vocalement et dramatiquement difficile et exigeant.</p>
<p style="font-weight: 400;"><em>At the end of the day</em> (c’est comme ça qu’on dit à Mahagonny), le spectacle s’achève sur un champ de ruines : celles que le livret appelle, bien sûr (les matelas maintenant désertés par les spectateurs/acteurs-figurants) : ruines d’un monde avide, là où la conscience de la finitude et l’amour réclamaient d’autres devenirs. Est-on aussi face aux ruines de l’opéra dans sa forme « théâtre dramatique » ? Pour son opéra, Brecht avait de grandes ambitions : il a « une fonction de changement de la société. [Mahagonny] est en quelque sorte encore superbement installé sur la vieille branche, mais du moins il la scie déjà (distrait ou par mauvaise conscience) un peu&#8230; ». Dans le théâtre, le public a évidemment conservé une attitude globalement passive : il ne suffit pas de recouvrir les sièges d’une toile pour rendre au spectateur l’autonomie dont il aurait été scandaleusement privé. Il ne suffit pas de bouleverser les habitudes pour bouleverser l’écosystème qui les façonne et qu’elles façonnent. La société n’a évidemment pas changé. Il n’empêche, on a réfléchi un peu plus. C’est déjà le triste constat d’une victoire. On s’est amusé aussi, beaucoup. C’est sans doute l’essentiel.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/weill-aufstieg-und-fall-der-stadt-mahagonny-bale-2/">WEILL, Aufstieg und Fall der Stadt Mahagonny &#8211; Bâle</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>WEILL, Aufstieg und Fall der Stadt Mahagonny – Bâle</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/weill-aufstieg-und-fall-der-stadt-mahagonny-bale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julian Lembke]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Aug 2026 04:59:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En ce début de saison, le Théâtre de Bâle reprend sa production de Aufstieg und Fall der Stadt Mahagonny (Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny). Cette œuvre phare de Kurt Weill et Bertold Brecht peut être lue comme une dystopie, une parabole sur sur le capitalisme et l’autoritarisme, un projet de société qui &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En ce début de saison, le Théâtre de Bâle reprend sa production de <em>Aufstieg und Fall der Stadt Mahagonny</em> (<em>Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny</em>). Cette œuvre phare de Kurt Weill et Bertold Brecht peut être lue comme une dystopie, une parabole sur sur le capitalisme et l’autoritarisme, un projet de société qui tourne mal. Mahagonny, Netzestadt (ville-piège, ville-filet), est une cité factice fondée par trois criminels afin d’attirer tous les mécontents du monde et leur proposer des distractions. Un jour, sous l’impulsion de Jim Mahoney, une des personnes ayant échoué sur place, la devise de la ville devient « Tu as le droit ». Tout est permis – sauf ne pas avoir d’argent. Dans un lieu où tout est régi par les règles de la consommation, où l’amour est un produit comme un autre, sans âme ni profondeur, les lois seront fatales à ceux qui l’ont instaurées, le peuple sombrera dans le chaos.<br />
Weill et Brecht rompent avec les codes classiques de l’art lyrique en construisant une dramaturgie qui repose sur les principes du théâtre épique et qui met en œuvre toutes sortes d’effets de distanciation, d’où par exemple une partition dont les points névralgiques sont des chansons, dont la célébrissime Alabama-Song. Dans cette tradition de renégociation du lien entre le public et le spectacle, la mise en scène de <strong>Benedikt von Peter</strong>, directeur du Théâtre de Bâle, est pourtant plus radicale et décentralisée. Essayant de transformer la dystopie en utopie, l’idée principale est de responsabiliser le public et de l’intégrer à des espaces qui lui sont étrangers.<br />
Dès le début, les spectateurs sont accueillis par le personnel de la ville : « Bienvenu à Mahagonny ! Bienvenu chez vous ! » Produits dérivés à l’appui (tels que la cuvée de champagne Mahagonny Deluxe), on est invité à se déguiser pour ressembler aux personnages : faux costumes de revue, baroque kitsch, tenues de motards, tout cela autant onirique que délibérément superficiel, imaginé par Geraldine Arnold. La faune de la cité a pris possession du hall du théâtre où le spectacle commence <em>ex nihilo</em>. Grâce à un dispositif d’écrans, de retransmissions et de vidéos (<strong>Gert Zander</strong>), différents espaces sont investis, dont notamment l’extérieur du théâtre ainsi que plusieurs endroits dans le hall. Pendant les premières scènes, le public est libre de se déplacer. De fil en aiguille, l’on rejoint aussi la salle, l’orchestre est installé sur la scène, les sièges sont bâchés. Le temps que la plus grande partie des spectateurs arrive, le personnel demande aux autres de prendre place sur la scène où des matelas sont prévus à cet effet. Ainsi, le public sera toujours au centre des événements. Notamment les membres du chœur engageront des interactions, allant de simples regards et gestes à la proposition de boire ou de chanter. L’espace scénique est hybride et multidimensionnel.<br />
Lorsque l’action se recentre finalement sur la scène – plus que la moitié de la soirée s’est déjà écoulée –, l’aspect pédagogique du spectacle commence à porter ses fruits. Inutile de dire que l’œuvre en elle-même, la musique et l’interprétation passent au second plan. La prestation des interprètes n’est plus jugée uniquement en fonction de sa qualité mais par rapport aux réflexions qu’elle provoque. Car le public est obligé de redéfinir son image de soi. Dans une situation où tout semble permis, à l’instar de Mahagonny, quel comportement est-on censé adopter ? Que peut-il nous arriver ? A-t-on le droit de s’abandonner à la magie du spectacle, à l’histoire, ou doit-on assumer un rôle plus conscient ? Faut-il jouer le jeu ou consommer de manière passive ? Les quelques moments les plus lyriques, lorsque, malgré tout, la force de la musique prend le dessus, sont d’étranges instants de transe, une sorte d’effet de distanciation en négatif qui vous plonge dans la narration pour vous en sortir aussitôt. L’orchestre sous la baguette de <strong>Thomas Wise</strong> est à la hauteur du défi qui soulève d’autres questions en termes d’acoustique et de son. Le public faisant partie du tableau, il devient aussi son propre spectateur, la tentation d’observer les autres va croissant. Si ce type de technique théâtrale existe depuis les années 1960 (par exemple dans <em>Outrage au public</em> de Peter Handke), la démarche de von Peter est plus catégorique. L’envie d’inverser les perspectives, de concevoir des espaces alternatifs, s’observe souvent dans ses mises en scène. Elle est également représentative du Théâtre de Bâle en général, qui est conçu comme un lieu de rencontre, ouvert et accueillant, traduisant une porosité entre la ville et la scène.<br />
Malgré les inévitables applaudissements finals – étrange vestige bourgeois vu la nature de la soirée –, le public sort étonné de ce spectacle sans début ni fin, qui incite à la réflexion.</p>
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