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	<title>Françoise MASSET - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Françoise MASSET - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>DE SÉVERAC, Le Roi Pinard Ier &#8211; Paris (Auditorium Darius Milhaud)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/de-severac-le-roi-pinard-ier-paris-auditorium-darius-milhaud/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Dec 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Né le le 20 juillet 1872 à Saint-Félix-Lauragais, Marie-Joseph-Alexandre Déodat de Séverac fut l&#8217;élève de Vincent d&#8217;Indy et d&#8217;Albéric Magnard, et plus tard l&#8217;assistant d&#8217;Isaac Albéniz (il acheva son Navarra après la mort du musicien espagnol). Il fréquente les milieux culturels de son temps (Picasso réalise son portrait) mais il était fier de ses origines &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Né le le 20 juillet 1872 à Saint-Félix-Lauragais, Marie-Joseph-Alexandre Déodat de Séverac fut l&rsquo;élève de Vincent d&rsquo;Indy et d&rsquo;Albéric Magnard, et plus tard l&rsquo;assistant d&rsquo;Isaac Albéniz (il acheva son <em>Navarra</em> après la mort du musicien espagnol). Il fréquente les milieux culturels de son temps (Picasso réalise son portrait) mais il était fier de ses origines occitanes. Compositeur relativement prolixe, il écrira régulièrement sur des vers en catalan. Dans le genre lyrique, on lui doit <span style="font-size: revert;">deux opéras,<em> Le Cœur du moulin</em> (Favart, 1909) et le </span>spectaculaire<em style="font-size: revert;"> Héliogabale</em><span style="font-size: revert;"> (Arènes de Béziers, 1910) au succès relatif et dont la production semble avoir été aussi grandiose que </span>financièrement<span style="font-size: revert;">&nbsp;</span>catastrophique.&nbsp;<em>Le Roi Pinard Ier</em> date de 1919. Son livret est dû aux plumes conjointes d&rsquo;Albert Bausil (gloire culturelle des Pyrénées-Orientales) et de Déodat de Séverac. Toutefois, l&rsquo;écriture de la musique remonte, au moins partiellement, à 1906. &nbsp;Elle fut d’abord été écrite pour l’opérette (non publiée, perdue et probablement inachevée) <em>Les Princesses d’Hokifari</em> (ou <em>La Princesse d’Okifari, </em>ou<em> Les Princesses,</em> ou encore <em>L’amour à Hokifari !</em>). Le livret était signé Louis Lointier, mais peut-être s&rsquo;agit-il du poète Joseph Lointier auquel Séverac avait dédié sa <em>Sérénade au Clair de Lune</em>. A l&rsquo;époque, le compositeur signait du reste Jean Moulin. La musique de cette première tentative fut donc réutilisée pour le nouvel opus. Malheureusement, il semblerait que Séverac ait oublié sa partition dans un train ! Soit par manque d’intérêt, soit parce que les horreurs de la guerre avaient dissipé son goût pour la comédie, ou soit encore par manque de temps (il meurt deux ans plus tard, le &nbsp;24 mars 1921 à seulement 48 ans), il ne cherchera pas à la reconstituer, tout en gardant une activité intense d’écriture : mélodies, piano, musique de chambre, pièces symphoniques, parfois inachevés ou perdus, se succèdent jusqu’a sa mort, et il ne s’attaque plus au répertoire lyrique.</p>
<p><strong>Françoise Tillard</strong> s’est attelée à reconstituer partiellement l’ouvrage à partir des rares fragments et documents subsistant, corrigeant certaines erreurs. Sa version, plus exactement intitulée <em>Autour du Roi Pinard Ier, roi de Clos-Vougi</em>, restitue une heure de musique. Elle a été créée à Paris, à l&rsquo;Espace Ararat, le 7 avril 2019, grâce à l&rsquo;association <a href="https://www.paroleetmusique.net/saison-2024-2025/">Parole et Musique.</a> L&rsquo;ouvrage a été donné à nouveau à Paris en 2022 et entre temps au Festival Séverac de Saint-Félix du Lauragais en 2021. Le grand succès de cette découverte justifiait cette nouvelle reprise, et les quelques 150 places de l’Auditorium Darius Milhaud était quasiment toutes occupées en ce dimanche après-midi, <em>Black Friday</em> ou pas.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="630" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Christophe-Poncet-de-Solages-Cecile-Achile-Francoise-Masset-Paul-Alexandre-Dubois-photo-Margaret-Skinner-IMG_5806-1024x630.jpeg" alt="" class="wp-image-178409"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Margaret Skinner</sup></figcaption></figure>


<p>L’intrigue est assez convenue. Le Roi Pinard, qui règne sur l’île de Clos-Vougi, a perdu sa fille, Blanche-Rose, il y a des années, alors qu’elle n’était qu’un bébé. Il n’en semble pas particulièrement affecté, le bon vin (et les mauvais calembours) suffisant à son bonheur. Sa fille ainée, la Princesse Névrozita, est (comme son nom l’indique) un brin hystérique. Elle voudrait se trouver un époux (duo avec Florilège, airiette « J’ai mes nerfs », suite du duo). Parallèlement, comme « marraine de guerre », elle a entamé une correspondance avec un soldat parti au front, qu’elle n’a jamais rencontré : il s’agit de l’aviateur Bleuet (nous sommes au sortir de la première guerre mondiale : Séverac était lui-même un ancien combattant de 14-18). La reine a une charmante demoiselle d’honneur, Florilège, amie de Névrozita… et qui pourrait avoir l’âge de l’enfant disparu. Elle aussi a entamé une correspondance avec un soldat, le footballeur Coq-Tel, qu’elle ne connait pas davantage. Le ministre du roi, Kompétence, vient expliquer au monarque que celui-ci a besoin d’un gendre : il a en conséquence organisé la visite de deux prétendants issus des deux familles royales voisines. Le fils du roi de la Côte-Rotie (il s’agira du prince Bleuet) et celui du roi de la Côte d’Azur (le prince Coq-Tel) seront présents le lendemain. Satisfait de son ministre, Pinard lui promet d’augmenter sa rente viagère et lui demande d’organiser le programme des festivités. L’acte premier se termine par un final enlevé, « Dans les États de Clos-Vougi » (1). L&rsquo;acte II s’ouvre par un long et charmant prélude, d’abord un peu nostalgique, puis plus enjoué. Les deux jeunes femmes attendent le début de la fête. Florilège chante un air un peu mélancolique puis un duo avec Névrozita où elles en appellent à la déesse de l’amour pour le choix de leurs époux. La guerre est finie. Pour que la fête soit complète, le roi a invité une célèbre couturière, Mademoiselle Chiffon, qui vient d’arriver de Paris en dirigeable. Les princes reviennent du front incognito et rencontrent leurs marraines : ils en tombent instantanément amoureux, et ces passions sont partagées. Toutefois, Coq-Tel accepte de courtiser lui aussi Névrozita pour flouer Kompétence (on ne sait pas pourquoi). De son côté, le roi tombe sous le charme de Mlle Chiffon : il lui offre à boire et abreuve toute la cour de grands vins (les auteurs auraient pu penser à mentionner le respect&#8230; de l&rsquo;étiquette !). Un brin éméché, il conte de manière drolatique la création de la ville de Paris par le berger Pâris. On apprend que Kompétence a condamné Florilège au pal pour la punir de son insolence (laquelle ?). Coq-Tel vante sa lignée sportive dans des couplets humoristiques. Puis c’est au tour de Bleuet. Les deux prétendants font semblant de se quereller. Restés seuls, Bleuet et Névrozita chantent un duo d’amour. Bleuet et Coq-Tel continuent de feindre se disputer le cœur de Névrozita. Acte III : Florilège a échappé au pal grâce à Coq-Tel qui a embrouillé le bourreau (pas plus de précisions). Le roi (chanté cette fois par le baryton) continue à courtiser la modiste qui ne s&rsquo;en laisse pas conter. Tandis que Névrozita cueille des fleurs et chante une délicate romance, Coq-Tel l’observe à la dérobée. Elle retrouve Bleuet sous la charmille (duo). Entre temps, Florilège a disparu. Bleuet et Coq-Tel dévoilent alors au roi la responsabilité de Kompétence dans la disparition de Blanche-Rose autrefois. Le ministre avait enlevé la fille du roi pour la confier à des gitans (la motivation semble se limiter à une jalousie envers le bonheur du souverain) : la fille perdue du roi et Florilège ne sont qu’une seule et même personne. Comment le savent-ils ? Mystère. Florilège est heureusement retrouvée. Deux gendarmes viennent arrêter Kompétence : le ministre félon est condamné à devenir sous-chef des eunuques. Les couples sont reconstitués et les mariages annoncés pour le lendemain (reprise du finale de l’acte I). </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Salut-Christophe-Poncet-de-Sola-ges-Cecile-Achile-Francoise-Masset-Paul-Alexandre-Dubois-photo-Alex-Aymard-P1017624-2-1-1024x682.jpeg" alt="" class="wp-image-178412"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Margaret Skinner</sup></figcaption></figure>


<p>Motivations, péripéties, dénouement… tout laisse un peu à désirer dans le livret : comme on le voit, <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/auber-et-scribe-un-patrimoine-lyrique-vivant-sous-la-direction-de-cecile-reynaud-et-jean-claude-yon/">on est loin de la « pièce bien faite » chère à Scribe</a>. Par ailleurs, on ne trouve ici aucune satire politique ou sociale, à l&rsquo;inverse des opéras-bouffes d’Offenbach. Dans le domaine de la pure loufoquerie, les ouvrages d’Hervé sont également autrement fantaisistes. Enfin, si le livret est assez démarqué de celui de <em>L’Étoile</em> de Chabrier, il n’en a aucunement la drôlerie, et il en va de même de la musique. Les couplets comprennent quelques calembours désolants : « Quel chenapan ! Pan pan ! », « Je suis le roi &#8211; ouah &#8211; ouah », « Je le dis sans anis, sans animaux, sans animosité » (ce dernier, c’est le meilleur). Tout cela manque un peu d&rsquo;esprit. Bref, la « farce lyrique » espérée tombe un peu à plat. D’autant que la musique est plutôt charmante et nostalgique, un peu entre Gabriel Fauré et Reynaldo Hahn, voire avec un soupçon de Claude Debussy, mais sans airs vraiment mémorables. On évitera toutefois de classer trop vite le style du fantasque languedocien qui disait de lui-même, à l&rsquo;époque de la composition de sa monumentale fresque tragique <em>Héliogabale</em> : « Je ne sais pourquoi on a essayé de me cataloguer parmi tels ou tels groupes de musiciens, telle ou telle école. (&#8230;) Bien que j’aie la réputation de posséder un caractère conciliant, je n’écoute personne, ni aucune théorie : je suis ma fantaisie sans m’occuper de plaire ou de déplaire. Je fais la musique qui me plaît, tant pis pour moi si je me trompe ». Déodat de Séverac semble en tout cas avoir été bien davantage à son aise dans la mélodie de chambre que dans la pure fantaisie. On passe néanmoins un très bel après-midi à la découverte d&rsquo;une musique de qualité, plus impressionniste que bouffonne, d&rsquo;où émergent aussi quelques très belles pages poétiques, notamment les duos.</p>
<p>La distribution réunit d&rsquo;excellents professionnels du chant. Ceux-ci se partagent les nombreux rôles de l’ouvrage. Le spectacle commence par une présentation des solistes et des rôles incarnés, différents accessoires permettant d&rsquo;identifier les divers personnages interprétés pas un même artiste. <strong>Christophe Poncet de Solages</strong> incarne les rôles du Roi Pinard Ier (qui a ici peu à chanter), d&rsquo;un gendarme et surtout de l’aviateur Bleuet à qui Séverac offre de belles envolées lyriques. Le ténor dispose d&rsquo;une voix bien projetée, au timbre chaleureux, d&rsquo;une prononciation impeccable et d&rsquo;une vis comica sans excès, avec un aigu percutant (si bémol dès son entrée en roi Pinard). Signalons que l&rsquo;on peut entendre ce chanteur en ce moment dans un spectacle Offenbach au Théâtre de Passy. <strong>Cécile Achille</strong> est Névrozita, un rôle aigu, assez colorature, où elle est vocalement impeccable. Le texte n’est pas toujours très clair, du fait d’une écriture un peu tendue, mais la chanteuse est attachante par son espièglerie : il est dommage que l’on n’entende pas davantage celle-ci sur nos scènes. La voix sombre du baryton <strong>Paul-Alexandre Dubois</strong> impressionne par sa puissance et sa versatilité (il incarne Pinard Ier ou une dame d&rsquo;honneur en voix mixte dans les ensembles où Poncet de Soulages chante Bleuet). Sa composition est amusante, sans histrionisme. On connaissait plutôt <strong>Françoise Masset</strong> pour ses interprétations dans le répertoire baroque, mais ce serait oublier l’éclectisme de cette artiste qui s’est également illustrée dans la musique contemporaine ou la romance du XIXe siècle. Dans une partition résiduelle qui lui donne assez peu à chanter, on appréciera une diction exceptionnelle et une interprétation fine, teintée d’un brin de nostalgie. Sans faiblir, Françoise Tillard accompagne sa troupe au piano avec chaleur, défendant corps et âme cette utile résurrection qui remporte un beau succès. Le court duo des gendarmes est repris en bis pour le plus grand bonheur de la salle.</p>
<p>Prochain rendez-vous avec Parole et Musique en 2025 pour <a href="https://www.forumopera.com/francoise-tillard-flotow-nous-montre-quon-peut-etre-heureux-meme-face-aux-plus-grands-malheurs/"><em>Le Peintre Norten</em>, sur des lieder d&rsquo;Hugo Wolf</a>.</p>
<pre>(1)  Par un hasard étonnant, ce finale rappelle (lointainement) le thème des cloches de<em> L'Ombre,</em> <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/flotow-lombre-paris-grevin/">ouvrage donné par la même compagnie en juin dernier.</a></pre><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/de-severac-le-roi-pinard-ier-paris-auditorium-darius-milhaud/">DE SÉVERAC, Le Roi Pinard Ier &#8211; Paris (Auditorium Darius Milhaud)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Verdun, feuillets de guerre</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/verdun-feuillets-de-guerre-devoir-de-memoire-accompli/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Feb 2016 17:00:36 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis que le label Hortus a entrepris de publier sa série de disques « Les Musiciens et la Grande Guerre », bien des œuvres ont été révélées, dues à bien des compositeurs qui commencent à retrouver un lustre qu’ils n’auraient jamais dû perdre. Cyrille Dubois a su admirablement défendre Lili Boulanger et son cycle Clairières dans le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis que le label Hortus a entrepris de publier sa série de disques « Les Musiciens et la Grande Guerre », bien des œuvres ont été révélées, dues à bien des compositeurs qui commencent à retrouver un lustre qu’ils n’auraient jamais dû perdre. Cyrille Dubois a su admirablement défendre Lili Boulanger et <a href="http://forumopera.com/concert-centenaire-de-la-grande-guerre-paris-tripes-a-la-mode-de-caen">son cycle <em>Clairières dans le ciel</em></a>, Marc Mauillon s’est fait à deux reprises l’interprète d’un <a href="http://forumopera.com/cd/melodies-prescience-conscience-la-victoire-en-chantant">répertoire international</a>. Premier récital interprété par une voix féminine, <em>Verdun, feuillets de guerre</em> apparaît d’emblée comme une réussite magistrale.</p>
<p>Ce succès tient beaucoup à l’immense talent de <strong>Françoise Masset</strong>, qu’on se réjouit de voir revenir sur le devant de la scène, après sa participation au <a href="http://forumopera.com/cd/les-donneurs-de-serenades-verlaine-silene-saturnien-satyre">disque de mélodies d’après Verlaine</a> enregistrées par Carl Ghazarossian et sa présence sur diverses scènes pour la tournée de <a href="http://forumopera.com/la-petite-renarde-rusee-nanterre-poetique-goupil"><em>La Petite Renarde rusée</em> montée par Louise Moaty</a>. Même si ce volume XVI de la série parue chez Hortus est placé sous l’égide de Marthe Chenal, célèbre pour avoir chanté <em>La Marseillaise </em>enroulée dans un drapeau français, c’est avec une immense délicatesse que Françoise Masset interprète ces mélodies pétries d’une émotion indicible. Mais la soprano sait aussi retrouver cette gouaille qu’une Hélène Delavault avait su mettre au sujet du répertoire populaire lorsqu’il s’agit de chanter les compositions de Vincent Scotto, ou plusieurs autres plages de ce disque qui semblent esthétiquement plus proches du café-concert que des salons. Dans tous les cas, la diction est au-dessus de tout soupçon, et le timbre garde sa fermeté.</p>
<p>Autre clef de la réussite de ce disque, un programme dont on admire à la fois la cohérence et la diversité, puisqu’il se compose exclusivement de pages écrites pendant le conflit, à l’exception de la sublime mélodie de Pierné qui ouvre le récital, « Les Dernières Pensées », publiée en 1921. Avec ses <em>Chansons de la Woëvre</em>, Henry Février incarne ces différentes atmosphères, puisqu’il inclut dans ce cycle aussi bien la gaieté de « Mimi Pinson met sa cocarde » que la mélancolie d’ « Octobre » ; le disque révèle en première mondiale quatre des huits numéros, et l’on espère que les quatre autres suivront bientôt sur un autre volume. De Jacques de la Presle, on découvre le magnifique « O morts », et Alfred Bruneau déploie tout son art dans « Le Tambour ». Jacques PIllois suscite l&rsquo;intérêt, et le désir d&rsquo;entendre le reste de ses <em>Feuillets de guerre. </em>Comme à son habitude, Reynaldo Hahn livre de purs bijoux : On retrouve sous un nom un peu différent le très beau « A nos morts ignorés » qui donnait son titre au <a href="http://forumopera.com/cd/a-nos-morts-ignores-le-poilu-revisite">volume XV enregistré par Marc Mauillon</a>, et l’on souhaite que Hortus nous donne bientôt à entendre le numéro 4 des <em>Cinq Petites Chansons</em>, curieusement exclu du programme. Cyrille Dubois avait révélé le <a href="http://forumopera.com/breve/cyrille-dubois-chante-14-18">versant comique de Pierre Vellones</a>, Françoise Masset nous le montre sous un aspect plus recueilli.</p>
<p>Pilier incontournable de l’entreprise, déjà présente dans les deux disques réalisés avec Marc Mauillon, <strong>Anne Le Bozec</strong> n’a pas cette fois de pièce pour piano seul où elle pourrait se faire entendre au premier plan. Elle n’en a cependant pas besoin, tant ses qualités brillent une fois de plus, au détour de telle ou telle mélodie, par la manière dont elle sait caresser le clavier pour accompagner prières et berceuses, ou au contraire le brutaliser pour imiter le bruit de la mitraille.</p>
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		<title>Les Donneurs de sérénades</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/les-donneurs-de-serenades-verlaine-silene-saturnien-satyre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Feb 2016 06:44:51 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Sept poèmes seulement pour vingt-quatre plages ! Voilà qui en dit long sur le succès remporté par Verlaine auprès des compositeurs, et pas seulement en France. Pour ce qui semble bien être son premier disque en solo, le ténor Carl Ghazarossian a eu l’excellente idée d’aller chercher au-delà du trio Fauré-Debussy-Reynaldo Hahn, et a ainsi déniché &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Sept poèmes seulement pour vingt-quatre plages ! Voilà qui en dit long sur le succès remporté par Verlaine auprès des compositeurs, et pas seulement en France. Pour ce qui semble bien être son premier disque en solo, le ténor <strong>Carl Ghazarossian </strong>a eu l’excellente idée d’aller chercher au-delà du trio Fauré-Debussy-Reynaldo Hahn, et a ainsi déniché quelques pépites qui donnent véritablement l’impression que la mélodie française est une mine d’or inépuisable, pour peu qu’on ait le courage de s’aventurer hors des sentiers battus.</p>
<p>Le hasard des publications vient de ramener sous le feu des projecteurs le compositeur Josef Szulc, dont le label Malibran a récemment publié l’opérette <a href="http://forumopera.com/cd/paris-ou-le-bon-juge-perles-gauloises"><em>La Victoire de Samothrace</em></a>. De ce Polonais ayant étudié à Paris avant de s’installer en Belgique, on entend ici trois mélodies particulièrement réussies : une sautillante « Mandoline », une très poétique « lune blanche » et un superbe « En sourdine », inédites au disque comme plusieurs autres partitions réunies sur ce disque. On entend aussi une belle version de « La lune blanche » par Charles Radoux, compositeur originaire de Liège (1877-1952). On retrouve l’exquis mélodiste qu’était Charles Bordes avec « J’allais par les chemins » (le label Timpani a fait paraître un disque réunissant toutes ses mises en musique de <a href="http://www.forumopera.com/cd/oublier-claude-achille">poèmes de Verlaine</a>). On découvre le talent de Poldowski, pseudonyme derrière lequel se dissimulait la fille de Henryk Wieniawski, connue sous les noms d’Irène Wieniawska ou de Régine Wieniawski.</p>
<p>Diction irréprochable et délicatesse de l’interprétation sont les deux grands atouts sur lesquels peut s’appuyer Carl Ghazarossian. La demi-teinte et la nuance piano lui conviennent le mieux, car deux ou trois fois, un aigu émis forte a tendance à partir dans le nez ou à virer au cri ; le recours à la voix de tête, pour lequel il opte le plus souvent, permet de rester dans l’atmosphère recueillie. Par ailleurs, ce n’est pas une mauvaise idée que d’avoir voulu faire dialoguer les voix dans les différentes versions du « Colloque sentimental », mais la première intervention de <strong>François Masset</strong>, dans une mélodie signée Charles Bordes, produit hélas une impression désastreuse, car elle semble porter avec elle un univers esthétique tout autre, comme si les deux artistes s’exprimaient dans des idiomes radicalement différents. Peut-être cela tient-il à une ligne de chant tendue où la soprano (qui se présente parfois comme mezzo) est contrainte de trop donner de la voix, perturbant le climat installé par la voix du ténor en introduisant une dimension plus « opératique », très éloignée de la diction parlée. Heureusement, leur association fonctionne infiniment mieux dans les autres versions (Canteloube, Debussy). Quant au « Nocturne » de Louis Aubert, il s’agit d’un authentique duo où les voix se superposent et s’enlacent très voluptueusement, très adéquatement soutenues par le piano sobre de <strong>David Zobel</strong>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>JANACEK, La Petite Renarde rusée — Nanterre</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-petite-renarde-rusee-nanterre-poetique-goupil/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 Jan 2016 06:08:35 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/potique-goupil/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Il aura fallu du temps, mais Janáček est désormais solidement inscrit au répertoire des maisons d’opéra françaises. Certains titres restent peu fréquentés (on aimerait voir Les Voyages de Monsieur Brouček, par exemple) mais chaque saison hexagonale honore désormais le compositeur morave, comme le prouvera bientôt la reprise à Strasbourg de L’Affaire Makropoulos. Peut-être est-ce néanmoins &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il aura fallu du temps, mais Janáček est désormais solidement inscrit au répertoire des maisons d’opéra françaises. Certains titres restent peu fréquentés (on aimerait voir <em>Les Voyages de Monsieur Brouček</em>, par exemple) mais chaque saison hexagonale honore désormais le compositeur morave, comme le prouvera bientôt la reprise à Strasbourg de <em>L’Affaire Makropoulos</em>. Peut-être est-ce néanmoins la renarde Bystrouchka qui a le plus conquis la faveur des spectateurs petits et grands, succès qui n’est pas près de s’éteindre, vu l’accueil plus qu’enthousiaste réservé à la production montée par l’Arcal, destinée à tourner dans plusieurs villes en ce début d’année 2016.</p>
<p>Habituée des « concerts optiques » utilisant la lanterne magique, <strong>Louise Moaty</strong> exploite cette fois un procédé cher à Pierrick Sorrin, qui l’employait encore récemment dans <em>La Belle Hélène</em>, à la différence que c’est ici pour un résultat non pas comique mais poétique. L’incrustation des chanteurs dans un décor miniature projeté sur un écran ne sert pas à faire rire le public, mais à coller davantage au livret que ne le permet d’habitude l’incarnation des animaux par des humains déguisés. Reprenant en outre la technique du bunraku japonais, elle introduit des marionnettes pour la renarde enfant et adolescente, ainsi que pour le chien, le coq et les poules. Avec des œuvres d’Egon Schiele comme arrière-plan, les protagonistes évoluent dans un superbe décor changeant, mais la parade amoureuse de la renarde et du renard se dépouille de tout artifice, la toile où étaient projetées les images tombant au sol pour devenir le lit nuptial des époux. Avec participation des spectateurs et jet de fleurs dans la salle, la noce est une vraie fête.</p>
<p>Pourtant, tout n’était pas gagné au départ, car la transcription, due à Jonathan Dove, commence par sonner bien curieusement, les cordes passant un peu au second plan derrière les vents. Dirigés par <strong>Laurent Cuniot</strong>, les seize musiciens de <strong>TM+ ensemble orchestral de musique d’aujourd’hui</strong> ne semblent d’abord pas tout à fait rôdés, mais après l’ouverture, l’impression d’étrangeté liée à la réduction se dissipe assez vite et l’on savoure presque plus intimement la partition de Janáček, comme rapprochée, décantée.</p>
<p>Quant aux voix, l’Arcal a su réunir une équipe totalement investie dans le projet, réunissant quelques noms déjà familiers et des artistes à découvrir. C’est par exemple un plaisir de retrouver <strong>Françoise Masset</strong>, même dans une série de petits rôles ; bien connue des amateurs de musique baroque, applaudie dans <em>Les Aventures du roi Pausole</em> à l’Opéra-comique il y a quelques années, la mezzo-soprano n’a rien perdu de sa verve. Remarqué dans la <em>Katia Kabanova </em>présentée en 2012 aux Bouffes du Nord, <strong>Paul Gaugler</strong> est un Instituteur délicieusement désemparé. Choisie par l’Arcal en 2009 pour la création du premier opéra de Régis Campo, <em>Les Quatre Jumelles</em>, <strong>Sylvia Vadimova </strong>cumule les emplois avec aisance. Impressionnant dans le rôle de la mort dans la production de <em>L’Empereur d’Atlantis</em> également montée par l’Arcal et également mise en scène par Louise Moaty, <strong>Wassyl Slipak</strong> prête ses graves somptueux et ses talents de comédien à trois personnages bien différents. Vus dans diverses productions, et dernièrement dans le rôle-titre du <em>Médecin malgré lui</em> à Saint-Etienne,<strong> Philippe-Nicolas Martin </strong>campe un magnifique garde-chasse, plein d’humanité. C’est un vrai bonheur que d’entendre ce rôle confié non pas à un chanteur déjà âgé, voire en bout de course, même si le livret prévoit qu’il vieillisse au cours de la représentation. Splendide renard, <strong>Caroline Meng </strong>a déjà prêté son timbre opulent à plusieurs spectacles baroqueux, dont l’<em>Egisto</em> de Cavalli, et l’on attend avec impatience de la retrouver dans un rôle de premier plan. Tosca ou Violetta à Clermont-Ferrand, <strong>Noriko Urata</strong> propose pour la renarde un format vocal plus ample que celui auquel on attribue en général la renarde : Bystrouchka y gagne un relief supplémentaire, et son hymne à la liberté n’en prend que plus de vigueur.</p>
<p> </p>
<p>Représentations à venir : le 19 février à Saint-Quentin-en-Yvelines, le 26 février à Reims, le 16 mars à Besançon, les 14 et 15 avril à Massy, Le 23 avril à Sablé-sur-Sarthe, et les 29 et 30 avril au Mans.</p>
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		<title>5 questions à Françoise Masset</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Schreuders]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Dec 2003 07:46:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Entre baroque et contemporain, avec de rares incursions dans le répertoire du dix-neuvième, votre parcours lyrique est éclectique et singulier ; quel en est le fil rouge ? Merci de saluer mon répertoire avec ces mots qui le définissent, je crois, assez bien. Cela dit, vous parlez de parcours lyrique quand, pour moi, il s&#8217;agit &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>          <strong>Entre baroque et contemporain, avec de rares incursions dans le répertoire du dix-neuvième, votre parcours lyrique est éclectique et singulier ; quel en est le fil rouge ? </strong></p>
<p>			Merci de saluer mon répertoire avec ces mots qui le définissent, je crois, assez bien. Cela dit, vous parlez de parcours lyrique quand, pour moi, il s&rsquo;agit de répertoire vocal, tout simplement. Le fil rouge est peut-être, d&rsquo;une part, ma curiosité vis-à-vis de toute partition que je ne connais pas (je suis prête à toutes les aventures et découvertes) et, d&rsquo;autre part, les rencontres : d&rsquo;interprètes qui ont envie de « musiquer » avec moi, de compositeurs qui ont envie d&rsquo;écrire pour moi et qui me font confiance. Quand j&rsquo;ai commencé, enfant, la musique, je n&rsquo;osais même pas envisager en faire un jour mon métier et cela continue d&rsquo;être un cadeau quand on vient me chercher. Avant d&rsquo;être chanteuse professionnelle, j&rsquo;ai chanté une dizaine d&rsquo;années au Choeur régional Nord-Pas-de-Calais et ma première rencontre a été celle avec Jean-Claude Malgoire. Avec lui, j&rsquo;ai « attrapé » le virus du baroque&#8230; Ensuite, Michel Laplénie a été le premier à me proposer de travailler professionnellement dans son ensemble Sagittarius et je lui en garde une très grande reconnaissance. Deux autres rencontres ont été importantes aussi : Hugo Reyne (La Simphonie du Marais) et Jean-Pierre Arnaud (Carpe Diem). De plus, mon travail au sein de la Péniche-Opéra avec Mireille Larroche me permet de travailler scéniquement, ce que j&rsquo;aime également beaucoup. A chaque nouvelle rencontre, j&rsquo;explore un nouveau versant de notre répertoire, je déchiffre (« mon sport favori »), je « défriche » et je me mets au travail : un nouveau langage, une langue nouvelle, un nouveau style&#8230; C&rsquo;est passionnant ! Bref, s&rsquo;il fallait résumer, ce que je préfère, c&rsquo;est alterner les répertoires, donc les partenaires musicaux. De ce « brassage » naît une plus grande souplesse et un autre regard sur ce répertoire monumental qui nous est offert, à nous, chanteurs. Vous parlez de « rares » incursions dans le répertoire du 19e siècle. Evidemment, je ne chante pas beaucoup d&rsquo;opéras de cette époque, mais quand même Berlioz (un CD-Rom « Autour des Nuits d&rsquo;été » édition Hyptique vient de sortir, avec Carpe Diem et Catherine Cournot) et surtout la musique de chambre : Schubert avec Laure Colladant au pianoforte, des mélodies françaises et russes avec la harpiste Christine Icart, les pianistes Claude Lavoix (un CD, enregistré avec Claude, consacré à Louis Aubert, vient de sortir), Catherine Cournot, Emmanuel Strosser&#8230;</p>
<p><strong>Après <em>Le Fusil de chasse</em> (1999), vous retrouviez en janvier dernier Michèle Reverdy pour une lecture « féministe » du mythe de Médée. Que retenez-vous de cette création ?</strong></p>
<p>			J&rsquo;ai rencontré Michèle à la Péniche-Opéra pour <em>Le Fusil de chasse.</em> Cette oeuvre m&rsquo;avait paru au début très difficile, musicalement et aussi émotionnellement. Mais j&rsquo;aime les défis et je me suis prise au jeu. Aussi quand Michèle a décidé d&rsquo;écrire pour moi cette Médée, commande de l&rsquo;Opéra de Lyon, j&rsquo;ai été à nouveau assaillie de doutes, et en même temps reconnaissante pour la confiance qu&rsquo;elle me témoignait. Elle m&rsquo;a portée à bout de bras, soutenue, aidée. J&rsquo;ai bien sûr lu plusieurs fois le livre de Christa Wolf et j&rsquo;ai été attirée, mais impressionnée, par cette femme libre, jusqu&rsquo;au bout. Je crois que le découpage fait par les librettistes stylise un peu les personnages et magnifie Médée. Le travail avec le metteur en scène Raoul Ruiz s&rsquo;est révélé déroutant et m&rsquo;a renvoyée à mes questions sans toujours me donner de réponses. Il vous fait travailler avec vous-même, creuser en vous-même, et il vous dit en quelques mots si cela lui convient. Alors, quelquefois, j&rsquo;ai ressenti une grande solitude sur le plateau, pareille à celle de Médée l&rsquo;étrangère dans la ville de Corinthe. Mais, et on revient à mon goût pour les rencontres, l&rsquo;atmosphère des répétitions a été très agréable, calme, rassurante, grâce aussi au chef, Pascal Rophé, formidable. Toute l&rsquo;équipe était véritablement soudée, compositeur, chef, metteur en scène, chefs de chant, chanteurs, figurants, techniciens&#8230; Et c&rsquo;était, au-delà d&rsquo;un opéra, une aventure humaine&#8230;</p>
<p><strong>Après avoir pris part au Salon Berlioz de la Péniche-Opéra et à <em>L&rsquo;Enfance du Christ </em>adaptée par l&rsquo;ensemble Carpe Diem, vous venez d&rsquo;incarner le compositeur adolescent dans <em>Les Orages désirés*</em> de Gérard Condé. Vous sentez-vous proche de l&rsquo;homme Berlioz ?</strong></p>
<p>			Quand j&rsquo;ai rencontré Jean-Pierre Arnaud en 1996, je ne connaissais de Berlioz, le compositeur, que la Symphonie fantastique, Les Nuits d&rsquo;été et La Damnation de Faust. Et c&rsquo;est grâce au Salon Berlioz et à Yves Coudray (il était l&rsquo;oncle de Berlioz dans Les Orages désirés) qui a réalisé un remarquable travail de « montage » que j&rsquo;ai découvert le Berlioz écrivain. Les écrits de Berlioz (Mémoires, lettres&#8230;) sont formidables de vérité, d&rsquo;élan et révèlent combien il a toujours été « à l&rsquo;étroit » dans sa vie : enfant à la Côte-Saint-André, quand il rêve déjà de Paris ; musicien, incompris de ses aînés, trop moderne, trop nouveau, trop dérangeant ; amoureux, enflammé et rêvant d&rsquo;une étoile qui aurait peut-être dû rester inaccessible&#8230;<br />
			Proche de l&rsquo;homme Berlioz ? Difficile de répondre, surtout que j&rsquo;étais censée l&rsquo;incarner à l&rsquo;âge de 12 ans ! La musique de Gérard Condé, les mots de Christian Wasselin m&rsquo;aident à trouver et à lui donner une certaine brusquerie, une maladresse de comportement. Mais, en tant que femme, je suis séduite par le « volcan », par l&rsquo;ouragan Berlioz et aussi la ténacité dont il a toujours fait preuve, face à une vie qui ne lui a pas fait que des cadeaux.</p>
<p><strong>Est-ce parce que vous êtes aussi à l&rsquo;aise « dans les rôles en pantalon et les créations hardies » (Christian Wasselin) que vous avez accepté de relever ce défi ?</strong></p>
<p>			Christian m&rsquo;a vue pour la première fois dans le Salon Berlioz, dans lequel je suis habillée en jeune homme et porte une perruque « à la Berlioz » (cheveux bouclés abondants et un peu fous). Il m&rsquo;a entendue aussi à Fontainebleau avec Hugo Reyne dans le rôle de la bergère Colette dans Le Devin du village de Jean-Jacques Rousseau. Christian Wasselin est un passionné et un spécialiste de Berlioz. Il m&rsquo;a parlé de son projet d&rsquo;écrire un opéra sur la jeunesse d&rsquo;Hector Berlioz et m&rsquo;a proposé le rôle du jeune Hector : « Vous portez très bien le travesti et vous rendez très bien les personnages naïfs. » Je n&rsquo;ai guère hésité et lui ai donné mon accord. J&rsquo;aime les défis ! Et j&rsquo;espère être capable de les relever !</p>
<p><strong>2004 sera l&rsquo;année du tricentenaire de la mort de Charpentier, auteur d&rsquo;une autre <em>Médée</em>, sublime mais peu jouée. Comptez-vous lui rendre hommage ? Sinon, quels sont vos projets ?</strong></p>
<p>			Marc-Antoine Charpentier est un de mes compositeurs préférés. J&rsquo;ai eu le plaisir de toujours en chanter, notamment avec Emmanuelle Haïm, que j&rsquo;ai rencontrée au Studio-Opéra du Centre de musique baroque de Versailles. Il y a quelques années, nous lui avions consacré une partie de programme de concert au Festival d&rsquo;Ambronay. Dernièrement, au Festival de Beaune, j&rsquo;ai eu le plaisir de chanter avec son ensemble Le Concert d&rsquo;Astrée, sous sa direction, l&rsquo;histoire sacrée <em>Magdalena lugens</em>, qui met en scène la Madeleine pénitente, retirée dans sa grotte et adorant le Christ. Charpentier nous y révèle une grande intériorité, un amour incandescent et une sensualité exacerbée. Jérôme Corréas et son ensemble Les Paladins, avec qui j&rsquo;ai fait plusieurs concerts d&rsquo;histoires sacrées de Carissimi, m&rsquo;a proposé un programme d&rsquo;histoires sacrées de Charpentier (Ambronay, Saint-Michel-en-Thiérache). L&rsquo;organiste Olivier Vernet a également le projet de faire un enregistrement d&rsquo;oeuvres de Charpentier pour ce tricentenaire et il m&rsquo;a demandé d&rsquo;y participer&#8230;<br />
			 <br />
			<strong>Bernard Schreuders</strong><br />
			<br /><em>* Création mondiale à Radio-France, salle Olivier Messiaen, le 22 novembre dernier.</em></p>
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