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	<title>Rolf ROMEI - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Rolf ROMEI - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>BISCHOFF, Andersens Erzählungen — Bâle</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Schreuders]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 08 Dec 2019 19:47:01 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>ll s’agit d’un secret de Polichinelle, qui motive les déplacements de bien des lyricophiles/manes, alors point de fausse pudeur, avouons-le sans détour :  nous avions fait le voyage pour réentendre une voix qui nous a véritablement subjugué mais aussi touché jusques au fond cœur, celle de Bruno de Sà. Non sans avoir visionné la vidéo promotionnelle du Theater Basel et &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>ll s’agit d’un secret de Polichinelle, qui motive les déplacements de bien des lyricophiles/manes, alors point de fausse pudeur, avouons-le sans détour :  nous avions fait le voyage pour réentendre une voix qui nous a véritablement subjugué mais aussi touché jusques au fond cœur, celle de <strong><a href="https://www.forumopera.com/polifemo-potsdam-decouverte-dune-nouvelle-etoile-bruno-de-sa">Bruno de Sà</a>.</strong> Non sans avoir visionné la vidéo promotionnelle du Theater Basel et pris connaissance de l’argument de cette œuvre nouvelle commandée à l’auteur <strong>Jan Dvorak</strong>, au compositeur <strong>Jherek Bischoff </strong>et au metteur en scène <strong>Philippe Stölzl</strong>. <em>Andersens Erzählungen </em>entrelace fort habilement le récit du plus célèbre conte de Hans Christian Andersen et celui d’un épisode de sa vie personnelle réinterprété notamment à la lumière de sa correspondance. Le poète vient de commencer la rédaction de <em>La Petite Sirène </em>quand il fait irruption chez son ami Edvard Collin, la veille de ses noces, pour lui confesser son amour, mais il tombe sur sa promise, Henriette Thyberg. Et de lui raconter le début des mésaventures de la princesse du royaume des profondeurs qui s’inventeront sous nos yeux, les protagonistes de l&rsquo;histoire jaillissant sur le plateau. La sexualité d’Andersen suscite depuis quelques années de vives controverses au Danemark. Entre homosexualité refoulée et identité transgenre, les conjectures vont bon train et les exégèses d’assimiler certains personnages à des doubles métaphoriques de l’écrivain, singulièrement la Petite Sirène. </p>
<p>Il est des spectacles enchanteurs dont nous avons scrupule à parler. Peur d’en briser la magie, de la trahir, peut-être aussi de la banaliser en tentant de l’expliquer ou même simplement de le décrire. <em>Andersens Erzählungen </em>appartient à cette catégorie et si nous n’avons jamais croisé autant d’adolescents à l’opéra, c’est peut-être parce que cet ouvrage, conseillé  aux enfants à partir de douze ans mais qui n’élude pas la cruauté du conte, n’est précisément pas un opéra. Intitulée « Schauspieloper », littéralement « théâtre-opéra », mot-valise en allemand comme en français, cette création réunit, certes, le chant lyrique, la danse et le pur théâtre, joué avec un naturel remarquable, mais le langage à la fois pittoresque et très séducteur de Jherek Bischoff – compositeur/musicien/arrangeur américain, qui a collaboré avec le Kronos Quartet, David Byrne ou Robert Wilson –  évoque davantage le <em>musical</em>, la pop ou même le cinéma dans sa manière de traiter les atmosphères, à grand renfort d’orgue, de harpe et de célesta, mais aussi dans des effusions orchestrales dont le grandiose frise parfois la démesure – affaire de goût … Emmené par <strong> Stephen Delaney, le </strong><strong>Sinfonietta</strong> nous en met plein les tympans mais il peut également envelopper délicatement les artistes et pratiquer un art de l’estompe, autrement suggestif.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/mit_0868_11_16_0.jpg?itok=rT93cbfY" title="Stefanie Knorr, Jasmin Etezadzadeh, Bruno de Sá, Moritz von Treuenfels, Ena Pongrac ©Sandra Then" width="468" /><br />
	Bruno de Sá, Hyunjai Marco Lee, Moritz von Treuenfels, Linda Blümchen ©Sandra Then</p>
<p>L’émerveillement est ici d’abord visuel car l’enchâssement des récits procède en premier lieu d’une mise en scène virtuose (scénographie de Philippe Stölzl et <strong>Heike Volmer</strong>, fabuleux éclairages de <strong>Thomas Kleinstück)</strong>, avec changements de décor à vue absolument époustouflants grâce auxquels, en quelques secondes, l’univers du conte se substitue ou même se superpose au monde d’Andersen, la demeure bourgeoise des Collin où se joue la pièce. Ce vaste intérieur immaculé et dépouillé semble surgir d’un tableau de Hammerschoï, singulièrement quand Henriette s’y retrouve seule, éperdue, comme les héroïnes mystérieuses du peintre danois de l’intime. Si la Petite Sirène rêve de posséder une âme, le public retrouve celle de son enfance en découvrant les fonds marins où les sirènes descendent des cintres la tête la première avant d’évoluer au milieu des poissons et de fascinantes méduses, puis les abysses, peuplés de pieuvres géantes et où règne l’inquiétante Sorcière des Mers. </p>
<p>A la fois narrateur, dès le prologue, et sujet principal du spectacle qui porte son nom, Andersen ne quitte pratiquement jamais le plateau durant toute la représentation (deux heures vingt sans entracte) et convoque les ressources, heureusement profuses, de <strong>Moritz von Treuenfels.</strong> Il faut dire que le librettiste, Jan Dvorak, a façonné une figure complexe : excentrique et drôle, mais une drôlerie où affleure la tristesse et qui le porte à l’autodérision, peureux et néanmoins entreprenant, attachant bien que parfois agaçant, ce poète foncièrement torturé s’adresse aux créatures nées de sa plume qui ne se matérialisent que pour lui (La Petite Fille aux Allumettes, le Stoïque Soldat de plomb ou le roi nu des <em>Habits neufs</em>) comme un petit garçon parle à ses amis imaginaires. Moritz von Treuenfels traduit ses névroses au gré d’une composition très physique et ne craint pas de mouiller sa chemise, mais les convulsions n’excluent pas la nuance. Chapeau bas ! Nettement moins développés, Edvard Collin et Henriette Thyberg incarnent davantage des types, voire des stéréotypes de genre dans un portrait de famille où se dessine une critique de la bourgeoisie engoncée du XIXe siècle, obsédée par le qu’en dira-t-on (excellent paternel, gardien des bienséances, de <strong>Klaus Brömmelmeier</strong>), arrangeant les mariages au mépris du bonheur des jeunes gens. <strong>Mario Fuchs</strong>, fier comme un paon mais rigide comme un i, et <strong>Linda Blümchen</strong>, fraîche comme la rosée et délicieusement candide, remplissent leur office et complètent une distribution sans faille.</p>
<p>Queue de poisson, forcément, mais aussi frac et haut-de-forme à l’image d’Andersen, un même appendice nasal, proéminent, parachevant l’identification, la Petite Sirène sera d’abord campée par Bruno de Sà puis, quand la Sorcière des Mers lui aura tranché la langue, par la danseuse  <strong>Pauline Briguet</strong>, privée de parole mais très expressive et mobile sur scène. La cadette des sirènes possède, nous dit Andersen, la plus belle des voix ; en l’occurrence, nous n’allons évidemment pas le contredire, puisque nous assumons notre subjectivité. <a href="https://www.forumopera.com/actu/philippe-jaroussky-seule-compte-la-musique">Philippe Jaroussky</a>, du reste, ne cache pas davantage son admiration pour le jeune contre-ténor qu’il dirigera bientôt. Soulignons plutôt la pertinence du choix d’un interprète masculin, qui consacre l’équation entre le poète et sa création. Par ailleurs, s’il n’a jamais écrit d’opéra, Jherek Bischoff sait écouter une voix et lui écrire sur mesure, flattant le soprano si personnel et pur de Bruno de Sà et le moelleux  de ses aigus tout en l’incitant à explorer sa dynamique. La Sorcière des mers ne constituera probablement pas un trophée mémorable sur le <a href="https://www.forumopera.com/satyagraha-bale-bale-danse-sur-glass">tableau de chasse contemporain</a> de <strong>Rolf Romei</strong>, mais son ténor incisif et puissant lui confère toute la stature voulue et ses ricanements nous donnent la chair de poule. La plupart des autres solistes proviennent du Studio de l’Opéra de Bâle OperAvenir et tirent leur épingle du jeu principalement dans les ensembles dont un chœur final extrêmement poignant. Seul <strong>Hyunjai Marco Lee </strong>bénéficie, avec le rôle du Prince dont la Sirène s’éprend, d’une partie plus gratifiante, qui met en valeur la beauté de son jeune ténor et une sensibilité riche de promesses – encore un nom à suivre! Les organes, plus centraux et charnels, d’<strong>Ena Pongrac </strong>et <strong>Stefanie Korr</strong> (les Sirènes) se distinguent parfaitement de celui de leur petite sœur alors que leur Grand-Mère hérite de l’ample et imposant mezzo de <strong>Jasmin Etezadzadeh</strong>.  </p>
<p> </p>
<p> </p>
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		<title>GLASS, Satyagraha — Bâle</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/satyagraha-bale-bale-danse-sur-glass/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 May 2017 04:02:51 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A part en France, où on ne les a guère vus en dehors de la tournée internationale d’Einstein on the Beach¸ les premiers opéras de Philip Glass semblent désormais solidement inscrits au répertoire, à en juger d’après la multiplication des productions ces dernières années : après Anvers, Akhnaten a récemment été monté à San Francisco et &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A part en France, où on ne les a guère vus en dehors de la tournée internationale d’<em>Einstein on the Beach</em>¸ les premiers opéras de Philip Glass semblent désormais solidement inscrits au répertoire, à en juger d’après la multiplication des productions ces dernières années : après Anvers, <em>Akhnaten </em>a récemment été monté à San Francisco et devrait être repris à New York, tandis que <em>Satyagraha</em> reviendra à l’English National Opera la saison prochaine. Fruit d’une coproduction avec le Komische Oper de Berlin et l’Opéra des Flandres, cette « Force de la vérité » est également à l’affiche du Theater Basel, qui poursuit son exploration du répertoire lyrique du XX<sup>e</sup> siècle, après <em>Donnerstag aus Licht</em> de Stockhausen l’an dernier et l’<em>Orestie</em> de Xenakis en début de saison.</p>
<p>Confier la mise en scène à <strong>Sidi Larbi Cherkaoui</strong> est une excellente idée. Même si sa vision des <em>Indes galantes</em> à Munich n’a pas fait l’unanimité – le DVD à paraître chez Bel Air Classiques permettra peut-être de réviser ce jugement –, tous s’accordent à reconnaître le brio de sa participation au <em>Casse-Noisette</em> de l’Opéra de Paris (DVD également prévu chez le même label). Et dans la mesure où <em>Satyagraha</em> est un opéra où des mots comme « intrigue » et « personnages » n’ont pas grand sens, il faut pour l’animer un metteur en scène capable de proposer une action qui s’ajoute à la musique afin de rendre visible le sens de l’œuvre, ou au moins d’intéresser l’œil. L’habileté du chorégraphe est ici d’avoir évité l’écueil du tout dansé, et d’avoir utilisé neuf membres de sa compagnie, Eastman, autant comme figurants ou accessoiristes que dans leur rôle premier. L’opéra de Philip Glass n’est en aucun cas une biographie de Gandhi, mais une évocation de son rôle politique ; de même, la mise en scène de Sidi Larbi Cherkaoui ne vise nullement la reconstitution historique, mais cherche avant tout à suggérer la nature du combat du Mahatma et à en prolonger l’esprit en incluant la lutte contre des formes plus actuelles de discrimination. Ses chorégraphies combinent beauté des mouvements et expressivité des gestes, pour traduire la violence et la haine auxquelles se heurta Gandhi : c’est que signifie aussi la peinture rouge dont on macule de grands panneaux portés par les danseurs, seuls véritables éléments de décor en dehors du sol qui se relève à l’arrière ou se soulève entièrement, source d’images impressionnantes. Jubilatoire, aussi, ce mouvement perpétuel qui s’empare de tous les participants lors de la scène où ils vantent les vertus du travail, en une musique qui semble ne jamais devoir s’arrêter.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="311" src="/sites/default/files/styles/large/public/sandrathen22.jpg?itok=k0UNNCL9" title="© Sandra Then" width="468" /><br />
	© Sandra Then</p>
<p>Pour porter un tel spectacle, il fallait évidemment des chanteurs aptes à se mêler à cette chorégraphie. C’est ce qu’a su faire le Chœur du théâtre de Bâle, tout de bleu vêtu, dont la gestuelle duplique celle des danseurs. On admire chez les choristes une beauté sonore et un engagement de chaque instant, comme par exemple dans la scène des rires (« Confrontation and Rescue », Acte II). Quant aux solistes, leur responsabilité ne peut être comparée à celle qui incombe aux acteurs d’un opéra traditionnel : la plupart d’entre eux n’ont guère l’occasion de se faire entendre seuls, et leur voix est toujours superposée à d’autres au sein d’ensembles. Se détachent néanmoins les basses <strong>Andrew Murphy </strong>et<strong> Nicholas Crawley</strong>, ou la soprano <strong>Cathrin Lange</strong> dont les aigus planent au-dessus des notes de ses partenaires. En Mrs Alexander, <strong>Sofia Pavone</strong> bénéficie d’une intervention en solo pour laquelle elle manque peut-être encore un rien de projection, mais n’oublions pas que cette jeune mezzo faisait partie encore récemment de l’Opéra-Studio de Bâle. Bien sûr, le spectacle repose en grande partie sur les épaules de <strong>Rolf Romei</strong>, qui chante à Bâle toute la musique du XX<sup>e</sup> siècle, depuis le post-romantisme (Leukippos dans <em>Daphné</em> de Strauss, Paul dans <em>La Ville morte</em>, Egisthe d’<em>Elektra</em> l’an prochain) jusqu’aux dernières décennies (Stockhausen la saison dernière). Transformé en Gandhi, au moins dans  la silhouette – crâne chauve et ample <em>dhoti</em> blanc, mais ni lunettes rondes ni petite moustache –, il offre une prestation qui laisse pantois tant il se fond parmi les danseurs dont il maîtrise les mouvements. Alors qu’on le pousse, qu’on le porte, qu’on le renverse, il continue à chanter d’une voix égale, avec une aisance surhumaine qui ne trahit l’effort à aucun moment.</p>
<p>A la fin de ces trois heures de spectacle, le public accorde des acclamations enthousiastes à tous les artistes, et notamment au Sinfonieorchester Basel, placé sous la baguette inébranlable de <strong>Jonathan Stockhammer</strong>, chef capable de diriger aussi bien Stephen Sondheim que Pascal Dusapin, et en qui la partition de Philip Glass trouve un avocat éloquent.</p>
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		<item>
		<title>STOCKHAUSEN, Donnerstag aus Licht — Bâle</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/donnerstag-aus-licht-bale-tel-quen-lui-meme-enfin-leternite-le-change/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 02 Oct 2016 21:13:30 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Cela devait arriver. Karlheinz Stockhausen n’étant plus de ce monde, ses œuvres ont désormais droit au même traitement que celles de ses illustres prédécesseurs défunts et, en dépit de tous les ayant-droits et autres gardiens du temple, il est maintenant possible de ne retenir de ses opéras que leur musique pour en proposer une traduction &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cela devait arriver. Karlheinz Stockhausen n’étant plus de ce monde, ses œuvres ont désormais droit au même traitement que celles de ses illustres prédécesseurs défunts et, en dépit de tous les ayant-droits et autres gardiens du temple, il est maintenant possible de ne retenir de ses opéras que leur musique pour en proposer une traduction scénique aussi libre que celles que l’on inflige aux plus grands titres du répertoire. Et tandis l’on reproduit respectueusement à l’identique la production originelle d’<em>Einstein on the Beach</em> de Philip Glass, il faut se réjouir que <em>Donnerstag aus Licht</em>, autre tentative de dynamitage de l’opéra traditionnel également conçue dans les années 1970, inspire de nouvelles mises en scène, enfin, une nouvelle mise en scène après les trente années pendant lesquelles l’œuvre est restée endormie. On peut comprendre qu’au sein de la Fondation Stockhausen, des voix se soient élevées contre le spectacle monté en juin à Bâle par <strong>Lydia Steier</strong> : loin de la dimension cosmique voulue par le compositeur, cette production ancre résolument <em>Donnerstag aus Licht</em> dans la réalité humaine, et même biographique, puisque l’on peut trouver des ressemblances entre Stockhausen et son héros, Michael, moderne Orphée chargé d’apporter aux hommes la musique des cieux et aux cieux la musique des hommes. Et loin du sérieux imperturbable que supposerait le livret, un humour non dénué d’ironie est ici présent. C’est surtout vrai au troisième acte où, au lieu d’être reçu au Ciel par les esprits éthérés, Michael est en fait devenu le gourou d’une sorte de secte de doux illuminés. D’une redoutable efficacité théâtrale, le spectacle est construit sur la récurrence d’un événement traumatique, maintes fois mimé à l’arrière-plan par des acteurs coiffés de masques (on reconnaît la patte de <strong>Ursula Kudrna</strong>, collaboratrice de Philip Stölzl notamment pour <em>Rienzi</em>) : lors de l’anniversaire du petit Michael, sa mère lui apporte une superbe gâteau et lui offre un petit robot, mais son père refuse de lui témoigner la moindre affection. Ce moment est la clef de lecture psychologique utilisée par la metteuse en scène, le gâteau d’anniversaire revenant à intervalles réguliers, notamment au dernier acte où l’on voit même des danseuses de music-hall sortir de sa version géante. Au deuxième acte, <em>Vol au-dessus d’un nid de coucou</em> est la référence avouée, et ce long concerto pour trompette d’où les voix sont absentes se déroule dans un hôpital psychiatrique vaguement cauchemardesque, les vidéos de <strong>Christ Kondek</strong> permettent le « voyage sur Terre » prévu par Stockhausen. A la fin, lors du long monologue du héros, tous ses avatars sont réunis (enfant, jeune homme, trompettiste, danseuse) pour un superbe moment de recueillement.</p>
<p>A l’heure où certains se complaisent à prédire que tout un pan de la musique savante du XX<sup>e</sup> siècle est voué à l’oubli, il est réjouissant de constater que <em>Donnerstag aus Licht</em> fait salle comble, pour la dernière de ces trois représentations automnales,. On croise certes parmi les spectateurs quelques musiciens d’aujourd’hui (Philippe Manoury, Gérard Condé), mais le public venu nombreux en ce dimanche brasse toutes les générations et tous les styles. Après l’avoir vu diriger de main de maître <em>Akhnaten </em>pour l’Opéra des Flandres, on retrouve <strong>Titus Engel</strong> très à son affaire à la tête du <strong>Sinfonieorchester Basel</strong> : sa mission dépasse le travail habituel d’un chef en fosse puisque, avant que le spectacle proprement dit ne démarre, on le voit également diriger, en smoking framboise écrasée, la cigarette au bec et le verre de whisky à la main, une « Salutation » offerte au public dans le hall du théâtre, interprétée par des musiciens arborant costumes de velours et coiffures typiquement <em>seventies</em>. La salle est également sonorisée, notamment pour donner à entendre un « chœur invisible » présent pendant tout le premier et tout le dernier acte : la régie son est assurée par <strong>Kathinka Pasveer</strong>, muse de Stockhausen.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/17_web.jpg?itok=AJyEHw_m" title=" © Sandra Then" width="468" /><br />
	 © Sandra Then</p>
<p>Au troisième acte, celui qui ressemble le plus à un opéra traditionnel, on remarque l’éblouissante prestation du <strong>Chœur du Théâtre de Bâle</strong> dans cette musique qui n’a rien de facile. Comme on l’a laissé entendre, chacun des trois personnages principaux possède son double instrumentiste et son alter ego dansant, qui sont pleinement intégrés à l’action et révèlent un admirable talent théâtral, surtout pour des musiciens qui ont peu l’habitude de se produire sur scène. La basse <strong>Michael Leibundgut</strong> est un Lucifer maléfique à souhait, après avoir été un père inflexible lors de l’évocation de l’enfance du héros. Spécialiste du répertoire contemporain, <strong>Anu Komsi</strong> plie sa voix à toutes les exigences de la partition, et pas seulement dans le suraigu ; par ailleurs, la mise en scène nous la présente constamment au bord de l’accouchement (on la voit même perdre les eaux au dernier acte). Après avoir babillé avec sa mère puis découvert l’amour avec la femme idéale – qui joue du cor de basset –, <strong>Peter Tantsits</strong> continue à jouer son rôle au deuxième acte, même s’il n’a plus à ouvrir la bouche. Quant à <strong>Rolf Romei</strong>, qui interprète les autres soirs le rôle lourd de Paul dans <em>La Ville morte</em>, on saluera autant le brio avec lequel il campe le Prophète adulé par des adolescentes que la vaillance avec laquelle il interprète Michael jusque dans les ultimes minutes du spectacle.</p>
<p>A l’issue de ce spectacle-choc (Prix Opernwelt 2016), le public sortant du théâtre est escorté par les « Adieux » de trompettistes invisibles, qui donnent l’étrange impression que le son vient de partout et de nulle part.</p>
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		<title>STRAUSS, Daphné — Bâle</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/daphne-bale-bucolique-disaient-ils/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 May 2015 05:17:05 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>De tous les opéras de Richard Strauss, Daphne aura été le grand gagnant du cent-cinquantième anniversaire de la naissance du compositeur, puisque de nouvelles productions de cette œuvre un peu négligée ont vu le jour dans plusieurs théâtres. Avec à peine quelques mois de retard, Bâle en a proposé en février sa propre version, confiée &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>De tous les opéras de Richard Strauss, <em>Daphne </em>aura été le grand gagnant du cent-cinquantième anniversaire de la naissance du compositeur, puisque de nouvelles productions de cette œuvre un peu négligée ont vu le jour dans plusieurs théâtres. Avec à peine quelques mois de retard, Bâle en a proposé en février sa propre version, confiée à <strong>Christof Loy</strong> et encore visible pour quelques représentations (elle sera reprise en juin 2016 à Hambourg). Aussi loin des bergers d’Arcadie <a href="http://www.forumopera.com/daphne-toulouse-des-lauriers-a-foison">de Toulouse</a>, que de l’ultra-spectaculaire proposé <a href="http://www.forumopera.com/daphne-aupres-de-mon-arbre-0">à Bruxelles</a>, le metteur en scène allemand opte pour un dépouillement à la limite de la pauvreté : la première partie se déroule devant une palissade percée d’une porte, qui s’envole dans les cintres pour révéler une bonne soixantaine de projecteurs suspendus devant un rideau noir. La très bucolique Grèce antique est remplacée par la Bavière des années 1930, avec <em>dirndl</em> et <em>lederhosen </em>obligés, et Daphne est serveuse dans une taverne fréquentée par des ouvriers agricoles. La fête de Dionysos devient le grand défouloir des « bergers » : les uns se déguisent (très mal) en femmes, les autres sont en caleçon et tenus en laisse. Cela n’est peut-être pas si éloigné du texte de Joseph Gregor, finalement, puisqu’il y est question de déguisements de bouc, et que Leucippe profite de la fête pour apparaître travesti en femme afin d’attirer Daphné. Et si Richard Strauss n’a écrit sa partition que pour un chœur d’hommes (là où le livret prévoit la présence de femmes), cela peut autoriser la transposition dans un milieu presque exclusivement masculin. Apollon est habillé en « monsieur », mais il prête son couteau à l’héroïne pour qu’elle tue son galant. A la fin, après avoir demandé sa métamorphose, le dieu solaire sort de scène ; sous les yeux de ses parents et des bergers, Daphné se met en sous-vêtements et glisse dans ses cheveux quelques feuilles arrachées aux plantes en pot traînant dans un coin. Des nazis viennent l’arrêter pour le meurtre de Leucippe, et elle les suit après avoir chanté ses dernières phrases. Les ultimes volutes vocales sont interprétées en coulisse, le cadavre de Leucippe restant seul en scène. Ne reste donc qu’une anecdote d’où est exclu tout aspect mythique, tout enjeu esthétique, l’intrigue se ramenant à la tragédie ordinaire – plutôt que bucolique – d’une jeune fille malmenée dans un monde de brutes.</p>
<p>Cette brutalité que nous montre la production est, par bonheur, largement absente de la musique. <strong>Hartmut Keil</strong> n’est pas de ces chefs qui s’estiment autorisés à déchaîner l’orchestre dès qu’il s’agit de Richard Strauss, au contraire : ce qu’il donne à entendre, à la tête du <strong>Sinfonieorchester Basel</strong> surprend agréablement par l’élégance du résultat, loin de tout déferlement complaisant de décibels. <em>Daphne</em> n’a d’ailleurs pas été conçu pour une héroïne de format wagnérien : la soprano suédoise <strong>Agneta Eichenholz</strong> ne manque pourtant pas de puissance vocale, mais son timbre est clair et elle se plie sans peine aux quelques passages plus vocalisants prévus par Strauss. Même si le moelleux ou l’ampleur ne sont pas ici nécessaires, on aimerait parfois quelques aigus plus suspendus, mais la performance de l’artiste reste digne d’éloges, pour un personnage qui ne quitte pratiquement pas la scène pendant toute la durée du spectacle. Hélas, une annonce avant le lever du rideau signale que son Apollon souffre d’une infection et n’est donc pas au mieux de sa forme : difficile, dans ces conditions, de juger de la prestation de <strong>Marco Jentzsch</strong>, qui semble pourtant présenter de grandes qualités, malgré la prudence requise pour lui permettre d’aller jusqu’au bout de la représentation. Aucune annonce, en revanche, pour <strong>Rolf Romei</strong>, dont la voix a des couleurs infiniment moins séduisantes, comme le laissait pressentir son Oronte dans le DVD d’<em>Alcina</em> capté à Stuttgart il y a quinze ans. <strong>Thorsten Grümbel</strong> se montre excellent comédien en Peneios, et le passage du temps est sans effet sur <strong>Hanna Schwarz</strong>, Gaea consumée par l’alcoolisme mondain – pas un instant elle ne lâche sa bouteille de whisky – qui semble n’avoir qu’à ouvrir la bouche pour émettre ses répliques avec une puissance et un aplomb stupéfiants. Belle prestation des chœurs et des personnages secondaires, parmi lesquels on remarque la présence du ténor français <strong>Laurent Galabru</strong>, qui sera Fenton à Saint-Céré cet été.</p>
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