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	<title>Mariano PENSOTTI - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Mariano PENSOTTI - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>PUCCINI, Madama Butterfly &#8211; Anvers</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-madame-butterfly-anvers/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Sep 2024 08:41:21 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Difficile d&#8217;imaginer choix scénographiques plus opposés pour deux monuments lyriques que ceux proposés à Liège et Anvers pour cette ouverture de saison : à une Traviata étourdissante de faste et de couleurs en Wallonie répond dans la métropole flamande, une Butterfly toute de subtilité monochrome. Les deux spectacles partagent également le même goût de la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Difficile d&rsquo;imaginer choix scénographiques plus opposés pour deux monuments lyriques que ceux proposés à Liège et Anvers pour cette ouverture de saison : à une <em>Traviata</em> étourdissante de faste et de couleurs en Wallonie répond dans la métropole flamande, une <em>Butterfly</em> toute de subtilité monochrome.</p>
<p>Les deux spectacles partagent également le même goût de la mise en abyme. À un théâtre dans le théâtre très réussi mais assez classique en pays wallon, répond ici – plus original et étonnement pertinent – le parcours tragique de la metteuse en scène fictive de l&rsquo;opéra, Maiko Nakamura, originaire de Nagasaki comme Cio-Cio San, expatriée en Europe et refusant soudain de mettre en scène une énième version exotisante de l’œuvre. En quête de son identité, synthétisée dans celle de la maison de ses grands-parents qu&rsquo;elle finit par partir chercher en vain au Japon. Cet échec l&rsquo;amène au suicide avant la première du spectacle.</p>
<p>Sous la houlette fort conceptuelle de <strong>Mariano Pensotti</strong>, nous suivons ainsi les destins parallèles de deux femmes en rupture avec leur milieu. L&rsquo;ostracisme dont est victime Cio-Cio San fait écho au déracinement de Maiko – matérialisé sur scène par deux souches d&rsquo;arbre. Leur aspiration commune à un foyer, si prégnant, se manifeste dans une abstraction de maison, bloc impénétrable, dépourvu de porte ou de fenêtre, d&rsquo;abord recouverte de briques iridescentes évoquant celles d&rsquo;un Othoniel.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="683" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/M5A8769-683x1024.jpg" alt="" class="wp-image-172635"/><figcaption class="wp-element-caption">     <sup>© Annemie Augustijns</sup></figcaption></figure>


<p>Le noir bascule au blanc pour une IRM poétique de panneaux coulissants où s&rsquo;inscrivent les ramures d&rsquo;un arbre imaginaire – celui de ces racines perdues. Ils disparaissent successivement jusqu&rsquo;à laisser apparaître une silhouette fantomatique, négatif de l’héroïne, écho de cette identité aussi souhaitée qu&rsquo;inaccessible. Au dernier acte, c&rsquo;est l&rsquo;ombre inversée de la maison qui écrase inexorablement ces deux destins croisés, vibrant des mêmes aspirations.</p>
<p>Un cerisier aux feuilles funestement noires suspendu aux cintres, à l&rsquo;envers, complète ce dispositif. Ses feuilles mortes seront les fleurs dont l&rsquo;héroïne emplira sa maison pour accueillir le retour de l&rsquo;époux prodigue.</p>
<p>Dépourvu du moindre exotisme, la brillante scénographie de <strong>Mariana Tirantte</strong> sert donc puissamment le propos, tout comme ses remarquables costumes, également noirs et blancs. Résolument contemporains, ils convoquent Yamamoto ou Dries van Noten, ajoutant au sous-texte de l&rsquo;œuvre, notamment avec la sublime chrysalide noire dans laquelle apparaît Madame Butterfly et dont elle se dévêt rituellement en se mariant.</p>
<p>Voilà qui n&rsquo;est pas simple à éclairer, pourtant les lumières subtiles d&rsquo;<strong>Alejandro Le Roux</strong> font merveilles tout comme les vidéos de<strong> Juan Fernandez Gebauer </strong>et<strong> Raina Todoroff</strong>.<br>Si la couleur est absente de la scène, la subtilité des matières, les jeux de textures nourrissent l&rsquo;imaginaire tandis que les chanteurs et l&rsquo;orchestre s&rsquo;acquittent superbement de la mise en couleur du drame.</p>
<p>La direction toute en puissance maîtrisée de <strong>Daniela Candillari</strong> pourrait s&rsquo;offrir plus de nuances <em>piano</em> car elle exige beaucoup des chanteurs. Ceci dit, sous son pinceau très rythmique, les pigments de l&rsquo;<strong>orchestre symphonique de l&rsquo;Opera Ballet Vlaanderen</strong> jouent de l&rsquo;acide et chaud avec brio, et avec un grand sens des tempi.</p>
<p>Sur le plateau, le<strong> chœur de l&rsquo;Opera Ballet Vlaanderen</strong> ainsi que les excellents seconds rôles – au premier rangs desquels <strong>Denzil</strong> <strong>Delaere</strong> en Goro et <strong>Mathilda Sidén Silfver</strong> en Kate Pinkerton –&nbsp;soutiennent parfaitement les interprètes principaux.<br><strong>Vincenzo Neri</strong> donne à Sharpless une épaisseur singulière, tant son engagement scénique est juste, tant le velours sombre de son timbre sait se nuancer d&rsquo;humanité et de désarroi.<br>Il est bien malgré lui impliqué dans les projets égoïstes de Pinkerton auquel <strong>Ovidiu Purcel</strong> insuffle une belle énergie et une voix au métal certes flamboyant mais un peu dur – voire nasal –&nbsp;ce qui lui nuit.</p>
<p><strong>Lotte Verstaen</strong>, image vibrante de la compassion offre à Suzuki sa voix large au focus incisif, qui sait s&rsquo;aquareller d&rsquo;accents touchants.<br>Il faut dire que <strong>Celine Byrne</strong> incarne Cio-Cio-San avec une simplicité, une sincérité qui forcent l&rsquo;admiration. Elle est admirablement crédible en adolescente amoureuse comme en femme faite, digne dans l&rsquo;abandon. Son soprano ductile, fluide, jamais forcé ni appuyé – en dépit d&rsquo;un orchestre parfois trop présent –, jouit d&rsquo;une émission d&rsquo;un merveilleux naturel.<br>Même dans les airs les plus célèbres comme «&nbsp;Un bel di vedremo&nbsp;», elle s&rsquo;abstient du moindre effet séducteur à l&rsquo;exemple de sa présence grave, lumineuse et obstinée.</p>
<p>Une production à découvrir jusqu&rsquo;au 24 septembre à Anvers puis à Gand entre les 4 et 16 octobre.</p>
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		<title>PUCCINI, Madama Butterfly — Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/madama-butterfly-strasbourg-double-peine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Jun 2021 09:40:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après dix ans d’absence à l’Opéra national du Rhin, Madama Butterfly est à nouveau à l’affiche à Strasbourg, dans une production très conceptuelle et minimaliste signée Mariano Pensotti, le metteur en scène remarqué (et primé) de Beatrix Cenci, également créée dans la capitale européenne. Le dramaturge a cette fois conçu le spectacle tel une mise &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après dix ans d’absence à l’Opéra national du Rhin, <em>Madama Butterfly</em> est à nouveau à l’affiche à Strasbourg, dans une production très conceptuelle et minimaliste signée <strong>Mariano Pensotti</strong>, le metteur en scène remarqué (et <a href="https://associationcritiquetmd.com/le-palmares/">primé</a>) de <a href="https://www.forumopera.com/beatrix-cenci-strasbourg-de-lart-ou-du-cochon"><em>Beatrix Cenci</em></a>, également créée dans la capitale européenne. Le dramaturge a cette fois conçu le spectacle tel une mise en abyme borgésienne, en additionnant une histoire parallèle, celle de Maiko Nakamura, qui reçoit pour la énième fois la commande d’une mise en scène de l’opéra de Puccini qu’elle a l’habitude de monter, ainsi que le font tant d’autres, avec geishas, ombrelles et arbres en fleurs. Originaire de Nagasaki comme l’héroïne de l’opéra mais installée dans l’hexagone pour y vivre avec un Français dont elle a un fils, elle traverse une grave crise tant identitaire qu’artistique et décide d’expurger l’opéra de tous les clichés exotiques. Le parcours de Cio-Cio-San devient ainsi un jeu de miroirs avec l’existence de cette Maiko imaginaire. Si l’on ne voit rien des répétitions ou de la vie de l’artiste sur scène, on en lit les péripéties, lors des passages purement instrumentaux, sur un écran qui surmonte le plateau, dissocié cependant des surtitres. L’effet miroir est total : on l’aura deviné, Maiko Nakamura se suicide avant la première à laquelle on est en train d’assister, le spectacle reprenant ses idées au plus près. L’idée est intéressante et permet, à travers cette fiction distanciée, d’interroger la création, de poser des questions existentielles, d’aborder notre rapport à la domination ou au colonialisme et bien sûr, de réfléchir à la condition féminine.</p>
<p>Mais à force de cérébralité et surtout d’altérité, on finit par mettre une réelle distance entre le spectateur et les protagonistes. Alors que Puccini est un maître en matière de gestion de la dramaturgie et de la capacité à distiller les effets au moment précis où ils toucheront les auditeurs en plein cœur, chaque instant, laissé apparemment libre pour mieux faire infuser la compassion chez le spectateur, est ici investi et le regardeur est sollicité en permanence. En effet, la seconde histoire plombe en quelque sorte la première, avec deux destins tragiques à gérer… Une double peine, quoi ! Chacun se fera son opinion et réagira en fonction de sa sensibilité propre, mais ce suicide jumelé, qui crée une sorte de chape de plomb en forme d’épée de Damoclès (la pointe renversée du décor final n’arrange rien à l’affaire), le drame surajouté au drame a tendance à produire l’effet inverse de celui escompté : les larmes que l’on verse si facilement (avec une intense volupté qui ravissent les sens et permettent la catharsis, cette consolation purificatrice intimement liée depuis toujours au théâtre), ma foi, ces larmes ont ici bien du mal à couler. Au sortir d’un confinement et avec le bonheur retrouvé de vivre enfin une « vraie » représentation avec des voisins en chair et en os, c’est un comble. Mettons cela sur le compte de la difficulté à revenir à une vie normale après cette longue attente, car enfin, le spectacle ne manque pas d’atouts, loin de là.</p>
<p>Avant d’en venir aux voix, attardons-nous d’abord sur les décors et les costumes de <strong>Mariana Tirantte</strong> : réduit à un arbre mort suspendu à l’envers, deux souches (belles synecdoques antonymiques visuelles pour évoquer le déracinement), un tronc et une façade triangulaire (sorte de fusion entre un pavillon de banlieue occidental, un panneau coulissant de demeure traditionnelle japonaise et un abri pour insectes), le décor en noir et blanc avec gradations grisées est sublimé par la lumière (remarquable travail d’<strong>Alejandro Le Roux</strong>). C’est magnifique, mais froid comme la mort. Intemporel, le plateau évoque cependant fortement les cendres des bombes atomiques et un univers post-apocalyptique. De nombreuses références cinématographiques sont repérables : celle d’Alain Resnais et d’<em>Hiroshima mon amour</em>, explicitement évoquées par le metteur en scène (ou plutôt son double de fiction, notre Maiko dont les parents l’ont peut-être conçue sur le tournage du film), mais aussi quantité de correspondances avec les mangas ou certaines œuvres marquantes telles le <em>Shokusai </em>de Kiyoshi Kurosawa, cinéaste qui fouille les failles de la société japonaise dans des portraits de femmes souvent aussi terrifiantes que les fantômes, ces yôkai du folklore nippon. Les costumes sont plutôt réussis, surtout pour Cio-Cio-San, mieux qu’élégante dans sa robe de mariée chrysalide dont elle s’extrait, superbe métaphore.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/200534818_3998156783555213_6011924130351768176_n.jpg?itok=eTln4HvQ" title="© Klara Beck" width="468" /><br />
	© Klara Beck</p>
<p><strong>Brigitta Kele </strong>est une merveilleuse Cio-Cio-San. Son maquillage est tellement évocateur (très japonisant, il fait tout autant songer à l’univers de Benjamin Lacombe), qu’on la prend véritablement pour une geisha quand elle fait son entrée. De cette grâce subtile et raffinée qui caractérise le moindre geste et l’occupation de l’espace des Japonais, elle semble avoir tout compris. Sa silhouette de gravure de mode comme ses mains effilées et expressives achèvent d’emporter l’adhésion. Sa voix possède tous les atouts qui permettent d’aborder le rôle si exigeant de Butterfly. Sans doute n’a-t-elle pas les accents de l’innocence de la jeune fille de 15 ans, mais cela semble correspondre avant tout à un choix du metteur en scène dont elle est tributaire. Dans le texte qui raconte la vie de Maiko Nakamura (et que l’on retrouve in extenso dans le programme), il est bien spécifié que pour la metteure en scène, la jeune geisha n’aime pas Pinkerton, mais qu’elle « aime son désir d’être quelqu’un d’autre » (p. 60). Qu’importe : la soprano roumaine, derrière le fard de morte-vivante, incarne un personnage d’une grande complexité et d’une présence tant radieuse qu’impérieuse.<strong> Leonardo Capalbo </strong>met tout son art au service du rôle finalement assez court mais extrêmement dense et habité de Pinkerton, bellâtre évaporé et séducteur impénitent puis traître repentant avec un égal charisme transcendé par une réelle ferveur. S’il donne l’impression d’être constamment à la limite de ses moyens, il semblerait que ce ne soit que le reflet d’une vraie générosité vocale où tout est donné à chaque instant. La mezzo strasbourgeoise <strong>Marie Karall </strong>est moins gâtée que le rôle-titre : costume et apparence de faire-valoir de sa maîtresse, elle réussit toutefois très bien à tirer son épingle de ce jeu de papillons. Timbre noble et fleuri comme d’intenses tubéreuses, ses duos avec Cio-Cio-San sont splendides. Le reste de la distribution est à l’avenant, avec une mention spéciale pour le baryton grec <strong>Tassis Christoyannis</strong>, majestueux, voire souverain Sharpless. La séduction de ce timbre n’a d’égale que son beau profil à l&rsquo;antique dont l’impeccable barbe blanche n’est pas un postiche… Peu sollicité, le chœur de l’Opéra national du Rhin n’en est pas moins épatant, à son habitude. Le célèbre chœur à bouche fermée est particulièrement réussi, pour ne pas dire sublime, encore magnifié par des jeux de lumière autour d’une sculpture fascinante, mi-bouddha, mi-marbre à l’antique. Pour couronner le tout,<strong> Giuliano Carella </strong>parvient à tirer le meilleur de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg, pourtant en effectif tronqué de près de la moitié s’appuyant sur la version réduite par Ettore Panizza pour correspondre à de petits théâtres, ce qui se remarque à peine, louable performance.</p>
<p>Au final, ce <em>Madama Butterfly</em> est un spectacle vocalement parfaitement équilibré dont la mise en scène, quoi qu’on en pense, est cohérente, quand bien même on ne partagerait pas les interprétations et analyses de <a href="https://www.operanationaldurhin.eu/fr/les-artistes/details/mariano-pensotti-1">Mariano Pensotti</a>. Ce dernier a tout dirigé depuis l’Argentine et au cours de la Première, n’est pas venu saluer, sans doute bloqué dans ses terres par la situation sanitaire. Et quand on y pense, tant de beaux moments ont ponctué cette soirée qu’il ne serait pas du tout étonnant que dans la durée, cette production ne laisse un souvenir très précis et fécond, celui d’une effective réussite.</p>
<p>Voici le lien vers <a href="https://www.youtube.com/watch?v=qFPYl_28aXA">la bande annonce proposée par l&rsquo;ONR</a></p>
<p> </p>
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		<title>GINASTERA, Beatrix Cenci — Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/beatrix-cenci-strasbourg-de-lart-ou-du-cochon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 17 Mar 2019 03:10:52 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Alberto Ginastera traîne après lui une réputation de compositeur sulfureux : et pour cause, chacun de ses trois opéras incluant un fort élément sexuel, assortis de violences diverses et variées. La deuxième édition du festival Arsmondo, consacrée cette fois à l’Argentine, après le Japon la saison dernière, est l’occasion d’offrir à Beatrix Cenci sa création française, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Alberto Ginastera traîne après lui une réputation de compositeur sulfureux : et pour cause, chacun de ses trois opéras incluant un fort élément sexuel, assortis de violences diverses et variées. La deuxième édition du festival Arsmondo, consacrée cette fois à l’Argentine, <a href="https://www.forumopera.com/le-pavillon-dor-strasbourg-arsmondo-on-y-reviendra">après le Japon la saison dernière</a>, est l’occasion d’offrir à <em>Beatrix Cenci</em> sa création française, près d’un demi-siècle après la première qui, comme <em>Mass</em> de Leonard Bernstein, avait marqué l’inauguration du J.F. Kennedy Center de Washington. Une fois de plus, c’est l’occasion de découvrir une œuvre rarement programmée (Renée Auphan l’avait proposée pour la dernière année de son mandat à Genève, en septembre 2000), qui nous rappelle combien l’histoire de l’opéra au XXe siècle est plus riche qu’on ne voudrait parfois nous le faire croire. <em>Beatrix Cenci</em> montre surtout qu’il existait une voie moyenne entre le pastiche néo-puccinien et l’avant-garde extrémiste, puisque Ginastera était à la fois soucieux de modernité dans son écriture et de respect de la tradition dans la forme générale. Pas de « théâtre musical » ici, mais un opéra au sens classique du terme, avec une véritable intrigue, dont l’héroïne se révolte contre son statut de victime mais n’en est pas moins châtiée en fin de parcours. On pourra juste regretter, dans le livret, une tendance à l’amphigouri poético-philosophique dans les monologues, juxtaposée à des moments où seule l’efficacité dramatique immédiate semble visée (la cohabitation de deux librettistes justifie en grande partie cette dualité). Sur le plan musical, l’orchestre inclut des audaces typiques de l’époque (bande enregistrée, recours à l’aléatoire) mais les voix, sans être vraiment ménagées, ne sont pas non plus brutalisées à plaisir comme cela se faisait beaucoup alors. Bien que nous soyons dans un univers sonore tout autre, il y a même un pastiche de musique ancienne, comme dans <em>Gloriana</em> de Britten, avec le bal donné à l’acte I, où le compositeur s’inspire des danses de la Renaissance. Somme toute, une œuvre qui se tient, qui frappe, que l’on écoute avec plaisir et qui aurait sa place si, comme autrefois, le répertoire des maisons d’opéra ne se composait pas majoritairement de titres vieux d’un siècle et demi.</p>
<p>Pour ses premiers pas à l’opéra, le metteur en scène argentin <strong>Mariano Pensotti</strong> a beaucoup recours à la tournette pour faire presque constamment défiler les innombrables pièces du château Cenci, et superpose sa propre clef de lecture en faisant du comte Francesco un collectionneur d’œuvres d’art. Nous sommes dans les années 1960, et le chœur est régulièrement convié à venir admirer les nouveautés que le mécène vient d’acquérir, nouveautés qui tournent souvent autour du corps, à commencer par une immense statue de femme nue ; même les chiens menaçants dont il est à mainte reprise question dans le livret sont ici des statues, d’où peut-être la suppression de leurs aboiements enregistrés. Beatrix devient hémiplégique, avec corset et orthèses diverses, ce qui rend le personnage encore plus impuissant face au prédateur qu’est son père ; le spectacle nous la montre nue (ou du moins vêtue d’un maillot académique censé évoquer la nudité). Après le viol, la grande statue reparaît sous la forme de <em>disjecta membra</em> suspendus dans les cintres. Dans une scène finale d’un comique macabre, le tribunal où l’héroïne doit être jugée devient une usine agro-alimentaire et Beatrix passe de mains en mains sur un tapis roulant, comme une viande destinée à l’emballage, jusqu’à sa mise en boîte (le livret prévoyait au contraire qu’elle devait « sortir dignement » de scène pour marcher vers son exécution).</p>
<p><img decoding="async" alt="" src="/sites/default/files/styles/large/public/bea4_0.jpg?itok=G20D7hDn" title="© Klara Beck" /><br />
	© Klara Beck</p>
<p>Preuve que l’écriture vocale de Ginastera n’a rien d’inhumain, l’équipe présente à Strasbourg n’est pas composée de spécialistes de la musique contemporaine, mais bien d’artistes habitués du répertoire classique et dotés d’assez de bonne volonté pour apprendre une partition rare et difficile. Dans le rôle-titre <strong>Leticia de Altamirano </strong>réalise une performance théâtrale, entre le handicap dont elle est affublée et la pseudo-nudité qui lui est imposée ; vocalement, le choix d’une interprète habituée à des rôles virtuoses et aigus prive le personnage d’un peu de son assise charnelle, mais on admire l’investissement de l’artiste. <strong>Gezim Myshketa </strong>possède les graves inquiétants du comte Francesco et la stature du monstre qu’il incarne ; dommage que la mise en scène transforme en scène d’ivrognerie le moment où il est pris d’hallucinations après son crime, ce qui le rend nettement moins terrifiant. <strong>Ezgi Kutly </strong>confère beaucoup de dignité à Lucrecia, belle-mère de Beatrix mais, dans la même tessiture de mezzo-soprano, la voix la plus séduisante de la distribution est peut-être celle de <strong>Josy Santos</strong> dans le rôle travesti de Bernardo Cenci. <strong>Xavier Moreno</strong> répond aux exigences d’Orsino, mais son chant trahit constamment l’effort et donne une image peu attirante de l’amant de Beatrix.</p>
<p>En fosse, <strong>Marko Letonja</strong> surmonte les nombreux obstacles semés par Ginastera, secondé par un Orchestre philharmonique de Strasbourg qui le suit au doigt et à l’œil. Mention spéciale pour les percussionnistes, chargés de produire toutes sortes d’effets étonnants. Sans oublier, dans un tout autre registre, les machinistes qui, tout au long du spectacle, permettent la transformation constante du décor tournant, donc les aspects se renouvellent sans cesse.</p>
<p> </p>
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