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	<title>Sarah YANG - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Sarah YANG - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>BIZET, Carmen &#8211; Bruges</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-bruges/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Jun 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C&#8217;est la fermeture temporaire de l&#8217;Opéra de Gand qui permet au Concertgebouw de Bruges d&#8217;accueillir six des seize représentations de cette nouvelle production de Carmen ; De l&#8217;aveu même du directeur artistique de Opera Ballet Vlaanderen, Jan Vandenhouwe, l&#8217;une des plus ambitieuses jamais proposées par sa structure. Il s&#8217;agit certes de l&#8217;un des opéras les &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C&rsquo;est la fermeture temporaire de l&rsquo;Opéra de Gand qui permet au Concertgebouw de Bruges d&rsquo;accueillir six des seize représentations de cette nouvelle production de <em>Carmen</em> ; De l&rsquo;aveu même du directeur artistique de <strong>Opera Ballet Vlaanderen</strong>, <strong>Jan Vandenhouwe</strong>, l&rsquo;une des plus ambitieuses jamais proposées par sa structure.</p>
<p>Il s&rsquo;agit certes de l&rsquo;un des opéras les plus fréquemment monté dans le monde, mais ici, c&rsquo;est une version totalement hybride qui en est proposée, tant la danse y prend d&rsquo;importance. L&rsquo;Opéra Ballet Vlaanderen a toujours manifesté un tropisme vers les chorégraphes de la sphère flamande, comme Anne Teresa de Keersmaeker ou Alain Platel. <strong>Wim Vandekeybus</strong> appartient à cette mouvance. Le corps de ballet des danseurs maison est d&rsquo;ailleurs complété par les artistes de sa propre compagnie, <strong>Ultima Vez</strong>, ainsi que par un groupe d&rsquo;enfants danseurs tout aussi impressionnants. Tous composent un écho au cast vocal, lui aussi pléthorique. Et sur la large scène du Concertgebouw, salle à l&rsquo;excellente acoustique, le plaisir est total.</p>
<p>Car la dimension archaïque de cet art du mouvement – où le groupe est comme le reflet des émotions des personnages dans leurs occurrences les plus débridées – fonctionne magnifiquement.<br />
Dans la scène finale, tous les protagonistes sont présents, mais aucun ne regarde Carmen. Comme pour dénoncer une société, la nôtre, qui détourne encore et toujours les yeux face au féminicide. Seul le groupe de danseurs « Totem » mené par un griot magnifique, protège Carmen jusqu&rsquo;à prendre les coups à sa place, la laissant finalement indemne, dressée face à la salle, paumes offertes puisque le mythe transcende le destin individuel. Ce chaman toujours présent auprès de l&rsquo;héroïne est également figure du destin, comme dans la <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=iBk9h469e2Q"><em>Traviata</em></a> salzbourgeoise de 2005 où c&rsquo;était la mort qui escortait Anna Netrebko.</p>
<p>Cette danse organique tellement puissante est soutenue par la direction intense et habitée de <strong>Keren Kagarlitsky</strong> mais pourrait éteindre le chant. De même, le travail de direction d&rsquo;acteur a été formidablement réalisé pour l&rsquo;ensemble du plateau, avec un chœur perpétuellement individualisé : il se passe mille choses sur scène. Cela pourrait également nuire aux solistes. Heureusement le cast réuni jouit d&rsquo;un remarquable charisme, au premier rang duquel il faut saluer la sublime performance de <strong>Josie Santos</strong>.</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Jody-Santos-%C2%A9OBV_DannyWillems_HXT40891-1294x600.webp" /></p>
<pre style="text-align: center;">© OBV - Danny Willems</pre>
<p>L&rsquo;artiste allie un grand naturel dans l&rsquo;interprétation et une maîtrise savante du son, de la texture vocale, en particulier un jeu sur les crescendo qui lui permet de s&rsquo;approprier pleinement ce rôle que nous connaissons tous par cœur. Elle incarne Carmen jusqu&rsquo;à la pointe des orteils, pure et sans compromission. Elle est dotée d&rsquo;un mezzo glorieux aux graves puissamment sensuels, aux aigus rayonnants qu&rsquo;elle partage – bien que le timbre soit naturellement très différent – avec la superbe Micaela de <strong>Sarah Yang</strong>, à la voix pleine et généreuse, à la présence déterminée, dépourvue d&rsquo;une quelconque mièvrerie.</p>
<p>En Escamillo, <strong>Leon Košavić</strong> porte beau un instrument extrêmement large mais au focus impeccable, dont le gras réjouit l&rsquo;oreille tandis que <strong>Kyungho Kim</strong> en Don José fait montre d&rsquo;une vaillance sans faille avec une belle conduite de la ligne. Là encore les couleurs s&rsquo;avèrent somptueuses.</p>
<p>La Mercedes de <strong>Zofia Hanna</strong> ; la Frasquita de <strong>Sawako Kayaki </strong>; <strong>Samson</strong> <strong>Setu</strong> en Zuniga, <strong>Leander Carlier</strong> en Moralès &#8230; pour la plupart issus de du jeune ensemble de l&rsquo;OBV, tous allient une présence scénique assurée à l&rsquo;excellence vocale. Seul bémol, peut être, la diction parfois peu compréhensible d&rsquo;un certain nombre de chanteurs ainsi que du <strong>chœur</strong> par ailleurs excellent. A noter également le magnifique chœur d&rsquo;enfants que l&rsquo;on a rarement entendu aussi juste aussi impliqué physiquement.</p>
<p>La représentation se déploie au milieu d&rsquo;un chaos rocheux imaginé par <strong>Sylvie Olivé</strong>, constamment modifié, souvent restructuré par les femmes, comme pour dire qu&rsquo;il appartient à ces dernières de soulever des montagnes, en dépit, peut-être, de la fin tragique de Carmen.</p>
<p>La dimension tellurique, archaïsante, choisie par le dramaturge <strong>Koen Bollen</strong> se prête fort bien à l&rsquo;âpreté de ce décor minéral en constante évolution, tandis que l&rsquo;exotisme espagnol, lui, n&rsquo;intervient que par très petites touches dans une coiffe, un fichu, un geste dansé&#8230; <strong>Isabelle Lhoas</strong> s&rsquo;est plutôt concentrée sur les couleurs, les matières, sublimées par les belles lumières de <strong>Nicolas Olivier</strong>. Tout ces éléments font de cette représentation un hymne charnel à la liberté. D&rsquo;ailleurs, dès la scène d&rsquo;ouverture, alors que les mineurs s&rsquo;acharnent en vain, les danseurs abattent la montagne pour s&rsquo;introduire sur le plateau – tels les hommes sauvages du Moyen-Age que l&rsquo;on peut admirer sur la tapisserie du XVe siècle dans la passionnante exposition du <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://bruskbrugge.be/fr/calendar/exhibitions/vision-large">Brusk</a>, « Visions larges » : force ancestrale, animale, qu&rsquo;il faut ou non dompter, qui effraie en tout cas, la société prétendument policée.</p>
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		<title>STRAUSS, Fledermaus &#8211; Gand</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-fledermaus-gand/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Nov 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A Gand, même pour une représentation en matinée, le public porte beau ; bijoux, robes chatoyantes et nœuds papillon concourent à faire de cette Fledermaus une préfiguration d&#8217;un réveillon réussi puisque c&#8217;est un public debout qui acclame les artistes à l&#8217;issue de la séance. Sur scène, l&#8217;orchestre pléthorique d&#8217;une soixantaine de musiciens trône en majesté. Il &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A Gand, même pour une représentation en matinée, le public porte beau ; bijoux, robes chatoyantes et nœuds papillon concourent à faire de cette <em>Fledermaus</em> une préfiguration d&rsquo;un réveillon réussi puisque c&rsquo;est un public debout qui acclame les artistes à l&rsquo;issue de la séance.</p>
<p>Sur scène, l&rsquo;orchestre pléthorique d&rsquo;une soixantaine de musiciens trône en majesté. Il offre un son chaud, généreux. Les nuances enrichissent l&rsquo;expressivité des valses tout comme la netteté des attaques . Tout cela est éminemment musical mais également très théâtral du fait de la personnalité singulière du chef, <strong>Alexander Joel</strong>.<br />
Ce dernier cabotine avec décontraction, se contente parfois d&rsquo;écouter, adossé à son pupitre, jambes négligemment croisées ou se penche vers l&rsquo;un ou l&rsquo;autre des musiciens pour lui donner son entrée d&rsquo;un regard engageant. Lorsqu&rsquo;il se saisit de sa baguette c&rsquo;est pour des moments où jubilent la musique et la danse.<br />
Parfaitement confiant dans le <strong>Symfonisch Orkest Opera Ballet Vlaanderen</strong>, une phalange qu&rsquo;il connaît bien, il s&rsquo;amuse donc visiblement et interagit même à plusieurs reprises avec les chanteurs, claquant la bise à l&rsquo;un, gratifiant Adèle d&rsquo;une mouchoir pour sécher ses larmes de crocodile pour la plus grande joie du public.</p>
<p>Il faut dire que cette distanciation avec le sujet est au cœur du travail du metteur en scène <strong>Tom</strong> <strong>Goossens</strong>. Connu ici pour ses adaptations en néerlandais du <em>Barbier de Séville</em> de Rossini ou encore de la trilogie Da Ponte de Mozart, nous avions découvert son travail travers ce printemps avec les <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-le-nozze-di-figaro-gand/"><em>Nozze </em></a>avant de le retrouver l&rsquo;été dernier à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-rigoletto-ou-le-roi-samuse-saint-cere/">Saint-Céré</a> dans une manifestation extrême de son goût pour le patchwork avec une version au confluent de la musique et de la littérature du <em>Rigoletto</em> de Verdi et du <em>Roi s’amuse</em> de Victor Hugo.</p>
<p>Comme Jean Lacornerie à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-chauve-souris-rennes-sortir-du-cadre/">Rennes </a>dans une version à applaudir début 2024 ou Guy Joosten au théâtre de la Monnaie en 2012, Tom Goossens allège les dialogues en les confiant à <strong>Tania Van der</strong> <strong>Sanden</strong>, Madame Loyale hilarante, qui actualise naturellement le propos – en flamand – de clins d’œil modernes ou politiques, souligne l&rsquo;absurdité de l&rsquo;histoire ou coupe les passages fastidieux.</p>
<pre class="components-resizable-box__container has-show-handle"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/die-fledermaus-totaal.01_51_22_14.Still012-1024x576.jpg" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est die-fledermaus-totaal.01_51_22_14.Still012-1024x576.jpg." /></pre>
<pre style="text-align: center;">Die Fledermaus © Opera Ballet Vlaanderen</pre>
<p>Bien qu&rsquo;il cantonne sa mise en espace au proscenium et réduise la scénographie à une porte, une lampe et quelques accessoires, le metteur en scène propose un déroulé aussi drôle que vivant, sans temps mort qui ne trouve sa limite qu&rsquo;au second acte où les chanteurs sont un peu trop souvent en rang d&rsquo;oignon, sans doute par manque de temps de répétition. Le chœur de l&rsquo;opéra, cantonné au fond scène mais très impliqué vocalement, ne participe à la fête que de loin.</p>
<p>Les chanteurs s&#8217;emparent du concept avec un bel engagement scénique tout en faisant montre d&rsquo;une fine compréhension du répertoire. Les dictions sont excellentes, les ensembles fonctionnent parfaitement, en particulier l&rsquo;excellent « Brüderlein ».</p>
<p>L&rsquo;Eisenstein de <strong>Christoph Strehl</strong> est très convainquant bien qu&rsquo;il peine trop souvent à passer l&rsquo;orchestre pourtant installé derrière lui. Le duo avec son épouse « Dieser Anstand, so manierlich » est l&rsquo;occasion de profiter d&rsquo;un timbre tout en douceur et en moelleux pour un très beau moment musical.</p>
<p>Le trio féminin est plein d&rsquo;allant, chacune dans son style. Toutes trois sont très expressives. Elles ne sont dupes de rien, multipliant les regards entendus qui contredisent leurs propos et mâtine d&rsquo;ironie cette intrigue abracadabrante.<br />
La Rosalinde de <strong>Caterina Marchesini</strong> profite d&rsquo;une voix large, bien maîtrisée, aux médiums amples, aux graves bien campés et d&rsquo;un magnifique sens des nuances qui font de la Csárdás « Klänge der Heimat » un vrai régal.</p>
<p><strong>Maria Chabounia</strong>, pour sa part est une Adèle pimpante à la voix agile qui se marie délicieusement avec celle de sa maîtresse dans le duettino « Ach, ich darf nicht hin zu dir ». Le legato est particulièrement séduisant dans « Mein Herr Marquis » qui pourrait être plus jubilatoire dans la coda mais prouve sa remarquable intelligence scénique puisque chaque vocalise explicite un sentiment ou une opinion. Narrative, aucune n&rsquo;est jamais gratuite. C&rsquo;est également le cas dans l&rsquo;excellent « Spiel&rsquo; ich die Unschuld vom Lande ».</p>
<p>« Ich lade gern mir Gäste ein » chante quant à elle <strong>Lotte Verstaen</strong> en Prince Orlovsky de sa belle voix au focus précis aux graves bien projetés.</p>
<p>Chez les messieurs, la longue silhouette dégingandée de <strong>Wolfgang Stefan Schwaiger</strong> apporte un charme particulier à son Dr. Falke au texte d&rsquo;une parfaite intelligibilité, à la voix bien verticale.</p>
<p><strong>David Kerber</strong> en Alfred a un timbre rond et bien projeté qui ajoute au charme de son « Trinke, Liebchen, trinke schnell » tandis que Franck, directeur de la prison, trouve en <strong>Kris Belligh</strong> un interprète de haut vol, excellent comédien, qui permet de savourer plusieurs scènes désopilantes : au début du troisième acte, dans scène d&rsquo;ivrognerie parmi les musiciens où il se soulage dans un trombone ou au second acte lors d&rsquo;un surréaliste échange en français avec Eisentein – alors que manifestement aucun ne parle la langue – chacun se contentant d&rsquo;accumuler phrases toutes faites et citations de chansons anachroniques dans un ping-pong d&rsquo;une totale loufoquerie.</p>
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		<title>MOZART, La Clemenza di Tito &#8211; Anvers</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-anvers/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 Sep 2023 13:34:08 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’opéra nous parle de nous. C’est une évidence, peut-être même une banalité. La Clémence de Titus ne déroge pas à la règle : amour, pouvoir, amitié, trahison, concorde et réconciliation, mort. Les thèmes abordés sont universels et les interprétations, dès lors, infinies. Mais La Clémence de Titus est aussi un opéra éminemment situé : composé à l’occasion &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’opéra nous parle de nous. C’est une évidence, peut-être même une banalité. <em>La Clémence de Titus</em> ne déroge pas à la règle : amour, pouvoir, amitié, trahison, concorde et réconciliation, mort. Les thèmes abordés sont universels et les interprétations, dès lors, infinies. Mais<em> La Clémence de Titus</em> est aussi un opéra éminemment situé : composé à l’occasion des fêtes du couronnement de Léopold II, roi de Bohême, en septembre 1791 à Prague, l’œuvre condense à la fois les ambitions politiques de ses commanditaires et les thématiques chères au compositeur. Ce n’est assurément pas par goût que le couple impérial et Antonio Salieri, compositeur officiel de la cour, ont demandé à Mozart de composer un opéra fondé sur le livret que Métastase avait écrit en 1734 pour Caldara. On connaît en effet l’aversion déclarée de l’Empereur pour l’œuvre de Mozart et le célèbre mot de l’Impératrice Marie-Louise d’Espagne qui ne vit dans <em>La Clémence de Titus </em>qu’une <em>porcheria tedesca</em> (une cochonnerie allemande). Les Praguois, en revanche, vouaient un amour fervent à la musique de Mozart. La commande de cette œuvre était, en réalité, une manière de raffermir les liens entre les souverains et le peuple dans un contexte politiquement très instable. Le livret de 1734 avait en effet été écrit dans le cadre de la crise de la succession polonaise qui déboucha sur quatre ans de guerre. Dans le contexte révolutionnaire de la fin du XVIII<sup>e </sup>siècle, il était nécessaire que les souverains offrent au peuple une œuvre qui ravive leur attachement à un monarque d’une droiture exemplaire, tout entier dévoué à ses sujets. <em>La Clemenza</em> semble offrir l’image d’un État idéal au fondement duquel se trouvent l’amour du souverain pour les sujets et des sujets pour le souverain, la clémence et l’art qui, dans le contexte précis de l’avant-dernier opéra de Mozart, opère comme lien entre le peuple et les élites.</p>
<p>C’est précisément la nature de l’art et de son utilisation par les élites dans un contexte révolutionnaire que <strong>Milo Rau</strong> entend interroger. Titus n’est plus seulement un empereur romain, il est aussi artiste. Manière de montrer que la perpétuation du pouvoir des élites passe toujours par une certaine esthétisation du réel, esthétisation nécessaire à une certaine écriture de l’Histoire et de ses mythes. L’image – image organisée et contrôlée, en d’autres termes, l’image du pouvoir – est partout : camera-live, photographies, tableaux vivants… On reconnaît aisément <em>Le Radeau de la méduse</em>, <em>La Liberté guidant le peuple</em> ou encore <em>La Mort</em> <em>de Marat</em>, autant de tableaux indissociables du <em>mythe </em>révolutionnaire. Autant de tableaux inscrits dans un récit collectif où l’Histoire est faite de flux orientés, d’hommes providentiels, d’événements apparemment cohérents. Autant de tableaux qui semblent aller dans « le sens de l’Histoire ». Mais, on le sait, rien n’est pur. L’histoire de l’humanité, c’est en réalité celle des femmes et des hommes. Celle de milliers de singularités.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/a5cP600000031ZCIAY_1740x1218-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1695244294364" alt="" data-name="image" />© Annemie Augustijns</pre>
<p>La démarche du metteur en scène – documentaire et biographique – vise précisément à rendre à ces singularités une voix propre au sein de ce qu’on appelle souvent une « œuvre d’art totale ». À l’occasion des longs moments d’introspection auxquels se livrent les personnages – soit des moments consacrés à l’exaltation d’une individualité –, les interprètes racontent leur histoire, leur vraie histoire. Milo Rau évite ainsi de rejouer dans le processus de mise en scène l’instrumentalisation de l’art et des personnes qu’il entend dénoncer. Plus fondamentalement, il souligne très sensiblement la tension art-réel qui est au fondement de l’opéra ou encore la tension unité (toujours artificielle)-diversité (constituant la vie réelle) constitutive de toute <em>histoire figée</em>. Dina Al Jamal interprète une chamane. Elle a étudié le chant et le violon, a vécu à Alep et est arrivée en Belgique en 2019 pour vivre dans un monde normal. Un monde sans guerre. Alireza Sadrnejad incarne un soldat. Il a étudié le cinéma en Iran. En Belgique, il est libre mais seul. Sarah Yang, qui chante Servilia, vient de Corée du Sud. Elle a vécu et étudié en Allemagne. Maria Warenberg est russo-néerlandaise. Ses parents ont quitté Leningrad pour les Pays-Bas dans les années 1970. Elle se reconnaît dans le rôle d’Annio qu’elle interprète. Etc.</p>
<p>L’opéra s’achève par une évocation de <em>La Chute d’Icare</em>, de Brueghel l’Ancien. Dans ce tableau, l’attention est spontanément portée vers un paysan qui laboure, alors que l’élément qui devrait être central est relégué à un coin, flou, presqu’invisible. Manière de montrer que l’important est souvent ailleurs. Manière de s’interroger sur la glorification <em>du</em> peuple – sur son esthétisation – par les fascismes modernes.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="cptCroppingImage aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/a5cP600000031Z6IAI_1740x1218-768x538.jpg" />© Annemie Augustijns</pre>
<p>Après avoir sacrifié le dernier Anversois (volonté de rompre avec une certaine tradition lyrique ou de couper les <em>racines</em> ?), après avoir glorifié une première fois la clémence de l’empereur (manière de montrer que la glorification des puissants est inéluctable ?), l’ouverture retentit. <strong>Alejo Pérez</strong> offre une interprétation vive, le tempo est allant, parfois nerveux, la lecture est claire, voire analytique. Dans la suite, l’orchestre ne lâchera jamais cette tension, sans toutefois hystériser l’œuvre. Les moments doux ou plus dramatiques sont interprétés comme tels. Pérez parvient à conférer à une formation large le son et l’énergie qu’offrent généralement des ensembles plus restreints.</p>
<p><strong>Jeremy Ovenden </strong>campe un Tito au timbre clair mais à la projection limitée. Si la mise en scène peut sembler laisser de côté la question de la sincérité du personnage, l’acteur dépeint à merveille les doutes, tourments et colères par lesquels il passe. Le Sesto d’<strong>Anna Goryachova </strong>est remarquable. Le voix est ample, le timbre chaud. La projection est large et puissante. Elle impose une présence pleine et offre des vocalises où l’articulation précise ne sacrifie pas la rondeur du son. La Vitellia d’<strong>Anna Malesza-Kutny </strong>offre un premier air très touchant. Elle parvient à rendre la musique directement signifiante, alors que les surtitres sont remplacés par un premier récit biographique ajouté. Son duo avec Sesto, en ouverture du premier acte, révèle deux musiciennes attentives et met en évidence de très beaux contrastes de timbres (Sesto a la rondeur et l’épaisseur du velours, alors que Vitellia a la douceur et la fluidité de la soie). <strong>Maria Warenberg</strong> offre une largeur vocale qui confère à Annio une personnalité d’emblée affirmée, à certains égards presque virile. <strong>Sarah Yang </strong>est une Servilia aux aigus éclatants et lumineux. Le couple Servilia-Annio s’avère ainsi particulièrement intéressant sur le plan vocal. Enfin, le Publio d’<strong>Eugene Richards III </strong>allie rondeur et puissance, en gardant à tout moment la mesure imposée par une partition qui place la virtuosité du côté de l’agilité vocale et non de la force d’émission.</p>
<p>Proposition philosophique musicalement exemplaire, la production de Milo Rau n’est peut-être pas idéale pour aborder une première fois l’œuvre de Mozart. Elle l’est en revanche pour transformer nos rapports au monde. N’est-ce pas le rôle premier de l’opéra ?</p>
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