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	<title>Camilla NYLUND - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Thu, 13 Aug 2026 07:59:12 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Camilla NYLUND - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<item>
		<title>Camilla Nylund : « Je ne sais pas pourquoi on en est arrivés là ! »</title>
		<link>https://www.forumopera.com/camilla-nylund-je-ne-sais-pas-pourquoi-on-en-est-arrives-la/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Aug 2026 05:57:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Avant deux Ring en version de concert (à Paris et au Carnegie Hall) vous chantez ici à Bayreuth les trois Brünnhilde dans trois cycles très concentrés. C’est un défi. Certainement. Ceci dit c’est mon quatrième Ring ; le premier c’était à Zurich en 2022, puis à la Scala et à Vienne. On peut donc dire que &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Avant deux <em>Ring</em> en version de concert (à Paris et au Carnegie Hall) vous chantez ici à Bayreuth les trois Brünnhilde dans trois cycles très concentrés. C’est un défi.<br />
</strong>Certainement. Ceci dit c’est mon quatrième Ring ; le premier c’était à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-walkure-zurich-la-ligne-claire/">Zurich en 2022</a>, puis à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/__trashed-2/">la Scala</a> et à Vienne. On peut donc dire que j’ai abordé ce <em>Ring</em> ici à Bayreuth plus détendue. Mais celui-ci est tout de même très spécial avec cette « mise en scène » par l’intelligence artificielle. Dans un sens c’est plus simple parce que nous n’avons pas eu de répétition scénique, uniquement des répétitions musicales. Ensuite nous avons eu une répétition de scène où on nous a annoncé à quels endroits précisément nous devions nous tenir.<br />
Vous le savez sans doute les concepteurs de cette production voulaient que nous restions debout, figés ; mais cela s’est avéré très difficile pour nous. Quand on a l’habitude de se déplacer sur une scène, je peux vous dire que c’est extrêmement fatigant de rester debout tout le temps au même endroit. Et puis ce n’est pas non plus une version de concert, car nous avons des costumes, d’une rare laideur d’ailleurs je dois dire !<br />
Et en plus nous sommes assez loin du bord de scène ; il y a ce rideau transparent où les images sont projetées. Donc pas de décor en soi. Bref c’est une situation un peu particulière qui n’est vraiment pas simple mais au moins on pourra dire que ce ne sont pas les répétitions qui nous ont fatigués !<br />
Je dirai que, en conséquence, il a été important de pouvoir nous concentrer sur le matériel musical avec Christian Thielemann.</p>
<p><strong>Que diriez-vous de cette « mise en scène » ?</strong><br />
Il ne s’agit pas d’une mise en scène : nous ne voyons pas ce qui est projeté, ou très peu, nous ne voyons rien de ce qui se passe en réalité. Et en plus je sais que vous, spectateurs, vous nous voyez mal. Je pense qu’on n’arrive à distinguer les personnages les uns des autres que si l’on est assis dans les tout premiers rangs. Mais croyez-moi c’est difficile aussi pour nous : parce qu’il faut comprendre que lorsque nous chantons, nous ne livrons pas au public uniquement notre voix, mais aussi toute l’expression de notre corps.<br />
Tout ceci fait que, à un moment donné, nous, les chanteurs, nous avons pris la liberté de nous mouvoir un peu sur scène, car il nous était insupportable de rester figés.<br />
Et malheureusement nous n’avons jamais eu la possibilité d’échanger à ce sujet avec les responsables de ce dispositif. Quand nous avons demandé : « serait-il possible d’interagir un tant soit peu entre nous ? », on nous a répondu : «  Oui mais vous devez quand même rester à l’endroit qui vous est indiqué ». Mais nous avons quand même décidé de prendre une certaine liberté de mouvement et je pense que cela convient au public. Vous comprenez, cette musique recèle tellement d’émotions : par exemple au dernier acte de <em>Walküre</em> avec Wotan il est évident que nous devons au minimum nous regarder dans les yeux.</p>
<p><strong>Je me suis demandé : « Comment Thielemann a-t-il pu laisser passer cela ? »<br />
</strong>Oui, je me le demande aussi ; je n’en ai pas encore parlé avec lui. Je vais laisser passer un peu de temps mais je vais lui poser la question. Mais je crois que pour lui le plus important c’est l’alliance de la voix et de l’orchestre, que la voix soit à la bonne place. Mais encore une fois : être aussi éloignés les uns des autres sur scène, ce n’est vraiment pas beau. Alors bien sûr on me dira que ce <em>Ring</em> a connu des péripéties dans sa genèse ; on s’est même demandé à un moment : y aura-t-il un <em>Ring</em> en 2026, y aura-t-il le financement pour cela ?<br />
D’un autre côté nous sommes dans un entre-deux car en 2028 une nouvelle production est prévue. Donc je pense qu’on a essayé de limiter les coûts, sans faire appel à un metteur en scène, même s’il y a une équipe technique de quatre ou cinq personnes. Bon en un mot, je ne sais pas pourquoi on en est arrivés là !<br />
La réaction du public m’a intéressée, j’ai lu aussi des critiques –la plupart rejettent cette production et trouvent qu’elle n’est pas convaincante, qu’il y a trop d’images, qu’elles défilent trop vite et qu’elles ne sont pas suffisamment en lien avec la musique et le chant. Il y a même des images qui n’ont rien à voir avec Wagner ou avec le <em>Ring</em>.</p>
<p><strong>Revenons à la musique et aux chanteurs de ce <em>Ring</em>. Michael Volle me fait l’impression d’être le Wotan idéal ?<br />
</strong>Oui à coup sûr. Je n’ai connu que deux Wotan. Le premier a été <strong>Thomas Konieczny</strong> à Zürich, mais je n’ai peut-être pas ressenti autant d’émotions qu’à Milan [avec Volle]. Thomas représente pour moi le Wotan ancestral, le vrai père de tous les dieux ; tandis que Michael a quelque chose d’humain dans la voix. A Milan c’était la première fois que je ressentais autant d’émotions, j’ai même pleuré. Volle et moi sommes deux êtres très sensibles, il est père lui-même et cette scène [du troisième acte de <em>Die Walküre</em>] est tellement émouvante. Volle a en plus cette tendresse humaine et l’atout d’être germanophone de naissance. Thomas Konieczny a longtemps chanté Alberich et il en possède encore une certaine dureté dans la voix.</p>
<p><strong>Les trois Brünnhilde sont très différentes, n’est-ce pas ?<br />
</strong>Oui vraiment. Celle de <em>Siegfried</em> est certainement la plus fragile ; son réveil, les peurs qu’elle a connues depuis que son père l’a « répudiée ». Avant cela, elle était une guerrière, sans émotion. Et là, elle découvre de nouveaux sentiments, l’amour entre deux êtres. Ce qu’elle a vécu avec son père est incroyable : elle est exclue, elle n’est plus reine, plus Walkyrie, c’est terrible. Quand elle aperçoit Siegfried, l’émotion est à son comble.</p>
<p><strong>Avant d’aborder <em>Götterdämmerung</em>, un dernier mot sur <em>Die Walküre</em> : comment se prépare-t-on à cette terrible entrée en scène au deuxième acte ?<br />
</strong>On s’échauffe rapidement (rires), on vérifie que la voix est là. Dieu soit loué, je n’ai pas peur de ne pas atteindre les notes aigues ; je sais que je les maitrise, et que les ut dièses vont bien venir. Mais il faut quand même faire attention de ne pas en faire trop. C’est une des difficultés chez Wagner : ne pas se laisser emporter par ses émotions, garder le contrôle.</p>
<p><strong>Vous avez une préférence entre les trois ?<br />
</strong>En fait c’est <em>Götterdämmerung</em> que je préfère. Ici, c’est mon premier <em>Ring</em> avec Thielemann et les tempi sont un peu différents de ceux auxquels je suis habituée ; je les préfèrerais un peu plus allants et lui, il appuie parfois sur le frein !</p>
<p><strong>Mais c’est bien le <em>Götterdämmerung</em> le plus difficile pour Brünnhilde ?<br />
</strong>Oui mais j’aime beaucoup le chanter parce que je suis quelqu’un qui aime bien être actif sur scène. Mais ce qui est particulier ici à Bayreuth c’est la durée des entractes [à Bayreuth les entractes durent une heure]. Le premier acte avec le prologue dure deux heures, il est très éprouvant, très extrême. C’est vraiment un problème qu’il faut que j’arrive à résoudre, cette longueur de l’engagement. Pour <em>Walküre</em>, je n’ai que les deux derniers actes, cela va assez vite, et <em>Siegfried</em> encore plus bien sûr. Mais pour <em>Götterdämmerung</em>, les deux attentes sont longues, surtout après le deuxième acte, avant que je revienne pour la fin. Or, il est difficile de garder la tension, la concentration et de ne pas être trop fatiguée tout simplement.</p>
<p><strong>Christian Thielemann ?<br />
</strong>Je le connais depuis très longtemps, les années 90, il venait d’être nommé GMD [Generalmusikdirektor] du Deutsche Oper Berlin. Puis nous nous sommes un peu perdus de vue, et retrouvés ici à Bayreuth, ainsi qu&rsquo;à Dresde.<br />
Ce qui lui est propre c’est sa musicalité, sa façon de travailler, il est incroyablement sérieux dans le travail. Je l’ai souvent observé, notamment à Vienne avec les Wiener Philharmoniker. Là-bas ce qui est particulier c’est que la fosse est peu profonde ; depuis la scène on voit donc très bien les musiciens.<br />
Thielemann c’est en quelque sorte un metteur en scène de la fosse d’orchestre. Il prépare très bien en amont, et ce qu’on voit c’est que les musiciens viennent manger dans sa main ! Il a un don, un rayonnement, et puis son expérience ! C’est quelqu’un de très convaincant. Ce n’est pas toujours facile de travailler avec lui ; je dirais qu’il n’est pas là pour accompagner, il est là pour guider, pour mener. Je pense que cela vient de sa jeunesse, de la façon dont il s’est approché de la musique, avec Karajan. Mais avec lui on se sent en sécurité, il est sûr de lui.</p>
<p><strong>Quand vous avez commencé avec un répertoire très lyrique, aviez-vous en tête les rôles que vous chantez aujourd’hui ?<br />
</strong>Non, du tout. Bien sûr j’ai vite remarqué que ma voix était capable de montrer plus de force. Mais je n’imaginais pas que je suivrais la voie des rôles dramatiques. Cela s’est fait grâce à ma première Elisabeth [<em>Tannhäuser</em>] en 2003 . Et puis j’ai changé de professeur ce qui m’a fait gagner de la force et du volume. Ce qui m’a beaucoup apporté aussi ce sont mes passages dans deux troupes : Hanovre (quatre années) et Dresde (deux années). Dès ma première année à Hanovre j’ai fait mon premier <em>Ring</em> ! Première Fille du Rhin, puis une des Walkyries ! Ensuite j’ai enchaîné avec <em>La femme sans ombre</em>, <em>Les Maîtres chanteurs</em>  (j’y ai chanté ma première Eva, beaucoup trop tôt c’est évident !), la Comtesse de <em>Capriccio</em> etc…J’ai beaucoup travaillé et j’ai appris le métier, j’ai même chanté l’opérette ( Roselinda dans <em>La Chauve-souris</em>). A Dresde, après la chute du Mur on a voulu reconstruire un grand opéra et on m’a proposé de chanter Strauss. Ce fut une immense opportunité. J’ai chanté ma première Maréchale, Arabella, et donc la Comtesse de <em>Capriccio</em>. Puis j’ai fait ma première Léonore et ma première Salomé. Ce furent deux rôles très importants pour moi et qui m’ont ouvert des portes.<br />
Bon bien sûr j’ai oublié beaucoup de ces rôles mais ce qui est intéressant c’est que je remarque que ces rôles demeurent dans mon disque dur si je puis dire. Quand je regarde à nouveau ces partitions, je me dis : « Mon Dieu, est-il possible que j’ai déjà chanté cela ? » Cela vient de m’arriver récemment avec Marietta [<em>Die tote Stadt</em> ] : je l’avais chantée en 2011 à Helsinki et je vais le rechanter à Grafenegg. Mais en fait la mémoire revient vite.</p>
<p><strong>N’y a –t-il pas le risque que Camilla Nylund ne soit plus demandée aujourd’hui que pour les grands rôles de Wagner et Strauss ?<br />
</strong>Je voudrais l’éviter ; je le dis aux agences et aux chefs que j’aimerais chanter d’autres choses, mais quand je regarde mon agenda qu’est ce que je vois ? J’enregistre un disque de lieder de Strauss, puis <em>Die tote Stadt</em>, puis je serai en tournée avec Berlin et Thielemann à Shangai (<em>Rosenkavalier</em>).</p>
<p><strong> On en revient toujours à la Maréchale.</strong><br />
La Maréchale je crois que pour moi c’est le Rôle straussien avec une majuscule. Bien sûr c’est fantastique de chanter l’Impératrice [<em>La femme sans ombre</em>] ou Salomé, Arabella  ou Ariadne (Strauss a aimé la voix de femme comme aucun autre compositeur) mais dans <em>Rosenkavalier</em> je profite de chaque note, de chaque moment. Par exemple cette vieille <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/une-mascarade-viennoise-rien-de-plus/">production viennoise</a> d’<strong>Otto</strong> <strong>Schenk</strong> a été une révélation pour moi. Nous l’avons donnée au Japon l’automne dernier avec l’Opéra de Vienne et j’ai refait une série à Vienne en mai. Et une journaliste qui a fait la recension de ce spectacle a tout compris en écrivant que chaque geste, chaque mot chez la Maréchale font sens. Pour chanter ce rôle il faut une certaine expérience de la vie ; je le chante aujourd’hui autrement qu’il y a vingt ans c’est sûr (je l’ai d’ailleurs travaillé avec <strong>Elisabeth Söderström</strong> à Stockholm) et j’espère le chanter encore longtemps.<br />
Elektra en revanche non. Chrysothémis oui mais pas Elektra qui est un <em>voicekiller</em>.</p>
<p><strong>De nouveaux rôles ?<br />
</strong>Oui l’été prochain je vais prendre le rôle de Maddalena d’<em>Andrea</em> <em>Chénier</em> en Finlande. Car voyez-vous j’aime énormément chanter l’italien mais malheureusement on me le propose peu. J’ai fait ma première <em>Turandot</em> à Dresde. <em>Aida</em> j’aimerais bien mais on ne me le propose pas. J’ai fait très peu d’opéras français malheureusement, Antonia <em>(Les contes d’Hoffmann</em>) à Hanovre, Micaëla mais c’est tout. J’aimerais faire Marguerite de <em>Faust</em> et surtout <em>Dialogue des Carmélites </em>(mon mari en a toujours rêvé !).</p>
<p><strong>Isolde est plus difficile que Brünnhilde ?<br />
</strong>C’est différent. Comme je vous le disais ici à Bayreuth le problème c’est la longueur des entractes, surtout le second avant le retour d’Isolde. Même chose pour <em>Götterdämmerung</em>. Pour Isolde, tout dépend du chef, de la mise en scène. Mais j’ai encore beaucoup à découvrir dans ce rôle que j’ai chanté pour la première fois en 2022. Puis je l’ai fait deux fois à Bayreuth [<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-tristan-und-isolde-bayreuth-2/">ici</a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-tristan-und-isolde-bayreuth-3/">là</a>] mais c’était difficile.. La scène était entièrement ouverte au troisième acte et pour l’acoustique c’était difficile et la mise en scène était compliquée ; on aurait pu faire beaucoup plus, on était un peu prisonnier par tout ce qui était sur la scène !</p>
<p><strong>Vous pourriez travailler avec n’importe quel metteur en scène aujourd’hui ?<br />
</strong>Oui je suis ouverte aux visions, aux points de vie différents. Nous faisons un métier du « learning by doing » et donc c’est toujours intéressant de travailler avec différents metteurs en scène. Je fais ce métier depuis trente ans exactement et je travaille maintenant avec des  metteurs en scène qui sont plus jeunes que moi et qui ont parfois peur de travailler avec quelqu’un qui a de l’expérience. Même chose pour les chefs : beaucoup ne veulent pas travailler avec des chanteurs qui ont de l’expérience de peur qu’ils apportent les défauts des autres chefs ! Tout le contraire de Thielemann qui est heureux de jouer avec des chanteurs qui ont déjà l’expérience des rôles.</p>
<p><strong>Des modèles de cantatrices ?<br />
</strong>Birgit Nilsson car elle a conservé sa voix jusqu’au bout ; ne s’est pas laissée entraîner vers des rôles qui n’auraient pas été pour elle. Elle avait les pieds sur terre.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>WAGNER, Götterdämmerung &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-gotterdammerung-bayreuth-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Aug 2026 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Décidément cette Tétralogie du 150e n’aura pas été de tout repos et la sérénité n’aura pas été de mise tout au long de la semaine. C’est à la fois logique et navrant. Logique pour toutes les raisons que nous n’avons que trop longuement décrites dans les chroniques des trois premiers volets ; faute à une &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Décidément cette Tétralogie du 150<sup>e</sup> n’aura pas été de tout repos et la sérénité n’aura pas été de mise tout au long de la semaine. C’est à la fois logique et navrant.<br />
Logique pour toutes les raisons que nous n’avons que trop longuement décrites dans les chroniques des trois premiers volets ; faute à une mise en scène qui n’en est pas une, à une intelligence artificielle qui s’est avérée certes très artificielle mais pas du tout intelligente, à des chanteurs qui n’en pouvaient plus des ordres contre-productifs qu’ils recevaient sans pouvoir les discuter et dont ils se sont du reste très opportunément départis (dans ce <em>Götterdämmerung</em> plus encore que dans <em>Siegfried</em>, les chanteurs redeviennent acteurs : pour ne donner qu’un seul exemple Siegfried tombe de tout son long en mourant, et les interactions sont – enfin –  nombreuses, bref cela redevient du théâtre).<br />
Navrant aussi parce que personne n’y a trouvé son compte : les chanteurs sont frustrés et ils le font savoir, les spectateurs sont exaspérés et une mauvaise ambiance s’est vite installée. Alors que les huées avaient quasiment disparu pour <em>Siegfried</em>, elles sont revenues de plus belle pour ce <em>Crépuscule</em>. A la fin des trois actes et plus encore au final où certains spectateurs se sont crus autorisés à proférer de grossières et très sonores injures. Pire encore c’est la pauvre <strong>Camilla Nylund</strong> qui a fait les frais de la mauvaise humeur de certains, recevant des huées, certes vite recouvertes par les <em>bravi</em>, lors de ses deux saluts au baisser de rideau. Cela fait vraiment mauvais genre et révèle que certains ne comprennent pas qu’on peut assister à une mauvaise mise en scène servie par une interprétation musicale de tout premier plan.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Go_TOT_200726_064_cEnricoNawrath_press-1294x600.jpg" />© Enrico Newrath</p>
<p>En ce qui concerne Camilla Nylund, elle a livré un monologue au III extrêmement poignant ; ce soir il est vrai nous l’avons dans l’ensemble sentie dès le prologue sur la réserve et moins engagée que les deux soirs précédents.<br />
Nous pourrions dire de même du Hagen de <strong>Mika Kares</strong> que nous avons connu plus effrayant. Le souffle était parfois court.<br />
Nous avons retrouvé chez <strong>Christa Meyer</strong> (Waltraute) les mêmes défauts que pour son Erda de <em>Rheingold</em> c’est-à-dire que les <em>forte</em> aigus ne venaient pas naturellement, mais cela n’entache pas le dramatique de la scène entre les deux sœurs. Voilà pour les quelques réserves concernant les chanteurs.<br />
Pour le reste c’est une distribution de très haut vol dominée par un <strong>Klaus-Florian Vogt</strong> (Siegfried) indomptable ce soir ; son troisième acte est magique. Tout d’abord la scène avec les Filles du Rhin puis le long monologue dans lequel il retrace sa vie, jusqu’à sa mort (et avant cela sa sublime agonie) nous resteront en mémoire.<br />
Magnifique découverte que le Gunther de <strong>Michael Kupfer-Radecky</strong> qui donne enfin l’image d’un Gibichung vaillant, sûr de lui, ferme et volontaire, loin du personnage falot qui nous est parfois servi. Belle voix puissante et expressive, son dialogue avec Siegfried est de belle tenue et équilibré.<br />
<strong>Magdalena Hinterdobler</strong> doit être félicitée d’avoir cumulé deux rôles non négligeables : ceux de Gutrune et de la troisième norne. Les deux autres nornes sont <strong>Anna Kissjudit</strong>, à la voix toujours aussi envoûtante et <strong>Alexandra Ionis</strong> ; toutes trois ouvrent l’opéra avec beaucoup de poésie.<br />
Enfin talents confirmés pour les trois Filles du Rhin, Woglinde (<strong>Katharina Konradi</strong>), Wellgunde (<strong>Natalia</strong> <strong>Skrycka</strong>) et Flosshilde (<strong>Marie-Henriette Reinhold</strong>). Nous avons aussi revu avec plaisir l’Alberich de <strong>Jochen Schmeckenbecher</strong>.<br />
Une excellente initiative a été prise ce soir, celle de fermer le rideau pendant les intermèdes musicaux, y compris pendant la Marche funèbre. Le spectateur n’est plus distrait par les images et peut ainsi apprécier la densité de la matière orchestrale et la magie qui opère à chaque instant. <strong>Christian Thielemann</strong> fait une fois de plus merveille à la tête de l’orchestre du Festival, en variant les tempi, donnant une vie et une vigueur à certains moments tellurique à sa fosse.</p>
<p>Au final ce deuxième cycle aura été différent du premier, qui était resté très conforme aux exigences bien peu sensées de Marcus Lobbes.<br />
Nul doute que le troisième cycle, qui se profile, se poursuivra sur la lancée de la fin de celui-ci.<br />
Quoi qu’il en soit cette production aura fait un petit tour et s’en ira (il n’y aura pas de Ring en 2027) avant une nouvelle production promise pour 2028. On ne s’en plaindra pas.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>WAGNER, Siegfried &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-siegfried-bayreuth-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 09 Aug 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les choses évoluent sur la colline verte. Après un prélude et une première journée du deuxième des trois cycles, marqués par le statisme d’abord total puis relatif des personnages sur scène, la deuxième journée de cette Tétralogie du jubilé voit les énergies – enfin – se libérer. Certes modestement, nous le verrons, mais cela ressemble &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les choses évoluent sur la colline verte. Après un prélude et une première journée du deuxième des trois cycles, marqués par le statisme d’abord <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-bayreuth-2/">total</a> puis <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-walkure-bayreuth-2/">relatif</a> des personnages sur scène, la deuxième journée de cette Tétralogie du jubilé voit les énergies – enfin – se libérer. Certes modestement, nous le verrons, mais cela ressemble tout de même bien à un cheminement à rebours des intentions de <strong>Marcus Lobbe</strong>, en charge de la réalisation de la mise en scène dictée par l’intelligence artificielle. Celui-ci avait <a href="https://www.forumopera.com/breve/bayreuth-du-nouveau-sur-la-mise-en-scene-du-ring-par-lia/">expliqué <em>urbi et orbi</em></a>, et très clairement dans le livret d’accompagnement de ce Ring, combien il était important que les personnages demeurent immobiles en toute circonstances (il leur demande « une présence sereine, presque sculpturale. Leurs corps deviennent un point d’ancrage dans un cosmos visuellement bouillonnant, fait de lumière, de textures, d’histoire et d’associations au milieu de projections qui éclatent, se déplacent sans cesse, se fondent les unes dans les autres. Ces projections sont bien plus qu’un simple décor : elles constituent le miroir d’un discours vieux de 150 ans ». « Présence sculpturale », on ne peut être plus clair, seules les images devant donner le mouvement à la scène. Cela n’est évidemment pas tenable sur quinze heures de musique (comment pouvait-on même imaginer cela possible ?) et n’a guère de sens, nous ne l’avons déjà que trop dit.<br />
Pour <em>Siegfried</em> donc, c’en est fini de ce statuaire macabre. Les personnages vont et viennent, les regards (toujours invisibles pour le public à cause des masques et des images envahissantes) se croisent enfin, des gestes significatifs apparaissent : Siegfried s’agenouille au « Ich bin so allein » du II, Siegfried et Brünnhilde s’étreignent furtivement à la conclusion de leur duo au III, bref la scène s’anime et c’est très bien ainsi.<br />
Mais du coup la vacuité du plateau n’en apparaît que davantage. Les personnages se meuvent certes, mais dans le vide : pas d’enclume, pas de marteau, pas d’épée, pas de dragon. Même pas d’oiseau des bois : <strong>Victoria Randem</strong>, habituée du rôle, chante exclusivement des coulisses c’est bien dommage, mais on l’aura tout de même revêtue du costume gris commun à tous les personnages uniquement pour venir saluer !<br />
Pas de lance non plus et bien entendu pas de rocher ni de cercle de feu ! Les images projetées sont conformes à ce qu’elles sont depuis le début du cycle. La première image a valeur historique : aujourd’hui la grotte de Mime telle que conçue par Wagner pour la version de 1876 et puis l’interminable défilé de projections où beaucoup de questions sont posées et peu de réponses apportées : pourquoi Hitler devant la Tour Eiffel, pourquoi de Gaulle et Adenauer, pourquoi Brecht, pourquoi Willy Brandt, pourquoi le Mount Rushmore à de multiples reprises, pourquoi l’emblème de la <em>Rote Armee Fraktion</em>, etc… Et surtout et enfin pourquoi cette ultime image de dessin animé, en conclusion du duo Brünnhilde-Siegfried, représentant un ciel rose bonbon du plus vilain effet où apparaissent deux personnages de Walt Disney (Aladin et Jasmine ?). Voilà qui a eu le don de bien mettre en colère bon nombre de spectateurs manifestant bruyamment leur exaspération au rideau final. Comme on les comprend !</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Si_TOT_190726_049_cEnricoNawrath_press-1294x600.jpg" />© Enrico Newrath</pre>
<p>Pour le reste, les journées se suivent et se ressemblent. La perfection est à rechercher dans les voix et dans la fosse, et avouons que c’est une belle consolation. Au risque de nous répéter, redisons le parcours magique de l’orchestre du Festival dirigé par <strong>Christian Thielemann</strong>. Nous retiendrons trois moments particulièrement  : le prélude du I qui nous plonge d’emblée dans l’ambiance étrange de la grotte, celui du II avec une épaisseur des cuivres qui impressionne, et surtout la transition vers le dernier tableau du III ; un orchestre lumineux, rayonnant, généreux. Ce soir pas la moindre imprécision, c’est décidément très beau.<br />
Un plateau vocal des grands soirs sans aucune faiblesse. L’Erda de <strong>Christa Mayer</strong> qui ne nous avait pas convaincu dans <em>Rheingold</em>, délivre cette fois une belle partie avec des graves plus homogènes et quelques notes aigues réussies. Le Fafner de <strong>Peter Rose</strong> dévore les graves profonds avec gourmandise et c’est spectaculaire.<br />
<strong>Jochen Schmeckenbecher</strong> confirme qu’il est aujourd’hui un Alberich de référence.</p>
<p>Mime connaît avec <em>Siegfried</em> son moment de gloire ; terrible rôle, essentiellement au premier acte où une excellente technique de chant est requise pour faire justice à tout ce qu’exige la partition. <strong>Gerhard</strong> <strong>Siegel</strong> sait être successivement malin, méfiant, fourbe et démoniaque en toute crédibilité.<br />
<strong>Michael Volle</strong> termine là son Ring II de Bayreuth 2026. Cette tétralogie restera pour nous une référence (à comparer avec deux immenses réussites, à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/siegfried-berlin-staatsoper-plateau-vocal-hors-norme/">Berlin</a> en 2022 et à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-siegfried-milan-scala/">Milan</a> plus récemment). Ce soir encore tout y est : la puissance, la force de conviction portées par une ligne de chant toujours nuancée.</p>
<p><strong>Camilla Nylund</strong> est Brünnhilde dans ce Ring. Terrible rôle dans ce <em>Siegfried</em> car elle n’apparait que dans la dernière demi-heure et doit livrer bataille avec une partition où les <em>fff</em> abondent. Technique phénoménale qui lui donne l’assurance que rien ne peut lui arriver. Les aigus sont chauds, les suraigus bien présents et sans l’ombre d’une anicroche.</p>
<p>Enfin <strong>Klaus-Florian Vogt</strong> campe maintenant depuis sa prise de rôle à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-siegfried-zurich/">Zürich en 2023</a> un Siegfried plein de sève, de fougue et de jeunesse (n’oublions pas que Siegfried est censé avoir une petite vingtaine d’années dans cet épisode). Au deuxième acte, après le départ de Mime, son long monologue aux couleurs chambristes est captivant. Et puis bien sûr ce duo final avec Nylund où les voix s’alignent magnifiquement.<br />
Reste pour ces deux-là à venir à bout des pièges et de la longueur de <em>Götterdämmerung</em>.<br />
Nous ne sommes pas inquiets.</p>
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		<title>WAGNER, Die Walküre &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-walkure-bayreuth-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 07 Aug 2026 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La première journée de la Tétralogie proposée à Bayreuth pour l’année jubilaire ne nous aura certes pas réconcilié avec le concept d’une mise en scène confiée à l’intelligence artificielle. L’une des leçons que nous tirons de la représentation de Rheingold, la veille, aura été finalement que dans ce domaine-là au moins (celui de la direction &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La première journée de la <em>Tétralogie</em> proposée à Bayreuth pour l’année jubilaire ne nous aura certes pas réconcilié avec le concept d’une mise en scène confiée à l’intelligence artificielle. L’une des leçons que nous tirons de la représentation de <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-bayreuth-2/">Rheingold</a></em>, la veille, aura été finalement que dans ce domaine-là au moins (celui de la direction d’acteurs et de la mise en place d’un récit au théâtre) l’homme a encore quelques bonnes longueurs d’avance sur l’IA et c&rsquo;est plutôt une bonne nouvelle.</p>
<p>On retrouvera donc pour cette <em>Walkyrie</em> les mêmes travers que ceux observés et contestés la veille : que ce soit pour la direction d’acteurs, l’uniforme grisaille de costumes uniformes, l’excessive profusion d’images, l’absence de décors et d’accessoires sur scène, le constat est à peu près identique, nous n’y reviendrons donc pas.<br />
Mais l’honnêteté va nous obliger à nuancer quelque peu cette fois-ci et à concéder la beauté des images projetées durant la dernière demi-heure (le duo Wotan-Brünnhilde). Davantage que la veille il nous a été donné de voir des images en lien direct et univoque avec le texte : à savoir le rocher et le bûcher que seul un héros pourra traverser. Les magnifiques projections (toutes issues et retravaillées à partir de toutes les productions de <em>Walkyrie</em> depuis 1876, rappelons-le) le sont alors à un rythme ralenti, de telle sorte qu’elles aient le temps de faire sens (mais un sens purement illustratif, ce qui demeure la limite de l’exercice).<br />
On aura noté aussi davantage d’interaction entre les personnages (Siegmund ira même jusqu’à embrasser chastement Sieglinde et Wotan prendre sa fille dans ses bras, c’est dire !)</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Wa_TOT_160726_062_cEnricoNawrath_press-1294x600.jpg" />© Enrico Nawrath</pre>
<p><strong>Christian Thielemann</strong> est encore le grand gagnant de la soirée ; l’enthousiasme assourdissant du public au moment des saluts finira par faire soupçonner ce dernier de ne pas être entièrement objectif à son endroit. Mais il est vrai que la prestation de ce soir est confondante de justesse. Le soyeux de l’orchestre, décuplé sans doute par l’acoustique si spéciale de la salle, fait merveille. Il faut admirer la capacité du chef à utiliser toutes les palettes de l’expression orchestrale : la fièvre haletante (un peu trop ?) au début du I, la chevauchée fantastique au début du III et puis l’empathie si bien exprimée dans les duos (Sieglinde-Siegmund au I, Wotan-Brünnhilde au III). Cet orchestre nous propose des moments d’une absolue beauté musicale dont on voudrait qu’ils ne s’arrêtent jamais (le final du III).</p>
<p>L’autre grand maître de la soirée est le Wotan de <strong>Michael Volle</strong>. Là encore, il est difficile de ne pas être superlatif. Ses deux actes (II et III) sont d’une difficulté et d’une intensité rares et il s’y affirme immédiatement (scène initiale avec Brünnhilde au début du II). Puis ce sera une succession de peintures d’ambiances alternant entre la colère, la résignation et la tendresse paternelle. Il n’y a pas un seul registre de l’expression de ces ambiances que Volle ne sublime pas. La voix sait se faire tranchante ou mielleuse, rude ou compatissante. Quasiment aucune fatigue à ressentir ce soir chez celui qui est sans l’ombre d’un doute l’un des seuls Wotan du circuit actuel capables d’offrir une peinture aussi riche et complète du dieu des dieux.<br />
<strong>Camilla Nylund</strong>, qui a abordé le rôle de Brünnhilde relativement récemment (à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-walkure-zurich-la-ligne-claire/">Zürich en 2022</a>), se hisse à la hauteur du Wotan de Volle. Magnifique ligne de chant, aucune brusquerie (y compris lors de la périlleuse entrée du II) dans les aigus <em>forte</em>, toutes les attaques se font avec délicatesse. Les grands moments sont la scène avec Sieglinde ainsi que le duo final où l&rsquo;émotion dépasse la technique.<br />
<strong>Klaus-Florian Vogt</strong> (au passage affublé nous a-t-il semblé du même costume que celui qu’il portait la veille quand il interprétait…Loge !) propose sans surprise un Siegmund plus humain qu’héroïque. La poésie prédomine dans le duo avec Sieglinde, portée par un timbre où nulle ombre n’apparaît.<br />
La Sieglinde d’<strong>Elza</strong> <strong>van den Heever</strong> a mis du temps à entrer dans le personnage. Au premier acte, l’expression est peu nuancée et les aigus <em>forte</em> semblent difficiles.  C’est au troisième acte (« O hehrtes Wunder ») que la soprano sud-africaine se libère entièrement et délivre une magnifique scène avec Brünnhilde.<br />
Nous attendions <strong>Anna Kissjudit</strong> dans ce second volet autrement plus consistant du rôle de Fricka ; le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle s’est pleinement emparée du personnage, traçant le tableau d’une femme acerbe plus qu’autoritaire, maniant davantage l’invective que le raisonnement. Le parti pris est intéressant mais risqué. En donnant l’image d’une épouse enflammée et vindicative contre son époux, Kissjudit s’oblige à mettre sur la table une boîte à outils bien fournie. Et elle y va franchement, poussant sa voix dans des retranchements qui ne sont pas loin d’être les derniers. Elle se lance au risque de la sortie de route, dont on l’a sentie proche à deux ou trois reprises. Mais elle a eu raison de tenter une telle approche d’un rôle qu’on a déjà entendu plus fadement rendu : à elle maintenant d’en affiner les contours pour les rendre moins risqués.<br />
<strong>Mika Kares</strong> est un Hunding sans grand relief ce soir. Nul doute qu’il aura davantage à dire en Hagen.<br />
Un dernier mot sur les huit Walkyries de la chevauchée : certes quelques belles voix prises individuellement mais un manque patent ce soir de cohésion, d’alchimie réussie, ce qui a fait de cette Chevauchée une gentille promenade de santé plutôt que la folle cavalcade attendue.</p>
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		<title>WAGNER, Götterdämmerung – Milan</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-gotterdammerung-milan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Avant de donner deux séries de Ring complets à partir de mars, le Teatro alla Scala propose la création du dernier volet de sa nouvelle Tétralogie, et achève ainsi en beauté un cycle commencé en novembre 2024. Avec la Brünnhilde du Götterdammerung, Camilla Nylund trouve son meilleur emploi. Alors que sa voix naturellement claire semblait &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Avant de donner deux séries de <em>Ring</em> complets à partir de mars, le Teatro alla Scala propose la création du dernier volet de sa nouvelle <em>Tétralogie, </em>et achève ainsi en beauté un cycle commencé en novembre 2024. Avec la Brünnhilde du <em>Götterdammerung, </em><strong>Camilla Nylund</strong> trouve son meilleur emploi. Alors que sa voix naturellement claire semblait a priori plus adaptée à celles de <em>Die Walküre</em> ou de <em>Siegfried</em>, nous n’avons pas ressenti ici le relatif manque de largeur des journées précédentes. La chanteuse est au contraire parfaitement à l’aise sur l’ensemble de la tessiture. Le bas médium et le grave, très sollicités, sont bien sonores. L’investissement dramatique du soprano finlandais est d’une incroyable intensité tout au long de la soirée. En particulier, la confrontation de la scène quatre de l’acte II, où Brünnhilde accuse Siegfried de trahison, est absolument saisissante, le soprano finlandais semblant véritablement possédé par la haine. Alors qu’elle donne tout au fil des actes, Nylund réussit à conserver l’essentiel de ses ressources pour la terrible scène finale, proprement époustouflante. Au-delà de cette incroyable endurance, on ne peut que saluer une performance artistique exceptionnelle qui soulève au final un torrent d’émotion. <strong>Klaus Florian Vogt</strong> semble (presque) se balader dans le rôle de Siegfried (à l’exception du contre-ut esquivé au dernier acte, mais il est vrai que <a href="https://www.youtube.com/watch?v=QeU8Pm9iyCs">peu s’y risquent avec succès</a>), plus à l’aise que lors de la journée précédente, avec un legato tout à fait satisfaisant et une belle projection. Le timbre nous est même apparu encore plus juvénile. Sa mort est chantée avec une belle poésie.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/PAGE-GN1A7881-Groissbock-Vogt-e-Nylund-ph-Brescia-e-Amisano-©-Teatro-alla-Scala-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207640"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Photo : Brescia &amp; Amisano © Teatro alla Scala</sub></figcaption></figure>


<p>En Hagen, <strong>Günther Groissböck</strong> offre un impact scénique plutôt atypique, se démarquant des interprètes « monstrueux » par une interprétation assez fine. Vocalement, la voix manque un peu d’impact, avec des aigus un peu durs et blancs au premier acte. Toutefois, la puissance du chanteur va crescendo et le dernier acte est tout à fait satisfaisant. Le Gunther de <strong>Russell Braun</strong> manque un peu de puissance mais son interprétation, tant vocale que scénique, est plus intéressante que celles de maints chanteurs dans ce rôle souvent un peu sacrifié. Autre personnage souvent confié à des interprètes un peu falots, Gutrune est ici admirablement défendue par <strong>Olga Bezsmertna</strong>, à la voix à la fois lumineuse et charnue, formidablement engagée dramatiquement, au désespoir final intense. <strong>Johannes Martin Kränzle</strong> est un Alberich impeccable. <strong>Nina Stemme</strong> créée la surprise avec une Waltraute puissante et passionnée. Nulle trace de déclin dans cette voix, en dépit de ce que pouvait faire craindre ce changement de tessiture : le pari est relevé haut la main et le public saura lui faire une ovation méritée. L’ensemble des seconds rôles sont excellement tenus, avec certains familiers de Bayreuth (<strong>Christa</strong> <strong>Mayer</strong>, <strong>Lea-ann Dunbar</strong>). Pour l’anecdote, on précisera que <strong>Svetlina Stoyanova</strong> (Wellgunde) n’est apparentée ni au soprano Krassimira Stoyanova, ni au baryton Vladimir Stoyanov : la Bulgarie est décidément une prolifique terre de chanteurs !</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="636" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/A-GN1A8054-ph-Brescia-e-Amisano-©-Teatro-alla-Scala-1024x636.jpg" alt="" class="wp-image-207630"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Photo : Brescia &amp; Amisano © Teatro alla Scala</sup></figcaption></figure>


<p style="font-weight: 400;">Déjà excellente lors des précédentes journées, la direction d’<strong>Alexander Soddy</strong> touche cette fois à l’exceptionnel. À la tête d’un Orchestre de la Scala en apesanteur, aux couleurs somptueuses, le chef britannique impose une direction intensément dramatique mais jamais lourde, contrastée tout en restant dans la moyenne au niveau du minutage, culminant avec un troisième acte formidable. Certains passages donnent la chair de poule, comme la <em>Marche funèbre</em>, avec des timbales surexposées, obsédantes (mais, après tout, si Wagner a écrit pour elles ce passage, c&rsquo;est quand même bien parce qu&rsquo;il voulait qu&rsquo;on les entende !). La scène finale, appuyée par la mise en scène, arrache les larmes. Une direction d&rsquo;une incroyable maturité de la part de ce jeune chef qu&rsquo;on aimerait entendre plus souvent sur les grandes scènes.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/PAGE-GN1A8095-ph-Brescia-e-Amisano-©-Teatro-alla-Scala-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207642"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Photo : Brescia &amp; Amisano © Teatro alla Scala</sup></figcaption></figure>


<p>Pour ce dernier opus, la mise en scène de <strong>David McVicar</strong> reste toujours aussi lisible et visuellement spectaculaire, avec une direction théâtrale très fine et un traitement ces chœurs et des figurants extrêmement efficace. Par rapport aux autres journées, la mise en scène contraste par la force des émotions qu&rsquo;elle dégage : on n&rsquo;oubliera pas de sitôt la mort de Siegfried qui voit Wotan s&rsquo;effondrer sur le corps du jeune homme, l&rsquo;immolation de Brünnhilde où la jeune femme est rejointe dans les flammes par son destrier, Wotan resté seul et désolé sur un Walhalla déserté, ou encore l&rsquo;or du Rhin figuré par un danseur qui entraine Alberich dans les flots&#8230; Toute une série de scènes fortes, et jamais gratuites, qui font de cette dernière journée un sublime moment de théâtre.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-gotterdammerung-milan/">WAGNER, Götterdämmerung – Milan</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>WAGNER, Der Ring des Nibelungen &#8211; Zürich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/wagner-der-ring-des-nibelungen-zurich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Nov 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On avait beaucoup aimé ce Ring, découvert épisode après épisode. Le retrouver en vidéo, à travers le regard du réalisateur Michael Beyer, c’est une tout autre expérience, moins immersive bien sûr, plus analytique, mais passionnante à nouveau.L’Opernhaus Zürich s’était fixé un objectif démesuré : monter en moins de deux saisons le Ring des Nibelungen de &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>On avait beaucoup aimé ce <em>Ring</em>, découvert épisode après épisode. Le retrouver en vidéo, à travers le regard du réalisateur <strong>Michael Beyer</strong>, c’est une tout autre expérience, moins immersive bien sûr, plus analytique, mais passionnante à nouveau.<br />L’<strong>Opernhaus Zürich</strong> s’était fixé un objectif démesuré : monter en moins de deux saisons le <em>Ring des Nibelungen</em> de Wagner. Sous la direction musicale de <strong>Gianandrea Noseda</strong> et dans la mise en scène d’<strong>Andreas Homoki</strong>, cette <em>Tétralogie</em>, aujourd’hui réunie dans un coffret DVD, propose une lecture de l’œuvre moins monumentale que lucide, moins spectaculaire que lisible. </p>
<p>Une mise en scène somme toute assez classique, qui n’oublie jamais qu’il s’agit de raconter une histoire, et le fait fort bien. Dans un théâtre de dimensions modestes, où chaque détail devient audible et visible, c’est un <em>Ring</em> d’analyse et de clarté.<br />La scénographie unique – de hauts lambris blancs, se combinant de soirée en soirée, à la fois semblables et toujours différents, au gré des mouvements incessants (et spectaculaires) d’un plateau tournant – ajoute à la cohérence d’ensemble. Cet appartement bourgeois, tantôt salle de conseil, tantôt tanière ou rocher, se transforme peu à peu en espace mental, en métaphore d’un monde clos sur lui-même. Au fil des quatre opéras, la blancheur se ternit : du miroitement doré du <em>Rheingold</em> à l’anthracite de <em>Siegfried</em>, jusqu’à la pâleur cendrée et défraichie du <em>Crépuscule</em>. C’est la lente désagrégation d’un univers, observée avec méthode et sans pathos.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="681" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/das_rheingold_135_c_monika_rittershaus.webp" alt="" class="wp-image-203107"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Les Filles du Rhin © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Homoki s’inscrit dans la filiation de Patrice Chéreau, mais sans sa virulence politique : chez lui, la lecture reste distanciée, analytique, intimiste, décrivant la chute des dieux comme celle d’une famille de maîtres de forges. Wotan n’est plus le démiurge romantique, mais un capitaine d’industrie qui voit s’effondrer son système. Cette approche sobre, sans surcharge symbolique, privilégie les ressorts humains du drame. L’orchestre, sous la direction ferme et tendue de Noseda, souligne cette recherche de lisibilité : tempi clairs, plans sonores constamment lisibles, c’est un Wagner sans brouillard, où chaque motif retrouve sa fonction architecturale. où tous les détails de l’orchestration s’entendent à découvert.  La prise de son, le mixage rééquilibrent la balance des pupitres, tandis que les micros HF dont sont équipés les chanteurs modifient le rapport entre la scène et le plateau. La proximité des voix va de pair avec la proximité des visages. En d’autres termes, la réalisation de Michael Beyer souligne la précision, quasi cinématographique, de la direction d’acteurs, surenchérissant sur la rigueur analytique du duo Homoki-Noseda.</p>
<h4><strong>Un Or du Rhin ludique</strong></h4>
<p>Le prologue du cycle pose d’emblée la grammaire de ce Ring. La tournette s’anime dès les premières mesures : le monde tourne, littéralement. Dans cette esthétique mobile, presque cinétique, Homoki s’amuse d’abord à jouer le second degré, la comédie grinçante.  Les Filles du Rhin, blondes en pyjamas de soie, sont autant de Jean Harlow ; les Géants sont des maçons des Abruzzes, Donner et Froh ont l’air de joueurs de cricket qui s’ennuient ; Fricka (<strong>Claudia Mahnke</strong>) ressemble (bien sûr) à Cosima ; Alberich, en capitaliste malmené, auquel sa pelisse donne l’allure d’un ours mal léché, est à la fois effrayant, son fouet à la main, et pathétiquement libidineux. Dans le rôle, <strong>Christopher Purves</strong> allie diction exemplaire et violence contenue ; jouant d’une présence scénique imposante et de sa voix la plus noire, il dessine un Nibelung à la fois repoussant et douloureux, tyrannisant le Mime craintif et touchant de <strong>Wolfgang Ablinger-Sperrhacke</strong>, et ses Nibelungen terrifiés.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="651" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/das_rheingold_153b_c_monika_rittershaus.0x800-1024x651.jpg" alt="" class="wp-image-203108"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Face à lui, <strong>Tomasz Konieczny</strong> en soyeuse robe d’intérieur campe un Wotan roublard, satisfait de ses manigances : la voix d’acier, plus claire que profonde, sied bien à ce dieu aussi cynique que pragmatique. La caméra s’attarde sur son visage, et son œil de verre, un détail peu visible de la salle, mais qui prend ici toute sa force étrange. Mais elle capte aussi son trouble quand apparaît, élégante et insaisissablement séduisante dans sa robe blanche, l’Erda aux yeux bandés de <strong>Anna Danik</strong>. Le lent mouvement du décor blanc illustre alors le désarroi, le vertige de Wotan. <br />Un dieu manipulé par le drolatique Loge de <strong>Matthias Klink</strong>, qui tel un nouvel avatar de Jack Sparrow bondit d’un lieu à l’autre comme un démiurge en gants rouges, et tire tout<br />On perçoit jusque dans la gestion des transitions le soin porté au théâtre : la direction nerveuse de Noseda se veut narratrice, tout autant que la mise en scène d’Homoki : la théâtralité se fait joueuse, l’humour est constant. Au gré des mouvements de la tournette, apparaissent un tas d’or ou le Walhalla sous forme d’un vaste tableau dans un cadre doré (que l’on verra prendre feu à la fin du <em>Crépuscule</em>) sur lequel se juchent Fasolt et Fafner ; le ton reste celui d’une comédie grinçante, sardonique à l’image de Loge ; ces Dieux désœuvrés s’installent dans leur château, fatigués avant même d’avoir régné. Tout est déjà joué.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="672" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/das_rheingold_035_c_monika_rittershaus.0x800-1-1024x672.jpg" alt="" class="wp-image-203105"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Loge (Matthias Klink) © Monika Ritterhaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong><em>Die Walküre</em> : une tragédie intime</strong></h4>
<p>Changement de climat. Les lambris immaculés de <em>Rheingold</em> virent au blanc mat, presque administratif. La grande table dorée trône toujours au centre, vestige d’un conseil d’administration déchu. Homoki déplace le regard vers le drame des sentiments : <em>Die Walküre</em> devient tragédie domestique, oscillant entre mélodrame et confession.<br />L’ouverture du premier acte, dans sa montée progressive des cordes, trouve sous la baguette de Noseda une intensité contrôlée : on sent la tension, sans débordement. <br />Mais d’abord, tel un démiurge, Wotan déjà dans son costume de Wanderer, assiste en témoin muet à la rencontre de Siegmund et Sieglinde (tendresse du violoncelle) et c’est lui qui tend à sa fille le philtre d’amour…<br /><strong>Eric Cutler</strong> est un superbe Siegmund lyrique et lumineux, un personnage tendre derrière sa solidité très terrienne un peu hirsute ; le récit de son parcours, ponctué par un orchestre attentif, est particulièrement beau. Sa voix longue, charnue, se marie bien à celle d’abord moins séduisante de la Sieglinde de <strong>Daniela Köhler</strong> qui construira intelligemment le progression dramatique du rôle – timbre d’abord grisé, puis irradié d’émotion à mesure que la femme s’affranchira.<br />Un immense tronc (le frêne) envahit la scène. L’impressionnant Hunding de <strong>Christof Fischesser</strong>, belle basse au grain profond, installe une violence sourde, entouré de son effrayante tribu. Magnifique progression de ce premier acte, portée par un orchestre tour à tour chambriste et ardent, et un Siegmund magnifique (les « Wälse » de Cutler !), jusqu’à un chant du printemps exaltant.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="764" height="430" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/die_walkuere_251_c_monika_rittershaus.1024x0-edited.jpg" alt="" class="wp-image-203334"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Dans le second acte, la confrontation Fricka/Wotan prend la forme d’un règlement de comptes conjugal ; Claudia Mahnke, assez discrète dans <em>L’Or du Rhin</em>, y acquiert une tout autre stature. En grande comédienne, tour à tour amère, véhémente, éloquente, usant de moyens vocaux puissants, elle parvient à dominer et retourner un Wotan qui se décompose à bout d’arguments, et Konieczny exprime physiquement l’effondrement du dieu abasourdi sous l’assaut. Sa longue narration à Brünnhilde – presque un monologue intérieur – devient un moment de théâtre dépouillé : grand comédien, allant jusqu’au <em>sprechgesang</em> (il semble se souvenir là de Thomas Stewart), il dessine un Wotan désemparé, dont les gros plans scrutent la désagrégation. Le dieu se sait vaincu, Alberich rumine sa vengeance, seule sa fille préférée peut le comprendre. Qu’il menace pourtant dès qu’elle fait mine de résister.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="563" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/xxl_die_walkuere_290_c_monika_rittershaus.1024x0-edited.jpg" alt="" class="wp-image-203336"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Tomasz Konieczny et Claudia Mahnke © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Les rotations de la tournette révèlent une sinistre forêt sous la neige aux troncs noircis, le lieu d’un duo très passionné entre Brünnhilde et Siegmund sur le leitmotiv obsédant de la mort en arrière-plan. <strong>Camilla Nylund</strong>, dans sa première Brünnhilde, montre toutes ses qualités : si la véhémence initiale des « Hojotoho ! » l’a mise à l’épreuve, elle va gagner en couleur au fil du drame, et surtout en humanité. Sur le leitmotiv obsédant de la mort, on la voit déchirée entre la compassion pour les fuyards et la trahison de son père. Si elle semble parfois toucher aux limites de sa voix, peu importe, tant son engagement convainc.</p>
<p>La fin de l’acte sera saisissante, comme Wagner les aime ! C’est Wotan (et non pas Hunding !) qui transpercera de sa lance son propre fils, avant d’anéantir Hunding d’un seul geste de sa min.<br />Le troisième acte, centré sur l’affrontement entre Wotan et sa fille, est un autre sommet de cette première journée. D’abord avec la révolte des Walkyries (très bel ensemble) prenant le parti de Sieglinde (Daniela Köhler à son sommet) puis la fureur de Wotan (Tomasz Konieczny d’une noirceur grandiose) et sa douleur (fascinants gros plans durant cette paradoxale scène d’amour père-fille).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der-speer-ist-bereit-denn-der-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-203113"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Camilla Nylund © Monika Ritterhaus</sub></figcaption></figure>


<p>Les adieux, « Leb&rsquo; wohl, du kühnes, herrliches Kind », atteignent une émotion rare, et encore davantage pour leur deuxième partie sur le rocher, « Der Augen leuchtendes Paar ». L’étreinte par laquelle Wotan retire sa divinité à Brünnhilde est bouleversante. Devenu vieux d’un seul coup, le dieu redescend et s’effondre sur le sol. Noseda suspend le temps.<br />Puis alors que les Traités résonnent à l’orchestre, Wotan réveille les flammes, le rocher rougit de l’intérieur. Épuisé, le dieu vaincu s’éloigne à petits pas, traverse son salon, pose sa lance et enfile son costume de Wanderer.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/die_walkuere_348_c_monika_rittershaus.0x800-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-203147"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong><em>Siegfried</em> : black is black</strong></h4>
<p>La seconde journée plonge la scène dans l’obscurité. Homoki conserve le même espace, mais repeint tout en noir : le sol, les lambris, les portes, les vieux meubles surdimensionnnés (Mime est un nain). D’un bout à l’autre, tout sera admirable dans ce Siegfried.<br />Les premiers roulements de timbales pianissimo, presque imperceptibles, installent le climat : nocturne, envoûtant, parfois étouffant. Ce sera un conte nocturne, une rêverie sombre sur l’enfance et la désillusion.<br />Dans cet univers resserré, <strong>Klaus Florian Vogt</strong> trouve un rôle à sa mesure. Son timbre clair s’accorde à la candeur du personnage : Siegfried n’est pas un conquérant, mais un innocent préservé du monde, un enfant prolongé, encore vêtu de culottes courtes, qui joue avec son ourson apprivoisé et se querelle avec un Mime à la fois bonasse et mesquin. Un enfant qui veut désespérément savoir d’où il vient.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/siegfried_ah_311_c_monika_rittershaus-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-126796"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Wolfgang Ablinger-Sperrhacke et Klaus Florian Vogt © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Wolfgang Ablinger-Sperrhacke dessine son père nourricier avec malice et faconde. Amer et candide, pathétique jusque dans ses ruses. De plus en plus noir à mesure qu’on avancera, il ira, en grand comédien, jusqu’au sordide<br />Au début s’adressant au public, introduisant une distanciation de comédie : non pas brechtisme, mais clin d’œil théâtral. À cette légèreté (qui ne durera pas) répond la direction de Noseda. Dans l’acoustique limpide de Zurich, la moindre nuance devient lisible, une clarinette basse, un basson distillant le malheur des Wälsungen. Un Wagner analytique – d’abord presque chambriste.</p>
<p>Jusqu’à l’arrivée du Wanderer dont les réponses aux questions de Mime réveillent trombones et tuba (et Konieczny déploie ses plus beaux graves). « Seul celui qui n’a jamais connu la peur reforgera Notung », c’est la conclusion de leur échange violent. Noseda détaille toutes les fluctuations de la conversation en musique wagnérienne, avant le formidable crescendo de la forge de l’épée. Déchaînement de rythmes et de couleur dans la fosse, morceau de bravoure éclatant ! Voix claire de Vogt. Siegfried passe de l’enfance à l’adolescence. Flammes rouges dans la nuit. Le tuba annonce Fafner.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="870" height="489" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/das_rheingold_201_c_monika_rittershaus-1000x600-1-edited.jpg" alt="" class="wp-image-203337"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Christopher Purves et Wolfgang Ablinger-Sperrhacke © Monika Ritterhaus</sub></figcaption></figure>


<p>Le deuxième acte installe son <em>héroïc fantasy</em> dans l’appartement délabré de Mime. Dans le noir, c’est un festival de voix graves. D’abord celle de Christopher Purves, Alberich fatigué, dont la pelisse élimée évoque plus un clochard céleste qu’un démon. Sa brève scène avec le Wanderer de Konieczny – voix toujours d’une projection insolente – confronte deux personnages du passé et trois noirceurs, la leur et celle de l’orchestre. Puis une quatrième, celle de Fafner mué en dragon (Brent Michael Smith, aux graves telluriques), dont on n’aperçoit d’abord que la queue dans une embrasure.</p>
<p>Vogt, lui, reste au centre : parmi les murmures de la forêt il s’interroge sur ses origines. Ondulations des cordes, volutes d’une flûte et d’une clarinette, l’oiseau de la forêt (<strong>Rebeca Olvera</strong>) apparaît et l’embrasse de ses ailes (belle image), une touche de merveilleux dont Noseda souligne la grâce. Sonnant à la cantonade, les appels du cor réveillent le dragon, réjouissante apparition fulminante et caoutchouteuse que le héros transperce sans coup férir, et sans peur. <br />À peine Siegfried aura-t-il récupéré les trésors de Fafner, le Tarnhelm et l’anneau, que Mime essayera de lui subtiliser le Ring. Moment où Wolfgang Ablinger-Sperrhacke atteint au grandiose dans la vilenie, avant de finir trucidé par Notung, un geste par lequel Siegfried devient adulte. L’oiseau peut alors lui révéler que Brünnhilde attend son héros sans peur.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/siegfried_ah_340_c_monika_rittershaus-1024x768.jpeg" alt="Rebeca Olvera, Christopher Purves et Wolfgang Ablinger_Sperrhacke ©Monka Ritterhaus" class="wp-image-126800"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Mime, Alberich, le dragon et l&rsquo;oiseau © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Le troisième acte, écrit dix ans après les deux premiers, change de ton. Wagner a traversé <em>Tristan</em> et <em>Les Maîtres chanteurs</em>, et cela s’entend. L’orchestre se fait plus proliférant, plus polyphonique, dès le prélude à l’ostinato anxiogène.<br />Émouvante première scène, tellement et paradoxalement humaine, entre le Wanderer et Erda, qui enfanta pour lui les Walkyries : Wotan admet sa défaite, sait déjà que c’en sera bientôt fini des Dieux. <br />D’ailleurs voilà le jeune homme. Même s’il est toujours en culottes courtes, son ascendant sur son grand-père saute aux yeux : « Qui es-tu donc pour t’opposer à moi ? » a-t-il le front de lui demander. Au paroxysme de leur querelle, c’est sur la table dorée du conseil d’administration de la maison Walhalla que Siegfried d’un seul coup de Notung brise la lance qui assassina son père. Image et lieu chargés de symboles.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/siegfried_ah_366_c_monika_rittershaus-1024x768.jpeg" alt="Tomasz Konieczny et Klaus Florian Vogt © Monika Ritterhaus" class="wp-image-126802"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Tomasz Konieczny et Klaus Florian Vogt © Monika Ritterhaus</sub></figcaption></figure>


<p>Autre démonstration de la qualité du Philharmonia Zürich, l’interlude symphonique illustrant l’arrivée de Siegfried au pied du rocher, avec de superbes arrière-plans de violons derrière sa voix (longues phrases préfigurant <em>Parsifal)</em> avant le fortissimo accompagnant le « Das ist kein Mann ». <br />Stupéfait, il redescend du rocher, tombe à terre, appelle sa mère. L’allure juvénile de Vogt, son timbre si clair rendent plausibles ce désarroi enfantin.<br />Joli détail : le brin de sapin avec lequel jouait machinalement Wotan durant les adieux (un très gros plan l’avait révélé) est devenu un arbre fier veillant sur Brünnhilde endormie.</p>
<p>L’éveil de Brünnhilde pousse Camilla Nylund aux limites de sa voix actuelle, mais le chant reste d’une grande probité au fil de ces longues phrases tendues d’une difficulté surhumaine. C’est à partir de « Ewig war ich », partie plus élégiaque de la scène (sur le thème de <em>Siegfried Idyll</em>) qu’elle rayonnera vraiment.<br />Si Vogt est d’une solide santé vocale, on ne peut qu’être admiratif de leur manière de lancer leurs dernières forces dans leur ultime unisson, dans une scène qui dépasse sans doute les moyens des wagnériens d’aujourd’hui.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/siegfried_ah_372_c_monika_rittershaus-1024x576.jpeg" alt="SPECTACLE : WAGNER, Siegfried - Zürich" class="wp-image-126803"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>L&rsquo;éveil de Brünnhilde © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong><em>Götterdämmerung</em> : le désenchantement</strong></h4>
<p>La tournette tourne encore, mais les murs se craquellent. Homoki referme son cycle sur une vision d’épuisement : les Dieux, les héros, le décor, tout semble à bout de souffle. <br />Les lignes de l’orchestre dès le prélude à la scène des Nornes sonnent clair comme jamais, au détriment du mystère. Filmées de trop près, les trois prophétesses n’en ont guère non plus. En robes immaculées analogues à la blancheur de la robe blanche d’Erda, dans une demi-pénombre bleutée, elles étirent leur fil autour du rocher de Brünnhilde (où le sapin perd ses aiguilles), comme pour tisser un dernier lien avec le passé des Dieux.   </p>
<p>Brünnhilde et Siegfried s’éveillent dans un lit doré – substitut du rocher –, tableau d’aurore amoureuse presque ironique. Scène ambiguë : Klaus Florian Vogt, voix toujours d’une lumière enfantine, tire le rôle du côté de la candeur plus que de l’héroïsme ; Camilla Nylund, au chant plus libre, plus stable que dans les Adieux ou le Réveil, d’une stature physique quasi maternelle, prend l’ascendant sur un Siegfried gamin qui enfile la tête de Grane et sautille comme un jeune poulain.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_ah_c_monika_rittershaus_211-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-149955"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Camilla Nylund, Klaus Florian Vogt © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p><strong>Daniel Schmutzhard</strong> (Gunther) compose un personnage falot, physiquement instable (mais vocalement solide), <strong>Lauren Fagan</strong> (Gutrune) semble plus équilibrée, elle prête à son rôle la sincérité d’un soprano à la voix longue et de belles lignes de chant. Duo un peu décavé en smokings rouges, meublé chez Knoll, le frère et la sœur font piètre figure auprès d’un Hagen qui semble surgi des tréfonds du Nibelung, l’impressionnant <strong>David Leigh</strong>, silhouette interminable et glaciale, voix d’une noirceur sinistre, diction rigoureuse, autorité immédiate. Il sera superbe dans la « veille », rivalisant avec trombones et tuba.<br />Il suffit de cette seule voix pour rendre à ce théâtre sa dimension mythique : il ourdit son piège, restaurer le prestige de la maison Gibichung en mariant ses pâles descendants au duo Siegfried-Brünnhilde (et à l’or du Nibelung). Un nouveau philtre d’amour fera le travail. <br />Il n’empêche, c’est un de ces moments où, quels que soient les mérites des chanteurs, l’on reste gêné par la disproportion entre l’ampleur du récit légendaire et le dérisoire de sa restitution sur le théâtre. Le sublime se réfugie à l’orchestre : Noseda fait du prélude à la scène de Waltraute un poème symphonique d’une lumineuse poésie, de surcroît subtilement filmé.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_ah_c_monika_rittershaus_226-1024x768.jpeg" alt="Lauren Fagan, David Leigh, Daniel Schmutzhard © Monika Rittershaus" class="wp-image-149956"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Lauren Fagan, David Leigh, Daniel Schmutzhard © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Mais d’autres moments sont forts dans leur simplicité : la silhouette du Wanderer accablé à sa table tandis que <strong>Anna Werle</strong> (Waltraute) évoque son désespoir ; la dispute des deux sœurs dans l’appartement désert, Nylund superbe dans l’orgueil de son bonheur, puis brisée par la trahison de Siegfried apparaissant sous les traits de Gunther (on s’y perd un peu, entre Tarnhelm et voix échangées…) ; ou le sépulcral échange entre Alberich et Hagen : Purves revient brièvement, vaincu mais démoniaque, pour transmettre à son fils le fardeau du ressentiment. Au pied du frêne, dans la nuit, leur dialogue résume l’obsession du pouvoir (et de l’anneau) qui traverse toute la Tétralogie. </p>
<p>Puissante aussi, l’arrivée des Vassaux comme autant de clones menaçants (longues chevelures noir corbeau) de Hagen (formidable <strong>Chœur de l&rsquo;Opernhaus Zürich</strong>), précède le double mariage. La querelle (certes longuette, malgré sa violence) autour de l’anneau n’est pas ce qu’Homoki a le mieux réussi. La scène n’est sauvée de l’ennui que par la flamme désespérée de Brünnhilde, seule à être lucide dans cette mascarade, face à un Siegfried grotesque en veste blanche. Nylund, déchaînée, incandescente, clame sa colère devant la trahison, « Verrat ! Verrat ! » </p>
<p>Beaucoup plus saisissante, la scène suivante où elle laissera éclater la douleur, qu’utilisera Hagen le machiavélique, manipulant le flageolant Gunther. Contraste explosif et archi-théâtral entre le décor (murs décrépis, meubles Sécession de Hoffmann), le Gibichung piteux en smoking de velours bordeaux, l’étrangeté maléfique de Hagen et la fureur vengeresse de Brünnhilde. La déferlante de cuivres que commande Noseda est au diapason de leur rage (et de l’engagement des trois chanteurs) : Siegfried mourra ! Et Hagen récupèrera l’anneau…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="483" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_ah_c_monika_rittershaus_365-1024x483.jpeg" alt="" class="wp-image-149580"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>La fin d&rsquo;un monde et le retour au silence</strong></h4>
<p>Le troisième acte s’ouvre sur un instant d’une trompeuse légèreté: la rencontre de Siegfried avec les Filles du Rhin, ces trois blondes pimpantes en pyjama de soie blanche, comme au début de Rheingold. Elles courent de pièce en pièce, gamines espiègles, figures d’un passé qu’on croyait aboli. Mais cette grâce ne dure pas.</p>
<p>Tout s’assombrit dès que Hagen reparaît, escorté de ses sbires, pour une chasse dont Siegfried sera le gibier. <br />Le récit du jeune homme, sollicité par Hagen, où Klaus Florian Vogt évoque l’oiseau, la forge, l’épée, la femme endormie, constitue peut-être son plus beau moment : la clarté du timbre, le rayonnement, l’émotion qui affleure sans pathos. Derrière lui, les leitmotivs défilent comme autant de souvenirs délicats.<br />Lorsque la lance de Hagen frappe, le geste paraît presque banal, comme si le drame s’accomplissait depuis longtemps. Aux cordes graves, le thème de la marche funèbre s’annonce, mais alors que Siegfried agonise en évoquant Brünnhilde, c’est la musique du Réveil (avec les arpèges de harpe) qui retentit. Effet de remémoration bouleversant.<br />Siegfried s’effondre sur le lit doré des amours passées, dans un silence presque gêné. La marche funèbre qui suit est magnifique d’ampleur, de respiration, de couleur, d’intelligibilité. Mention spéciale au pupitre de cuivres, somptueux. Prise de son impeccable. Et c’est passionnant de voir l’orchestre et le chef en action dans une pénombre dorée.</p>
<p>Retour au palais décati des Gibichungen. Sous un drap le corps de Siegfried. Lauren Fagan est magnifique de puissance dans l’expression du désespoir de Gutrune, Hagen avoue avec morgue être le meurtrier, Gunther qu’on n’imaginait pas si vaillant le menace et réclame l’anneau : d’un coup de lance Hagen le foudroie.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_ah_c_monika_rittershaus_179-1-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-149577"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Alors apparaît Brünnhilde.  <br />Camilla Nylund, désormais souveraine, conduit son grand monologue avec une autorité magnifique. Sa voix, plus centrée, trouve ici un équilibre rare entre éclat et sobriété.  Bientôt le plateau tournant va révéler Siegfried, mort sur le lit de leurs amours, comme on l’avait laissé.  Et tandis qu’elle chantera – « Alles, alles, alles weiss ich – Tout devient clair pour moi ! » – on verra Siegfried se redresser, émanation de son rêve peut-être, retirer l’anneau de son doigt et l’offrir à Brünnhilde. « Bague maudite, anneau effroyable ! » Elle fait le geste de le rendre aux Filles du Rhin alors apparues.  Et puis non, elle le met à son doigt : « Vous le retirerez de mes cendres… »</p>
<p>La suite, sur la sublime péroraison orchestrale, ce sera une succession d’images, comme des flashs : Brünnhilde dans une fumée rouge envahissant la scène, puis les Filles du Rhin, toujours ravissantes, basculant Hagen par une fenêtre (thème du Rhin à l’orchestre), puis le Wanderer contemplant l’incendie du Walhala (le tableau vu jadis dans <em>L’Or du Rhin</em>), enfin l’appartement désert, tournant inlassablement.  <br />L’orchestre reprend inlassablement le thème de la rédemption par l’amour. Mais à quoi bon ? Tout est vide. Les Dieux ne sont plus là. Et les hommes non plus. <br />Ou pas encore ?</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/wagner-der-ring-des-nibelungen-zurich/">WAGNER, Der Ring des Nibelungen &#8211; Zürich</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>WAGNER, Tristan und Isolde &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-tristan-und-isolde-bayreuth-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 Aug 2025 04:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il peut s’en passer des choses en six heures et demi de temps (à Bayreuth, les entractes durent une heure, le temps de se laisser la possibilité de déguster un « Risotto Gurnemanz » ou un « Filet Melot » commandés dès son arrivée au sommet de la colline verte). Le Tristan und Isolde donné &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il peut s’en passer des choses en six heures et demi de temps (à Bayreuth, les entractes durent une heure, le temps de se laisser la possibilité de déguster un « Risotto Gurnemanz » ou un « Filet Melot » commandés dès son arrivée au sommet de la colline verte). Le <em>Tristan und Isolde</em> donné en reprise de la production du metteur en scène islandais <strong>Thorleifur Örn Arnarsson</strong>, pour la cinquième et dernière représentation, nous en aura fourni un exemple manifeste. Et rappelé que ce qui fait un acte ne fait pas forcément le suivant et qu’il faut toujours se garder de jugements trop hâtifs.<br />Cette représentation de gala, avec, sur le papier, un casting éblouissant, aura, au final, fait honneur à ce que l’on est en droit d’attendre à Bayreuth, c’est-à-dire le meilleur et dans les meilleures conditions.<br />Les conditions sont idéales en cette après-midi délicieusement ensoleillée, avec une température qui ne contraint plus les festivaliers, comme ce fut le cas il y a trois semaines, à s’habiller léger et lutter contre la fournaise. On se prend à remarquer des sièges vides – une bonne dizaine alentour ; ce temps n’est plus où les places se réservaient quelques années à l’avance. Là, le site web du Festival proposait encore il y a quelques semaines des places restantes ; et les formules d’abonnements pour l’année jubilaire 2026 sont déjà en vente…</p>
<p>Les attentes pour ce <em>Tristan</em> sont fortes, donc : outre la distribution, il y a cette proposition d’Arnarsson de 2024 qui nous promet épure et poésie. Il faudra distinguer dans son approche la mise en scène elle-même et la conduite d’acteurs. Autant la première est, dans l’ensemble, une réussite, autant la seconde laisse à désirer.<br />Commençons par celle-ci. Les mouvements et déplacements des chanteurs échappent à toute tentative de compréhension. Tristan est présent en arrière-scène dès le lever du rideau avec Kurwenal. Tous deux vont, viennent, reviennent, se prennent la tête dans les mains, disparaissent, reviennent. Ils n’interagissent nullement avec l’avant-scène (Isolde et Brangäne).  Au III, les arrivées des différents protagonistes se font en dépit de toute logique. <br />Bien sûr, la conduite d’acteur dans <em>Tristan</em> est un défi incommensurable tant l’action s’étire infiniment dans l’inaction. Bien sûr aussi, <strong>Andreas Schager</strong> (Tristan) ne fait pas toujours dans la dentelle – on parle de la présence sur scène, pas de la voix, s’entend ! Heureusement il y a ce soir le magnifique contre-exemple de <strong>Camilla Nylund</strong> (Isolde) qui, même dans son immobilité quasi statuaire d’une bonne partie du premier acte, réussit à faire passer dans sa gestuelle, ses yeux, ses regards, ses coups d’œil enflammés ou assassins, une vie qui semble avoir déserté le navire. Saluons aussi l’authenticité de <strong>Günther Groissböck</strong> (Marke), au port royal et à la mine défaite, déconstruite même au III, incapable du moindre mouvement lorsqu’il comprend qu’il est trop tard pour tout.<br />Quant à la proposition elle-même du metteur en scène islandais, elle aura réservé ces beaux moments de poésie attendus sans convaincre entièrement du début à la fin.<br />On retiendra avant tout le premier acte avec cette Isolde parée d’une robe blanche à l’ampleur interminable. Plus qu’une robe (de future mariée ?), plus qu’une immense traîne, c’est l’empreinte de toute une vie qui s’étale autour d’elle. Il faut voir cette Isolde magnifique de majesté trônant au milieu de ces montagnes d’étoffe, tourner autour, s’y plonger, s’en emparer – y écrire même, au moment où le rideau se lève, d’une plume rageuse, un nouvel épisode de sa vie. Car sur cette étoffe blanche sont consignés les temps forts de la vie d’avant, mais aussi les mots qui font sens. Au fil de l’acte, on peut lire « Tantris », « Betrug » (trahison), « Liebe » (amour), « Augen » (yeux), « Rache » (vengeance)… Cette robe étalée, c’est toute la vie d’Isolde résumée et nul ne peut y pénétrer, excepté les rares admis (Brangäne, Tristan), Kurwenal l’apprendra à ses dépens. Quand Isolde se défera de cet encombrement, c’est pour se préparer à accueillir Tristan. Celui-ci n’aura alors de cesse de vouloir tout y déchiffrer et puis de faire disparaître les traces d’une vie – celle d’Isolde – qu’il veut sans doute oublier. Ainsi, au II, pendant le duo, Tristan remisera la robe dans une malle et Isolde, au III, l’en fera ressortir.<br />Cette robe emblématique constitue en quelque sorte tout le décor du premier acte. Seul un éclairage furtif nous fera comprendre que nous nous trouvons sur un bateau.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Tri_090725_004_©EnricoNawrath_press-1294x600-4-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-198078"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Enrico Nawrath</sup></figcaption></figure>


<p>La figure du navire, ou plutôt ses entrailles, apparaîtront aux deuxième et troisième actes. Mais sous des formes différentes. Au III, la carcasse du navire sera entièrement déconstruite, désossée, comme un vulgaire mécano dont les pièces gisent pêle-mêle et auquel il faudrait donner vie. Mais là, c’est plutôt la mort qui rôde et personne n’aura idée de redonner forme à une vie qui n’a plus de sens. Car c’est bien de cela qu’il s’agit ; ce bateau recèle lui aussi, comme la robe d’Isolde, les éléments les plus disparates de ce qui a pu faire sa vie à elle. Ce capharnaüm, cette caverne d’Ali Baba , nous les découvrons au deuxième acte. On y voit, en vrac, un globe terrestre, des statuettes, des statues, des lustres, miroirs, armoires, lampes, coffres. Tristan y pénètre comme un étranger, découvrant ici une malle et là un miroir, Isolde y est en confiance.<br />Le jeu avec les philtres n’est pas clairement explicité ; on saisit seulement qu’Isolde jette la flasque sans l’avoir ouverte. Il y aura ainsi des raccourcis, des ellipses, dans cette mise en scène, qui nous disent : «  là n’est pas l’essentiel ». Ainsi, l’étreinte, quasi immobile au terme du duo d’amour, nous indique à son issue que l’amour a été consommé. On est dans la suggestion plus que dans la démonstration et c’est sans aucun doute une force de cette proposition – qui ne va pas sans le risque d’une moindre compréhension des intentions du metteur en scène.<br /><strong>Semyon Bychkov</strong> dirige un orchestre du Festival bien inégal. La prélude du I ne nous fait pas vibrer, malgré un tempo, lent, parfaitement seyant. Le souffle du drame n’y est pas encore. Il le sera davantage dans les deux préludes suivants et notamment au III où les sourdes injonctions de l’orchestre anticipent magnifiquement le tragique du dénouement à venir. On remarquera particulièrement la clarté du discours et la mise en avant stupéfiante des vents, irréprochables quant à eux. On regrettera un malencontreux décalage dans le « Wer Kornwall’s Kron », sans que nous puissions préciser à coup sûr si la faute en revient au chanteur ou au chef. De même, la voix de Brangäne, en arrière-plan du duo au II est-elle quasiment inaudible, ce qui est bien fâcheux quand on connaît l’incidence dramatique croissante de ces interventions. Mais il y a cette mort d’Isolde, sur laquelle nous reviendrons, et qui emporte dans sa vague irrésistible, jusqu’aux dernières mesures, interminablement étirées (on aurait voulu qu’elles le fussent davantage encore !) et qui s’achèvent, rideau déjà fermé, dans un silence vite écrasé par l’enthousiasme du public.<br />Le plateau vocal est grandiose et aucun détail n’est laissé au hasard – on aurait presque envie de dire qu’il n’y a pas, ce soir, de « petits » rôles. Que ce soit <strong>Matthew Newlin</strong> (Junger Seemann), <strong>Lawson Anderson</strong> (Steuermann), <strong>Daniel Jenz</strong> (Hirt), ou <strong>Alexander Grassauer</strong> (Melot), ils sont pleinement dans le drame, tiennent toute leur place vocalement parlant, même lorsqu’ils sont confinés aux fins fonds de la gigantesque scène du Festspielhaus. Nous découvrons en <strong>Jordan Shanahan</strong> un superbe Kurwenal. Lui qui a chanté à Bayreuth Kothner des <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-meistersinger-von-nurnberg-bayreuth/">Meistersinger</a> au début de l’été et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-3/">Klingsor plus récemment</a>, se voit dévolu ici un autre rôle conséquent. Le timbre est clair mais sans chaleur particulière ; la projection est solide et l’incarnation, quels que soient les moments où il intervient, toujours crédible. Il reçoit de solides applaudissements bien légitimes. <strong>Ekaterina Gubanova</strong> en Brangäne a droit quant à elle à un triomphe aux saluts du premier acte. Sa fine présence, son empathie, son jeu toujours juste auront ajouté à la qualité vocale dans son ensemble. Capable d’un parfait cantabile, elle sait aussi appuyer le discours avec force et toujours avec justesse. Elle est décidément une magnifique Brangäne ! Günther Groissböck était attendu dans ce Marke qu’il fallait savoir hisser au-dessus des tréfonds où le roi se meut dans ses deux interventions. Présence altière au II, timbre d’exception, gamme habitée de haut en bas (surtout en bas), s’est-il retenu de donner toute la puissance qu’on aurait voulu entendre, surtout au III, lorsqu’il s’agissait de tout effacer, de tout pardonner ?<br />Andreas Schager, ce soir, restera pour nous un mystère. Bien en voix au I et au III, il est comme passé à côté de son II, en décalage musical – et émotionnel – avec sa partenaire. Il faut dire que la mise en scène n’aide pas à l’effusion : les deux amants se cherchent, s’évitent et ne se trouvent que la demi-heure passée…De menus défauts de justesse nous ont même fait craindre un troisième acte périlleux. Non point, le gaillard est revenu après le second entracte plus fort que jamais. On a pu le connaître plus vaillant encore (on pense à son <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/tristan-und-isolde-vienne-staatsoper-impossible-amour/">Tristan viennois en 2022</a>) mais l’énergie de Schager, son inépuisable générosité demeurent une énigme. Oserons-nous poser la question du bien-fondé de son marathon bavarois (il avait chanté Tristan l’avant-veille, Parsifal la veille, et à nouveau Parsifal le lendemain) ? Dit autrement : peut-il tenir longtemps à ce rythme-là ?<br />Quant à Camilla Nylund (Isolde), elle aura opéré une invraisemblable opération de séduction en maîtrisant la partie d’un bout à l’autre. Quel plus beau compliment lui faire que de dire qu’elle a, tout au long des trois actes, toujours chanté. A aucun moment elle ne tombe dans le travers de bien des Isolde entendues qui basculent sur le cri quand le chant n’est plus accessible. Les aigus et suraigus sont entiers, brillants certes, cinglants aussi quand il le faut, mais ils ne se départissent jamais de le poésie inhérente au texte. Nylund, n’est ce soir, jamais en difficulté, elle remporte haut la main le duo avec Tristan quand il s’agit, au II, de chanter non seulement la violence, mais encore la douceur, la sensualité du sentiment amoureux. Tout cela est magnifié dans un « Mild und leise » extatique, pétrifiant de justesse et d’émotions, qui, à lui seul, suffirait à hisser Camilla Nylund au rang des plus grandes interprètes de ce rôle.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-tristan-und-isolde-bayreuth-3/">WAGNER, Tristan und Isolde &#8211; Bayreuth</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Bayreuth 2026 : demandez – déjà – le programme !</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/bayreuth-2026-demandez-deja-le-programme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 Aug 2025 09:42:48 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A peine les portes de l’édition 2025 se sont-elles refermées sur le Festspielhaus que les regards se tournent vers l’édition du Jubilé. En 2026, Bayreuth célèbrera les 150 ans d’existence des Bayreuther Festspiele et le programme vient d’en être communiqué. Après le désormais traditionnel (et gratuit) Festspiel Open-Air, l’édition s’ouvrira le 25 juillet avec la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A peine les portes de l’édition 2025 se sont-elles refermées sur le Festspielhaus que les regards se tournent vers l’édition du Jubilé.<br />
En 2026, Bayreuth célèbrera les 150 ans d’existence des Bayreuther Festspiele et le programme vient d’en être communiqué.<br />
Après le désormais traditionnel (et gratuit) Festspiel Open-Air, l’édition s’ouvrira le 25 juillet avec la <em>IXe symphonie</em> de Beethoven (<strong>Thielemann</strong> / <strong>van den Heever</strong>, <strong>Mayer</strong>, <strong>Beczala</strong>, <strong>Zeppenfeld</strong>).<br />
Puis <em>Rienzi</em> sera donné pour la première fois <em>in loco</em> (cast non encore connu). Il y aura cette année trois cycles complets d’un <em>Ring</em> mis en scène par l’IA, sous le patronnage de <strong>Christian Thielemann </strong>(<strong>Vogt</strong>, <strong>Volle</strong>, <strong>Nylund</strong>, <strong>Kissjudit</strong>, van den Heever, <strong>Kares</strong>). <em>Der</em> <em>fliegende</em> <em>Holländer</em> (avec la Senta d&rsquo;<strong>Asmik</strong> <strong>Grigorian</strong>) et <em>Parsifal</em> (<strong>Schager</strong>, Volle, Zeppenfeld) sont également à l&rsquo;affiche.<br />
Tout le programme est à <a href="https://www.bayreuther-festspiele.de/programm/spielplan/">découvrir sur le site du Festival</a>.</p>
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		<title>Bayreuth 2026 : premières annonces</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/bayreuth-2026-premieres-annonces/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Jul 2025 14:59:13 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A la veille de l’ouverture du Festival de Bayreuth (Die Meistersinger von Nürnberg), le service de communication donne, via le réseau social Instagram, les premières indications sur l’édition 2026 qui marquera le 150e anniversaire. Et elles sont intéressantes. Rienzi, troisième opéra de jeunesse de Wagner, sera donné exceptionnellement dans le cadre du Festival. Andreas Schager &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A la veille de l’ouverture du Festival de Bayreuth (<em>Die Meistersinger von Nürnberg</em>), le service de communication donne, via le réseau social Instagram, les premières indications sur l’édition 2026 qui marquera le 150<sup>e</sup> anniversaire. Et elles sont intéressantes.<br />
<em>Rienzi</em>, troisième opéra de jeunesse de Wagner, sera donné exceptionnellement dans le cadre du Festival. <strong>Andreas Schager</strong> tiendra le rôle-titre, <strong>Gabriela Scherer</strong> sera Irene, <strong>Jennyfer Holloway</strong> Adriano. La mise en scène, les décors et les costumes seront signés <strong>Magdolna Parditka</strong> et <strong>Alexandra</strong> <strong>Szemeredy</strong>. C’est une autre femme, <strong>Nathalie Stutzmann</strong>, qui sera dans la fosse.<br />
Quant à l’annonce du Ring, elle est assez énigmatique : « Ring 1001011 – vom Mythos zum Code » (« du mythe à l’encodage ») : l’intelligence artificielle est en effet explicitement annoncée comme partie intégrante de la saga des Nibelungen. C’est <strong>Christian Thielemann</strong> qui dirigera cette tétralogie.<br />
Concernant la distribution, <strong>Michael Volle</strong>, sans surprise, sera Wotan/Der Wanderer, et <strong>Camilla Nylund</strong> incarnera Brünnehilde. <strong>Anna Kissjudit</strong>, habituée au rôle d’Erda, sera cette fois-ci Fricka, <strong>Mika Kares</strong> est toujours incontournable en Hunding. Sieglinde sera tenue par <strong>Elza van den Heever</strong>. A noter que c’est le même chanteur, à savoir <strong>Klaus-Florian Vogt</strong>, qui incarnera Loge dans <em>Rheingold</em>, Siegmund, puis Siegfried – le seul donc à être présent dans les quatre pièces de la tétralogie, ce qui, en soi, s’annonce comme une performance. On nous annonce également un <em>Fliegender Holländer</em> de très haute volée : <strong>Oksana Lyniv</strong> dirigera Mika Kares (Daland), <strong>Nicolas Brownlee</strong> (Holländer) et…<strong>Asmik Grigorian</strong> (Senta). <em>Parsifal</em> ne sera pas en reste ; <strong>Pablo Heras-Casado</strong> dirigera <strong>Volle</strong> (Amfortas), <strong>Zeppenfeld</strong> (Gurnemanz), Schager (Parsifal), <strong>Shanahan</strong> (Klingsor) et <strong>Miina</strong>&#8211;<strong>Lisa</strong> <strong>Värelä</strong> (Kundry).<br />
A titre exceptionnel, la <em>IXe symphonie</em> de Beethoven sera interprétée dans le cadre du Festival. C’est encore Thieleman qui dirigera et le quatuor de chanteurs sera composé de van den Heever, <strong>Christa</strong> <strong>Meyer</strong>, <strong>Beczala</strong> et Zeppenfeld.</p>
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		<title>WAGNER, Siegfried &#8211; Milan</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-siegfried-milan-scala/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Jun 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=192719</guid>

					<description><![CDATA[<p>David McVicar poursuit son nouveau Ring wagnérien avec un Siegfried encore plus littéral que les &#160;Rheingold et Walküre précédents, parti pris qui séduira les tenants d’un certain traditionalisme mais qui ne comblera certainement pas les amateurs de relectures modernistes. Cette option était sans doute la plus à même de séduire le public scaligère, d’autant qu’elle &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/035_096A3227-Vogt-e-Ablinger-Sperrhacke-ph-Brescia-e-Amisano-©Teatro-alla-Scala-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-192819"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Brescia e Amisano ©Teatro alla Scala</sub></figcaption></figure>


<p><strong>David McVicar</strong> poursuit son nouveau <em>Ring</em> wagnérien avec un <em>Siegfried</em> encore plus littéral que les &nbsp;<em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-milan-scala/">Rheingold</a></em> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/__trashed-2/"><em>Walküre</em></a> précédents, parti pris qui séduira les tenants d’un certain traditionalisme mais qui ne comblera certainement pas les amateurs de relectures modernistes. Cette option était sans doute la plus à même de séduire le public scaligère, d’autant qu’elle est associée à une approche visuelle spectaculaire, renforcée par une excellente direction d&rsquo;acteurs, ciselée dans les moindres détails et souvent d’une grande justesse. A l’acte I, on verra donc Siegfried en tablier limer l’épée brisée, faire fondre la limaille dans un creuset rougeoyant, la faire couler dans un moule, actionner le soufflet de forge, sortir Nothung chauffée au rouge, la plonger dans un bain refroidissant au milieu des vapeurs, faire des étincelles avec son marteau de forge, etc… C’est d’ailleurs assez réjouissant, d’autant que la touche de second degré est apportée par un Mime qui virevolte et sautille, surexcité, tout en tentant de préparer la soupe sur le même foyer (et en s’y brulant le fessier). Les autres décors sont variés et somptueux. A l’acte II, on découvrira ainsi une forêt mystérieuse dont les troncs d’arbres sont comme des humanoïdes fossilisés. Le dragon est une marionnette géante (à la manipulation bruyante), sorte de squelette de King-Kong. Au dernier acte, on retrouvera bien entendu le décor de <em>Die Walküre</em>, avec, d’abord endormie, Grane, le cheval de Brunehilde (un artiste déguisé monté sur des sortes d’échasses à ressort). Au global, un spectacle lisible et esthétique.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/050_GN1A0214.ph-Brescia-e-Amisano-©Teatro-alla-Scala-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-192820"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Brescia e Amisano ©Teatro alla Scala</sup></figcaption></figure>


<p>Le Mime de <strong>Wolfgang Ablinger-Sperrhacke</strong> domine le premier acte. Certes, le ténor autrichien est un habitué du rôle (il incarnait Mime <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/jaime-le-son-du-cor-le-soir-au-fond-des-bois/">lors de la précédente production parisienne de Günter Krämer à Bastille par exemple</a>), mais nous ne l’avions jamais vu à ce point déchaîné, avec une composition histrionique absolument phénoménale, un peu à la limite de<em> La Cage au Chaste Fol</em> il faut bien le dire. Ce Mime irrésistible est même attendrissant dans son délire monomaniaque, et on finit par se sentir triste de le voir éliminer par cette brute de Siegfried. À ses côtés, <strong>Klaus Florian Vogt</strong> fait un peu pâle figure, d’autant que les projections vocales sont assez similaires. La technique du ténor allemand est bien connue, avec notamment une émission du registre aigu constamment mixée entre voix de tête et voix de poitrine. Inutile donc d’attendre les aigus <em>spinto</em> fracassants d’un authentique <em>heldentenor</em> (1) : les notes sont bien là, et avec ce qu’il faut de volume, mais elles ne sont jamais percutantes. Son entrée le voit d&rsquo;ailleurs en difficultés : si l’on en entend bien le début de celle-ci (« Hoi-ho! Hoi-ho! Hau&rsquo;ein! hau’ein! »), les seize notes qui suivent (répétées en piqués sur « Ha! » ) sont inaudibles depuis la salle, à l’exception d’une ou deux plus aiguës, la clarté du timbre permettant alors au chanteur de surmonter la masse orchestrale. Enfin, la voix est toujours trop claire, même si elle a gagné en largeur de timbre : elle peut convenir à un Lohengrin évanescent, voire à un Siegmund, mais peine a traduire la dimension héroïque du personnage. Le chant est toutefois moins haché que par le passé, avec un meilleur <em>legato</em>. Au final, on admirera la performance et l’engagement dramatique du ténor allemand, même s’il nous laisse quelque peu notre faim. Le Wanderer est ici en capuche plutôt que coiffé du traditionnel chapeau (c’est dire le niveau de disruption de la mise en scène) : <strong>Michael Volle</strong> y fait un pas de plus dans la légende, et les mots peinent à rendre compte de l’intensité et de l’intelligence de son chant. Son interprétation du Wanderer est fine et complexe, exprimant à la fois, le désarroi, la révolte, les velléités de puissance ou de grandeur, et la résignation… Du grand art. La voix est puissante, d’une belle fraicheur, superbement articulée : à 65 ans et dans ce répertoire, cela tient du miracle. L’Alberich d&rsquo;<strong>Ólafur Sigurdarson</strong> est ici moins exposé que dans le <em>Rheingold</em>. Le baryton islandais confirme toutefois ses grandes qualités, avec un chant posé, d’une certaine noblesse, composant un personnage qui semble un peu revenu de tout (un discret haussement d’épaules tandis qu’il disparait suffit à exprimer avec finesse cette résignation). <strong>Anna Kissjudit</strong> remplaçait Christa Mayer souffrante. La voix est belle, avec un timbre rare de contralto, mais la projection est insuffisante pour la Scala, et elle ne peut assumer l’ampleur tellurique exigée. C’est une Erda discrète, sans mystère. <strong>Ain Anger</strong> est à nouveau Fafner, voix correcte mais sans grand relief et à l&rsquo;impact limité.&nbsp; <a href="https://www.forumopera.com/questionnaire-de-proust-francesca-aspromonte/">Appréciée dans le répertoire baroque</a>, <strong>Francesca Aspromonte</strong> est un oiseau à la voix bien projetée mais à l&rsquo;aigu un peu tendu. <strong>Camilla</strong> <strong>Nylund</strong> avait presque réussi à nous convaincre dans <em>Die Walküre</em>. La deuxième journée la voit davantage à la peine. La prudence la pousse d&rsquo;ailleurs à se ménager : la seconde partie du grand duo, « Ewig war ich, ewig bin ich », démarre ainsi avec un simple filet de voix à peine audible, puis le soprano donne de plus en plus de puissance pour terminer sur un contre-ut lumineux et mieux projeté. Surtout, la voix, dépourvue de largeur de timbre, manque de chaleur, d’ampleur et d’opulence. La musicalité est réelle, mais le soprano finlandais ne peut offrir que des moyens de soprano lyrique quand on attend ceux d&rsquo;un authentique soprano dramatique.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/164_GN1A0615.ph-Brescia-e-Amisano-©Teatro-alla-Scala-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-192828"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Brescia e Amisano ©Teatro alla Scala</sup></figcaption></figure>


<p><strong>Alexander Soddy</strong> confirme sa maîtrise du discours wagnérien avec une direction lumineuse sans être chambriste, une grande attention au plateau (sans compromis sur l&rsquo;exigence musicale toutefois). Le chef d&rsquo;orchestre britannique choisit par ailleurs d&rsquo;exposer davantage certains pupitres aux sonorités plus aiguës, produisant une pâte sonore plus claire qu&rsquo;à l&rsquo;ordinaire. Son <em>Siegfried</em> est ainsi moins sombre, moins oppressant, plus dynamique, assez original et tout à fait cohérent. L&rsquo;Orchestre de la Scala de Milan est en état de grâce. Certains pupitres sont tellement excellents qu’on croit parfois entendre des solistes alors que la phalange est simplement à l’unisson. L’introduction orchestrale de l’acte III, vibrante et contrastée, est l&rsquo;un des sommets de la soirée.</p>
<p><a href="https://www.teatroallascala.org/en/ring-des-nibelungen.html">Rappelons que la Scala proposera deux <em>Ring</em> complets en mars 2026</a>, le premier sous la baguette d’Alexander Soddy et le second sous celle de Simone Young.</p>
<pre>(1) On se gardera toutefois de trop grandes généralités historiques : <a href="https://www.youtube.com/watch?v=WGRIjzHw1ws">les extraits de Jean de Reszke</a>, référence wagnérienne à son époque, enregistrés sur le vif en 1901, semblent évoquer une voix plus près de celle de Vogt que ce celle de Lauritz Melchior.</pre><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-siegfried-milan-scala/">WAGNER, Siegfried &#8211; Milan</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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