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	<title>François ROUGIER - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>François ROUGIER - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>DELIBES, Jean de Nivelle &#8211; Budapest</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/delibes-jean-de-nivelle-budapest/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 18 Jan 2026 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après Phèdre, Les Abencérages, Le Roi d’Ys ou encore Psyché de Thomas l’an dernier, le Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française – poursuit à Budapest sa collaboration avec le Chœur et l’Orchestre national de Hongrie en ressuscitant Jean de Nivelle, opéra oublié de Léo Delibes. Comme Ambroise Thomas avec Hamlet, Delibes a &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p2"><span class="s1">Après </span><span class="s2"><i>Phèdre</i></span><span class="s1">, </span><span class="s2"><i>Les Abencérages</i></span><span class="s1">, </span><span class="s2"><i>Le Roi d’Ys</i></span><span class="s1"> ou encore </span><span class="s2"><i>Psyché</i></span><span class="s1"> de Thomas l’an dernier, le Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française – poursuit à Budapest sa collaboration avec le Chœur et l’Orchestre national de Hongrie en ressuscitant </span><span class="s2"><i>Jean de Nivelle</i></span><span class="s1">, opéra oublié de Léo Delibes. Comme Ambroise Thomas avec </span><span class="s2"><i>Hamlet</i></span><span class="s1">, Delibes a vu sa production lyrique disparaître derrière le succès d&rsquo;un titre unique, </span><span class="s2"><i>Lakmé</i>. </span><span class="s1">Cependant, contrairement à son aîné, Delibes souffre moins d&rsquo;une réputation d&rsquo;académisme, sans doute aussi parce que la délicatesse des pages les plus connues de </span><em><span class="s2">Lakmé</span></em><span class="s1"> et de ses ballets (comme les </span><span class="s2">pizzicati</span><span class="s1"> de </span><em><span class="s2">Sylvia</span></em><span class="s1">) impriment l&rsquo;image d&rsquo;un musicien raffiné et fin orchestrateur. </span></p>
<p class="p2"><em><span class="s2">Jean de Nivelle</span></em><span class="s1"> est la neuvième œuvre lyrique de Léo Delibes, si l’on inclut ses opéras bouffes. Elle se distingue d’emblée par son ambition formelle et sa longueur : conçue à l’origine pour le Théâtre-National-Lyrique d’Albert Vizentini, la partition repose alors sur un livret sans dialogues parlés et l&rsquo;action se situe au Moyen Âge (la mode troubadour bat toujours son plein), sur fond de conflit entre Bourguignons et Français. La faillite du Théâtre-National-Lyrique entraîne cependant le transfert du projet à l’Opéra-Comique, où l’ouvrage est adapté aux usages du genre par l’introduction de dialogues. Faut-il voir dans ces transformations successives l’origine de certaines faiblesses dramaturgiques ? Signé Edmond Gondinet et Philippe Gille, le livret final se révèle en effet confus, multipliant intrigues et personnages, et passant d’une tonalité à l’autre sans véritable contraste ni ligne directrice affirmée. Néanmoins, notre regard est peut-être biaisé, puisqu’à Budapest l&rsquo;oeuvre est jouée dans une version avec récitatifs, composés pour l&rsquo;étranger après le succès de la création à l&rsquo;Opéra-Comique (la forme avec dialogue est typiquement française – Guiraud a ainsi dû composer des récitatifs pour que </span><span class="s2">Carmen</span><span class="s1"> puisse s’exporter à l&rsquo;étranger). Si ce choix fait sans doute perdre certains éléments de compréhension de l’action et enlève de l&rsquo;épaisseur psychologique aux personnages, il présente l’avantage de ne pas imposer de longs dialogues en français au public hongrois et de resserrer la durée du concert, d’autant plus que ces récitatifs sont fort joliment écrits.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">De fait, l’action est malaisée à résumer. Disons que Jean de Nivelle est le fils du duc de Montmorency, allié du roi de France, et qu’il a fui pour se réfugier dans la campagne bourguignonne, où il vit déguisé en berger. On croise successivement à ses côtés Arlette, la jeune paysanne éprise de Jean (et réciproquement) ; sa tante Simone, une sorcière qui distribue des potions d&rsquo;amour et voudrait bien voir son fils dans les bras d&rsquo;Arlette ; Malicorne et Beautraillis qui cherchent à démasquer Jean et constituent avec Saladin, un autre antagoniste, la part comique du livret ; Charolais qui mène les troupes de Bourgogne et finit par prendre Jean sous son aile ; Diane, gente dame éprise de Jean ; un page, un héraut, un vieillard. Bref, une profusion de personnages au milieu desquels on se perd facilement. Au troisième acte, alors que la guerre entre Français et Bourguignons fait rage, Jean se souvient de son origine française en apercevant la « bannière de France », ce qui ne devait pas manquer de titiller la veine patriotique des Parisiens de 1880, encore marqués par la défaite de 1870. À la fin, dans un revirement soudain, Jean choisit de retourner à la vie pastorale au côté d&rsquo;Arlette.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Il convient de rappeler que, comme </span><em><span class="s2">La Cour du Roi Pétaud</span></em><span class="s1">, l&rsquo;un de ses précédents opéras-comiques, le titre de l&rsquo;oeuvre s&rsquo;inspire directement d&rsquo;une expression populaire, aujourd&rsquo;hui oubliée, et immortalisée dans plusieurs chansons populaires alors connues de tous, où il est fait mention de « ce chien de Jean de Nivelle, qui fuit quand on l&rsquo;appelle ». L&rsquo;expression est d&rsquo;ailleurs reprise par le personnage dans l&rsquo;opéra.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Sur ce livret bancal, qui enchaînent les lieux communs et les confusions, Delibes a composé une musique toujours élégante, jalonnée de numéros très inspirés : la ballade de la mandragore chantée par Simone a tout d’un tube et Delibes l’a bien compris puisqu’il en reprend la mélodie au deuxième acte dans le charmant duo entre Arlette et Diane, ainsi qu’à la fin de l’ouvrage, de manière totalement incongrue mais réjouissante. Viennent ensuite un air tendre d’Arlette puis un joli duo entre Arlette et Simone qui imitent le chant des oiseaux. L’air qui introduit Jean est cependant assez fade, ce qui n’est pas le cas de son grand air au dernier acte sur la « bannière de France », qui allie tendresse et vaillance et dont le charme mélodique n’a rien à envier à l’air de Gérald dans </span><em><span class="s2">Lakmé</span></em><span class="s1">. On retiendra aussi toute la partie de Charolais, qui commence par un air coquin (« Prenez garde au joli berger ») et s’achève sur une émouvante romance au troisième acte, où le chef de guerre fend l’armure. La fable d’Arlette du deuxième acte frappe quant à elle par son dessin étrange, ses nombreuses vocalises et son orchestration archaïsante, comme si la jeune fille s’accompagnait d’une vielle à roue. Enfin, plusieurs ensembles retiennent l’attention, notamment un chœur de soldats bourguignons au troisième acte dont la bravoure évoque celui de </span><em><span class="s2">Faust</span></em><span class="s1">, ainsi que des marches et des fanfares qui sont là pour rappeler que nous sommes bien au Moyen Âge.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Si l’ouvrage présente autant de beautés que de fragilités, il est porté avec enthousiasme par l’ensemble des interprètes. À la tête de l’<strong>Orchestre national philharmonique de Hongrie</strong>, <strong>György Vashegyi</strong> défend la partition avec une probité exemplaire. La direction, jamais appuyée ni démonstrative, se distingue par une attention constante portée aux chanteurs et par un sens aigu des équilibres. Les cordes ne sont pas exemptes d’aspérités, quelques décalages se font entendre, mais l’élan d’ensemble, la lisibilité des plans et la cohérence stylistique emportent l’adhésion.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Dans le rôle-titre, <strong>Cyrille Dubois</strong> impose un Jean de Nivelle à la fois tendre et vaillant. Sa voix lumineuse et son timbre si séduisant servent avec beaucoup d’intelligence les élans amoureux comme les accès héroïques du personnage. Son grand air du troisième acte (la fameuse « bannière de France ») est d’une intensité saisissante, porté par une incandescence constante et par un français d’une clarté exemplaire, chaque inflexion du texte trouvant son juste relief expressif. Quel grand artiste !</span></p>
<p class="p2"><span class="s1"><strong>Mélissa Petit</strong>, qui a déjà chanté aux côtés de Cyrille Dubois dans une mémorable version de concert d’<em>Hippolyte et Aricie</em> en 2019 au TCE et dans <em>Vasco de Gama</em> de Bizet (récemment publié au disque par le PBZ), incarne une Arlette de grand charme. Le timbre, velouté et crémeux, légèrement vibré, séduit d’emblée par sa fraîcheur et sa rondeur. Si la prononciation pourrait parfois gagner en netteté, la chanteuse convainc par son engagement et par la sensibilité de son incarnation. Nous avons évoqué plus haut l’originalité de la fable du deuxième acte, où la chanteuse assume crânement des vocalises jusqu’au contre-mi, mais son air cantabile du troisième acte, précédé d’une plainte au hautbois puis au violoncelle, constitue l’un des sommets émotionnels de la soirée, avec de beaux effets de parlando et des contres-notes aisés et précis. </span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Simone bénéficie de la voix de mezzo ample et richement timbrée de <strong>Marie-Andrée Bouchard-Lesieur.</strong> La ballade de la mandragore est livrée avec autorité et caractère, tout comme l’air du troisième acte, où la chanteuse fait valoir sa projection solide et une vraie présence dramatique, aussi bien matrone qu’enchanteresse.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1"><strong>Tassis Christoyannis</strong> prête au comte de Charolais une remarquable palette de couleurs. Tour à tour coquin dans son premier air, où l’usage de la voix mixte dans l’aigu fait merveille, héroïque au deuxième acte, puis profondément humain et tendre dans sa romance du troisième acte, il campe un personnage d’une grande complexité psychologique, rendu avec une intelligence musicale et théâtrale toujours exemplaire.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Les rôles de Diane et du page Isolin reviennent à <strong>Juliette Mey</strong>, qui passe de l’un à l’autre en s’enroulant un foulard autour du cou. Si la voix paraît parfois un peu pauvre en harmoniques, le style est solidement tenu et la caractérisation reste nette, notamment dans son air savoureux du troisième acte où la jeune fille, en lointaine cousine de Marie, avoue son penchant pour la guerre et les armes, devant un Malicorne et un Beautraillis ébahis (« c’est Bradamante ! »).</span></p>
<p class="p2"><span class="s1"><strong>François Rougier</strong> est irréprochable dans le rôle bouffe de Malicorne. Toujours admirable d’expression, il se distingue particulièrement dans les récitatifs, dont il soigne la déclamation avec un sens du rythme et du mot très sûr, apportant une vraie saveur aux scènes comiques.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Les deux autres seconds rôles masculins sont tenus avec sérieux et homogénéité par <strong>Jean-Philippe Mc Clish</strong> et <strong>Adrien Fournaison</strong>, contribuant sans faillir à la cohérence d’ensemble et à la dimension comique du livret, qui éclate franchement dans le trio bouffe du deuxième acte. </span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Le <strong>Chœur national hongrois</strong> impressionne par la qualité de son français et par son engagement constant. L’effectif est assez massif et peut sembler excessif pour un opéra-comique, mais ce choix s’accorde finalement avec l’option résolument tournée vers le drame lyrique qui préside à cette résurrection.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Cette redécouverte ne restera pas sans lendemain : </span><em><span class="s2">Jean de Nivelle</span></em><span class="s1"> a été enregistré à l’occasion de ce concert et paraîtra prochainement dans la collection « Opéra français » du Palazzetto Bru Zane. L’occasion, sans doute, de mesurer à froid les beautés et les faiblesses d’une œuvre attachante, et peut-être de permettre au Delibes lyrique de sortir, ne serait-ce qu’un instant, de l’ombre portée de </span><em><span class="s2">Lakmé</span></em><span class="s1"> – à condition que ce duc et berger indocile cesse enfin de « fuir quand on l’appelle » !</span></p>
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		<title>HEROLD, Zampa ou La Fiancée de marbre – Munich (Prinzregententheater)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/herold-zampa-ou-la-fiancee-de-marbre-munich-prinzregententheater/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Dec 2025 06:16:51 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Un prix de Rome largement oublié hormis pour une musique de ballet (La Fille mal gardée) et un livret convenu tirant des ficelles un peu grosses : en se rendant à la représentation du rare Zampa de Herold, on était loin de penser que la soirée s’achèverait sur une standing ovation (bavaroise qui plus est). &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Un prix de Rome largement oublié hormis pour une musique de ballet (<em>La Fille mal gardée</em>) et un livret convenu tirant des ficelles un peu grosses : en se rendant à la représentation du rare <em>Zampa</em> de Herold, on était loin de penser que la soirée s’achèverait sur une standing ovation (bavaroise qui plus est). Et pourtant, la surprise nous a coupé le souffle. Non pas que la musique de Herold ait révélé des profondeurs insoupçonnées : il reste toujours quelques pages laborieuses au milieu d’une partition juste charmante, qu’on dirait à moitié faite de finales, cadences, strettes et autres traits conclusifs déchaînés, et à moitié de longues mesures de reprise. Mais c’est bien le niveau exceptionnel de l’interprétation qui emporte toutes nos résistances au fur et à mesure de la soirée, si bien que le spectacle <em>prend</em>. Il a bien fallu suspendre notre incrédulité, selon la formule romantique anglaise, moins incrédulité du fond (une variation sur le mythe de Don Juan) qu’incrédulité de la forme : la partition de Herold procède de juxtapositions artificielles d’atmosphères contraires, d’une bonne dose de naïveté dans les passages sentimentaux et d’un usage très daté de l’alternance parlé-chanté.  S’il possède un sens communicatif de l’écriture pétillante et de la petite ritournelle qui explose en barouf de tous les diables, il n’a pas le génie du finale efficace : l’acte II et l’acte III s’achèvent tous les deux, après une agitation culminante, sur le retour de thèmes lents qui se veulent introspectifs et sublimes et font surtout retomber l’attention du public. On trouve du charme et de la matière dramatique dans les trios et quatuors, contrairement aux airs un peu plats. Et pourtant, la conjonction de forces vives bavaroises et d’un échantillon brillant du chant français ont permis l’étonnante réussite de ce <em>Zampa</em>.</p>
<p>L’œuvre a été abordée avec une ambition presque démesurée : une soixantaine de musiciens, autant de choristes et sept solistes qui, jusqu’au plus petit rôle, ont des voix taillées pour les plus grands défis du répertoire – soit quelque cent trente musiciens de haut niveau sur scène pour Herold. Le choix de l’effectif a pu créer quelques problèmes sur lesquels nous reviendrons, mais la soirée démontre que l’excellence de l’interprétation peut racheter les faiblesses d’une œuvre et mettre en avant ce qu’elle a de plus charmant.</p>
<p>La direction d’abord. <strong>Erik Nielsen</strong> a le mérite d’insuffler un peu de relief partout où il le peut, sans chercher à superposer une lecture ou des effets recherchés qui n’auraient pas leur place et feraient ressortir plus encore la relative inanité de la partition. La netteté de son du <strong>Münchner Rundfunkorchester</strong> est irréprochable, les pupitres jouent comme un seul homme (c’est particulièrement vrai des violons) et obéissent avec précision aux gestes du maestro. Ce dernier manie comme il faut le rubato et les dynamiques, et évite intelligemment d’étirer le tempo des parties les plus maladroitement mélodramatiques. Sa direction précise est ainsi suffisamment inventive pour qu’on décide de se prêter au jeu. Faisant fi de légers bémols (des cors qui savonnent leurs entrées et quelques mesures d’orgue très laborieuses dans le finale de l’acte II), on saluera une belle clarinette solo et une connexion admirable entre l&rsquo;orchestre et les chanteurs, alors même que le chef tourne le dos à ceux-ci.</p>
<p>En comparaison, le <strong>Chœur la radio bavaroise</strong> est en retrait. Desservis par une acoustique défavorable qui ternit la netteté de leur son (on n’a quasiment pas entendu les ténors) et par une disposition scénique qui les engonce en fond de scène, les chœurs livrent une prestation propre sans parvenir à trouver de relief et de verve, et ce malgré leur nombre impressionnant.</p>
<p>La distribution, d’un niveau de préparation et d’investissement exemplaire, ne souffrait d’aucun défaut et affichait collectivement une fraîcheur et des moyens vocaux qui avaient de quoi réjouir sur l’état du chant français. La partition, bizarrement, réclame quatre ténors : le quatuor réuni formait une vraie <em>dream team</em> de la clé de sol, chacun s’adonnant dans un festival enthousiasmant à de fréquentes et puissantes incursions dans le registre aigu.</p>
<p><strong>Pierre Derhet</strong>, peut-être le meilleur acteur de la soirée, incarne un Dandolo hilarant, poltron et facilement soumis, avec un timbre trompetant qui tire vers le ténor de caractère. <strong>François Rougier</strong> (il y a peu <a href="https://www.forumopera.com/breve/benjamin-bernheim-chantera-t-il-dans-la-damnation-de-faust-au-tce/">Faust imprévu au TCE</a>) régale la salle avec espièglerie en pseudo-veuf désespéré de voir sa femme réapparaître. Acteur accompli (il faut le voir chanter sous la contrainte, alors qu’il est terrifié, la chanson à boire de son maître), il fait entendre un magnifique timbre de ténor brillant. Il faut toute la délicatesse précieuse de <strong>Cyrille Dubois</strong> pour intéresser au personnage bien mièvre d’Alphonse. On peut ainsi heureusement apprécier la pureté de son timbre et son legato impressionniste, ponctué d’un vibratello charmant, notamment dans la barcarolle du troisième acte, même si sa projection modeste le dessert notablement face à un orchestre surdimensionné et dans un duo, très déséquilibré en termes de volume, avec la soprano.</p>
<p>La stupéfiante surprise de la soirée est le Zampa de <strong>Julien Henric</strong>. Il a du rôle la teinte barytonnante dans le medium et le grave et possède surtout des aigus stables et rayonnants, émis avec une facilité confondante à de (très) nombreuses reprises. Sa maîtrise impeccable de la voix mixte lui permet de monter plusieurs fois dans le contre-aigu, tantôt pianissimo, tantôt fortissimo, proposant même quelques diminuendos époustouflants à cette hauteur et d&rsquo;une beauté désarmante. La sensibilité de son chant fait même un moment marquant de quelques phrases de déclaration amoureuse pourtant banales au troisième acte. Si son jeu pourra gagner en justesse (on lui reproche notamment une déclamation très tubée et haut placée, un peu monotone), il est assurément un jeune talent dont on guettera les prochaines apparitions.</p>
<p>À ces quatre ténors s’ajoute pour quelques phrases <strong>Lukas Mayr</strong>, un baryton sorti des rangs du chœur, d’un très bon niveau.</p>
<p>Du côté des dames, <strong>Héloïse Mas</strong> est l’autre grande triomphatrice de la soirée. Sur le plan théâtral, elle est simplement désopilante dans son rôle efficace de femme à poigne et de commère, confirmant un abattage déjà remarqué dans <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-larlesienne-le-docteur-miracle-paris-chatelet/">Le Docteur Miracle</a>. Vocalement surtout, elle impressionne par son volume ainsi que par la richesse et le velours d’un timbre chaud qu’elle déploie jusque dans un authentique registre de contralto sur quelques mesures parallèles avec la soprano. Elle témoigne même au deuxième acte d’une agilité à toute épreuve dans les uniques coloratures de cette partition, auxquelles elle donne un relief théâtral convaincant ; voici une seconde chanteuse qu&rsquo;on a hâte d&rsquo;entendre dans d&rsquo;autres rôles.</p>
<p><strong>Hélène Carpentier</strong>, tout comme Cyrille Dubois, pâtit un peu de la faiblesse de son personnage et de l’écriture musicale qui lui revient. Elle possède pourtant un soprano solidement émis du grave aux grands aigus, au souffle parfaitement maîtrisé, au volume généreux, capable de pianissimi exquis, flottant pendant de longues mesures par-dessus un orchestre pourtant pas avare en décibels. Le timbre est néanmoins un peu dur et métallique à partir du <em>forte</em> et le vibrato semble parfois trop large – sans que cela fasse oublier les qualités indéniables de sa voix.</p>
<p>L’équipe de chanteurs, galvanisée par l’émulation et comme enivrée de sa propre excellence, n’était pas loin de faire sauter le plafond du très chic Prinzregententheater sous la décharge sonore dans les tutti, notamment pour le finale de l’acte II. Une telle débauche de virtuosité vocale et de précision musicale ne pouvait laisser personne de marbre et le public munichois ne s’y est pas trompé.</p>
<p>Par bonheur, ce concert faisait l’objet d’un enregistrement live pour la collection des livres-CD du label Bru Zane. En attendant, la captation est disponible sur <a href="https://www.br-klassik.de/audio/20251130-on-demand-br-chor-ro-ferdinand-herold-zampa-ou-la-fiancee-de-marbre-100.html">le site de la radio bavaroise.</a></p>
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		<item>
		<title>Benjamin Bernheim chantera-t-il dans La Damnation de Faust au TCE ?</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/benjamin-bernheim-chantera-t-il-dans-la-damnation-de-faust-au-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 01 Nov 2025 06:10:41 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les quatre représentations prévues au Théâtre des Champs-Elysées, du lundi 3 novembre au samedi 15 novembre, marquent une prise de rôle d&#8217;autant plus attendue qu&#8217;elle fut reportée. Benjamin Bernheim aurait dû ajouter le Faust berliozien à son répertoire en juin 2021 au Concertgebouw d&#8217;Amsterdam. Le concert fut annulé en raison du Covid. Nous lui souhaitons &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les quatre représentations prévues au Théâtre des Champs-Elysées, du lundi 3 novembre au samedi 15 novembre, marquent une prise de rôle d&rsquo;autant plus attendue qu&rsquo;elle fut reportée<strong>. Benjamin Bernheim</strong> aurait dû ajouter le Faust berliozien à son répertoire en juin 2021 au Concertgebouw d&rsquo;Amsterdam. Le concert fut annulé en raison du Covid.<br />
Nous lui souhaitons (et espérons) un prompt rétablissement.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>POULENC, Dialogues des Carmélites &#8211; Rouen</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-rouen/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Jan 2025 16:59:45 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=181664</guid>

					<description><![CDATA[<p>A rebours de l’épure verticale, du noir et blanc, des jeux d’ombre et de lumière qui souvent prévalent, la nouvelle production de Dialogues des Carmélites à Rouen ose la couleur et la ligne courbe, éclaboussant de théâtre le chef-d’œuvre de Poulenc sans en trahir la lettre, accusant sa violence, lui insufflant dans le même temps &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-rouen/"> <span class="screen-reader-text">POULENC, Dialogues des Carmélites &#8211; Rouen</span> Lire la suite »</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A rebours de l’épure verticale, du noir et blanc, des jeux d’ombre et de lumière qui souvent prévalent, la nouvelle production de <em>Dialogues des Carmélites</em> à Rouen ose la couleur et la ligne courbe, éclaboussant de théâtre le chef-d’œuvre de Poulenc sans en trahir la lettre, accusant sa violence, lui insufflant dans le même temps un élan, une continuité, un suspense même, qui trouve sa résolution dans la scène finale d’une grande force visuelle, aussi aboutie et originale que les précédentes. Les différents décors sont autant de perspectives ouvertes sur l’ouvrage. La projection sur le rideau de textes chargés de replacer l’œuvre dans son contexte historique contrebalance la transposition dans un univers contemporain. Etait-il nécessaire d’abuser du procédé ? Libre à chacun d’interpréter les<em> Dialogues</em> à sa manière. C’est une des rares faiblesses d’une approche iconoclaste mais stimulante. <strong>Tiphaine Raffier</strong> signe là sa première mise en scène d’opéra. Souhaitons que ce ne soit pas la dernière.</p>
<p>Du haut de son pupitre, <strong>Ben Glassberg</strong> adopte un parti similaire. Que de flamme, que de fureur dans cette lecture orageuse, à la façon d’un <em>Dies Irae. </em>Que de théâtre aussi dans l’impulsion donnée à la partition, la manière d’en exacerber les tensions, d’en surligner les arêtes, quitte à en négliger la tendresse et l’ascèse – la pudeur des sentiments, la ferveur des prières, la douceur méditative des interludes. Débordant de la fosse dans les loges de part et d’autre de la scène, l’Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen se jette vents et percussions debout dans ce qui s’apparente à une course à l’abîme. Le chœur de la foule gronde ; celui des Carmélites s’élève dans une belle alchimie de timbres.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues4-1-1294x600.jpg" />© Caroline Doutre</pre>
<p>Cette nouvelle production se distingue aussi par l’emploi de chanteurs francophones, condition souvent nécessaire et en l’occurrence suffisante à l’intelligibilité du texte. Tous font leurs premiers pas dans leur rôle (sauf erreur de notre part). Tous enrichiront leur interprétation au contact répété de la partition, mais tous confortent l’extrême de la proposition musicale et scénique. Blanche est encore large pour <strong>Hélène Carpentier</strong>. Le parler apporte parfois aux mots un poids, une couleur que le chanter ne parvient pas toujours à exprimer, ce qui n’empêche pas la soprano amiénoise d’imposer sa Novice, fébrile, déterminée, insubordonnée et finalement touchante dans sa quête d’absolu. Si la Lidoine fougueuse d’<strong>Axelle Fanyo</strong>, aux accents moins maternels que sauvages, est affaire de goût, la Croissy de <strong>Lucile Richardot</strong> ne peut manquer de surprendre, elle que l’on associe à tort au répertoire baroque, oubliant qu’elle fut Geneviève dans <em>Pelléas</em> à plusieurs reprises et se rêve Cassandre dans <em>Les Troyens</em>. A ce rôle de première prieure trop souvent confié à des voix en bout de course, elle offre au-delà d’un timbre troublant, une chair et un tempérament. Son agonie est de celles qui glacent le sang, sans abuser d’effets expressionnistes, effrayante et pitoyable dans sa chemise d’hospitalisation. <strong>Emy Gazeilles</strong>, Constance d’une fraîcheur qui n’est pas légèreté, et <strong>Eugénie Joneau</strong>, Mère Marie torturée aux aigus fulgurants apportent leur juste contrepoint à ce carmel au bord de la crise de nerf.</p>
<p>Auparavant, <strong>Jean-Fernand Setti</strong> a écrasé de sa présence et de sa projection le Marquis de la Force, au détriment du Chevalier de <strong>Julien Henric.</strong> Le jeune ténor, nommé dans les Révélations des Victoires de la Musique Classique 2025, gagne peu à peu en confiance pour finalement faire valoir dans le duo avec Blanche une ligne souple tracée d’une voix saine aux aigus habilement négociés. Parmi les autres seconds rôles, tous irréprochables si courte soit leur intervention, un mot pour l’Aumonier de <strong>François Rougier</strong> d’une probité exemplaire, dont la miséricorde n’est pas la première des caractéristiques, à l’image finalement de cette production de <em>Dialogues des Carmélites</em> à laquelle ne fait défaut qu’un seul constituant, omniprésent pourtant d’un bout à l’autre de l’ouvrage : Dieu.</p>
<p>Prochaines représentations à Rouen, les 30 janvier, 1<sup>er</sup> et 4 février 2025. Reprise à Nancy en 2026.</p>
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		<title>GALUPPI, L&#8217;Uomo femina &#8211; Versailles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/galuppi-luomo-femina-versailles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 16 Dec 2024 05:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Etrange idée que d’avoir choisi de ressusciter cet Uomo Femina, autant pour soutenir un discours féministe que pour redorer le blason de Galuppi. A ce second effet, avouons que la démarche est même contre-productive : à l’exception de ritournelles savantes et prometteuses, l’écriture vocale est ici très générique. Peut-être que les créateurs en 1762 n’étaient pas &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Etrange idée que d’avoir choisi de ressusciter cet <em>Uomo Femina</em>, autant pour soutenir un discours féministe que pour redorer le blason de Galuppi. A ce second effet, avouons que la démarche est même contre-productive : à l’exception de ritournelles savantes et prometteuses, l’écriture vocale est ici très générique. Peut-être que les créateurs en 1762 n’étaient pas des chanteurs aux gosiers extraordinaires, et que le maestro ne faisait ici que tenter de reproduire le succès de ses successifs <em>Mondo della luna </em>et<em> Mondo alla roversa</em>, bâtis autour de la même idée d’un monde gouverné par les femmes. Pour le premier, ne comptons pas sur une action mollassonne (soporifique acte I) se contentant de filer un concept initial, pas si original à l’époque, plusieurs opéras tant <em>seria</em> (<em>Deidamia</em>, <em>Partenope</em>, les <em>Amazones</em>…) que <em>buffa</em> (<em>La Serva padrona</em>, 29 ans auparavant !) incluaient déjà des femmes fortes dominant ou faisant jeu égal avec les hommes. Certes le texte de certains airs n’est pas dépourvu de qualités littéraires, et l’on entend que le librettiste cherche à dénoncer la condition féminine asservie de son époque. D’où un <em>lieto fine</em> sombre et ironique (le meilleur passage de l’œuvre musicalement) incluant un aparté du chœur signalant que l’auteur désapprouve ce rétablissement de la domination masculine. Que l’on puisse s’étonner en 2024 de la « modernité » d’un tel propos traduit une toujours grande ignorance de la culture théâtrale du XVIIIe siècle. A notre humble avis, c’est un propos qui a horriblement mal vieilli : un profond malaise nous envahit au gré du déroulement d’une farce que l’on qualifierait aujourd’hui de transphobe et irreprésentable, à tout le moins sans une distance critique que la production de ce soir semble se refuser à prendre.</p>
<p>Deux naufragés (Roberto et Giannino) sont sauvés par deux guerrières (Ramira et Cassandra) sur une île dirigée par les femmes, lesquelles collectionnent toutes les vertus et traits traditionnellement apanage des hommes. Inversement, les hommes sont intégralement féminisés : emprisonnés, occupés seulement de leur apparence, hystériques et, c’est là tout le problème, travestis et désignés comme les « méchants ». Car Gelsomino, le favori de la reine Cretidea, et ses deux acolytes en jupe, battent et tentent d’empoisonner les deux naufragés. On assiste donc, médusés, à la fin du deuxième acte à l’image d’un homme viril (le primo uomo, Roberto) qui bat un travesti au sol. Et l’on ne s’arrête pas là, puisque ce même Roberto déverse ensuite toute sa haine de ces hommes dégénérés « qui inspirent le dégout » (nous n’avons pas le texte sous les yeux et citons de mémoire les surtitres) avant de les condamner à être tondus, démaquillés, salis, habillés de frusques et à faire un an de travaux forcés pour leur apprendre les « bonnes habitudes ». Autant dire les remettre sur le droit chemin de la virilité. On prend donc conscience de toutes les limites du « féminisme » de l’auteur qui ne conçoit la femme égale de l’homme que puissante et méprise ceux ou celles qui n’adhéreraient pas à cette conception. Jamais les femmes viriles ne sont moquées. Le patriarcat pour tous. Difficile de faire mieux en termes de « masculinité toxique ».</p>
<p>Le problème ne vient pas que du livret, mais aussi de la mise en scène qui ne prend pas parti face à ce drame choquant. Bien malin qui reconnaitra la personnalité d’<strong>Agnès Jaoui</strong> dans cette spectacle très littéral : décors élégants, direction d’acteurs stéréotypée et costumes tantôts flamboyants, tantôt gênants (le travestissement grotesque de Giannino, le sac à main de Gelsomino) ne rattrapent pas une pièce qui piétine et ne posent aucun jugement sur l’attitude de Roberto. Aurait-on osé représenter ainsi une femme captive, seule au sol, battue par un homme (aussi criminelle soit-elle), sans aucune gêne ? L’aparté du final a bon dos pour laisser le spectateur désavouer ce qu’il veut de ce qu’il a vu. Embarrassée ou intimidée par la recréation d’un ouvrage oublié, la metteuse en scène brille par son effacement.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MIR4012-Uomo-Femina_c-Mirco-Magliocca-Opera-de-Dijon-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-179342"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Mirco Magliocca &#8211; Opéra de Dijon</sup></figcaption></figure>


<p>Le plateau vocal n’est que peu inspiré : ayant peu à chanter à la hauteur de leur moyens et refusant d’orner leur partie, ils en sont régulièrement réduits à des effets expressifs non musicaux (des cris surtout) qui ont bien sûr leur place à l’<em>opera buffa</em>. Ils ne suffisent cependant pas à conserver une attention qui aurait besoin de davantage d’hameçons dramatiques ou mélodiques. <strong>Eva Zaïcik</strong> est une reine trop timorée et enfermée derrière une mine patibulaire peu crédible, bien facile à soumettre. <strong>François Rougier</strong>, malgré son accoutrement, a pourtant du comique à revendre et une voix saine. <strong>Lucile Richardot</strong> s’impose immédiatement grâce à sa voix si singulière et parfaitement posée, elle tourne hélas en rond autour d’une Ramira monolithique et terne qui ne se délivre que grâce à la cadence de son dernier air. <strong>Victoire Bunel</strong> parcourt un bel ambitus avec une audace maitrisée dans ses airs inspirés du seria (fureur, suicide). <strong>Anas</strong> <strong>Séguin</strong> use de son beau baryton avec intelligence au service des excès de son personnage (très emporté air de panique au II) et a le mérite de ne pas abuser des effets bouffe. <strong>Victor Sicard</strong> est celui qui resplendit le plus (superbe « Roberto, dove sei ? » : projection souveraine, contrastes de volume, timbre chaud), et on sent qu’il tente d’injecter de la vilénie dans son jeu au troisième acte, sans trouver de relai sur scène.</p>
<p><strong>Vincent Dumestre</strong> et son Poème harmonique font honneur à une partition à l’intérêt très intermittent : les violons vifs et précis notamment, les hautbois souvent exposés et la mandoline concertante, tout comme la basse continue très fournie et les cors. Quel dommage que toutes ces ressources n’aient pas été employées à redonner vie à un opéra majeur du maestro de Burano !</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/galuppi-luomo-femina-versailles/">GALUPPI, L&rsquo;Uomo femina &#8211; Versailles</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>MOUSSORGSKI, Boris Godounov &#8211; Avignon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/moussorgski-boris-godounov-avignon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Jun 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La réalisation coproduite avec Monte-Carlo (où elle était créée en 2021) avait donné lieu à un compte-rendu : Un Boris de Grand Prix (1). La mise en scène de Jean-Romain Vesperini arrive en Avignon. La distribution en est totalement renouvelée, à l’exception du truculent Varlaam d’Alexander Teliga. Longtemps négligée, la version première, de 1869, âpre, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La réalisation coproduite avec Monte-Carlo (où elle était créée en 2021) avait donné lieu à un compte-rendu : <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/boris-godouvov-monte-carlo-un-boris-de-grand-prix/">Un Boris de Grand Prix</a> (1). La mise en scène de <strong>Jean-Romain Vesperini</strong> arrive en Avignon.</p>
<p>La distribution en est totalement renouvelée, à l’exception du truculent Varlaam d’<strong>Alexander Teliga</strong>. Longtemps négligée, la version première, de 1869, âpre, ascétique, connaît une faveur constante, et l’on n’entend plus guère la révision de Rimsky-Korsakov, qui révéla <em>Boris</em> <em>Godounov</em>. Il faut oublier le <em>Boris</em> de 1872, avec l’acte polonais, il faut oublier la flamboyance de l’orchestration de Rimsky-Korsakov pour apprécier. Il faut oublier aussi l’ambigüité de Boris (coupable et/ou victime ?) (2) Les résonances contemporaines, évidentes, ne donnent lieu à aucune exploitation, cependant, le spectateur ne peut éviter la mise en perspective de l’histoire du pouvoir en Russie, et de son rapport au peuple, comme une réflexion amère sur la servilité des masses. La lecture proposée par <strong>Bruno de Lavenère</strong> est fidèle, littérale, mais réductrice, bridée, pour un cadre spectaculaire d’une constante beauté. En effet, la dramaturgie, sans nuance, repose sur le postulat de la culpabilité de Boris. Avant même que la première note soit chantée, il est désigné comme coupable, faisant face à un œil gigantesque qui renvoie au meurtre d’Abel. Le programme de salle (3) le qualifiait déjà de criminel, dans un réquisitoire sans appel. La mise en scène fait apparaître à trois reprises Dimitri, l’enfant de blanc vêtu, ou son ombre, qui accable d’autant Boris. Or la force dramatique de l’ouvrage, centré sur la personnalité du tsar et sa relation au peuple, prend sa source dans l’ambiguïté qui plane sur la mort de cet enfant.</p>
<p>Véritable défi pour une scène dont le budget est sans commune mesure avec celui des « grandes » maisons que de monter cette œuvre monumentale, exigeante, gigantesque par les moyens mobilisés, le nombre des solistes, les chœurs. Avignon, avec et après Monte-Carlo, l’a relevé et largement répondu aux espérances. Le spectacle est magistral, d’une constante beauté, d’une richesse visuelle exceptionnelle : décors, costumes (4), lumières, projections concourent à ce plaisir esthétique permanent. Ici le faste et la littéralité intelligente se conjuguent. Vivent les conventions lorsqu’elles participent pleinement à notre bonheur ! Les projections, du Christ pantocrator, de la forêt qui s’enfonce, puis se rapproche, du fond de scène qui se fissure de rouge, dont le réseau se densifie et s’anime participent à la magie du spectacle.</p>
<p>Deux registres superposés traduisent deux mondes parallèles, la populace en bas, l’aristocratie en haut. Seule scène où tout l’espace est occupé par un décor unique : la cellule de Pimène, où Grigori apprend qu’il a l’âge qu’aurait l’enfant défunt. Le jeu de contrastes, de fusion, de correspondances entre les niveaux est utilisé avec intelligence. Unique réserve : les scènes intimes entre Boris et ses enfants sont privées de la tendresse paternelle, puisque distanciées dans chacun des registres. Détail : amplement développée dans la version ultérieure, la géographie de Féodor ne connaît aucune illustration visuelle, à la différence du texte de la chronique de Pimène, projeté sur le mur de sa cellule. Malgré certains mouvements convenus, dépourvus de naturel, notamment dans les chœurs, qu’ils soient le peuple ou les boyards, la direction d’acteurs est efficace, pertinente.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/24S270-07270-1294x600.jpg" alt="" />© Studio Delestrade</pre>
<p>Pour Boris, <strong>Luciano Batinic</strong>, que l’on découvre. C’est un beau baryton héroïque, dont on oublie vite le vibrato du monologue de la scène du couronnement. L’émission est ample, bien timbrée, aux couleurs nobles. Sans jamais recourir aux exclamations, râles et soupirs hérités de Chaliapine, son humanité nous bouleverse particulièrement dans son monologue devant les boyards, d’une absolue sincérité, avant que Chouïski les rejoigne. Sa solitude, sa détresse, desservis par la lecture dramatique choisie, les hallucinations, soulignées par l’ombre grandissante de l’enfant, l’apparition ultime de ce dernier sur le cadavre du tsar méritaient certainement un autre traitement. <strong>Kresimir Spicer</strong> incarne Chouïski, mais aussi Missaïl le défroqué. Si l’émission est ouverte, colorée, avec de beaux phrasés et du mordant, si la voix est virile, ardente, variant les expressions, le jeu est en-deçà des attentes. Le récit du « miracle » est vocalement abouti, mais les insinuations peu crédibles. On perçoit mal la duplicité derrière la noblesse, la fourberie onctueuse du premier, on ne reconnaît pas l’intrigant « meneur de la foule sans cervelle ». Pimène (<strong>Nika Guliashvili)</strong>, n’est pas davantage un pur, un illuminé qu’un manipulateur complice de Chouiski (5). La voix est ronde, sonore, admirable, mais dépourvue des stigmates de l’âge, comme le maintien et l’expression. Malgré ses incontestables atouts vocaux, on peine à croire dans cet alerte diacre auquel la noblesse grave et recueillie relève de la composition.</p>
<p>Grigori est bien campé par <strong>François Rougier</strong>, novice gagné par une ambition sans scrupules. La voix est sonore, claire, et tant dans sa scène avec Pimène que dans sa fuite en Lituanie, le jeu et l’émission, jeunes, sont convaincants. Il faut saluer Alexander Teliga, Mitioukha, puis, surtout, Varlaam, ivrogne, truculent dans ses interventions, dont la prise de Kazan mais aussi sa seconde chanson, en contrepoint de l’Aubergiste et de Grigori, sont des réussites incontestables. La voix est grasse et la gouaille énivrée rendue avec justesse. <strong>Svetlana Lifar </strong>a l’abattage et la verdeur populaire de l’Aubergiste (on regrette que cette première version nous prive de sa chanson du canard bleu), comme l’affection de la Nourrice. La voix est solide, bien projetée, colorée, articulée à souhait. <strong>Estelle Bobey </strong>au mezzo serré qui convient pour une voix infantile, nous vaut un remarquable Féodor. Xénia,<strong> Lysa Menu</strong>, charmante, nous laisse indifférent dans sa déploration sur la mort de son fiancé. Non que la voix soit dépourvue de qualité, tant s’en faut, mais l’expression et le jeu appelaient bien davantage. Sans doute l’absence physique de Boris (relégué dans le registre scénique inférieur) en est-elle une cause. Une mention spéciale pour l’Innocent remarquable que nous offre <strong>Blaise Rantoanina </strong>: voix haut perchée, d’une belle longueur, bien conduite, l’expression juste de l’illuminé. Les interventions de <strong>Jean-François Baron </strong>en Chtchelkalov s’avèrent bienvenues, malgré une émission dont les aigus sont faibles. Les rôles secondaires sont bien défendus par deux chanteurs membres du chœur.</p>
<p>Le peuple, dévot, servile, manipulé, ingrat comme haineux, aurait-il foncièrement changé ? Le Chœur et la Maîtrise de l’opéra participent à l’émotion comme à la théâtralité. Ils se montrent exemplaires de précision, de justesse et de nuances. On attendait cependant davantage de plénitude dans les implorations et prières. L’orchestre national Avignon-Provence brille dans cette partition sombre, amère, cuivrée, mais aussi délicate (merveilleux accompagnement, diaphane, de la mort de Boris). Le chef nous vient de Novgorod, qui fut la seconde ville de Russie sous Boris, à mi-chemin entre Moscou et Kazan, dont il est question à deux moments. La direction de <strong>Dmitry Sinkovsky </strong>(6), soignée, attentive, précise, creuse la partition, tout en pêchant parfois par des tempi soutenus, trop rapides (le chœur dans la scène du couronnement). Mais l’ensemble est intelligemment construit, les récits conduits avec souplesse et naturel. La chaleur lyrique est bien là, comme le souffle épique.</p>
<pre>(1) La captation de Monte-Carlo est visible sur YouTube.
(2) Loin des clichés réducteurs, la personnalité de Boris, et l’éclairage historique de son règne, parfaitement compatibles avec la tragédie de Pouchkine comme avec le livret de Moussorgsky, donnent un relief singulier à l’opéra : <a href="https://www.forumopera.com/boris-godounov-et-dimitri-un-fake-qui-a-change-lhistoire-russe/">Boris Godounov et Dimitri, un fake qui a changé l’histoire russe</a> ? 
(3) Indigent et fallacieux, se contentant d’un « argument » fondé sur la version révisée, avec l’acte polonais, absent ce soir. 
(4) Signés <strong>Alain Blanchot</strong> et réalisés par l’atelier de l’opéra d’Avignon. Tout juste aurait-on souhaité que le lieutenant et ses hommes, dans la scène de l’auberge, ne puissent être confondus avec les exempts moscovites du premier tableau.
(5) Très loin du personnage singulier mis en scène par Petrika Ionesco , en 1984 à Garnier, repris à Liège 2010, puis à Marseille 2017. Mais aussi éloigné de l’image conventionnelle du vénérable moine chroniqueur.
(6) Chef singulier s’il en est, un phénomène, apprécié comme violoniste et altiste soliste, mais surtout comme spécialiste de la musique baroque dans son pays.</pre>
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		<title>OFFENBACH, Fantasio – Paris (Opéra-Comique)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-fantasio-paris-opera-comique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clement Demeure]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Dec 2023 06:51:42 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans une Bavière en guerre, un étudiant criblé de dettes, aussi désabusé et prompt à lever le coude que ses camarades, reprend d’un coup de tête la marotte du bouffon de la cour. Alors que le roi entend acheter la paix au prix d’un mariage politique qui rebute la princesse Elsbeth, Fantasio ridiculise le prétendant, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans une Bavière en guerre, un étudiant criblé de dettes, aussi désabusé et prompt à lever le coude que ses camarades, reprend d’un coup de tête la marotte du bouffon de la cour. Alors que le roi entend acheter la paix au prix d’un mariage politique qui rebute la princesse Elsbeth, Fantasio ridiculise le prétendant, bouscule la demoiselle et déjoue le bellicisme ambiant. Absout, il obtiendra la paix, des titres et l’affection d’Elsbeth.</p>
<p><a href="https://www.forumopera.com/cinq-cles-pour-fantasio/">Christophe Rizoud nous a tout dit</a> des raisons de l’insuccès de <em>Fantasio</em>, quatrième essai manqué d’Offenbach à l’Opéra-Comique. Depuis les premiers extraits alléchants révélés par Marc Minkowski avec la complicité du musicologue Jean-Christophe Keck et d’Anne Sofie von Otter, l’œuvre a été enregistrée (<a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/fantasio-les-contes-dalfred/">Opera Rara 2014</a>) puis a retrouvé son public en concert (Montpellier 2015), mais aussi sur scène à Paris et Genève (2017), Montpellier et Rouen (2018) ou encore Utrecht (2019).</p>
<p>L’Opéra-Comique avait prévu de redonner <em>in loco</em> la production à succès de <strong>Thomas Jolly</strong> délocalisée au Châtelet en 2017, mais la Covid-19 en a décidé autrement ; c’est donc après plusieurs années d’attente que Fantasio retrouve ses planches d’origine – enfin presque, Favart ayant brûlé en 1887.</p>
<p>Sous la houlette de <strong>Katja Krüger</strong>, cette reprise est des plus soignée. Dès la pantomime de l’ouverture, tous les mouvements sont parfaitement réglés, la direction d’acteur est fouillée, et l’œuvre file sans temps mort. La cité bavaroise est dépeinte dans un camaïeu de couleurs suie que viennent ici ou là réveiller quelques accents, surtout le jaune du costume de bouffon de Fantasio. Graphique et évocatrice, l&rsquo;esthétique penche ici du côté du livre d’images et du théâtre d’ombre, là dans une atmosphère « ère industrielle » revue par Hollywood, et la princesse Elsbeth, pâle dans sa robe blanche, évoque certaines figures de Tim Burton.</p>
<p>Cette approche ne dessert nullement les bouffonneries, principalement autour du prince et de son aide de camp Marinoni. On n’a pas oublié que l’opéra-comique est pour moitié du théâtre, et les dialogues parlés, supérieurs au tout-venant de Favart, sont tout aussi plaisants que les morceaux. L’acteur <strong>Bruno Bayeux</strong> s’y taille un joli succès dans diverses incarnations pleines de caractère. L’animation générale est réjouissante (virevoltant air de fous de Sparck) et les effets chorégraphiés restent contenus, et bienvenus. On ne relève que quelques mouvements superflus (tournette-prison du III, jeu des suivantes pendant l’air d’Elsbeth).</p>
<p>La production souligne ce que l’œuvre d’Offenbach a de mélancolie, sourire triste qui peine à pleinement épouser l’esprit traditionnel de Favart. Certes, dans la forme tout y est, des couplets allègres ou doux-amers aux travestissements en passant par les rythmes de danse (valses et barcarolles omniprésentes) et la mélodie à succès répété très (trop ?) souvent. S’il cultive naturellement le demi-caractère du genre et sa palpitation sensible, le compositeur ne se départit pas d’une certaine distance désabusée, portée par le livret, là où Auber, Adam, Halévy (son maître) et Thomas veillaient à cultiver la franche bonne humeur et à contenter le bourgeois par de rassurantes conventions. Indécise, la rencontre d&rsquo;Elsbeth et de Fantasio tient plus à la communion autour d&rsquo;un même idéal d&rsquo;amour et de liberté, et un appel pacifiste colore le finale. On peut comprendre le désarroi d’un public décontenancé par l’esprit de Musset combiné à la pudeur railleuse d’Offenbach ! Mais notre époque déniaisée se montre bien plus réceptive à <em>Fantasio</em> qu’à <em>Mignon</em>, et le public applaudit chaleureusement à la fin du spectacle.</p>
<p>L’interprétation musicale est idéale. <strong>Laurent Campellone </strong>retrouve un opéra dont il souligne les riches nuances, et l’<strong>Orchestre de chambre de Paris</strong> lui répond fidèlement pour restituer la subtilité et vivacité d’une partition très soignée. <strong>Gaëlle Arquez</strong> a du charisme à revendre dans un travesti très convaincant : Fantasio n’appelle pas d’exploit vocaux, mais une éloquence et une présence particulière. Son apparition dans le poétique air à la Lune charme immédiatement, et l’on comprend l’ascendant que Fantasio a sur son entourage. Reste que ce garçon cache trop bien ses fêlures, et suscite moins d’empathie qu’Elsbeth. La faute à <strong>Jodie Devos</strong>, sans doute, irrésistible interprète de ce répertoire. Timbre charmant, homogène du grave à l’aigu, vocalises et trilles parfaits, et cette fraîcheur sans mièvrerie qui convoque l’esprit de cette musique : la Belge est la reine de l’opéra-comique (écoutez ses <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/jodie-devos-bijoux-perdus-des-etincelles-mais-pas-seulement/">Bijoux perdus</a> !).</p>
<p>Même si on l’a entendu plus en voix dans <em>Madame Favart</em>, opéra-comique créé « hors les murs » par Offenbach finalement plus classique, <strong>François Rougier</strong> est irréprochable en Marinoni. Il forme un savoureux duo avec le prince de <strong>Jean-Sébastien Bou</strong>, qui se régale dans la fatuité. Bonne amie sentimentale, <strong>Anna Reinhold</strong> est une plaisante silhouette au côté de la princesse, dont le roi de père bénéficie de la gouaille inentamée de <strong>Franck Leguérinel</strong>. Les quatre comparses de Fantasio sont impeccables, et si le Sparck sonore de <strong>Thomas Dolié</strong> a plusieurs occasions de se mettre en valeur, on remarque aussi les aigus de <strong>Matthieu Justine</strong> dans les ensembles. Nuancé, homogène et intelligible, le chœur de l’<strong>Ensemble</strong> <strong>Aedes</strong> se montre aussi vif sur scène que les figurant·es.</p>
<p>Alors que <em>Les Contes d’Hoffmann</em> triomphent à nouveau à Bastille, gageons que ce <em>Fantasio</em> aura une aussi belle fortune. Une revanche méritée pour les opéras-comiques d’Offenbach.</p>
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		<title>STEEN-ANDERSEN, Don Giovanni aux enfers – Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/steen-andersen-don-giovanni-aux-enfers-strasbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 Sep 2023 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’Opéra national du Rhin ouvre sa saison avec Don Giovanni aux enfers, une création mondiale présentée dans le cadre du festival Musica dédié à la musique contemporaine. La salle est quasi comble pour la première de l’œuvre commandée il y a trois ans au Danois Simon Steen-Andersen. Il faut dire que le concept est aussi &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’Opéra national du Rhin ouvre sa saison avec <em>Don Giovanni aux enfers</em>, une création mondiale présentée dans le cadre du festival Musica dédié à la musique contemporaine. La salle est quasi comble pour la première de l’œuvre commandée il y a trois ans au Danois <strong>Simon Steen-Andersen</strong>. Il faut dire que le concept est aussi intriguant qu’alléchant : on va suivre Don Giovanni dans sa descente aux enfers.</p>
<p>L’opéra débute par la scène du dîner de Don Giovanni avec le commandeur. Le décor est immédiatement familier au public : il s’agit d’une reproduction de la salle Bastide, le foyer de l’opéra. On plonge avec délices dans l’univers de Mozart jusqu’au moment où le libertin est entraîné dans la fosse. Et là, on descend réellement avec lui pour vivre, durant deux heures sans interruption et sans temps morts, une sorte de cauchemar éveillé et un tourbillon qui nous tient en haleine, vaguement terrifiés mais surtout curieux et en alerte, souvent amusés, d’ailleurs. Une fois aux Enfers (ou, au choix, dans la nébuleuse du cerveau du chanteur qui s’est cogné la tête en tombant), c’est une folle expédition qui s’effectue, avec pour guide un certain Polystophélès, synthèse du diable, de Pluton ou d’autres figures infernales rencontrées dans le monde lyrique. Car le compositeur a fait une sorte de compendium des principales œuvres du répertoire et des héros dont on se dit bien qu’ils vont finir par griller dans le feu éternel, tels Don José ou Macbeth.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DGAE-GENERALE2403HDpresse-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-141417" width="909" height="605"/><figcaption class="wp-element-caption">© Klara Beck</figcaption></figure>


<p>Dans son voyage vers un pandémonium où se déroulent des raves ou des concours de chants improbables, le héros et ses avatars vont subir divers châtiments d’ordre musical dont les spectateurs sont les témoins. Sons déformés, phrases recomposées, citations emboîtées, l’œuvre est un montage complexe. Une sorte de copier-coller où Simon Steen-Andersen a emprunté à une bonne vingtaine de compositeurs des extraits de leurs créations. Chaque mot est lié à sa phrase musicale et les nouvelles circonlocutions obtenues peuvent commencer en style romantique, continuer en style baroque ou vériste, tressant le français, l’allemand, l’italien ou le russe. L’auteur n’a pas écrit une seule note de ce que nous découvrons au cours de la première. Tout cela pourrait avoir été assemblé par une intelligence artificielle, frémit-on, mais il se trouve que le résultat, humain, voire trop humain, est passionnant, bluffant et fichtrement érudit. Proprement diabolique, car infiniment malin…</p>
<p>Mêlant toutes les cultures, bourré de citations d&rsquo;opéras, de films ou d’autres créations populaires ou savantes, <em>Don Giovanni aux enfers</em> s’adresse à tous les publics, car il mélange les tendances les plus contemporaines avec des références allant de Mozart à Monteverdi et son <em>Orphée</em>, offrant un résumé de quatre cents ans d’opéras, dont certains peu connus et magnifiques. De la <em>Damnation de Faust </em>de Berlioz à l’<em>Orphée aux enfers</em> d’Offenbach en passant par <em>Robert le diable </em>de Meyerbeer sans oublier les plus rares <em>Francesca da Rimini</em> de Rachmaninov ou le <em>Démon </em>de Rubinstein, les citations sont quelquefois difficiles à repérer, tant les triturations voire les tortures infligées aux sons sont raffinées. Le compositeur démiurgique affirme dans sa note d’intention qu’il s’agit d’une « quête de réponse à une question obsédante : comment cette musique sonnerait-elle dans les enfers ou dans le rêve infernal d’un humain d’aujourd’hui ? » Le paradoxe réside dans le fait que loin d’être un supplice, le fruit de ces expériences titille l’oreille et va jusqu’à franchement séduire l’auditeur.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DGAE-GENERALE2264HDpresse-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-141416"/><figcaption class="wp-element-caption">© Klara Beck</figcaption></figure>


<p>La descente dans l’abîme se fait en images, tournées par le compositeur lui-même. Ses neuf cercles de l’enfer sont les coins et les recoins de l’opéra de Strasbourg où l’on se faufile, parfois la tête en bas, dans ce qui est une expérience à rebours (ou en inversion, Don Giovanni chantant l’air de Zerlina, par exemple)… Certaines séquences pourraient être gore et l’on a des références plutôt précises à des films fantastiques ou d’horreur, mais l’humour n’est jamais loin et l’esthétisme des citations prévaut (de James Whale à Miyazaki en passant par Frank Miller, Joseph Losey, Milos Forman et bien d’autres). On comprend vite que cette traversée des Enfers, qui se fait un moment avec Dante et Virgile eux-mêmes, est un parcours initiatique dont on sortira indemne et repu, sans réels dommages. À titre d’exemple, un damné traverse la scène en se fouettant alternativement le dos de ses flagelles dans chaque main. Loin de souffrir avec lui par compassion, on sourit à la vue de son harnachement sado-maso et surtout, les fouets viennent frapper non pas la peau, mais un tambour, ce qui produit un son intéressant. On s’amuse beaucoup également d’une farce de Polystophélès qui utilise l’un des téléphones internes du théâtre. À l’autre bout du bâtiment, un agent d’entretien (interprété par le compositeur en personne) interrompt son travail pour décrocher et entend un son qui le fait détaler, comme s’il avait le diable à ses trousses. Les images filmées alternent avec la présence des acteurs, mais la voix est toujours réelle et en direct, sonorisée en permanence. C’est là que le bât pourrait blesser. Car enfin, nombreux sont les lyricomanes pour qui un opéra se caractérise précisément par une voix qui est projetée sans micro, sans quoi, on a affaire avec une comédie musicale. On pourra se dire, à la suite de Stephen Sondheim, qu’on aura une comédie musicale si l’œuvre est donnée à Broadway ou un opéra si l’on est dans un théâtre. En tout cas, le compositeur joue avec les frontières de l’opéra, volontairement poreuses, dans une démarche totalement interdisciplinaire. Et le public est complice d’autant que la performance technique est époustouflante. Certains spectacles évoluent sans qu’on s’aperçoive de quoi que ce soit. Ici, c’est comme si on était soi-même à la régie, surveillant chaque effet dans un enchaînement périlleux mais parfaitement maîtrisé.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="423" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DGAE-GENERALE-0551HDpresse-1024x423.jpg" alt="" class="wp-image-141409"/><figcaption class="wp-element-caption">© Klara Beck</figcaption></figure>


<p>On sent que personne n’a pu se tenir dans sa zone de confort. L’orchestre entame une phrase connue mais doit bifurquer encore et encore, dans des distorsions qui pourraient être non seulement un calvaire, mais une série de ratés apocalyptiques. Et pourtant l’<strong>Orchestre philharmonique de Strasbourg</strong> se tire merveilleusement de l’exercice, soutenu par l’<strong>Ensemble Ictus</strong>, sous la direction experte de&nbsp;<strong>Bassem Akiki</strong>, avec feu, mais également une riche palette chromatique, dans un exercice franchement acrobatique.</p>
<p>Les chanteurs sont eux aussi soumis à rude épreuve. Ils incarnent tous différents personnages et doivent se frotter à des univers musicaux très disparates. Si la sonorisation ne permet pas de juger de leur capacité de projection et distord certains accents, on ne peut que saluer leur prouesse. <strong>Christophe Gay</strong> navigue sans peine entre Don Giovanni (mis à mal et à nu par les Furies, dans un contexte très #metoo), le Hollandais volant et, plus hasardeux, Orphée&nbsp;! On retient avant tout ses remarquables capacités d’acteur, indéniables, qui lui permettent sans peine d’incarner divinement chaque rôle. <strong>Damien Pass</strong>, magnifique Commandeur et merveilleux Polystophélès, est omniprésent et excellent tant dans le jeu que l’expression : pernicieux, sarcastique, sulfureux mais aussi touchant, il suscite spontanément l’empathie. Dans ses rôles caméléons, le baryton <strong>Geoffrey Buffière</strong> montre qu’il sait à peu près tout faire et on peut tourner le même compliment au ténor <strong>François Rougier</strong>. Quant à la soprano <strong>Sandrine Buendia</strong> et à la mezzo <strong>Julia Deit-Ferrand</strong>, leurs beaux timbres s’accordent fort joliment et elles tiennent la dragée haute à leurs partenaires masculins. Face à la complexité de leur travail et la flexibilité requise dans le spectacle, on ne peut que saluer bien bas leurs morceaux de bravoure. Le chœur de l’opéra donne, comme à son habitude, son meilleur.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DGAE-GENERALE-1899HDpresse-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-141415"/><figcaption class="wp-element-caption">© Klara Beck</figcaption></figure>


<p>Le reproche principal qu’on pourrait adresser à cette maison, dont on connaît à l’issue du spectacle tous les recoins, c’est l’absence d’enregistrement en vue de l’édition d’un DVD. Certes, il s’agit d’un spectacle vivant et rien ne vaut de le vivre directement, mais il n’y a que quatre représentations en tout, toutes bien pleines (ce qui est évidemment une excellente nouvelle). Mais la richesse du propos, l’intelligence et la pertinence de cette création en font un objet d’étude auquel on a envie de revenir pour mieux le disséquer, l’analyser et le déguster. Soit, nous disposons de l’excellent livret publié par l’Opéra national du Rhin, véritable mine de renseignements, émaillé d’analyses très fines et graphiquement très réussi (avec par exemple le très intéressant montage fait par Simon Steen-Andersen où le plan du théâtre est fusionné avec la <em>Carte de l’Enfer</em> de Botticelli), mais la création du compositeur vidéaste et metteur en scène méritait d’être immortalisée. Quand il voyagera, le spectacle sera peut-être très différent, avec de nouvelles prises de vues saisies dans le théâtre dans lequel il se déroulera, ou pas. En tout état de cause, il s’agit de se précipiter sur les dernières places disponibles, car ce spectacle est d’enfer.</p>


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<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="OPÉRA | DON GIOVANNI AUX ENFERS | Bande-annonce" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/1K5Cvr2O3Mc?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" allowfullscreen></iframe></div>
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<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="OPÉRA | DON GIOVANNI AUX ENFERS | Entretien Simon Steen-Andersen" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/WfYJjsji0B4?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>AUBER, Le Domino noir &#8211; Lausanne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/auber-le-domino-noir-lausanne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Mar 2023 05:33:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Voilà un spectacle qui a de la grâce, de la légèreté, du panache, de l’élégance. Et du chien aussi. Et réussit la gageure d’être d’une drôlerie très d’aujourd’hui et de respecter l’esprit d’un opéra-comique quasi bicentenaire.Il est plus difficile, c’est bien connu, de faire rire (et, plus encore, sourire) que de faire pleurer. Il faut &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Voilà un spectacle qui a de la grâce, de la légèreté, du panache, de l’élégance. Et du chien aussi. Et réussit la gageure d’être d’une drôlerie très d’aujourd’hui et de respecter l’esprit d’un opéra-comique quasi bicentenaire.<br>Il est plus difficile, c’est bien connu, de faire rire (et, plus encore, sourire) que de faire pleurer. Il faut marcher sur un fil, avec le risque constant de tomber dans la lourdeur. Rien de plus triste qu’un spectacle drôle qui ne ferait pas rire. Ici la flèche touche constamment la cible et on plonge avec bonheur dans un état de bienfaisante euphorie.</p>
<p>Cette réjouissante lecture du <em>Domino noir</em> a triomphé à Liège, où elle fut créée en 2018 puis dans la foulée à l’Opéra-Comique (avec Anne-Catherine Gillet et Cyrille Dubois). La voici reprise à Lausanne, par <strong>Valérie Lesort, </strong>co-mettrice en scène avec <strong>Christian Hecq</strong>), avec dans le rôle principal, et omniprésent, une <strong>Marie-Eve Munger</strong>, irrésistible vocalement et théâtralement, et un excellent <strong>Philippe Talbot</strong>, en tête d’une troupe délurée.</p>
<p>Ici une question sans doute naïve : est-ce que ce n’est pas un paradoxe en ces temps de remise en question de l’économie du genre opéra que de remettre en chantier avec tant de soin un tel spectacle pour quatre représentations et qu’il ne soit pas aussitôt repris dans un théâtre de même gabarit ?</p>
<p style="text-align: center"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Le-domino-noir-…-lOp‚ra-de-Lausanne-c-Jean-Guy-Python-2-2-1024x686.jpg" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Le-domino-noir-%E2%80%A6-lOp%E2%80%9Ara-de-Lausanne-c-Jean-Guy-Python-2-2-1024x686.jpg.">© Jean-Guy Python</p>
<p>Cet opéra-comique on ne peut plus français fut créé à l’Opéra-Comique en 1837, et connut entre sa création et 1909 pas moins de 1200 représentations. Il avait été écrit par Scribe et Auber sur mesure pour Mme Cinti-Damoreau, qui avait été la créatrice de la Comtesse Adèle du <em>Comte Ory</em>. Elle y fut magnifique, dit-on, et il est de fait que le sourire de Rossini (avec quelques souvenirs de Mozart, en forme d’hommages ou de citations) flotte au-dessus de cette partition légère.</p>
<h3 style="text-align: left">Second degré</h3>
<p>Qui a vu Christian Heck sur scène, son Bouzin, génialement clownesque, du <em>Fil à la patte</em> de Feydeau, son M. Jourdain du <em>Bourgeois gentilhomme</em>, retrouvera sa pétaradante nature et son goût des coq-à-l’âne dans cette mise en scène aux changements de tempo incessants, truffée de gags, et constamment au second degré.</p>
<p>Le second degré, d’ailleurs, semble tout aussi présent dans le livret de Scribe et dans la musique d’Auber. Un esprit de pastiche ou d’ironie, de prise de distance avec les poncifs, qui semble préfigurer avec un quart de siècle d’avance celui d’Offenbach.</p>
<p>Ajoutons que c’est un spectacle visuellement des plus jolis, et qu’après un <em>Candide</em> pirouettant et un <em>My Fair Lady</em> exquis, l’Opéra de Lausanne d’Eric Vigié (qui signe ici son avant-dernière saison) continue à travailler une veine séductrice, euphorisante, voire badine, dont le contraste avec celle de son grand voisin et concurrent le Grand Théâtre de Genève, qui cultive lui une veine angoissée, douloureuse, très noire, et tout à fait contemporaine, est assez amusant à observer.</p>
<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-126690" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Le-domino-noir-…-lOp‚ra-de-Lausanne-c-Jean-Guy-Python-3-1-1024x683.jpg" alt="" width="901" height="600"></figure>
<p style="text-align: center">© Jean-Guy Python</p>
<p>L’intrigue du D<em>omino noir,</em> vaudevillesque, gentiment absurde, est habilement tricotée pour séduire le public de l’Opéra-Comique d’alors, théâtre familial où l’on emmenait les jeunes filles à marier pour des rencontres de bon ton avec des prétendants convenables.<br>Un jeune religieuse, Angèle de Olivarès, s’enfuit chaque année de son couvent pour se rendre à un bal masqué, mais comme elle sera bientôt nommée abbesse, c’en sera fini de ses escapades. Or un jeune godelureau, Horace de Massarèna, s’est épris d’elle, mais, n’en pouvant plus de la voir disparaître chaque année au douzième coup de minuit telle Cendrillon, il se résout à la suivre, pour lui déclarer enfin sa flamme. Le tout dans une Espagne d’opérette, prétexte à boléros, fandangos et castagnettes. Et à motifs.</p>
<h3 style="text-align: left">Le père Auber</h3>
<p>Pour ses contemporains, Auber représente la quintessence de l’esprit français. Il traduit musicalement l’art de la conversation, issu des ruelles des Précieuses et des salons du siècle de Louis XV. La voix d’Auber, dit un critique du temps, est une « voix aimable, rieuse, discrète, causeuse, accoutumée à briller dans les salons du monde élégant ». Son « style, écrit Berlioz, dans son compte-rendu du Domino noir, est léger, brillant, gai, souvent plein de saillies piquantes et de coquettes intentions ». Un autre critique (Gustave Bertrand) écrit : « Sur toute chose, Auber est homme d’esprit. Sa mélodie sourit, cause et fredonne. Comme il faisait des <em>mots</em> ravissants en conversation, il fait des <em>motifs</em> en musique. Le motif !… Chose plus française encore qu’italienne, mélodie ingénieuse et précise, qui se fait petite pour être plus accomplie ». Et Bizet, écrivant son <em>Don Procopio</em>, écrira : « J’ai dans mon opéra une douzaine de motifs, mais des vrais, rythmés et faciles à retenir, […] j’ai suivi le conseil du père Auber : j’ai un calepin, et j’ai déjà pris beaucoup de notes musicales. Cela pourra servir. »</p>
<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" class="wp-image-126682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Le-domino-noir-Presse-c-Lorraine-Wauters-Opera-Royal-de-Wallonie-4-1024x683.jpg" alt="François Rougier et Laurent Montel © Lorraine Wauters"></figure>
<p style="text-align: center">© Jean-Guy Python</p>
<p style="text-align: left">L’<strong>Orchestre de chambre de Lausanne</strong> est ici dans son époque de prédilection et la direction de <strong>Laurent Campellone</strong>, précise et piquante, traduit tout le charme d’une orchestration légère, une fois franchi le passage obligé d’une ouverture aux espagnolades flonflonesques de kiosque à musique qui laissent mal augurer de la finesse de la suite, volubilité des violons, acidité des flûtes et fruité des bois. Reconnaissons honnêtement qu’il y aura tant de choses à regarder que parfois on oubliera d’écouter…</p>
<p>Le décor du premier acte se résume à un énorme cadran d’horloge inspiré de celle de la gare d’Orsay. Derrière lui, se déroule comme dans un aquarium le fameux bal masqué. Une porte s’ouvre à intervalles réguliers, gag récurrent, pour laisser s’échapper le tintamarre de la fête.</p>
<p>L&rsquo;inspiration animalière des costumes est assez réjouissante. Lord Elfort (<strong>Laurent Montel</strong> qui fut de la création retrouve ce rôle parlé avec accent anglais parodique) porte une redingote de porc-épic, qui se hérisse dès qu’il est contrarié ; son complice le Comte Juliano (<strong>François Rougier</strong>, lui aussi de la distribution originale), porte une traine de plumes de paon et fait la roue quand il veut plaire, Brigitte de San Lucar (autre nonne en goguette, joliment chantée par <strong>Julia Deit-Ferrand</strong>) virevolte dans un mixte entre la crinoline et le bouquet de mimosas. <br>Quant au Domino noir soi-même, <strong>Marie-Eve Munger</strong>, plutôt qu’un demi-masque, elle arbore sur la tête un cygne, noir évidemment, et porte une robe à velléités espagnoles, inspirée de Manet, nous semble-t-il, de même que sa robe de cousine aragonaise au deuxième acte.</p>
<h3 style="text-align: left">Dynamitage des conventions</h3>
<p>Les invités du réveillon de Noël du deuxième acte (salon style anglais, avec immense sapin et flocons tombant doucement derrière la fenêtre bleutée) seront en costumes de fêtards 1900 d’opérette et le portier bossu du couvent sera un mélange de Quasimodo et d’homme des bois (rien à voir donc avec le portier des chartreux), dont <strong>Raphaël Hardmeyer</strong> fera une incarnation mugissante et grandiose.<br>On l’a compris, la mise en scène joue avec les conventions pour les dynamiter et les tirer du côté de la démesure et du déjanté.<br>Ainsi Jacinthe, la gouvernante du Comte Juliano devient-elle une énorme (vraiment énorme) créature, moitié Betty Boop moitié poupée de Nuremberg<strong> ; Marie Lenormand</strong> reprend sa création extravagante et distille avec humour ses couplets «&nbsp;S’il est sur terre un emploi&nbsp;» (d’où il ressort qu’il est plus paisible – et rentable –&nbsp;d’être au service d’un vieillard caduc que d’un jeune homme à bonnes fortunes).</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Le-domino-noir-L.-Montel-c-Lorraine-Wauters-Opera-Royal-de-Wallonie-1024x683.jpg" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Le-domino-noir-L.-Montel-c-Lorraine-Wauters-Opera-Royal-de-Wallonie-1024x683.jpg."></p>
<pre style="text-align: center">© Jean-Guy Python</pre>
<h3 style="text-align: left">Usine à gags</h3>
<p>On l’a dit, c’est Valérie Lesort elle-même qui a remonté ce spectacle, de là provient que cette reprise a la fraîcheur d’une nouveauté. Quelques gags délectables :<br>&#8211; la chorégraphie style macarena sur la cabalette du duo du premier acte (avec ondulations latérales de Miss Munger assorties à ses coloratures…),<br>&#8211; la pendule qu’Horace retarde de minuit à onze heures (et la danse ralentie qui s’ensuit derrière la pendule), et, symétriquement, le mouvement accéléré quand on l’a remet sur minuit,<br>&#8211; le passage d’un scaphandrier (ne me demandez pas pourquoi) sur fond de célesta,<br>&#8211; un ballet des autruches fait avec trois fois rien (des becs et de grands pans d’étoffe bleue),<br>&#8211; le passage d’un cheval à la Cocteau et d’une mâchoire de cheval cubiste venue de Picasso (je crois),<br>&#8211; le cochon sur un plat, cousin de la Miss Piggie des Muppets… qu’apporte le portier-cuisinier-Quasimodo, béat de volupté (le cochon) quand ledit cuisinier chante son <em>Deo Gratias</em>,<br>&#8211; les cornettes voletant gracieusement des jeunes nonnes,<br>&#8211; les religieuses-cloches suspendues à leurs cordes et flottant dans les airs comme les créatures de Folon,<br>&#8211; les démons-gargouilles de la façade du couvent qui tout à coup se tordent d’indignation en lâchant de la fumée et reprennent leur forme comme des jouets de caoutchouc,<br>&#8211; les statues-colonnes (un saint et une sainte) qui descendent de leur piédestal pour fricoter ensemble,<br>&#8211; la danse des tables rondes autour d’Inésille au deuxième acte (et Miss Munger, devenue ici servante venue d’Aragon (trop long d’expliquer pourquoi) reprend son accent le plus québécois pour évoquer l&rsquo;accent campagnard de cette aimable contrée… <br>&#8230;et ainsi de suite.</p>
<p>A l’évidence, Christian Hecq et Valérie Lesort ont rafraîchi le texte, pour lui donner un rythme actuel. Un époussetage analogue à celui des <em>Brigands</em> d’Offenbach relus dans l’esprit Deschiens par les Deschamp-Makeïeff en 1992, ou aux Offenbach de Laurent Pelly (<em>La Vie Parisienne</em>, <em>Le Roi Carotte</em>). Référence plus lointaine, on pourrait évoquer aussi les Branquignols de Robert Dhéry, qui faisaient largement usage de poétiques cornettes.</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Le-domino-noir-…-lOp‚ra-de-Lausanne-c-Jean-Guy-Python-5-1024x685.jpg" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Le-domino-noir-%E2%80%A6-lOp%E2%80%9Ara-de-Lausanne-c-Jean-Guy-Python-5-1024x685.jpg."></p>
<p style="text-align: center">© Jean-Guy Python</p>
<p>Spectacle de troupe, une grande partie du plaisir qu’il donne naît de l’enjouement général. C’est un bonheur de voir bouffonner une Marie Lenormand capitonnée de partout, ou tonitruer Raphaël Hardmeyer, de voir les six danseurs apparaître pour un ballet de dominos ou d’autruches ou en valseurs derrière l’horloge (dans de très beaux éclairages de <strong>Christian Pinaud</strong>), mais à cela s’ajoutent de réels bonheurs musicaux, ainsi le chœur à mi-voix des religieuses au troisième acte. <br>Il y a ainsi dans le <em>Domino noir</em> ce qu’un critique appelait une religiosité d’opéra-comique, c’est-à-dire touchante et un peu sentimentale, comme une anticipation de Gounod, mais il y a surtout une inspiration mélodique constante.<br>L’innovation n’est pas ici le propos et beaucoup des formules sembleront convenues à certains. Mais de même qu’il n’est pas facile d’être léger ou drôle, il n’est pas si facile d’être simple et sincère. C’est sans doute la sincérité de ces musiques et leur fraîcheur qui leur méritèrent tant de succès. <br>Certes Auber pensa surtout à Mme Cinti-Damoreau et beaucoup des rôles sont réduits à une portion très congrue, notamment l’amoureux transi. Il faudra attendre le troisième acte pour que <strong>Philippe Talbot</strong>, dont la voix ensoleillée, pleine et rayonnante convient si bien au répertoire français, ait droit à un seul en scène, d’ailleurs bref.</p>
<h3 style="text-align: left">Une Marie-Eve Murger rayonnante</h3>
<p>Mais bien sûr la grande triomphatrice, c’est <strong>Marie-Eve Murger</strong>. Si, dès son entrée au premier acte, c’est d’abord la chaleur de son registre grave qui étonne, il ne faudra pas longtemps pour que ce soit la longueur de sa voix qu’on admire, avec un registre aigu d’une facilité déconcertante (et des notes hautes filées délectables). <br>Tout au long de la partition, c’est par la variété de sa palette qu’elle charmera, désinvolte parfois à la manière d’une divette d’opéra comique et parfois se lançant dans des démonstrations de grand style, ligne musicale impeccable, legato, art des demi-teintes, à quoi s’ajouteront trilles, vocalises et coloratures jubilatoires. Sans parler d’un plaisir visible à jouer la comédie, avec de la justesse, de l’humour et du pep !</p>
<h3 style="text-align: left">La sincérité sans doute</h3>
<p>Vocalement, le sommet sera atteint dans son air du troisième acte «&nbsp;Ah ! quelle nuit&nbsp;» suivi de la cabalette «&nbsp;Flamme vengeresse&nbsp;», sur un rythme de valse, où elle se jouera de notes piquées aériennes avant de culminer sur une note haute triomphante.<br>La fin de l’opéra (c’est la religiosité dont on parlait plus haut) sera d’un grande qualité d’écriture : se succéderont un chœur syllabique des nonnes chantant dans une lumière de vitrail «&nbsp;Les cloches argentines pour nous sonnent matines&nbsp;» (toujours sur un tempo de valse !) où on admirera la précision et la suavité du chœur préparé par <strong>Patrick Marie Aubert</strong>. Puis ce seront les quelques phrases à découvert d’Horace en <em>mi</em> bémol, accompagnées à l’orgue, enfin l’entrée de la voix d’Angèle en coulisses chantant avec une ferveur touchante « Mes chères sœurs », ses longues lignes aériennes venant se poser sur l’arrière-plan du chœur. <br>Démonstration de savoir-faire par Auber ? On dira plutôt sincérité. Et sans doute les 1200 représentations trouvent-elles là leur explication.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="685" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Le-domino-noir-…-lOp‚ra-de-Lausanne-c-Jean-Guy-Python-6-1024x685.jpg" alt="" class="wp-image-126680" /></figure>


<p style="text-align: center">© Jean-Guy Python</p>
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		<title>DELIBES, Lakmé — Paris (Opéra Comique)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lakme-paris-opera-comique-tout-en-sobriete/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 29 Sep 2022 03:27:20 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est devant une salle comble que Lakmé a effectué son retour après huit ans d’absence dans le théâtre qui l’a vue naître, avec une nouvelle production signée Laurent Pelly et, pour incarner le couple d’amoureux, les mêmes interprètes qu&#8217;en 2014. Pour l’occasion, le metteur en scène français a opté pour la sobriété, en éliminant de &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est devant une salle comble que <em>Lakmé</em> a effectué son retour après huit ans d’absence dans le théâtre qui l’a vue naître, avec une nouvelle production signée <strong>Laurent Pelly</strong> et, pour incarner le couple d’amoureux, les mêmes interprètes qu&rsquo;en 2014. Pour l’occasion, le metteur en scène français a opté pour la sobriété, en éliminant de sa scénographie toute allusion à une Inde de pacotille qui ne fait plus rêver personne. Point de décors exotiques ni de costumes aux teintes chatoyantes. Pelly pousse l’épure jusqu’à réduire les décors à une succession de rideaux en tissu écru translucide. De plus, il habille les autochtones en tuniques oscillant entre le blanc cassé et le beige et les anglais dans différents tons de gris, bannissant de ce spectacle la moindre couleur hormis celles créés par les éclairages. Cette option a au moins le mérite de fixer l’attention du spectateur sur les protagonistes, leurs jeux de scène remarquablement réglés et les expressions de leurs visages car tous se révèlent d’excellents acteurs. Les accessoires aussi sont également réduits au minimum. Une cage en bambou dans laquelle apparaît Lakmé au premier acte, des lanternes en tissus qui illuminent la scène de leur lumière jaune au deux, une charrette rudimentaire en bambou et en bois dans laquelle Nilakantha promène Lakmé parmi la foule. Pour chanter l’air des clochettes, la jeune fille se dresse devant un écran de tissu sur lequel sont représentées en ombres chinoises les différentes péripéties qu’elle évoque, ce passage constitue l’une des deux images les plus poétiques de cette production. L’autre étant le tapis de fleurs blanches nimbé de lumière bleue sur lequel est étendu Gérald au dernier acte.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/1_lakme_dr_s._brion.png?itok=8zF-RVOC" width="468" /><br />
	© S. Brion</p>
<p>La distribution réunit une équipe solide de chanteurs qui possèdent tous le physique de leurs personnages et défendent avec conviction cette partition. <strong>François Rougier</strong> campe un Hadji au timbre clair, empli de bienveillance, <strong>Mireille Delunsch</strong> est une Mistress Bentson de luxe, <strong>Marielou Jacquard</strong> et <strong>Elisabeth Boudreault</strong> ont en commun des voix juvéniles tout à fait idoines. La seconde, dotée d’une belle projection, capte l’attention durant le quintette du premier acte. En Malika, <strong>Ambroisine Bré,</strong> superbe scéniquement, possède un timbre fruité qui se marie idéalement avec celui de sa partenaire dans le célèbre duo « Sous le dôme épais » dont elles livrent une interprétation de haut vol. <strong>Philippe Estèphe</strong>, impeccable en ami attentionné et prévenant, dispose d’un timbre qui ne manque pas de séduction. <strong>Sabine Devieilhe</strong> est l’une des grandes triomphatrices de la soirée. En huit ans la cantatrice a gagné en assurance et sa voix en épaisseur, le médium est solide et l’aigu, dépourvu de toute stridence, est désormais rond et lumineux jusqu’au contre-mi, comme en témoigne son superbe air des clochettes dont les vocalises, les notes piquées et les trilles sont exécutés avec une aisance irréprochable. Elle campe un personnage à la fois fragile et déterminé tout à fait convaincant. Son partenaire, en revanche, ne s’élève pas sur les mêmes sommets. Si <strong>Frédéric Antoun</strong> possède un timbre agréable à l’oreille, une ligne de chant élégante et un style adéquat dans son air « Fantaisie aux divins mensonges », force est de constater que la projection n’est pas toujours suffisante, surtout lors du duo du premier acte, et que le ténor se trouve par moment à court d’aigu, notamment dans la scène finale. Son Gérald n’en demeure pas moins touchant. L’autre grand triomphateur de la soirée est <strong>Stéphane Degout</strong> qui campe un Nilakantha impressionnant d’autorité avec une voix large et puissante. Il fait de son personnage un véritable fou de Dieu assoiffé de vengeance dont les éclats de voix inspirent la crainte mais qui est capable également de la plus grande tendresse envers sa fille dans l’air « Lakmé ton doux regard se voile », chanté avec une voix suave et nuancée. Du grand art.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/13_lakme_dr_s._brion.png?itok=nRHQxbyu" width="468" /><br />
	© S. Brion</p>
<p>A la tête de son ensemble Pygmalion aux sonorités fruitées, <strong>Raphaël Pichon</strong> propose une direction élégante et subtile de cette musique si éloignée de son répertoire habituel. Les tempos sont généralement alertes, les passages dramatiques sont soulignés sans excès tout comme la sensualité qui se dégage de certaines pages (« Sous le dôme épais »). Les chœurs sont impeccables.</p>
<p>Que ceux qui n&rsquo;auront pas la possibilté d&rsquo;assister à ce spectacle se rassurent, il sera diffusé en direct sur Arte Concert le 6 octobre à 20h et sur France Musique le 22 octobre également à 20h.</p>
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