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	<title>Daria SAVINOVA - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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		<title>HAENDEL , Theodora &#8211; Beaune</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-theodora-beaune/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Jul 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Rare, malgré ses éminentes qualités, l’oratorio est un authentique drame qui se prête à la mise en scène (1). Les amours contrariées, sacrées et profanes, du soldat Didyme et de la princesse Theodora, sur la toile de fond de l’histoire des martyrs d’Antioche, restent d’une actualité brûlante, par-delà leur message édifiant. La princesse d&#8217;Antioche a &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Rare, malgré ses éminentes qualités, l’oratorio est un authentique drame qui se prête à la mise en scène (1). Les amours contrariées, sacrées et profanes, du soldat Didyme et de la princesse Theodora, sur la toile de fond de l’histoire des martyrs d’Antioche, restent d’une actualité brûlante, par-delà leur message édifiant. La princesse d&rsquo;Antioche a rejoint le groupe de chrétiens d&rsquo;Irène. Elle refuse d&rsquo;abjurer sa foi, Dioclétien obligeant ses sujets à sacrifier au culte de Jupiter. Jeune centurion converti, et épris de Theodora, Didyme prend sa place en prison avec la complicité de son ami Septimius. Confondus, la princesse et le soldat iront au sacrifice pour leur foi et pour leur amour.&nbsp; Ce soir, dans le cadre exceptionnel de la Cour des Hospices, il ne s’agit pas d’interroger sur la nature et le fondement du pouvoir, sur la liberté de conscience, sur la violence subie par la femme, ou je ne sais quel autre sujet d’actualité. C’est bien la version oratorio la plus fidèle, la plus juste, qui est offerte au public. Sans même l’esquisse d’une mise en espace, sinon par les déambulations du choeur, surprenantes et le plus souvent bienvenues (2), la force du propos n’est pas amoindrie, tant s’en faut, servie par une équipe exemplaire, sans faiblesse aucune.</p>
<p>On se souvient de sa <em>Francesina</em> (3). <strong>Sophie Junker</strong>, à peine arrivée d’Hardelot, chante Theodora. La voix est charnue, séduisante, à l’ample medium, le plus souvent sollicité, et l’aigu, doré, réservé aux passages exaltés. Si on a déjà écouté des voix plus fraîches, « Angels ever bright, and fair », avec les flûtes complices, est de la plus belle facture, intime, confiante. L’accablement de « With darkness deep », avec les sanglots de l’orchestre, est d’une profonde émotion. De l’air suivant, l’exaltation mystique, avec les figuralismes de l’envol des anges, convainc et touche. La pureté de l’émission (« The pilgrim’s home ») nous ravit. Ce sera une progression inexorable, une forme d’ascension. Des duos, ceux avec Didyme (violon solo et deux bassons pour le premier) sont un très grand moment, où les voix s’accordent idéalement, dont l’émotion est manifeste. Le second, avec Irene, n’est pas moins admirable. Après l&rsquo;avoir chanté avec McCreesh, <strong>Paul-Antoine Bénos-Djian</strong> est Didyme (Christopher Lowrey était prévu, et l’on n’a certainement pas perdu au change). S’il s’agissait de cinéma, on dirait qu’il crève l’écran, tant son engagement, total, lui permet de donner une épaisseur à son personnage. Les moyens vocaux sont au rendez-vous. Dès son premier air (« The raptur’d soul defies the sword »), la ferveur, la force d’âme sont traduites avec art, au point qu’on en oublie la virtuosité tant l’illustration du propos est captivante. L’émotion ne fera que croître au fil de ses interventions. « Sweet rose and lily », avec le violon solo, a-t-il été mieux chanté ? La voix est ductile, agile, longue, d’un timbre lumineux et juvénile, en parfait accord avec le personnage et sait se faire vaillante (« Kind&nbsp; Heav&rsquo;n »). Âme généreuse et troublée, Septimius (<strong>Matthew Newlin)</strong> est bienveillant, chaleureux, partagé entre son devoir envers le gouverneur et sa conscience. Le chant est noble, digne, servi par une voix souple et pleine. Volontaire, décidé (« Dread the fruits of Christian folly »), puis en proie au doute (« Tho’ the honours, that Flora and Venus receive »), enfin conquis et rayonnant («From virtue springs… ») son évolution psychologique est remarquablement illustrée. <strong>Daria Savinova</strong>, mezzo estonienne, chante Irene, l’amie et confidente de Theodora. La séduction de l’émission est constante, égale dans tous les registres. De l’euphorie (seconde partie de son premier air) à l’inquiétude (« The clouds begin to veil »), sur un doux balancement des cordes, harmoniquement riche, c’est un bonheur, qui se confirme avec l’air qui ouvre le III, retenu, puis contrasté à souhait, avec les flûtes.&nbsp;Valens, le gouverneur d’Antioche, est confié à <strong>Andreas Wolf</strong>. Intransigeant, ce n’est pas la caricature d’un despote qu’incarne notre basse, mais un homme investi dans sa fonction, incapable de comprendre le mobile de la foi des premiers chrétiens. La voix puissante, bien projetée, agile et longue, excelle à nous le camper.&nbsp; Le programme ne signale pas le Messager, dont la brève intervention, expressive, rayonnante, épanouie, confirme les qualités de <strong>Thibaut Lenaerts</strong>, auquel nous devons la préparation du Chœur de chambre de Namur. Soulignons pour finir combien chacune et chacun orne avec efficacité et discrétion les <em>da capo</em> des arias.</p>
<p>Depuis le clavecin, la direction de <strong>Leonardo García Alarcón</strong>, impulse une énergie précise à chacun et à tous, se dressant si besoin de son siège pour amplifier la dynamique ou mettre en valeur tel ou tel pupitre. Il excelle à souligner l’écriture concertante, avec un continuo agile et souple. Les modelés, les nuances, les oppositions traduisent l’intelligence profonde des textes, littéraire et musical. A la différence des versions les plus connues, l’une un peu sage et datée, l’autre brillante, mais juxtaposant des numéros de solistes, le chef impose une vision cohérente, construite, animée, dans le sens le plus fort. La réussite est au rendez-vous. Le Chœur de chambre de Namur, dont on apprécie toujours les qualités, ne déroge pas à l’excellence à laquelle il nous a habitués. Malgré un passager manque d’assurance, partagé par l’orchestre, dans la première partie de « He saw the lovely youth », qui conclut le deuxième acte, sans en compromettre la solidité, il faut admirer la capacité de chacun des chanteurs à s’adapter aux configurations variées qu’imposent les déplacements, tout en conservant les équilibres, l’homogénéité, la lisibilité et l’expression juste de chaque intervention. Plénitude et confiance des chœurs des chrétiens (fin du I), rondeur de celui des païens (« Queen of summer »), suivi, avec les cors, de « Venus laughing », dont on pouvait attendre plus de débauche, la réussite est patente. Le <em>Millenium Orchestra</em>, virtuose, homogène, réactif, coloré, à l’articulation et aux phrasés remarquables, comporte quelques solistes auxquels la partition réserve des pages valorisantes (le violon d’Yves Ytier, les flûtes, les bassons, tout particulièrement). Les <em>sinfoniae</em> comme le subtil écrin des voix sont admirables, sans équivalent connu. Reste à en attendre l’enregistrement, car, indéniablement, malgré les atouts des versions existantes, celle-ci apporte à la fois une vérité dramatique et une cohérence des mieux venues.</p>
<pre>(1) Peter Sellars (Glyndebourne), Christof Loy (Salzbourg), Stephen Langridge (Paris), Katie Mitchell (Covent Garden).
(2) Aligné devant le podium pour sa première apparition, il réapparaît dans des dispositions inaccoutumées – profitant du décor et de l’acoustique généreuse du lieu – avec de discrets mouvements. Si sa perception en est valorisée, certains déplacements, malgré leur discrétion, distraient ponctuellement l’attention. Ainsi durant l’air d’Irene qui ouvre le dernier acte.
(3) <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/la-francesina-handels-nightingale-le-plus-beau-recital-haendelien/">La Francesina, Handel's Nightingale</a>&nbsp;; elle chantait la Vénus de<em> Venus and Adonis</em>, de John Blow (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/blow-venus-and-adonis-hardelot/">lien critique</a>).</pre>
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		<title>BACH, La Passion selon saint Matthieu — Dijon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/matthaus-passion-dijon-ferveur-et-vigueur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 08 Apr 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après une splendide Messe en si mineur, spatialisée, donnée ici même en 2018 (immersion totale dans Bach), programmée par Laurent Joyeux – le précédent directeur de l’Opéra de Dijon – reportée pour cause de Covid, cette Passion selon Saint-Matthieu a échappé aux changements imposés par son successeur. Après l’avoir donnée à La Seine musicale, Leonardo García Alarcón &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après une splendide <em>Messe en si mineur</em>, spatialisée, donnée ici même en 2018 (immersion totale dans Bach), programmée par Laurent Joyeux – le précédent directeur de l’Opéra de Dijon – reportée pour cause de Covid, cette <em>Passion selon Saint-Matthieu</em> a échappé aux changements imposés par son successeur. Après l’avoir donnée à La Seine musicale, <strong>Leonardo García Alarcón</strong> et ses amis se retrouvent à l’Auditorium, grande basilique le temps de cette célébration.</p>
<p>« Il faut s’appuyer sur l’authenticité, sur la relation au manuscrit, sur tout ce que l’on sait d’un compositeur et de son époque pour aller vers la créativité et l’inventivité dans les choix de réalisation »<em> </em>déclarait le chef argentin. En effet, ce que nous allons écouter est très sensiblement différent des versions, historiquement informées ou non, qui fleurissent toujours en cette saison pascale. Nous sommes invités au partage de cette Passion dont la portée est rendue universelle par la lecture dramatique qu’en propose Leonardo García Alarcón. Partage car on connaît sa générosité, mais aussi parce que la spatialisation qu’il propose abolit les frontières entre les artistes et le public.</p>
<p>Les deux orchestres sont accolés, cour et jardin, pour l’imposante page initiale, « Kommt, ihr Töchter… » La polychoralité se traduit par le dialogue entre le chœur placé derrière les instrumentistes et l’autre, en salle. Le <em>cantus firmus</em> est confié à cinq chanteurs placés au premier rang. Les dispositifs varieront en fonction des scènes pour aboutir à l’admirable « Wir setzen uns mit Tränen nieder », sur lequel s’achève la Passion, au placement des deux chœurs de part et d’autre des fauteuils d’orchestre, alors que l’éclairage du fond de scène a viré au rouge (*). Il en ira de même de certaines interventions de solistes.  Ce choix, qui serait périlleux pour nombre de formations, est assumé d’une façon exemplaire, nous en reparlerons. Comme chez René Jacobs, c’est une quarantaine de choristes qui sont mobilisés, puisque le <em>Chœur de Chambre de Namur</em> et le <em>Chœur de l’Opéra de Dijon</em> ont été associés pour la circonstance. L’immense nef de l’auditorium, dont chacun vante l’acoustique, invite effectivement à choisir cet effectif.</p>
<p>Une Passion, c’est déjà un Evangéliste. On connaît et apprécie toujours l’extraordinaire <strong>Valerio Contaldo</strong>, dont l’excellence dans le répertoire de langue italienne n’est plus à souligner. On avait oublié que le Valaisan, donc trilingue, a été lauréat du concours Bach de Leipzig en 2008, et a déjà chanté l’Evangéliste de la <em>St Jean</em>. C’est un prodigieux conteur, une véritable révélation, qui nous vaut un récit animé, vécu avec une intensité à laquelle nul ne peut rester insensible. Son chant, parfaitement intelligible, est conduit avec une maîtrise exceptionnelle, tant musicale que dramatique.</p>
<p>La seule réserve de cette célébration réside dans la relative modestie des deux voix de femmes, sous-dimensionnées pour la vaste salle. <strong>Daria Savinova</strong> (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="/actu/dara-savinova-une-carmen-qui-vient-de-lest">une Carmen qui vient de l’Est</a>), familière du répertoire baroque, conduit ses ariosos et ses airs avec un art consommé. Mais « Buss und Reu » souffre de ce déficit de volume, et l’émouvant « Erbarme dich » confirme cette impression. C’est d’autant plus dommage que, dans tout autre lieu, l’équilibre avec le continuo et les instruments solistes (ici les deux traversos, là le violon) serait idéal. Il en va de même de l’air de la flagellation, malgré la projection de la voix. <strong>Ilse Eerens</strong> a chanté Bach avec Frans Brüggen, son aisance n’est pas moindre ce soir. Cependant, malgré son engagement, la voix, légère, et l’émission restent en retrait des attentes. On retiendra son récit avec les hautbois da caccia, puis son air « Aus Liebe will ich… », avec flûte, dont les modelés, l’expression sont justes et émouvants. Le duo des voix de femme « So ist mein Jesus nun gefangen », ponctué des exclamations de la foule, est un moment extraordinaire, et réussi.</p>
<p>Trois des solistes initialement annoncés ont en effet dû être remplacés (Ana Quintans, Marianne Beate-Kielland et Thomas Bauer). Le suppléant de ce dernier, <strong>André Morsch</strong> campe un Jésus puissant, d’une noblesse grave, au timbre soyeux, aux accents qui nous touchent (**). Les autres protagonistes (Pierre, Pilate etc.) sont également remarquables. Quant aux solistes en charge des récitatifs et arias, il faut retenir déjà <strong>Fabio Trümpy</strong> (déjà chez Jacobs en 2012) qui nous vaut l’arioso « Mein Jesus schweigt », suivi de « Geduld » proprement exemplaires. L’émission épouse le texte, tendre, sensible, douloureux, valeureux et héroïque. La ligne, les couleurs en sont superbes. <strong>Christian Immler</strong>, qui est un peu chez lui à Dijon, défend plus qu’honorablement sa partie (enregistrée déjà avec Françoise Lasserre, puis Bernius). Ses quatre airs sont autant de réussites.</p>
<p>Les chœurs, puisqu’ils sont deux, voire trois, forcent l’admiration, quelle que soit la nature de leurs interventions . L&rsquo;éloquence de leur émission, les nuances extrêmes, les violentes interjections de la foule, tout est là. La prouesse doit être soulignée d’obtenir une cohésion, des équilibres idéaux malgré la distanciation et les déplacements de chacun. L’engagement des acteurs, et la direction animée de Leonardo García Alarcón ont permis la réalisation du miracle. Il faut dire à ce propos que les textes chantés sont articulés par le chef – qui les connaît par cœur – dont la gestique interpelle avec efficacité. Lorsque le continuo fait appel à la merveilleuse viole de gambe de Margaux Blanchard (pour le ténor, puis la basse), le chef passe au positif, avec les théorbes, un bonheur singulier. <em>Cappella Mediterranea</em> est au mieux de sa forme. Non seulement les soli en sont exemplaires, mais, surtout, les phrasés souples, aux accents justes qu’impose la direction, la lisibilité constante du propos, permettent d’imposer l’atmosphère tourmentée, violente, crépusculaire, mais aussi douce et sereine de cette Passion.  La plénitude, le souffle, les couleurs, la plus riche palette expressive sont au rendez-vous. Une sacralité à dimension universelle, dont les accents dramatiques vont au coeur de chacun.</p>
<p>(*) à la différence avec la réalisation de la Seine musicale, les changements de lumières ont été réduits à cette page finale.<br />
(**) On le retrouvera avec bonheur dans Don Pasquale (Malatesta), en mai.</p>
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