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	<title>Nathan HALLER - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Nathan HALLER - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>STRAUSS, Die Fledermaus &#8211; Zurich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-die-fledermaus-zurich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Dec 2025 05:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Rosalinde rêve d’une carrière de chanteuse (comme c’est Golda Schultz ça ne semble pas hors de portée). Mme von Eisenstein en effet n’est pas satisfaite de sa vie. Comme nous tous, du moins c’est le postulat de Anna Bernreitner, la metteuse en scène de cette pétulante et irrésistible Chauve-Souris. Qui, vue par elle, devient une &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Rosalinde rêve d’une carrière de chanteuse (comme c’est <strong>Golda Schultz</strong> ça ne semble pas hors de portée). Mme von Eisenstein en effet n’est pas satisfaite de sa vie. Comme nous tous, du moins c’est le postulat de <strong>Anna Bernreitner</strong>, la metteuse en scène de cette pétulante et irrésistible Chauve-Souris. Qui, vue par elle, devient une parabole sur le destin : a-t-on le choix de devenir (ou pas) ce que l’on est ? Le point culminant – et la surprise – de cette lecture sera au troisième acte l’apparition de trois Nornes, – oui comme dans <em>Götterdämmerung –</em>, lesquelles disposeront de la destinée des personnages ! <br />Dit ainsi, cela semble présager un spectacle indigeste, or c’est tout le contraire. C’est extrêmement drôle, et même enthousiasmant, sous la baguette d’un<strong> Lorenzo Viotti</strong>, dessinant toutes les finesses de l’orchestration, sans cesser d’électriser le mouvement.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="679" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/fledermaus_khp_c_herwig_prammer_r5_8200-1024x679.jpeg" alt="" class="wp-image-204775"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Golda Schultz et Regula Mühlemann © Herwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Une parabole sur le destin</strong></h4>
<p>Oui, Rosalinde rentre du travail avec sa mallette marquée d’une croix rouge (est-elle médecin ou infirmière ?) et aussitôt elle est alpaguée par son employée de maison, l’électrique Adèle – <strong>Regula Mühlemann,</strong> volcanique, qui déjà dans la lecture de la lettre de sa sœur Ana, son premier air, nous avait gratifiés d’une vocalise délirante, et qui meugle son désespoir : sa vieille tante serait malade – mensonge-prétexte pour aller au bal chez Orlofsky. La jeune soprano suisse sera l’une des deux triomphatrices de la soirée.</p>
<p>Cette maison Eisenstein, dont on découvrira les différentes pièces à mesure que les murs s’envoleront et que canapés ou table à manger monteront des dessous de la scène, est certes élégante avec son toit en ardoise, mais elle est grise et entourée d’une haie haute, comme pour symboliser la vie enfermée de la rieuse Rosalinde (rieuse car c’est Golda Schultz, qui dégage une énergie vitale et une force comique à démentir les présupposés moroses de Mme Bernreitner). <br />Comme pour annoncer les orages à venir, on voit côté jardin une manière de sculpture contemporaine, un gigantesque éclair jaune tombant d’un nuage gris. Et le déclencheur des orages désirés, ce pourrait bien être Alfred qui débarque sur ces entrefaites avec ses pantalons <em>pattes d’éph</em> et ses biceps un peu enveloppés de vieux rocker. Et de vieux complice de Rosalinde.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="679" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/fledermaus_khp_c_herwig_prammer_r1_4473-1024x679.jpeg" alt="" class="wp-image-204771"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Golda Schultz et Andrew Owens (Alfred) © Herwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Une vieille histoire de teen-agers et de chauve-souris</strong></h4>
<p>Car nous avons appris au détour d’un petit film (aussi maladroit que superflu d’ailleurs, projeté pendant l’ouverture) que, quand ils étaient des <em>teen-agers</em>, les Eisenstein, Falke et Alfred avaient formé un groupe rock accompagnant une Rosalinde en boa&#8230; Et que tous s’étaient brouillés à cause d’une obscure histoire de masques de chauve-souris, vilaine farce tendue par Eisenstein à l’innocent Falke, et origine de la vengeance qu’on va voir s’accomplir au fil de l’opérette.</p>
<p>Rosalinde a donc deux amoureux : le sage Falke et le survolté Alfred (<strong>Andrew Owens</strong>, voix claire et trompetante, second degré assumé) et un fastidieux mari, l’agaçant Eisenstein, auquel <strong>Matthias Klinck</strong> prête ses coq-à-l’âne, ses attitudes démantibulées, sa fantaisie incongrue (tout ce qu’il avait déjà cultivé dans sa mirobolante création d’un Loge à la Jack Sparrow dans le récent <em>Rheingold</em> zurichois).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/fledermaus_ohp_c_herwig_prammer_r1_0047b-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-204945"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Yannick Debus (Falke) et Matthias Klink (Eisenstein) © Herwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<p>Grands moments du premier acte, les deux scènes successives d&rsquo;Eisenstein, d’abord avec le chafouin Blind, son avocat (<strong>Nathan Haller</strong>, excellent dans le trio survolté « Nein, mit solchen Advokaten », aux changements de tempo irrésistibles), puis avec son ami-ennemi Falke (<strong>Yannick Debus</strong>, baryton de velours) dans leur duo complice, « Komm mit mir zum Souper », où à nouveau on remarque la subtilité de Lorenzo Viotti, distillant les moindres inflexions rythmiques.</p>
<h4><strong>Le charme fou de Golda Schultz </strong></h4>
<p>Et que dire de la drôlerie de Golda Schultz dans son « Nun muss allein ich bleiben », au faux pathétique souligné par le trompette solo : de grands moyens vocaux, une ligne de chant grandiose, un humour radieux (partagé par l’orchestre et son chef, décidément brillants).<br />Une Rosalinde toujours nostalgique de sa vocation de chanteuse… Astucieusement, le duo « Trinke Liebchen, trinke schnell » deviendra une manière de scène de répétition entre Alfred, jouant les chefs de chant, et Rosalinde, tâtonnant d’abord, puis laissant s’envoler sa voix, prélude à un premier final éblouissant et vaudevillesque, avec Alfred disparaissant sous la table, entrée du majestueux Frank, le directeur de la prison (<strong>Ruben Drole</strong>, qui porte bien son nom) et quiproquo indémêlable, jusqu’au trio « Mein schönes grosses Vogelhaus », mené à un train d’enfer. Un premier acte d&rsquo;anthologie, autant la bande-son que l’image !</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="681" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/fledermaus_ohp_c_herwig_prammer_r1_9895b-1024x681.jpeg" alt="" class="wp-image-204946"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Matthias Klink et Nathan Haller (Blind) © Herwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Les plaisirs de l’Île enchantée</strong></h4>
<p>« Chacun a son goût ! » proclamera le prince Orlofsky. Comme lui (elle ?), Anna Bernreitner fait de la grande fête du deuxième acte une célébration de la liberté, un lieu de tous les possibles, à l’image des costumes carnavalesques du chœur des invités, « Ein Souper heut’ uns winkt ». Costumes pétaradants, décor de plage idyllique sous les tropiques, avec palmiers et volcan fumant, la mise en scène penche résolument vers le style music-hall, voire le cabaret transformiste avec le numéro délirant de <strong>Marina Viotti</strong> : le prince, surenchérissant sur son ambiguïté sexuelle (<em>Mann oder Frau ?</em>) disparaît dans une vaste robe d’un orange tonitruant sous une énorme chevelure type barbe-à-papa. Son air d’entrée « Ich lade gern mir Gäste ein », avec accent français caricatural, amusera beaucoup le public zurichois.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="680" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/fledermaus_ohp_c_herwig_prammer_r1_1306b-1024x680.jpeg" alt="" class="wp-image-204947"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Matthias Flink et Yannick Debus © Herwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<p>Au fil de cette fête chez le prince, et d’un savant crescendo d’intensité, on aura de plus en plus le sentiment d’une <em>Fledermaus</em> portée par la direction à la fois survitaminée et subtile de Lorenzo Viotti, largement autant que par l&rsquo;inventivité de la metteuse en scène.</p>
<p>Et ponctuée de brillants numéros, tels les brillants couplets d’Adele, « Mein Herr Marquis », que Regula Mühlemann, très en verve, adornera de trilles et de coloratures endiablées, pour finir par un contre-<em>ré</em> spectaculaire.</p>
<p>Ou l’espiègle « Hit the road Jack », vieux tube de Ray Charles, que s’offre au passage Rosalinde, toujours rockeuse dans l’âme… (Golda Schultz, plus <em>bluesy</em> que nature…)</p>
<h4><strong>Le fil délicat entre comédie et vocalité</strong></h4>
<p>Emballante aussi, la scène drolatique de séduction entre un Eisenstein éméché (Matthias Klink, comédien décidément délicieux) et une Rosalinde qu’il ne reconnaît pas, métamorphosée en star hollywoodienne (robe glamour, perruque blanche et lunettes bordées de strass), glissant vers leur duo, « Dieser Anstand, so manierlich », virevoltant sur le fil acrobatique entre comédie et virtuosité vocale (kyrielle de coloratures acrobatiques de Golda Schultz dans la strette).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="681" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/fledermaus_ohp_c_herwig_prammer_r5_1001b-1024x681.jpeg" alt="" class="wp-image-204948"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Klänge der Freiheit (Golda Schultz) © Herwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<p>Mais son apothéose, ce sera son « Klänge der Freiheit » – et non pas « der Heimat », le côté Czardas étant gommé au profit d’une célébration de la liberté : au fond du décor, un panneau se tournera pour laisser apparaître un coquillage nacré, qui s’ouvrira pour révéler, comme dans une comédie musicale de Busby Berkeley, une Rosalinde emplumée et endiamantée… et une éblouissante Golda Schultz, la voix rayonnante, enfilant les notes hautes, les trilles, les vocalises, comme autant de perles, avec une projection, une pureté de timbre et un abattage vocal étourdissants, avançant jusqu’au proscenium pour aller cueillir une ovation inépuisable, et un baiser de son soupirant Falke, au nez et à la barbe d’un Eisenstein dans les brumes de l’alcool.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="681" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/fledermaus_khp_c_herwig_prammer_r5_9537-1024x681.jpeg" alt="" class="wp-image-204777"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Brüderlein und Schwesterlein (final de l&rsquo;acte II) © Herwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<p>Le final du II sera aussi brillant que celui du I : d’abord le trépidant galop « Im Feuerstrom der Reben » (Anna Bernreitner à l’évidence sait maîtriser les mouvements de foule et le délire général), puis une séquence très singulière, commençant avec le voluptueux « Brüderlein und Schwesterlein » de Falke, où Yannick Debus peut déployer son cantabile le plus voluptueux, pour amener un rallentando général étonnant, comme si, dans la lumière bleue, soudain le temps s’immobilisait.</p>
<h4><strong>Un moment de grâce suspendue</strong></h4>
<p>Une ambiance de fin de soirée, un peu mélancolique, presque contemplative, un tempo de valse lente, des couleurs d’orchestre pastellisées, reprises par le chœur et Marina Viotti, un moment de grâce suspendue et une nouvelle démonstration du talent et du brio (et du plaisir) de Lorenzo Viotti à mettre en valeur les richesses cachées de la plus fameuse des opérettes.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="691" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/fledermaus_ohp_c_herwig_prammer_r1_1770b-691x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-204949"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Golda Schultz et Matthias Klink © Herwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Mango !</strong></h4>
<p>Après quoi, rupture totale, tombera on ne sait d’où un éclatant « Mambo » rapatrié de <em>West Side Story</em> (et d’ailleurs plutôt « Mango ! » pour des questions de droit…), débouchant sur un déferlant galop tempétueux, et sur une valse finale enivrante. Magistrale fin d’acte !</p>
<p>On n’en aura pas fini avec les surprises.</p>
<p>D’abord, avec, en guise d’intermède avant le troisième acte, le temps de replier l’île enchantée et de la remplacer par les portes de la prison, une <em>Tritsch-Tratsch-Polka</em> qui, envahie de rythmes afro-cubains, se transformera en « Triqui Traqui », un détournement très drôle dû à Paul Desenne (concocté pour Gustavo Dudamel et El Sistema), et les huit danseurs se déchaîneront sur cette friandise exotique…</p>
<p>Puis avec un troisième acte, réécrit par la satiriste suisse <strong>Patti Basler</strong>, et mettant en scène trois Nornes se substituant au gardien de prison Frosch, et leurs considérations sur le destin, bavardes voire prolixes, aux élucubrations avinées du vieux bonhomme. Vêtues de voiles blanc, et dénommées (énigmatiquement) Skuld, Verdandi et Urd, elles vont intervenir dans les vies d’Adele et de Rosalinde.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/fledermaus_ohp_c_herwig_prammer_r1_2289b-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-204950"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Les Nornes et Frank (Ruben Drole) © Herwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<p>Avouons qu’on sera plus sensible à la poésie de leur danse lente avec un Frank aviné, qui s’endormira comme un gros enfant épuisé au pied d’un des murs de sa prison, qu’à leurs propos un peu longuets, mais qui d’ailleurs feront sourire le public (heureux de leurs allusions au contexte local).</p>
<p>En tout cas, elles dissuaderont Adele (qui rêve d’une carrière de chanteuse, à l’instar de Rosalinde) de prendre pour protecteur ce Frank avec lequel elle avait flirté au deuxième acte… Adèle qui chantera délicieusement son « Spiel ich die Unschuld vom Lande » : Regula Mühlemann, à grand renforts de trilles conquérants, dessine avec brio un personnage de femme libérée, audacieuse et fine mouche.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/fledermaus_ohp_c_herwig_prammer_r5_1452b-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-204951"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Regula Mühlemann (Adele au troisième acte) © Herwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<p>Ce troisième acte est toujours un peu laborieux… C’est le moment où l’opérette se souvient un peu trop de la pièce de théâtre dont elle est issue. Il s’agit de désembrouiller un quiproquo venu du premier acte. Par bonheur Johann Strauss (qui se souvenait sans doute du Mozart des <em>Noces</em>) a réussi un brillant trio d’explication, entre Eisenstein (prenant l’aspect de l’avocat Blind), Alfred sorti de la cellule où on l’avait enfermé par erreur et la rusée Rosalinde. Lorenzo Viotti dirige avec élégance cette conversation en musique, toute en changements de rythmes et de climats, où Golda Schultz (qui a chanté Suzanna et la Comtesse) est rayonnante, tandis qu’Eisenstein et Alfred en viennent quasi aux mains, avant que ne survienne Falke pour le dénouement.</p>
<h4><strong>Dilemme féministe</strong></h4>
<p>C’est là que Verdandi, la Norne n° 2, va proposer à Rosalinde de choisir entre trois options : <br />A : Falke, « mais il ne fait que projeter ses rêves de jeunesse sur toi » ;<br />B : Eisenstein, « mais son lien conjugal est une chaîne de fer, souple comme un élastique de son côté, mais inébranlable quand il s&rsquo;agit de tes rêves » ;<br />C : Alfred, « mais il te transformera en Helene Fischer ou Beatrice Egli » (NDLR : deux chanteuses de variété dont apparemment les noms parlent au public zurichois…)</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="678" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/fledermaus_ohp_c_herwig_prammer_r5_1539b-1024x678.jpeg" alt="" class="wp-image-204952"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Tous en scène pour le final © Herwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<p>Évidemment, Rosalinde n&rsquo;optera pour aucun des trois et, choisissant son destin, poursuivra seule sa route… Et tout s’achèvera par un final rutilant, et sur la conclusion, que tout ça en somme, c’était la faute du champagne…</p>
<p>Et sur un véritable triomphe public, que laissaient prévoir un cast irréprochable, une direction d’orchestre brillantissime et une mise en scène – et une direction d’acteurs – aussi festives qu’astucieuses.</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
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			</item>
		<item>
		<title>STRAUSS, Der Rosenkavalier &#8211; Zürich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-der-rosenkavalier-zurich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Sep 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est un <em>Rosenkavalier</em> très réussi, vif, incisif, truculent, servi par un quatuor vocal superlatif. Et l&rsquo;émotion est au rendez-vous.<br /><strong>Lydia Steier</strong> n’a pas oublié que c’est une <em>Komödie für Musik</em>. La comédie penche souvent vers la bouffonnerie et au troisième acte vers un grand guignol un peu lourd. Mais l’ensemble scintille, notamment un deuxième acte dont on se souviendra.<br />De surcroît Lydia Steier ne noie pas le <em>Chevalier</em> sous les concepts, et rien que pour cela on salue la performance, venant de quelqu’un qui a laissé quelques souvenirs fastidieux (<em>Salomé</em> à Bastille, <em>Les Pêcheurs de perles</em> à Genève), même si les allusions à la mort (<em>Der Tod in Wien</em>, le cliché est tenace), l’omniprésence de crânes, en photos gigantesques ou en verroterie, est un peu pesante, mais se laisse oublier.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="680" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_ohp_0092-1024x680.jpeg" alt="" class="wp-image-200390"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Diana Damrau et Angela Brower © Matthias Baus</sub></figcaption></figure>


<p>Ajoutons que l’Opernhaus de Zürich, pour ce spectacle inaugural de la direction de Matthias Schulz, a cassé sa tirelire, et ne lésine ni sur la figuration, ni sur les costumes (de <strong>Louise-Fee Nitschke</strong>), particulièrement amusants, voire foldingues).<br />Notamment ceux de la foule de quémandeurs, d’obligés, d’importuns qui envahissent la chambre (bleue) de la Maréchale au premier acte : des marchandes de modes emplumées, un oiseleur précédé de trois enfants costumés en souris roses, des aigrefins, Annina et Valzacchi qui semblent sortir de la Fille de Mme Angot, un notaire chafouin à longs cheveux filasses, un ténor italien (<strong>Omer Kobiljak</strong>, très en forme) juché sur le lit et qui drapé dans sa cape ressemble au Louis XIV du Bernin, des orphelines nobles dont le chapeau en tuyau de poêle descend jusqu’à leurs pieds (l’atelier chapellerie s’est défoncé)….</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_ohp_0351-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-200392"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Matthias Baus</sub><br></figcaption></figure>


<p>&#8230;À quoi s’ajoute un étrange lapin en uniforme aux grandes moustaches qui traverse énigmatiquement la scène, et lors de la deuxième strophe du chanteur une vieille décrépite en haillon, en manière de prémonition (<em>Der Tod in Wien</em>, etc.) ou comme un souvenir de la mise en scène de Barrie Kosky qui étirait ce motif jusqu’à l’épuisement. Tout cela dans un camaïeu de bleu et de violet, le seul coup de klaxon dans cette harmonie étant le jaune tonitruant du baron Ochs (avec tricorne assorti) et sous un lustre en cristal au-dessus duquel volètent deux jolies anges.</p>
<h4><strong>La première Maréchale de Diana Damrau</strong></h4>
<p>Sans oublier un perruquier (« Mein lieber Hippolyte ») auquel la Maréchale dira sur un ton entre le zist et le zest qu’il a fait d’elle aujourd’hui une vieille femme, et non pas sur le ton douloureux auquel on s’attend (on a trop écouté Schwarzkopf).<br />La Maréchale de <strong>Diana Damrau</strong> cultive l’autodérision, l’humour, elle rit, elle joue « au public », ne mélancolise pas. Pas tout de suite. Damrau est exquise dans la comédie, sa maréchale s’amuse à jouer la Maréchale, comme au théâtre (et ça ira bien avec le colossalement cabotin Baron de <strong>Günther Groissböck</strong> qui en fait des tonnes (le chanteur, mais le personnage aussi, qui pour l’instant du moins bouffonnise débonairement).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="521" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_0167-1024x521.jpeg" alt="" class="wp-image-200381"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Günther Groissböck, Diana Damrau, Angela Brower © Matthias Baus</sub></figcaption></figure>


<p>Encore un mot à propos de cette Maréchale du premier acte. On aura l’impression que Diana Damrau décolle à partir de l’entrée de Groissböck. Il faut avouer que tout le début nous aura fait (ce soir-là, deuxième représentation) une impression fâcheuse. Un prélude un peu cafouilleux, avec des décalages, mais surtout tonitruant dans l’acoustique impitoyable de Zurich et que la première scène, « Wie du war, wie du bist », aura été quasi inaudible, tant était bancal l’équilibre scène-fosse, les voix peinant encore à s’envoler (mais quelle belle <em>messa di voce</em> de Damrau sur « Du bist mein Schatz »). C’est avec l’entrée d’Ochs que tout sembla trouver sa juste balance et dès lors la direction de <strong>Joana Mallwitz</strong> sera un enchantement de mouvement, de souplesse, de prestesse, d’élan et d’attention aux menus détails de la foisonnante partition.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="684" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_ohp_0032-1024x684.jpeg" alt="" class="wp-image-200389"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Diana Damrau, Angela</sub> <sub>Brower</sub> <sub>© Matthias Baus</sub><br></figcaption></figure>


<p>Sur le plateau désert (<em>exeunt</em> le lit et le mobilier de style Louis XVI-Ritz), le monologue de la Maréchale, « Da geht er hin », voit l’émotion d’abord étonnamment tenue à distance par une Marie-Thérèse examinant la situation avec lucidité (elle n’est plus la petite Resi, c’est comme ça), presque avec véhémence (la révolte du « Wie macht denn das der liebe Gott ») jusqu’au moment où l’émotion irrépressible la mène au bord de l’étouffement et des larmes. Il faudra attendre le dernier duo avec Octavian, le duo des adieux, pour qu’enfin elle lâche la bride à une sensibilité jusqu’alors mise aristocratiquement à distance d’humour. <br />Les parois se seront alors resserrées pour enfermer les deux personnages dans une manière de souricière et la Maréchale évoquera ces horloges dont il lui arrive d’arrêter les aiguilles. Damrau ne se soucie plus ici de beau chant, elle n’est que vérité, douleur et dignité, face à la voix rayonnante, d’une santé impitoyable, solide, d’<strong>Angela Brower</strong>, magnifique Octavian, elle aussi d’une sincérité non feinte.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_0381-1024x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-200383"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Diana Damrau © Matthias Baus</sub></figcaption></figure>


<p>Extraordinaire Damrau, le visage défait. Ses larmes. « Ich sage die Wahrheit &#8211; je dis la vérité, la vie punit ceux qui s’y refusent ». Disant chaque mot du texte pour en exprimer la cruauté. Sur quoi pleure-t-elle, elle qui a décidé d’aborder ce rôle ? Bouleversante scène.<br />Et sitôt Octavian sorti, pliée de douleur : « Je ne l’ai même pas embrassé… » Puis, dernière image de l’acte, sur les ultimes notes du violon, la Maréchale caressant les crânes de verre du lustre redescendu des cintres.</p>
<h4><strong>La plus piquante des Sophie</strong></h4>
<p>On l’a dit plus haut, le deuxième acte sera très inattendu.<br />Dans le décor d’escalier à double révolution, de colonnes et de balustres, du palais Faninal, où tout est blanc, les livrées aux vastes basques des valets (elles étaient bleu roi chez la Maréchale), comme les culottes à la française et la perruque pyramidale de Faninal (Bo Skovhus, déchainé), blanc comme la longue robe d’organza de Sophie, à qui sa duègne, Marianne, dont le costume évoque la nourrice de Juliette, enseigne à marcher droite, un livre sur la tête. <br />Une Sophie qui sautille d’impatience en attendant son Rosenkavalier. Lequel apparaît, renfrogné, boudeur : Octavian fait ostensiblement la tête, cette corvée l’assomme, il descend l’escalier en regardant ses pieds, sa rose à la main, qu’il refile à Sophie après avoir débité son petit compliment et avant de tourner les talons aussi vite, sous les yeux en boutons de bottines d’Annina et Valzacchi. </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="679" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_0291-1024x679.jpeg" alt="" class="wp-image-200429"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Matthias Baus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Le coup de foudre nait de la musique</strong></h4>
<p>Cérémonial quasi en catimini qui tranche drolatiquement avec le décorum doré de la tradition. Le chœur en coulisses lance ses « Rofrano » en pure perte. Et puis Sophie, restée seule, commence à chanter, exquisément, son « Wie himmlische, nicht irdische… » et soudain Octavian, sa mauvaise humeur oubliée, découvre la jeune fille. Il redescend et, les yeux dans les yeux, ils se découvrent l’un l’autre (la trompette jubile derrière eux). Ils se retrouvent au sommet de l’escalier, qui lui aussi en pleine extase lyrico-amoureuse (sur le « schon einmal » des deux voix) commence à tourner en une valse lente d’un effet magique (avec ciel étoilé en fond de tableau). Très jolie idée que ce coup de foudre suscité par la beauté d’une voix, celle d’<strong>Emily Pogorelc</strong>, qui dessine une Sophie vive, drôle, impertinente, un peu peste, irrésistible, aussi libre que sa voix brillante et sûre.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_ohp_0578-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-200397"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Angela Brower et Emily Pogorelc © Matthias Baus</sub></figcaption></figure>


<p>En état de grâce lui aussi, l’orchestre de Joana Mallwitz suit les moindres impulsions des deux artistes, les drôleries de Sophie tout à l’heure, l’apaisement de l’amour naissant et leurs querelles de presque enfants maintenant (Sophie flanquant des coups de roses à Octavian, au grand effroi de Marianne).<br />Et puis l’entrée du baron Ochs (en rouge cardinalesque, avec colossal tricorne assorti) va briser cette idylle enivrée. S’il rutile et si le Leopold un peu faible d’esprit (dessiné dans l’espace avec grâce par <strong>Sandro Howald</strong>) qui le suit comme son ombre est toujours poétiquement improbable, en revanche ses gens – les Lerchenauischen – sont franchement mauvais genre, avec leurs livrées tachées, fripées, et leurs perruques de traviole. Déjà franchement éméchés, ils vont faire main basse sur le buffet, agresser les servantes (et même Marianne) et finir ivres morts.</p>
<h4><strong>Groissböck hénaurme</strong></h4>
<p>Sophie, toute fine mouche qu’elle est, reste ébahie devant le fiancé qu’on lui destine, cet Ochs tonitruant, envahissant, rubicond, salace, les mains baladeuses, bref <em>hénaurme</em>. et les premières apparitions de sa valse, <em>La</em> valse, le « Mit mir, keine Nacht dich zu lang », ponctuent ses soubresauts de désir. Toute cette tribu disparaissant un instant avec Faninal et le notaire, les deux jeunes gens vont pouvoir mettre sur pied leur complot.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="678" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_0734-1024x678.jpeg" alt="" class="wp-image-200386"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Günther Groissböck © Mathhias Baus</sub></figcaption></figure>


<p>Enchantement des deux voix, de leurs timbres merveilleusement accordés, tandis que Joana Mallwitz souverainement installe l’apaisement (et l’escalier tourne à nouveau, enchanté lui aussi), comme elle avait installé la furia du baron et de ses acolytes. Elle sait aussi faire briller cet orchestre, alléger les textures, et puis emporter dans un mouvement irrésistible le brouillamini final, la révolte d’Octavian, qui tire l’épée contre le baron, les hurlements de douleur de Groissböck (qui se retouve avec une fourchette plantée dans le mollet et hurle « mein Blut »)…</p>
<h4><strong>Bref, straussiennes&#8230;</strong></h4>
<p>La scène s’est emplie d’un carnaval à la Tiepolo, de masques, où fait son entrée un médecin à l’immense bec de cormoran jaune sous un gigantesque haut de forme. Tout cela est éblouissant et truculent, la précision de la mise en place orchestrale emporte tout. L’Octavian d’Angela Brower a toutes les couleurs du rôle, la vaillance du jeune homme aussi bien que le lyrisme éperdu. Le rayonnement de ses duos avec Emily Pogorelc, la maturité de ces deux voix aussi projetées l’une que l’autre, mais s’épousant, tressant leurs lignes serpentines interminables, bref straussiennes, tout cela est aussi exaltant qu’est réjouissante la démesure d’un Gunther Groissböck qui donne l’impression d’être en roue libre – avec cette désinvolture des grandes bêtes de scène, la race des Terfel, etc.– mais contrôle tout souverainement. Sa valse finale, forcément monumentale, en complicité avec l’Annina de la chère Irène Friedli, évidemment parfaite de matoiserie, mettra fin à un deuxième acte d’anthologie, grisant musicalement et d’une perfection de mise en place virtuose.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_ohp_0774-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-200398"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Bo Skovhus et Emily Pogorelc © Matthias Baus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Sado-masochisme un peu too much</strong></h4>
<p>Après l’acte bleu, puis cet acte blanc, vient l’acte rouge. Ouvert par un préambule orchestral vibrionnant, agile, acéré, les vents babillards répondant au velours des cordes, un petit poème symphonique acidulé, ponctué des brames du tuba, le Ochs de l’orchestre. Le <strong>Philharmonia Zurich</strong>, qu’il faudra désormais nommer l’<strong>Orchester der Oper Zürich</strong> y est brillant.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_0652-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-200430"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Matthias Baus</sub></figcaption></figure>


<p>L’auberge rouge tiendra à vrai dire d’un bordel sado-maso. Sur un échafaudage à la Pierre-André Weitz, on y verra quatre entraineuses (euphémisme) et deux dames plantureuses posant pour deux peintres en vue d’images qu’on imagine émoustillantes. C’est là qu’apparaissent, tous en rouge &#8211; sauf Sophie, toujours en blanc virginal &#8211; Octavian en uniforme de satin, les deux entremetteurs Annina et Valzacchi, Ochs et ses larbins, un aubergiste aux airs d’égorgeur (<strong>Johan Krogius</strong>, ténor dont la voix claire passe aisément par-dessus tout le tintamarre), des bourgeois, des masques, des Turcs de carnaval, une Faninal en rouge, des nonnes à cornettes, des dames en grand équipage (avec débauche de plumes), des enfants hurlant « papa, papa » à Ochs….<br />Lequel baron se sera fait d’abord piétiner (Gunther Groissböck a des abdos) par Octavian déguisé en Mariandel avant de finir enchainé, torse nu et en caleçon flottant (et rose) à l’échafaudage, où il sera fouetté par Octavian-Mariandel, Sophie observant le tout depuis en haut.<br />Aux murs d’immenses portraits de femmes, qui, miracle de la vidéo, se transformeront en autant de crânes.<br />Si on voulait risquer une remarque d’un autre temps, on dirait que tout cela est légèrement (?) de mauvais goût, l’obscénité d’Ochs avec Mariandel devenant même malaisante.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="679" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_0605-1024x679.jpeg" alt="" class="wp-image-200385"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Angela Brower et Günther Groissböck  © Matthais Baus</sub><br></figcaption></figure>


<p>L’entrée de la Maréchale en grande robe de cour n’en sera que plus éblouissante, incongrue, apaisante. C’est elle qui détachera Ochs, dénouera le « deliziös qui-pro-quo », que le baron, reboutonné par Leopold, résumera en grand seigneur par son « Ich bin von so viel Finesse charmiert » et la Maréchale aimablement par son « War eine wienerische Maskerade und weiter nichts &#8211; C’était une mascarade viennoise et rien de plus », sur un tissu goguenard de chorus de cuivres, d’appels de trombones et un irrésistible crescendo de thème entrelacés…</p>
<h4><strong>Damrau au sommet de son art</strong></h4>
<p>Et puis commencera presque aussitôt le trio final, d’abord dans la virulence, chacun des trois protagonistes ayant quelque chose à reprocher aux autres. Les trois chanteuses rivalisant de finesse dans ce moment d&rsquo;incompréhension où Octavian est magnifique d’émotion, de douleur et Sophie d’angoisse frémissante. Alors la Maréchale d’un geste superbe – et Diana Damrau est merveilleuse dans ces moments de conversation en musique – offrira Octavian à Sophie… « Marie Thérèse, wie gut bist du ».</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_0315-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-200382"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Diana Damrau © Matthias Baus</sub></figcaption></figure>


<p>Que dire de ces pages miraculeuses, de l’accord des trois voix fusionnant, mais gardant chacune son individualité, de Diana Damrau au sommet de son art dans « Hab mirs gelobt », puis du duo final extatique, « Ist ein Traum », des deux jeunes gens, moment suspendu, comme un fil qu’étire à l’extrême Joana Mallwitz.</p>
<p>Alors le lit avancera, où ils disparaitront. Et dans le lointain Faninal dira niaisement ‘« Sind heute so die junge Leute » à quoi la Maréchale répondra par un indéfinissable « Ja, ja »…</p>
<p>Une superbe représentation heureusement captée le soir de la première et qu’on peut voir en streaming sur Arte.<br />Mais rien ne vaut l’émotion du spectacle vivant et de nombreuses représentations sont encore à venir…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_0762-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-200387"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Diana Damrau et Emily Pogorelc © Matthaus Baus</sub></figcaption></figure>
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			</item>
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		<title>KORNGOLD, Die tote Stadt &#8211; Zurich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/korngold-die-tote-stadt-zurich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Apr 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est un drame intérieur, tout se passe dans une conscience malade, en tout cas fragile, celle de Paul. La Bruges de Rodenbach, rien ne l’évoquera. On restera dans un nulle part, à une époque incertaine, vaguement contemporaine. Paul porte un pardessus gris et un bonnet noir. Marietta un perfecto et des baskets à semelle épaisse &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est un drame intérieur, tout se passe dans une conscience malade, en tout cas fragile, celle de Paul. La Bruges de Rodenbach, rien ne l’évoquera. On restera dans un nulle part, à une époque incertaine, vaguement contemporaine. Paul porte un pardessus gris et un bonnet noir. Marietta un perfecto et des baskets à semelle épaisse pour sa première apparition.<br>Surtout, l’action (si action il y a, et non pas seulement fantasmes de cette conscience incertaine) se déroule dans le secret d’un appartement démeublé, derrière une façade à bow windows, vaguement Art Déco. Un appartement suspendu entre ciel et quoi ? L’espace d’en-bas, le niveau du plateau, restera une surface vide jusqu’au cyclorama bleuté du fond. Est-ce le monde réel ? Certains personnages l’arpenteront, sur une tournette, – l’infatigable tournette de l’Opernhaus –&nbsp;dans un équilibre parfois instable. On y verra Paul courir, à la limite de tomber, chute symbolique bien sûr.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="677" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/tote_stadt_dt_140-1024x677.jpeg" alt="" class="wp-image-187926"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Eric Cutler © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Sous le regard de Dostoïevski</strong></h4>
<p>Avant même les premières notes, une voix off lit quelques phrases de <em>La Douce</em>, de <em>Dostoïevski,</em> cette nouvelle qui inspira déjà <em>Une</em> <em>femme douce</em>, le film de Robert Bresson (1969), et dont <strong>Dmitri Tcherniakov</strong> dit avoir été inspiré : <em>« J&rsquo;avais quarante et un ans et qu&rsquo;elle n&rsquo;en avait que seize. Cela m&rsquo;a enchanté, ce sentiment d’inégalité</em> [&#8230;] <em>Je savais que pour une femme, surtout une jeune fille de seize ans, il n’y avait rien d’autre à faire que de se soumettre complètement à un homme.</em> [&#8230;] <em>Comme elle paraît étroite sur son lit de mort, comme son nez est pointu !</em> [….] <em>Ses petites chaussures sont posées près du lit comme si elles attendaient&#8230; Non, sérieusement, si on me les enlève demain, qu&rsquo;est-ce que je vais faire ? »</em> Ces quelques lignes auront été interrompues par les premières mesures du lied de Marietta chantées&nbsp; <em>a cappella</em> et d’une voix très pure par <strong>Vida Miknevičiūté</strong>).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/tote_stadt_dt_110-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-187924"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Björn Bürger, Evelyn Herlitzius, Eric Cutler © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Derrière sa fenêtre, Paul ne parvient pas à faire le deuil de Marie. Dont, image réelle ou image mentale, on aperçoit le corps sur la table, derrière le bow window de gauche, dans un <em>body bag</em>. Cette chambre, Paul l’a transformée en « Kirche des Gewesenen », littéralement « église de ce qui a été ». À son ami Frank, qui lui dit « Elle était belle », il répond en s’insurgeant : « Elle est belle, elle est, elle vit ! » –&nbsp;et on entend alors aux cuivres un thème évoquant vaguement le <em>Dies Irae</em>. Dans son église, entre deux cierges, il conserve dans un tabernacle de carton les cheveux d’or de Marie, une perruque blonde assez terne (le thème des cheveux, brillants ou non, reviendra plusieurs fois).</p>
<h4><strong>Une superbe prise de rôle pour Eric Cutler</strong></h4>
<p>C’est à Franck aussi qu’il explique avoir croisé dans une rue une femme ressemblant extraordinairement à Marie. L’insouciante, légère, terriblement vivante Marietta. Ce récit, au premier tableau, «&nbsp;Du weisst, dass ich in Brüggebleb, um allein zu sein mit meriner Toten&nbsp;», donne lieu à une manière d’<em>arioso</em>, sur un tapis orchestral typique de Korngold, une musique de l’errance, des dentelles des bois, un célesta, des ondulations des cordes conduites par <strong>Lorenzo Viotti</strong> dans un souple rubato, puis un crescendo montant vers le simili <em>Dies irae</em>, et culminant sur deux Marie, en voix mixte. C&rsquo;est superbe.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="679" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/tote_stadt_dt_217-1024x679.jpeg" alt="" class="wp-image-187938"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Eric Cutler © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>D’emblée <strong>Eric Cutler</strong> donne au personnage toute son épaisseur humaine, son étrangeté aussi, mélange de force physique évidente, de fragilité suggérée et de solidité vocale. On garde le souvenir de l’avoir vu à Bayreuth être un <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-der-fliegende-hollander-bayreuth-un-roman-nordique-le-hollandais-de-tcherniakov/">impressionnant Erik dans le Vaisseau fantôme</a> (mis en scène par Tcherniakov déjà, qui déjà avait placé toute la scène du repas derrière un bow window…). Le rôle de Paul demande des moyens vocaux impressionnants, à mi-chemin entre ténor lyrique et ténor héroïque, pour passer au dessus d’un orchestre énorme, tout en suggérant les failles du personnage. Eric Cutler a tout cela.</p>
<h4><strong>Une relation de pouvoir avec les femmes</strong></h4>
<p>Tcherniakov au fil des trois tableaux de l’opéra fera apparaître Marietta avec trois coiffures différentes, comme pour instiller un doute supplémentaire sur la relation sans doute imaginaire, fantasmatique, que Paul construit avec elle. Toute l’histoire, toute l’incertitude est là.&nbsp;</p>
<p>L’explication simple, c’est-à-dire le rêve, Tcherniakov l’écarte d’emblée. Bonne pour un roman populaire, dit-il. Il balaie aussi l’idée du double parfait, dont Hitchcock exploite toutes les virtualités dans <em>Vertigo</em>. Non, Paul, dit le metteur en scène russe, recherche une femme avec laquelle construire une relation de pouvoir, aussi toxique que celle qu’il avait construite avec Marie. Tout à fait au début du spectacle, on aura vu s’afficher, à la manière d’un téléscripteur, une dépêche relatant la mort suspecte d’une jeune femme, dont le corps a été retrouvé au pied de l’immeuble où elle vivait : « La police envisage l’hypothèse d’un suicide ». Rien n’empêche Tcherniakov, et le spectateur, de suspecter Paul d’avoir poussé Marie. Puisqu’aussi bien on devine que tout se terminera par la mort, aussi, de Marietta.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/tote_stadt_dt_212-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-187962"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Eric Cutler, Vida Miknevičiūté © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Korngold avait 23 ans quand <em>Die tote Stadt</em> fut créé à la fois à Hambourg et Cologne avec un succès immédiat. Le livret, il l’avait écrit conjointement avec son père, critique musical viennois. Erich Wolfgang, au second prénom prédestiné, est un de ces génies dont la précocité déconcerte. Ses premiers essais étonnent Mahler qui faute de pouvoir lui donner des leçons le recommande à son beau-frère Zemlinsky. Sa sonate en <em>mi</em> majeur est créée par Artur Schnabel alors qu’il n’a que quatorze ans. Non moins déconcertante, la luxuriance de cette partition d’opéra, oubliée si longtemps et qui aujourd’hui appartient au répertoire.</p>
<h4><strong>De Puccini à Lehár</strong></h4>
<p>Elle a ceci de commun avec les différentes apparitions de Marietta qu’elle fait surgir des images musicales, des fantômes musicaux. Dans ses expansions lyriques, ses duos à <em>climax</em>, ses effusions montant toujours plus haut, elle fait penser à Puccini, mais aussi à Richard Strauss, celui d’<em>Ariadne auf Naxos</em> notamment, très souvent aussi à Lehár (la romance de Frank, qui d’ailleurs cite l’<em>Or du Rhin</em>, pourrait être chantée par Danilo) et on pense évidemment aux partitions que Korngold écrira pour le cinéma. </p>
<p>L’ennui, si on fait le parallèle avec ses musiques de films, c’est que cela prend une tournure péjorative. Donc inversons la proposition : dans ses partitions hollywoodiennes Korngold reprend le tissu sonore qu’il a inventé pour <em>Die tote Stadt</em>. Mais tout de même on se surprend à entendre ici ou là de grandes houles orchestrales, qui plutôt qu’évoquer Zeebrugge ou la mer du Nord font songer <em>volens nolens</em> à <em>L’Aigle des mers</em> ou <em>Anthony Adverse</em> et à de grands espaces sillonnés par des bateaux de pirates.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="685" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/tote_stadt_dt_180-685x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-187932"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Vida Miknevičiūté (Marietta avec le portrait de Marie) © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Wien, nur du allein</strong></h4>
<p>Le jeune Korngold est un vrai Viennois. De cette Vienne début-de-siècle qui a fait du doute son sport favori. Qui aime le luxe (la richesse de l’orchestre de Korngold évoque assez celle des portraits de Klimt sur fond d’or) et le vénéneux (la tendance Freud-Salomé), le désuet (la valse) et le nouveau (Schoenberg et ses amis). Une Vienne épuisée et ironique, obsédée par la mort. Et de fait cette Ville morte c’est peut-être la capitale de la Kakanie, morte en 1918, deux ans avant l’opéra de Korngold, ce jeune homme qui veut se souvenir de tout.</p>
<p>Après l’entrée de Marietta, c’est à tout le répertoire de l’opérette viennoise que fera songer le lied « Glück, das mir verblieb » qu’Eric lui demandera de chanter en lui tendant un luth (très incongru dans ce contexte), musique ravissante s’il en est, et d’ailleurs Marietta le dira elle-même : « Das dumme Lied, es hat Sie ganz verzaubert –&nbsp;Cette chanson absurde vous a complètement ensorcelé… »<br>D’autant plus ensorcelante que la voix de Vida Miknevičiūté est absolument superbe, de timbre, de phrasé, d’allègement, d’ensoleillement dans les notes hautes, dans le plus pur style soprano léger viennois, ce qui est étonnant pour quelqu’un qui a aussi Sieglinde, Senta, Chrysothemis et même Brünnhilde à son répertoire (mais aussi Salomé il est vrai).<br>Le duo « Neig dein blass Gesicht » se promènera quant à lui du côté de Cilea et on verra les deux belles mains de Lorenzo Viotti, qui dirige sans baguette, en sculpter les alanguissements, comme quelques instants plus tard les syncopes de la danse de Marietta.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/tote_stadt_dt_171-1024x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-187930"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Vida Miknevičiūté et Eric Cutler© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Ce couple est de surcroît physiquement crédible, lui costaud, ombrageux, brusque, elle fine, gracile et ondulante (Marietta est danseuse). La direction d’acteurs toute en finesse de Dmitri Tcherniakov joue du contraste entre son minimalisme, son côté tempête-dans-un crâne, voire son macabre un peu<em> cheap</em>, et la luxuriance de l’orchestre. <br>Le long duo qui clôt le premier tableau sera vocalement une splendeur. Vida Miknevičiūté prêtera alors sa voix à Marie, avec le cadavre de laquelle Paul se débattra après l’avoir extrait de son suaire de plastique noir. Moment d’un lyrisme amoureux à la Puccini où le soprano s’envolera magnifiquement jusqu’aux sommets de sa <em>kopfstimme</em> pour chanter « Unsere Liebe war, ist und wird sein –&nbsp;Notre amour fut, est et sera ».</p>
<h4><strong>Le côté Zerbinetta de Marietta</strong></h4>
<p>C’est sur le très sonore prélude du deuxième tableau, presque violent, qu’on verra Paul arpenter les rues (de Bruges ?) ou du moins tituber à s’en épuiser sur la tournette, comme on lutterait contre le vent ou ses démons. Le deuxième de ses ariosos se déroule sur un arrière-plan de cloches dans une atmosphère à nouveau très Puccini… Écriture vocale heurtée, à l’image de son désarroi, alors que son ex-camériste Brigitta (la voix très chaude d’<strong>Evelyn Herlizius</strong>) le dédaignera pour se rendre (dans un costume gris de religieuse) vers le béguinage. <br>Autre rencontre : celle de son ami Frank, dont Paul comprend qu’il est devenu l’amant de Marietta. Nouvelle page à l’écriture très drue, à laquelle fera contraste la séquence demi-burlesque des comédiens. Ce sont les partenaires en goguette de Marietta dans <em>Robert le Diable</em> (d’où une parodie de la scène des nonnes de Meyerbeer).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/tote_stadt_dt_163-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-187929"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>La Veuve joyeuse chez le veuf pas joyeux</strong></h4>
<p>Tcherniakov donne à cette scène l’aspect d’une partie de roller (pas facile, le roller sur une tournette en mouvement, saluons la performance). Ce grand <em>concertato</em> virtuose (avec une équipe rieuse d’excellents <em>comprimari</em>), n’est pas sans rappeler les masques d’<em>Ariadne auf Naxos</em>, rencontre sans doute fortuite, mais qui accentue le côté Zerbinetta de Marietta.</p>
<p>Une fantaisie un peu longuette, que viendra ponctuer la romance de Franck travesti (en principe) en Pierrot, «&nbsp;Mein Sehnen, mein Wähnen&nbsp;», qui semble tout droit sortie de la <em>Veuve Joyeuse</em>. <strong>Björn Bürger</strong> la chante avec beaucoup d’élégance. Son timbre de baryton assez clair a aussi la particularité d’être assez proche du timbre riche en graves d’Eric Cutler, comme pour faire de l’un le double clair de l’autre. Particulièrement joli, et si viennois, le chœur de voix féminines venant du lointain en arrière-plan de cette pièce de charme, qui, comme le lied de Marietta, resta au programme de nombreux récitals quand l’opéra de Korngold était aux oubliettes.</p>
<p>C’est ici que se place le pastiche de <em>Robert le Diable</em>, occasion de souligner la performance du <strong>Philharmonia Zurich</strong>, brillantissime tout au long de cette partition-collage, qui part dans toutes les directions, multiplie les rythmes compliqués, joue des pupitres divisés et met souvent les solistes des vents à découvert, dans une écriture qui fait penser au côté exacerbé du Richard Strauss de la <em>Femme sans ombre</em>, particulièrement dans le climax final du deuxième tableau (vaillance tellurique de Vida Miknevičiūté et Eric Cutler !)</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="678" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/tote_stadt_dt_200-1024x678.jpeg" alt="" class="wp-image-187934"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Vida Miknevičiūté et Eric Cutler © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Idée un peu saugrenue de Tcherniakov, celle d’affubler Paul d’une soutane et d’une mitre de cardinal pour voir passer la procession du Saint-Sang (qu’on ne verra pas : on entendra seulement le <strong>Chœur de l’Opernhaus</strong> demeuré en coulisse). Manière sans doute d’insister encore sur la religiosité biscornue de Paul.</p>
<p>Avec son côté «&nbsp;toujours plus&nbsp;», Korngold fait de la marche du cortège un morceau colossal, pour le coup hollywoodien avant l’heure.</p>
<h4><strong>Envol final</strong></h4>
<p>Sonore certes, mais moins intéressant que le dernier duo des deux amants, et que la belle plainte de Marietta, accompagnée d’une flûte, d’une harpe et d’une tapis de cordes, tout cela très fluide, presque impalpable : « Und der erste, der Lieb mich gelehrt, du warst’s, der mich zerstört – Et le premier qui m&rsquo;a appris l’amour, c&rsquo;est toi, qui m&rsquo;as détruite ». Vida Miknevičiūté chante magnifiquement cette aria, où elle se compare à la femme morte, et, sacrilège ! pénètre dans le saint des saints et s’affuble de la perruque-relique.</p>
<p>«&nbsp;Je danse la puissante glorieuse de la vie&nbsp;», chante-t-elle. Provocation suprême. Lorenzo Viotti conduit superbement la furieuse et hurlante bacchanale (avec rythme de valse en arrière-plan) qui mènera à la mort de Marietta.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/tote_stadt_dt_178-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-187931"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Vida Miknevičiūté et Eric Cutler © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Le dernier point fort de la partition sera le lamento de Paul, une méditation sur ses rêves détruits, manière d’hymne à la nuit, une large mélodie posée sur de longues phrases des cors, et des cordes, jusqu’à un accord final en majeur. Eric Cutler, assis au bord de son bow window, y sera d’une poignante mélancolie, et les couleurs de l’orchestre d’une telle beauté, qu’un interminable silence s’ensuivra avant que les premiers applaudissements n’osent éclater.</p>
<p>Ils seront très longs et très enthousiastes. Korngold a de la chance d&rsquo;être servi de telle manière.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/korngold-die-tote-stadt-zurich/">KORNGOLD, Die tote Stadt &#8211; Zurich</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>STRAUSS, Ariadne auf Naxos &#8211; Zürich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-ariadne-auf-naxos-zurich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Sep 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Juste avant le début de la deuxième partie, apparaît Andreas Homoki qui micro en main annonce devant le rideau rouge que l’interprète de Brighella, Andrew Owens, abandonné par sa voix, se bornera à mimer son rôle tandis que Manuel Günther lui prêtera la sienne. Et le directeur de l’Opéra de Zurich et metteur en scène &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Juste avant le début de la deuxième partie, apparaît <strong>Andreas Homoki</strong> qui micro en main annonce devant le rideau rouge que l’interprète de Brighella, <strong>Andrew Owens</strong>, abandonné par sa voix, se bornera à mimer son rôle tandis que <strong>Manuel Günther</strong> lui prêtera la sienne. Et le directeur de l’Opéra de Zurich et metteur en scène de cet <em>Ariadne auf Naxos</em> de s’éclipser, l’air assez joyeux finalement que le hasard se prête à son jeu…</p>
<p>Et c’est ainsi qu’on va voir Manuel Günther se poser à l’extrême-jardin avec sa chemise noire, son pupitre et sa loupiote, comme pour ajouter au spectacle une nouvelle couche de distanciation, un troisième ou un quatrième degré, on ne sait plus.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="671" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ariadne_auf_naxos_ohp_ah_153_c_monika_rittershaus-1024x671.jpeg" alt="" class="wp-image-172578"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monica Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Des chemises noires, on en avait vu dès les prémisses du prologue, tous les membres de la troupe entrant un à un, se saluant, faisant mine de s’échauffer, envoyant des signes de connivence à l’orchestre et précédant <strong>Kurt Rydl</strong>, en principe majordome, mais devenu ici régisseur, chef de troupe, commandant les lumières et faisant descendre des cintres un long portant où chacun ira décrocher son costume, costume «&nbsp;civil&nbsp;» pour le moment : la <em>prima donna</em> un peignoir bordé de plumes de cygne (?) assez croquignolet, les nymphes des peignoirs navrants, les comédiens «&nbsp;dell’arte&nbsp;» des frusques plus ou moins <em>flashy</em>, le Compositeur un petit costume pincé, etc.</p>
<h4><strong>Avec un grand T</strong></h4>
<p>Plateau nu, rideaux noirs, la mise en scène du prologue, très chorégraphiée, ne repose que sur la vivacité des mouvements et le tonus des comédiens-chanteurs. Et ça marche puisque l’esprit est là. <strong>Martin Gantner</strong>, qui arpente les plateaux depuis trente ans en chantant tous les barytons wagnériens et verdiens, suggère à lui seul le métier des planches. Son maître de musique, vieux veston en tweed et cheveu hérissé, tour à tour ronchonnant ou bonasse, d’une solidité vocale imposante, incarne dès sa première prise de bec avec le régisseur soupe-au-lait et impatient de Kurt Rydl une certaine tradition théâtrale.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ariadne_auf_naxos_ohp_ah_162_c_monika_rittershaus-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-172813"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Kurt Rydl et Martin Gantner © Monica Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>C’est le théâtre avec un grand T que la mise en scène d’Homoki entend célébrer. Et, avec Hofmannsthal et Strauss, dans le droit fil du <em>Rosenkavalier</em>, ce que Mozart et Da Ponte avaient inventé : les noces acidulées de l’opera <em>seria</em> et de l’opera <em>buffa</em>.</p>
<p>Les herses de projecteurs montent et descendent, les machinistes trimbalent des pupitres et des chaises (et tout-à-l’heure ils seront, toujours équipés de leurs talkies-walkies, mais chapeautés de gibus blancs, les boys de Zerbinetta), et apparaît le Compositeur. <strong>Lauren Hagen</strong>, accompagnée de sa clarinette emblématique, va symboliser ce qui est sans doute le sens profond de cet opéra et l’une des préoccupations de Hofmannstahl : <em>die Verwandlung</em>, la transformation. Surjouant au début peut-être un peu la nervosité du personnage, elle va gagner en sérénité au fil de l’opéra, et sa voix en rayonnement, pour suggérer ce que Strauss veut, lui, représenter : l’humanisation. Déjà avec ses premiers envols lyriques ( «&nbsp;Du, allmächtiger Gott !&nbsp;» puis «&nbsp;Du, Venus’ Sohn, gibst süssen Lohn&nbsp;»), la voix, plus claire qu’à l’accoutumée pour ce rôle, trouvera son essor et surtout sa qualité d’émotion. Essor aussitôt interrompu, sur un tempo de gavotte, par l’espiègle Zerbinetta de <strong>Ziyi Dai</strong> et le Maître de danse de <strong>Nathan Haller</strong>, claironnant à souhait sous sa casquette orange assortie à ses baskets.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="457" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ariadne_auf_naxos_ohp_ah_294_c_monika_rittershaus-1024x457.jpeg" alt="" class="wp-image-172585"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monica Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Délicieuse ambiguïté</strong></h4>
<p>On retrouvera toute la troupe dans la grande querelle en musique suscitée par l’ordre tonitruant du Haushofmeister de donner simultanément l’opéra d’Ariane et le divertissement des bouffons, brillante démonstration de virtuosité straussienne.<br>Mais surtout le premier moment de grâce proprement mozartienne naîtra du duo aérien de Zerbinette et du compositeur. Ziyi Dai et Lauren Fagan y seront parfaites avec leurs voix idéalement lumineuses et fusionnelles, portées par la direction chambriste, aérée, attentive de <strong>Markus Poschner</strong>. L’acoustique très claire de l’Opernhaus fait que rien ne se perd des échanges entrelacés de la clarinette, du basson, de la flûte et des effusions des cordes.</p>
<h4><strong>Trouble</strong></h4>
<p>Délicieux moment d’ambiguïté : le compositeur explique à Zerbinette qu’Ariane meurt vraiment… <em>Taratata</em>, répond la soubrette, elle oubliera Thésée dans les bras de Bacchus, nous sommes toutes les mêmes… Et de se lancer dans un numéro de coquetterie et déposant un baiser sur les lèvres du compositeur. Métamorphose (<em>Verwandlung</em>) du jeune homme, qui aussitôt tombe amoureux, et dépose à son tour un baiser sur celles de Zerbinette : «&nbsp;Tu es comme moi, les choses terrestres n’existent pas pour toi&nbsp;», dit-il, «&nbsp;tu exprimes ce que je ressens&nbsp;», répond-elle, peut-être sincère…</p>
<p>Le trouble qui passe dans la musique (et dans la manière dont elle est ici chantée, orchestre et voix) descend évidemment en ligne directe de <em>Cosi fan tutte</em>. Où finit le jeu, où commence la vérité ? La question est suspendue, comme le tempo.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ariadne_auf_naxos_ohp_ah_215_c_monika_rittershaus-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-172579"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Ziyi Dai, Daniela Köhler, Lauren Fagan et les masques © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Non moins superbe d’exaltation puis de fureur, l’ultime monologue du Compositeur seul en scène. « La musique est l’art sacré entre tous ! », chante-t-il… Lauren Fagan y est impressionnante, se jouant des notes hautes prodiguées par Strauss pour exprimer la farouche mélancolie du personnage, s’insurgeant contre le maître de musique qui l’a entrainé vers un monde, celui du compromis, qui n’est pas le sien : « Laisse-moi geler, mourir de faim, me transformer en pierre dans le mien ! »</p>
<h4><strong>Tapis volant</strong></h4>
<p>À la fin du prologue, on avait vu les techniciens de scène monter ce qui serait l’île déserte de l’opéra : toujours sur fond noir, un lit terriblement conjugal, deux chevets, deux lampes, et un tapis persan. Tapis qui, par quelque magie théâtrale (sans doute de simples vérins) se détachera bientôt du sol pour s’incliner et s’envoler (un peu) et cette trouvaille d’une certaine poésie gommera (un peu) le prosaïsme chiche et terne de ce décor.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ariadne_auf_naxos_ohp_ah_221_c_monika_rittershaus-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-172581"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Lauren Fagan et Daniela Köhler © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>C’est la musique qui sera pourvoyeuse de merveilleux, et d’abord l’orchestre.</p>
<p>Souple, songeuse, claire (on distingue toutes les lignes, même dans la partie allegro), laissant respirer la musique, mettant en valeur les solistes du <strong>Philharmonia Zürich</strong> (dont une magnifique clarinette), l’introduction de l’opéra proprement dit installe un climat poétique, où viendront s’insérer les trois nymphes (<strong>Yewon Han</strong>, <strong>Siena Licht Miller</strong> dont on remarque le timbre chaud et <strong>Rebeca Olvera</strong>).</p>
<p>Mais c’est bien sûr Ariadne qu’on attend, le prologue ne réservant à la <em>prima donna</em> que quelques imprécations de diva capricieuse. On avait entendu <strong>Daniela Köhler</strong> <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-walkure-zurich-la-ligne-claire/">il y a peu de temps sur la même scène</a>, magnifique en Sieglinde, et on se souvenait de la manière dont, au fil de la <em>Walkyrie</em>, elle avait construit l’expansion de sa voix et de son rôle. On allait avoir la même impression dans son Ariadne, personnage qu’elle aborde pour la première fois. <br>Si son éveil «&nbsp;Wo war ich ?&nbsp;» sembla un peu timide, peut-être parce que le début en est écrit un peu bas pour elle, elle allait vite trouver toute son expansion lyrique, s’insérant dans le riche tissu orchestral, pour monter jusqu’aux ultimes hautes notes filées de ce premier monologue où elle dit son aspiration à mourir. Markus Poschner, sur un tempo très étiré, distille les couleurs pointillistes de Strauss (de très beaux cors notamment s’ajoutant aux volutes des bois, sur quelques accords d’harmonium pianissimo).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ariadne_auf_naxos_ohp_ah_301_c_monika_rittershaus-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-172587"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Sous l’œil du compositeur</strong></h4>
<p>Les interventions drolatiques des masques, surgis derrière la tête de lit, n’en prendront que plus de vigueur, de même que le «&nbsp;Lieben, Hassen, Hoffen, Zagen&nbsp;» de Harlequin (la haute silhouette de <strong>Yannick Debus</strong>, très beau baryton) auquel répondra <em>da lontano</em> la voix d’Echo. <br>Très lent aussi, le «&nbsp;Es gibt ein Reich&nbsp;» est très intéressant parce que Daniela Köhler y<em> dit</em> le texte d’Hofmannstahl, où s’exprime l’aspiration à la mort, au <em>Totenreich</em>, d’Ariadne. La beauté lyrique de cet air, l’un des rares airs détachés de la partition, n’en est que plus forte. La voix a trouvé toute son homogénéité. Pas d’effets, beaucoup de sincérité. Ariadne est assise au bord de son lit, sagement, dans sa robe de mariée de satin blanc. À gauche, le compositeur, toujours en scène, l’écoute. À droite, Zerbinetta écoute aussi. À nouveau, en accord avec le chef, la musique respire. Jusqu’à la péroraison, exaltante, où la beauté de la voix peut enfin se libérer tout à fait.</p>
<p>L’apparition grotesque des masques n’en sera que plus grinçante&#8230; et d’un mauvais goût très sûr : un Scaramouche barbu en corset et vertugadin, les autres à l’avenant, Zerbinetta en jupon baleiné, tout ce monde bondissant, gesticulant, sur un rythme de gavotte pour divertir la pauvre Ariadne (que ça n’amuse guère, c’est Zerbinette qui le dit)… du moins, musicalement, c’est en place (avec Manuel Günther assurant le doublage de Brighella en direct).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ariadne_auf_naxos_ohp_ah_306_c_monika_rittershaus-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-172588"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Ziyi Dai et ses boys © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Gibus et machinos</strong></h4>
<p>Plus convaincant, le morceau de bravoure de Zerbinetta, «&nbsp;Grossmächtige Prinzessin&nbsp;», où Ziyi Dai va s’offrir un joli succès personnel. La jeune soprano chinoise, formée au Curtis Institute et qui fut membre de l’Opéra-Studio de Zurich, construit sagement cet air redoutable par sa longueur : prudente au début (mais piquante et drôle, admonestant les hommes du public), elle dose ses effets, bientôt rejointe par quatre puis huit machinistes en tenue de travail (mais avec les gibus blancs évoqués plus haut) pour achever de donner au numéro un côté music-hall plutôt réussi. Les notes hautes sont là, plus justes que puissantes, et la verve fait oublier que certaines sont un peu esquissées, jusqu’à la strette, où les trilles et les vocalises, envoyées avec panache, achèveront d’emporter le morceau.</p>
<p>En vieux roué, Strauss glissera là un nouvel ensemble virtuose avec les masques (la coquette Zerbinette oubliant ses effusions avec le Compositeur pour flirter avec Arlequin) et un beau trio des dames, qui fait immanquablement penser à celles de la Flûte enchantée.</p>
<p>De même que leurs interventions pianissimo, «&nbsp;Töne, töne, süsse Stimme&nbsp;», dans la scène suivante, l’autre moment de grâce, l’apparition de Bacchus.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ariadne_auf_naxos_ohp_ah_308_c_monika_rittershaus-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-172589"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Daniela Köhler et John Matthew Myers © Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>Et justement, cette « douce voix », elle viendra d’abord des coulisses.</p>
<p>Ce sera celle du jeune ténor américain <strong>John Matthew Myers</strong>. Belle voix un peu barytonnante, riche en harmoniques graves, puissante et homogène, dont on comprend qu’elle trouble Ariadne, tant elle a de chaleur, pour ne pas dire de moelleux…</p>
<h4><strong>Une Naxos suspendue</strong></h4>
<p>Là, se glissera un nouvel effet de théâtre, à vrai dire plus intrigant qu’indispensable : descendra des cintres un reflet de la chambre, non pas un miroir (on se posera la question), mais une version verticale du tapis, du lit et des chevets, une Naxos suspendue en somme (pas plus enthousiasmante que l’horizontale), d’où descendra aussi Bacchus, sous l’aspect d’un sage jeune homme en smoking.</p>
<p>Ne mégottons pas. Le duo final sera extrêmement beau. La tessiture tendue de Bacchus n’a rien pour inquiéter John Matthew Myers.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="373" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ariadne_auf_naxos_ohp_ah_287_c_monika_rittershaus-1024x373.jpeg" alt="" class="wp-image-172584"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>John Matthew Myers et Daniela Köhler © Monika Ritterhaus</sub></figcaption></figure>


<p>Quant à Daniela Köhler, elle rayonnera d’émotion, glissant ici et là des «&nbsp;messa di voce&nbsp;» impeccables, mais surtout d’intériorité. La montée vers l’extase finale, à partir de «&nbsp;Gibt es kein Hinüber !&nbsp;» sera d’une plénitude, d’un engagement formidables et leur duo d’un lyrisme exaltant. Jusqu’à l’ultime unisson, à l’ultime crescendo (Strauss ne se lasse jamais de monter toujours plus haut) sur la scène vide : la Naxos verticale aura disparu dans les hauts, l’horizontale été emportée et le tapis roulé.</p>
<p>Sur le plateau désert et un très long point d’orgue orchestral, on verra, dernière image, le Compositeur courir vers Zerbinetta et vers un avenir qu’on suppose radieux, entre jardin et cour…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ariadne_auf_naxos_ohp_ah_310_c_monika_rittershaus-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-172817"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Lauren Fagan et Ziyi Dai  © Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>
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		<item>
		<title>LEHÁR, Die lustige Witwe &#8211; Zurich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lehar-die-lustige-witwe-zurich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Feb 2024 05:30:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=155838</guid>

					<description><![CDATA[<p>On y allait pour les retrouvailles de Barrie Kosky avec Marlis Petersen, sa Marschallin de Munich, et Michael Volle, son Hans Sachs de Bayreuth. Pas de doute, la rencontre vaut le voyage. Kosky scintille dans ce qui est devenu son univers de prédilection, l’opérette (depuis qu’il est devenu le directeur du Komische Oper de Berlin &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On y allait pour les retrouvailles de <strong>Barrie Kosky</strong> avec <strong>Marlis Petersen</strong>, sa Marschallin de Munich, et <strong>Michael Volle</strong>, son Hans Sachs de Bayreuth. Pas de doute, la rencontre vaut le voyage. Kosky scintille dans ce qui est devenu son univers de prédilection, l’opérette (depuis qu’il est devenu le directeur du Komische Oper de Berlin &#8211; auparavant, il affectait de dédaigner le genre, bien qu’étant tombé dedans tout petit grâce à une grand-mère qui écoutait Richard Tauber en boucle…)<br>Quant au duo Hanna-Danilo, il est délicieusement désassorti &#8211; donc parfait ! Félins l’un et l’autre, elle plutôt siamoise, lui vieux lion bourru. Après s’être chamaillés pendant deux heures &#8211; chamaillés et frôlés sur fond de valse, évidemment -, ils se tomberont dans les bras l’un de l’autre comme deux vieux amoureux protégés par les Dieux de l’opérette, avant de se chamailler sans doute toute le reste de leur vie. Happy end de comédie musicale, teinté d&rsquo;une indispensable touche de mélancolie, distillée avec art par Barrie Kosky.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/die_lustige_witwe_284_c_monika_rittershaus-1024x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-156196"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Marlis Petersen © Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Remémoration</strong></h4>
<p>Tout commence dans la nuit complète. Après un long silence, dans un imperceptible crescendo lumineux blafard, apparaît, coté gauche, un grand Steinway. Au clavier, très seule, Hanna Glawari en longue combinaison de soie noire et pieds nus, fait mine de jouer. Mais ce qu’on entend, c’est Lehár lui-même dans une improvisation sur <em>L’Heure exquise,</em> enregistrée sur des rouleaux de piano pneumatique. Avec infiniment de nostalgie. Comme une réminiscence. <br>Barrie Kosky raconte avoir été ébloui par la liberté de phrasé, par l’esprit de cet enregistrement, par «&nbsp;ce sentiment fantomatique que Lehár est dans la pièce&nbsp;» et s’en être inspiré pour créer «&nbsp;eine märchenhafte Welt&nbsp;», un monde de conte de fées.</p>
<p>On ne le sait pas encore, mais tout ce qu’on va voir ensuite se placera sous le signe de la remémoration, du bonheur enfui, de la parenthèse enchantée… jusqu’à l’image finale que je vous raconterai peut-être tout-à-l’heure.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/die_lustige_witwe_kosky_022_c_monika_rittershaus-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-155839"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>L&rsquo;entrée de Hanna Glawari (Marlis Petersen) © Monika Ritterhaus</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Un rien queer…</strong></h4>
<p>Mais, outre la nostalgie, c’est le spectacle le plus capiteux, le plus vif, le plus emballant qu’on puisse voir (délire du public à la fin !). Une manière de concentré de tout ce qu’on aime depuis toujours (du moins le signataire de ces lignes). <br>Inventaire : les girls et les boys, les plumes, les décors qui tournent (il y a du Busby Berkeley dans l’air), les fracs noirs et les robes vaporeuses (Fred Astaire et Ginger Rogers bien sûr), les films de Joseph von Sternberg (et d’abord <em>L’impératrice rouge</em>), les revues à grand spectacle, les opérettes berlinoises de l’Admiralpalast d’avant la catastrophe… et les théâtres à promenoir, les costumes glamourous, le champagne, et cette esthétique <em>camp</em>, donc un rien <em>queer</em>…</p>
<p>Avant que ne commence enfin la fête chez le baron Mirko Zeta, Hanna à son piano aura été rejointe d’abord par six danseuses en robes blanches puis six danseurs en tenue de soirée, pour une lente valse voluptueuse, et puis le grand rideau rond qui sera l’essentiel du décor les emportera.</p>
<p>Il y a aussi un côté vaudeville dans cette histoire, un magasin d’accessoires issu de la comédie de Meilhac : vingt millions dont a hérités la Veuve et dont a besoin le Pontevedro pour sauver ses finances, un mariage avec le Comte Danilowitch que le Baron Mirko Zeta, ambassadeur à Paris, un Paris imaginaire, a pour mission de comploter, une histoire compliquée d’éventail sur lequel une main a écrit « Ich liebe dich », une suite de quiproquos qui seront enlevés avec fougue, avec tous les clins d’yeux qu’il faut.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/die_lustige_witwe_171_c_monika_rittershaus-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-156392"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Njegus (Barbara Grimm) et Mirko Zeta (Martin Winkler) © Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p><strong>Martin Winkler</strong>, lui aussi chanteur wagnérien (qui a chanté Alberich un peu partout !) compose un Baron très «&nbsp;culotte de peau&nbsp;» réjouissant, crâne chauve et barbiche, un jeu caricatural à la Christian Eck et le gimmick d’un salut militaire de soldat de plomb chaque fois qu’est évoqué le Vaterland.<br>Côté comédie, on nommera, d’autant qu’ils apparaissent aussitôt la très piquante Valencienne de <strong>Katharina Konradi</strong>, une Susanna, une Adele, une Adina, qui joue ici très habilement le registre acidulé de la divette, et qui chante dans une robe noire à froufrous qu’elle est «&nbsp;ein anständ’ge Frau &#8211; une femme respectable&nbsp;» et le Rosillon d’<strong>Andrew Owens</strong>, très jolie voix de ténor lyrique léger &#8211; et sa romance au deuxième acte, «&nbsp;Sieh dort den kleinen Pavillon&nbsp;», timbre clair, très lumineux, legato parfait, sera idéale (son répertoire, c’est Arturo de <em>Lucia</em> ou Gualtiero d’<em>Il Pirata</em>).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/die_lustige_witwe_310_c_monika_rittershaus-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-156200"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Katharina Konradi et Andrew Owens © Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Falbalas</strong></h4>
<p>L’entrée d’Hanna, sa vraie entrée, annoncée par un chœur de danseuses piaillantes à souhait, sera une déferlante de boys, de plumes, de strass, de brandebourgs, elle en long fourreau noir scintillant et la tête couronnée d’un éventail de plumes d’autruche noires très music-hall. S’il n’y a, on l’a dit, aucun décor, hormis le grand rideau rond des apparitions-disparitions, qui tourne comme tourne la tournette qui emmène lentement le piano, les costumes dessinent la vraie scénographie, luxueuse et virtuose, et <strong>Gianluca</strong> <strong>Falaschi</strong> s’est de toute évidence inspiré des grandes heures de Hollywood, quand Travis Banton, Adrian ou Jean-Louis habillaient et mythifiaient Garbo, Hedy Lamarr ou Marlene.</p>
<p>Marlene, le nom est lâché. C’est bien à elle que fait constamment penser Marlis Petersen, élégante, mi-sourire, sculpturale, désabusée, retenue, suggérant très finement sa peur de retomber amoureuse d’un Danilo avec qui elle a vécu une première <em>love</em> <em>affair</em> il y a longtemps.<br>Autre référence cinématographique, les lumières de <strong>Klaus Grünberg</strong> se souviennent sans doute que Marlene exigeait que les chefs opérateurs (Lee Garmes par exemple) éclairent son front, pour creuser les joues (elle avait appris cela de Sternberg et allait s’en souvenir jusqu’à ses derniers récitals au Café de Paris dans une robe cousue sur elle…)</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="722" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/die_lustige_witwe_kosky_109_c_monika_rittershaus-1024x722.jpeg" alt="" class="wp-image-155846"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Michael Volle et Marlis Petersen © Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>On repensait à cela quand Marlis Petersen vint s’asseoir sur le trou du souffleur, pour échapper aux récriminations de Danilo. Le personnage que dessine Michael Volle, dès son entrée, semble se nourrir de tous les Falstaff, Barak, Golaud et bien sûr Hans Sachs qu’il a incarnés… Un peu grondeur, tendrement grotesque, cabotin au second degré, fragile et considérable, maladroit et pataud, d’une humanité touchante. Dans l’univers artificiel et miroitant que Barrie Kosky dessine autour d’eux, Marlis Petersen et lui suggèrent quelque chose de vrai, de ténu, de précieux. «&nbsp;Tiefmenschlich&nbsp;» (profondément humain) comme le dit Kosky.</p>
<p>Vocalement, Marlis Petersen est la finesse même. Si la voix n’apparait pas très grande, du moins ce soir-là, elle est exquise de musicalité, de souplesse, et de brillance dans le registre supérieur., Dès son entrée éméchée (Danilo sort de chez Maxim’s où il a passé la nuit avec Lolo, Dodo, Jou-Jou, Clo-Clo, Margot, Frou-Fou, et il masse ses pieds douloureux avant d’aller ronfler sous le piano…), Michael Volle choisit de chanter en acteur, de jouer le jeu de la comédie, de créer un personnage, une silhouette.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/die_lustige_witwe_300_c_monika_rittershaus-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-156199"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>«&nbsp;How did Lubitsch do it ?&nbsp;»</strong></h4>
<p>La divinité tutélaire qui plane au dessus de ce spectacle, c’est Ernst Lubitsch, réalisateur d’une <em>Merry Widow</em> de rêve en 1934 (avec Jeanette MacDonald et Maurice Chevalier, un Danilo à l’opposé de celui de Michael Volle…). Barrie Kosky dit très justement : «&nbsp;Son style [celui de Lubitsch] est intelligent, rapide et incroyablement charmant avec son insolence ironique. Le profond est complètement caché, mais il est là. Lubitsch ne montre jamais le sous-texte. Vous devez le ressentir et le ressentir vous-même. C&rsquo;est exactement la juste approche de l&rsquo;opérette : on joue la façade et la surface. Il faut sentir la profondeur avec son nez [sic], l&rsquo;entendre avec ses oreilles et la lire dans les yeux des acteurs. Mais on ne la joue pas&nbsp;». Billy Wilder, Berlinois devenu Hollywoodien, avait affiché au-dessus de son bureau :&nbsp;«&nbsp;How did Lubitsch do it ?&nbsp;&#8211; Qu’aurait fait Lubitsch ?&nbsp;»</p>
<p>Allusive, telle sera la valse qui réunira le couple à la fin du premier acte. Valse incarnation du désir bien sûr, comme dans le <em>Rosenkavalier</em>… Ultime image d’un final du premier acte lancé par le fameux « Damenwahl ! » et porté par la baguette toujours habile de <strong>Patrick Hahn</strong>, aux tempos très souples, sachant écouter ses chanteurs, et ralentir la battue quand il faut les suivre, s’alanguissant sur la valse de Danilo « Wie die Blumen… » avec la pointe indispensable de rubato, puis scandant la polka de Valencienne, « Der junge Mann tanzt Polka… », pour enfin accompagner le trouble d’Hanna : « Sie abscheulicher Mann ! Wie prächtig Sie tanzen ! &#8211; Espèce d&rsquo;homme ignoble ! Tu danses magnifiquement ! »</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/die_lustige_witwe_kosky_087_c_monika_rittershaus-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-155845"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Michael Volle et Marlis Petersen ©&nbsp;Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Résolument kitsch</strong></h4>
<p>La deuxième partie montera de quelques crans dans l’extravagance et dans la folie costumière. La fête hongroise chez Hanna la verra apparaître surmontée d’une invraisemblable coiffe en forme d’éventail, vaporeuse dans ses tulles et ses plumes et suivie par la danse serpentine d’une douzaine de danseurs en justaucorps noirs et argent (qui se lanceront dans une Czardas décoiffante). <br>La chorégraphie chic et choc de Kim Duddy penche résolument côté <em>queer</em> de même que les costumes qui semblent se souvenir de ceux qu’Erté dessinait pour les Folies-Bergère durant les Années folles, notamment les huit modèles qu’on verra tourner lentement, empanachés d’autruche, enguirlandés de perles et de paillettes, dans une palette fuschia-violet-émeraude, tels une volière d’énormes oiseaux fantastiques, d’un kitsch vigoureux autant qu’intrépide… On en reste pantois, tout sens critique estourbi ! C’est d’ailleurs le but…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="681" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/die_lustige_witwe_269_c_monika_rittershaus-1024x681.jpeg" alt="" class="wp-image-156391"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>Le <strong>Philharmonia Zurich</strong> est impeccable de pulsation et d’énergie et le chœur à bouche fermée qui l’interrompt un instant voluptueux à souhait. Le <strong>Chœur de l’Opernhaus</strong>, mobilisé pour représenter la foule des invités, est comme à l’habitude irréprochable musicalement et très impliqué théâtralement, suggérant l’impression que chaque personnage a été dessiné individuellement. Ils seront les comparses d’une chanson de Vilja touchante, peut-être aussi parce que la voix de Marlis Petersen y semblera imperceptiblement fragile, chantant délicieusement mais manquant un peu de projection, quelque précautionneux soit ici Patrick Hahn.</p>
<p>L’intrigue fera différents détours qu’on ne tentera pas de résumer, prétextes à quelques ensembles délectables, comme le duetto du «&nbsp;dummen Reiter&nbsp;», un peu aigre-doux de sentiment &#8211; et de voix aussi -, ou le très réussi septuor de voix mâles sur un rythme de marche, «&nbsp;Wie die Weiber&nbsp;», Michael Volle jouant les meneurs de revues entouré de six comparses dont quelques-uns des excellents seconds rôles, parmi lesquels <strong>Omer Kobiljak</strong> (Cascada) et <strong>Nathan Haller</strong> (Saint-Brioche), tous aussi enjoués dans leur chorégraphie que martiaux vocalement (jubilation dans le public sur les truculents «&nbsp;Weiber, Weiber, Weiber&nbsp;»). <br>On citera aussi le court duo entre Valencienne-Rosillon, «&nbsp;Mein Freund, Vernunft&nbsp;», très étonnant d’écriture puisqu’il semble pasticher Puccini, de même que la romance «&nbsp;Sieh dort den kleinen Pavillon&nbsp;» déjà évoquée.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="516" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/die_lustige_witwe_kosky_083_c_monika_rittershaus-1024x516.jpeg" alt="" class="wp-image-155844"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Le septuor-marche © Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Petites femmes de Paris</strong></h4>
<p>Le Finale du deuxième acte, se souvient-il des finales de Mozart, des <em>Noces</em> ou de <em>Cosi</em> ? En tout cas, démarré sur les chapeaux de roue par Patrick Hahn, il s’offre quelques jolis pas de côté, le «&nbsp;Wie eine Rosenknospe&nbsp;» de Rosiilon où à nouveau on remarque le timbre et la sensibilité d’Andrew Owens ou le très mélancolique «&nbsp;Verlieb’Dich oft&nbsp;» de Danilo, arioso en dialogue avec le basson, le hautbois, puis la flûte, d’une écriture très fine (Michael Volle semble y hésiter entre le velouté de sa voix et un <em>sprechgesang</em> expressif). Interrompu par le trépidant « Das hat Rrrrass’ ! So, tralalala la la la ! » de Hanna (ici une Petersen sur-vitaminée !) il reviendra pour le subtil « Es waren zwei Königkinder ! » où il sera merveilleux, tout à tour amer, grandiose, sardonique, blessé, avant de s’éloigner en reprenant son « Ich gehe zu Maxim’s », donnant un très émouvant poids d’humanité à cette réminiscence.</p>
<p>Une des trouvailles les plus farfelues et réjouissantes de Barrie Kosky sera d’avoir donné le rôle (parlé) de Njegus, l’homme-à-tout-faire du Baron Zeta, complice de ses manigances burlesques, à la très inattendue <strong>Barbara Grimm</strong>, forte personnalité du théâtre suisse-allemand, à la longue expérience, qui dessine une silhouette non-genrée saugrenue et cocasse, suivie de sa longue chevelure grisonnante. C’est lui-elle qui manigancera d’inviter à la fête un cabaret de <em>grisetten</em> pour circonvenir le rétif Danilo…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/die_lustige_witwe_274_c_monika_rittershaus-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-156195"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Die Grisetten et, en tête, Valencienne (Katharina Konradi) © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Leur entrée sur un rythme de cake-walk, en robe jaune de « petites femmes de Paris » sera un nouveau moment de jubilation, emmené par une Katharina Konradi, perruquée de roux et déchainée, et leurs voix pointues feront merveille, avant que ne les rejoignent les garçons, eux aussi en robe jaune, pour un can-can absolument réglementaire et unisexe, tous-tes levant la jambe en cadence et exhibant leur culotte, comme de bien s’accorde. Emballant, bien sûr !</p>
<p>L’heure sera venue des ultimes mises au point. Hanna révélera qu’elle n’avait jamais eu l’intention d’épouser Rosillon comme un quiproquo l’avait fait croire, on apprendra qu’elle est ruinée et donc que Danilo pourra l’épouser pour ses beaux yeux (et son charme) et non plus pour ses millions…</p>
<h4><strong>L’heure des adieux</strong></h4>
<p>Le violon langoureux du concertmeister<strong> Bartlomiej Niziol</strong> pourra s’élever de la fosse d’orchestre et commencer <em>L’Heure exquise</em>… Texte original : «&nbsp;Lippen schweigen, ’s flustern Geigen : Hab’mich lieb !&nbsp;» &#8211; Les lèvres se taisent, les violons murmurent : Aime-moi ! »</p>
<p>Michael Volle à mi-voix, Marlis Petersen aux limites de la sienne, le duo est très émouvant, très subtil, tout en demi-teintes, beau de sa tristesse, conduit avec infiniment de délicatesse par Patrick Hahn.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/die_lustige_witwe_kosky_044_c_monika_rittershaus-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-155841"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Michael Volle et Marlis Petersen © Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>Le final avec toute la troupe sera évidemment aussi trépidant qu’on peut l’imaginer. On remarquera au passage que les costumes auront été gagnés par la couleur pour proclamer que « Ja, das Studium der Weiber ist schwer &#8211; Oui, ce n’est pas facile de comprendre les femmes… »</p>
<p>Mais, surprise, tout s’interrompra en plein milieu d’une phrase, pour laisser place à un épilogue drolatique, une éternelle querelle de vieux amoureux autour du piano, sur le thème de la marche-septuor arrangé par Patrick Hahn…</p>
<p>Puis à nouveau le violon jouera (très tendrement) «&nbsp;Lippen schweigen&nbsp;».</p>
<p>Et sur le plateau devenu désert, on verra Hanna, doucement, étreindre une photographie, où l’on croira deviner Danilo…</p>
<p>Image mélancolique refermant le spectacle comme il avait commencé.</p>
<p>Grande réussite.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/die_lustige_witwe_291_c_monika_rittershaus-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-156198"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Riitershaus</sub></figcaption></figure>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lehar-die-lustige-witwe-zurich/">LEHÁR, Die lustige Witwe &#8211; Zurich</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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