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	<title>Simon STONE - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Simon STONE - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>VERDI, La Traviata (distr. B) – Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-la-traviata-distr-b-paris-bastille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 14 Jun 2026 06:12:15 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Seconde distribution pour la reprise de cette mise-en-scène de Simon Stone assez décriée, laquelle s’est déplacée de Garnier à Bastille. La modernité de la salle attenue la laideur frontale du décor et de ses projections, mais ne sauve hélas pas une mise-en-scène et son parti-pris d’actualisation hyperréaliste via la synecdoque (c’est-à-dire concentré sur un objet &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Seconde distribution pour la reprise de cette mise-en-scène de <strong>Simon Stone</strong> assez décriée, laquelle s’est déplacée de <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-traviata-paris-garnier-violetta-sur-les-reseaux-sociaux/">Garnier</a> à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-la-traviata-paris-bastille-2/">Bastille</a>. La modernité de la salle attenue la laideur frontale du décor et de ses projections, mais ne sauve hélas pas une mise-en-scène et son parti-pris d’actualisation hyperréaliste via la synecdoque (c’est-à-dire concentré sur un objet contemporain faisant effet de réel et appelant par métonymie tout ce qui l’entoure habituellement: par exemple un tracteur censé représenté la campagne, le vélib et la statue de Jeanne d’Arc, les rues de Paris, etc.). Le procédé dégrade bien trop la poésie de l’œuvre: à quoi bon chanter son amour et sa détresse quand leur écho scénique sont des échanges de sms d’une platitude affligeante. Non mais de ouf c’est clair. A la campagne, le tracteur colle mal avec la crainte du père de voir son fils se compromettre avec une courtisane&#8230; quand celle-ci n’est plus qu’une agricultrice bobo portant bottes en caoutchouc. Même remarque pour la mélancolie du prélude qui s’accommode mal des photos de l’influenceuse sur les réseaux sociaux, en tout cas avant qu’elle ne reçoive le mail de son médecin lui annonçant son cancer. Les moments qui fonctionnent le mieux sont finalement ceux où le metteur-en-scène cherche le décalage, le rêve et non plus la crudité du réel : la fête chez Flora, cauchemar de bal libertin déguisé, sinistre et vulgaire, ou le début du dernier acte dans lequel Violetta revoit ses amis faisant la queue pour entrer en boite de nuit lorsqu’elle parle au Dr Grenvil.</p>
<p>Le plaisir de la soirée est donc avant tout musical. À commencer par l’orchestre de l’Opéra très soigneusement dirigé par <strong>Marta Gardolinska</strong>. On aurait peut-être aimé plus de drame et d’emportement mais un accompagnement si délicat et attentif est déjà une bénédiction dans une œuvre trop souvent dirigée en pilote automatique. Mêmes éloges pour le Chœur de l’Opéra, dont l’accoutrement n’entache le professionnalisme.</p>
<p>Sur le plateau, d’excellents chanteurs mais des acteurs un brin sages, en dehors des seconds rôles, lesquels ont tellement peu à chanter qu’ils existent avant tout scéniquement. Quand on a la prestance musicale, la ligne de chant et l’immarcescibilité technique de <strong>Ludovic Tézier</strong>, on se satisfait très bien d’un père un peu empoté scéniquement. Chez Alfredo, la probité technique et la beauté du timbre de <strong>René Barbera</strong> ne suffisent qu’imparfaitement à palier un manque de rayonnement certains sur scène : l’amoureux transit est bien timide et l’offense du jaloux trop contrôlée. <strong>Pretty Yende</strong> a gagné une grande partie de sa popularité auprès du public avec l&rsquo;héroïne éponyme : reconnaissons une attention belcantiste aux coloratures et trilles que beaucoup de ses collègues sacrifient aujourd’hui, une tessiture conséquente avec un medium moelleux et des aigus très stables quoique souvent forte. Mais si l’actrice est investie, l’opulence du son prime sur tout, or l’on préfère les Violetta dont la fragilité s’entends : un « Addio del passato » sur le fil au dernier aigu craqué fera toujours plus d’effet que quelques toussotements suivants une éclatante démonstration de santé vocale. Ajoutons aussi un certain manque d’à-propos, ou en tout cas des choix dramatiques qui pourront étonner : ainsi, pourquoi entonner « Ah fors&rsquo;è lui » toutes voiles dehors et enchainer sur un « Sempre libera » proche du mezzo voce, presque dubitatif ? Tandis que ses « Non sapete » ou « Morro ! » souffrent de trop de retenue.</p>
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		<title>VERDI, La traviata – Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-la-traviata-paris-bastille-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yves Jauneau]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 Jun 2026 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il est des soirées d&#8217;opéra qui se révèlent progressivement, où une première impression de circonspection cède peu à peu la place à l&#8217;émotion, sans que le spectateur puisse toujours identifier l&#8217;instant précis où s&#8217;opère cette métamorphose. C&#8217;est le cas de la reprise de cette Traviata « réseaux sociaux », mise en scène par Simon Stone, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il est des soirées d&rsquo;opéra qui se révèlent progressivement, où une première impression de circonspection cède peu à peu la place à l&rsquo;émotion, sans que le spectateur puisse toujours identifier l&rsquo;instant précis où s&rsquo;opère cette métamorphose. C&rsquo;est le cas de la reprise de cette <i>Traviata </i>« réseaux sociaux », mise en scène par <b>Simon Stone</b>, créée au Palais Garnier en 2019 et déjà <a href="https://www.forumopera.com/spectacles/?_oeuvre=la-traviata&amp;_artiste=simon-stone" target="_blank" rel="noopener">chroniquée</a> dans nos colonnes.</p>
<p>Au premier acte, dans les vastes proportions de l’Opéra Bastille cette fois, le flot continu d’images, de vidéos et de couleurs, associé à cet imposant décor mobile qui constitue l’ossature du spectacle, ne manque pas de susciter la curiosité. L’ingéniosité du dispositif frappe d’emblée le regard. Mais comment se laisser pleinement gagner par la poignante mélancolie du prélude lorsque messages et notifications surgissent de toutes parts, provoquant en retour commentaires amusés et rires dans la salle ? Il faut néanmoins reconnaître à Simon Stone un remarquable sens de l’efficacité théâtrale. La scénographie, d’une redoutable maîtrise, possède une cohérence et une force d’attraction indéniables. On pourra certes regretter quelques détails inutilement provocateurs – tel ce marquis d’Obigny vêtu de cuir, affublé d’un gode fixé dans le dos – mais ces excès demeurent marginaux au regard d’un ensemble dont la puissance visuelle finit, malgré les réserves initiales, par emporter l’adhésion.</p>
<p>Avec ses 1,6 million de followers sur Instagram, <b>Aida Garifullina</b> apparaît comme l’interprète idéale pour incarner une héroïne façonnée par l’image et l’exposition permanente. Pourtant, la chanteuse déçoit d’abord, notamment dans un « Sempre libera » aux aigus parfois forcés et aux vocalises encore inégales. Mais la voix, solidement projetée, gagne en assise au fil de la soirée. C’est surtout au troisième acte que l’interprétation s’impose réellement : Garifullina y offre une Violetta plus intériorisée, capable de superbes <i>pianissimi </i>et d’une grande finesse de phrasé.</p>
<p>Un peu réservé scéniquement, <b>Xabier Anduaga</b> s’impose en revanche comme un Alfredo vocalement éclatant. Sa familiarité avec le bel canto se confirme dès une fin d’aria du deuxième acte menée avec panache, tandis que les aigus, francs et projetés sans effort apparent, témoignent d’une technique solide. Dans « Parigi, o cara », le ténor adopte un phrasé souple, habilement modelé et tout en demi-teinte ; la ligne se fond avec élégance dans celle de Violetta, dans un duo d’une belle homogénéité vocale.</p>
<p><b>Roman Burdenko</b> propose une incarnation solide de Germont, portée par un joli legato. Le baryton soigne le phrasé et la continuité du discours, ce qui donne au personnage une vraie cohérence vocale et une autorité bien tenue. On peut toutefois le trouver légèrement « jeune » pour incarner un père déjà marqué par les années. De ce fait, le contraste dramatique avec le duo Violetta/Alfredo apparaît moins accusé qu’espéré.</p>
<p>Ce trio de chanteurs est complété par des seconds rôles bien tenus et un chœur précis et lisible. Dans la fosse aussi, la soirée démarre sans véritable élan : le <em data-start="185" data-end="195">Brindisi</em>, un peu pesant et mécanique, peine d’abord à trouver son élan. Pour ses débuts à l’Opéra de Paris, <strong>Marta Gardolińska</strong> impose néanmoins une direction d’une grande clarté, et trouve son accomplissement à la fin du deuxième acte, où sa remarquable maîtrise des ensembles leur confère une belle lisibilité. Un certaine retenue tend en revanche à contenir la fièvre dramatique notamment dans la longue scène entre Violetta et Germont.</p>
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		<title>VERDI, La traviata &#8211; Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-la-traviata-paris-bastille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marcel Quillevere]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Jan 2024 05:38:04 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ce 23 janvier 2024, à l’Opéra Bastille, c’est l’une des plus belles Traviata qu’on a pu entendre et cela grâce à une interprétation musicale et vocale inoubliable. On ne peut rêver meilleure Violetta aujourd’hui que Nadine Sierra. Son interprétation est bouleversante. Elle « « est » la belle et jeune Violetta, son engagement scénique est &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce 23 janvier 2024, à l’Opéra Bastille, c’est l’une des plus belles <em>Traviata</em> qu’on a pu entendre et cela grâce à une interprétation musicale et vocale inoubliable. On ne peut rêver meilleure Violetta aujourd’hui que <strong>Nadine Sierra</strong>. Son interprétation est bouleversante. Elle « « est » la belle et jeune Violetta, son engagement scénique est époustouflant. La voix est sublime, la technique sans faille, capable de toutes les nuances, de l’infime pianissimo aux fortissimi de la passion et de la douleur. Quel legato, quel phrasé ! Les coloratures sont précises, les aigus denses et lumineux, le chant infiniment nuancé et tout cela avec une aisance désarmante. A ses côtés un Alfredo tout aussi sublime a réalisé ce soir-là un véritable exploit : <strong>Pene Pat</strong>i a, en effet, remplacé au pied levé René Barbera souffrant. Comment a-t-il pu s’intégrer en si peu de temps à cette mise en scène tellement mouvementée et s’adapter à la tournette implacable du décor, sans jamais faillir dans son interprétation, sans que la maîtrise de son chant en soit affectée ? Bravo ! On comprend l’ovation spectaculaire du public à la fin. La voix est magnifique et le duo qu’il fait avec Nadine Sierra est un miracle d’harmonie, de complicité, de sensibilité. Quels musiciens !  On retrouve toutes ces mêmes qualités dans le Germont de <strong>Ludovic Tézier</strong> d’une noblesse rare, dont le legato infaillible accorde au texte grandeur et magnanimité dans les plus infimes détails. De là jaillit cette émotion qui touche tant le public. Les seconds rôles sont à l’avenant, tous impeccables.</p>
<p>Enfin l’autre grand héros de la soirée est le chef d’orchestre <strong>Giacomo Sagripanti</strong> à la tête d’un Orchestre de l’Opéra admirable. L’ouverture qui annonce d’emblée le sacrifice final de Violetta est ici un chef d’œuvre d’interprétation : on entend peu souvent de tels pianissimi qui tiennent du murmure, une telle justesse de tempo.</p>
<p>Hélas, au même moment, la scénographie criarde et tape à l’œil, invite le public à lire, sur d’énormes écrans qui virevoltent, des messages de réseaux sociaux vulgaires et salaces. On entend des spectateurs s’esclaffer alors que dans la fosse s’élève la plus intime et profonde des musiques. Quel manque de respect envers l’œuvre ! Et, souvent dans la soirée, ce genre de vulgarité inutile et démagogue impose aux spectateurs une pénible distanciation. Comment lire la traduction du texte de Piave quand on voit sur grand écran, en scène, un défilé d’émojis et d’échanges insipides d’internautes ? Interférences lassantes sans parler des accessoires et accoutrements tapageurs et intempestifs qui détournent l’attention durant la soirée.  Quel dommage car le metteur en scène <strong>Simon Stone</strong> est un excellent directeur d’acteurs ! Il sait aider les chanteurs à construire leur personnage, il les comprend. Pourquoi s’encombre-t-il de tant d’artifices inutiles quand c’est dans l’épure qu’il excelle, en particulier quand les acteurs sont seuls en scène face à un décor simple et nu. Ainsi, la rencontre de Violetta avec Germont au second acte est particulièrement poignante tout comme le dernier acte où Nadine Sierra est déchirante (on se souviendra longtemps du duo final à peine chuchoté au début, et de la marche vers la mort de Violeta). Le public debout a longuement acclamé les chanteurs, le chœur, le chef et l’orchestre au salut final. Grâce à eux cette <em>Traviata </em>restera dans les annales de notre opéra national.</p>
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		<title>MARTINU, Řecké pašije (La Passion grecque) &#8211; Salzbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/martinu-recke-pasije-la-passion-grecque-salzbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Aug 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Martinů est peu connu en dehors de la Tchéquie, c’est une triste réalité mais c’est comme ça ! Peut-être un jour connaitra-t-il comme Janáček une sorte de résurrection, ce serait bien souhaitable.&#160; Dès lors, la programmation au Festival de Salzbourg d’Une Passion grecque fait figure d’audace qu’on se doit de souligner. En cherchant un peu, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Martinů est peu connu en dehors de la Tchéquie, c’est une triste réalité mais c’est comme ça ! Peut-être un jour connaitra-t-il comme Janáček une sorte de résurrection, ce serait bien souhaitable.&nbsp;</p>
<p>Dès lors, la programmation au Festival de Salzbourg d’<em>Une Passion grecque</em> fait figure d’audace qu’on se doit de souligner.</p>
<p>En cherchant un peu, on trouve tout de même sur la toile plusieurs enregistrements de l’œuvre et des productions pas trop anciennes, qui montrent l’estime dans laquelle les programmateurs tiennent le corpus de Martinů. Ceux qui veulent en savoir plus sur l’œuvre et sa genèse reliront avec fruit le très bel article qu’y a consacré par notre collègue Nicolas Derny lorsqu’il <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/plaidoyer-pour-une-passion/">critiquait dans ces colonnes mêmes</a> l’enregistrement paru en 2010 chez Supraphon, dirigé par Libor Pešek. On trouve aussi sur YouTube, accessible à tous, une retransmission de la production de Bregenz en 1999, dans une mise en scène ambitieuse et non dénuée de moyens, avec le Wiener Symphoniker sous la direction de Ulf Shirmer, et une autre dirigée par Sir Charles Mackerras, avec l’Orchestre Philharmonique Tchèque, plus ancienne (1990). Il existe aussi un enregistrement de l’orchestre Philharmonique de Graz, dirigé par Dirk Kaftan paru chez Oehms.</p>
<p>Dans le monde francophone, néanmoins, l’œuvre est rare à la scène, très rare.</p>
<p>Qui n’a jamais assisté à une soirée de première à Salzbourg, le jour où les places sont (encore plus) chères, sera sans doute étonné du public qu’on y trouve, de la mondanité des échanges ou de l’âge des participants. On y vient en limousine de fabrication allemande, déposé par une noria de grosses cylindrées à moteurs thermiques circulant sur la Herbert von Karajan Platz, on y vient embijoutée, liftée, botoxée, siliconée ou perchée sur des escarpins à semelle rouge, on y vient pétri de certitudes, satisfait d’être qui on est, et on explique bien haut à son voisin, dans toutes les langues, ce qu’on sait qu’il faut penser et qu’on a lu dans la presse avant de venir. Pris au second degré c’est assez divertissant, le spectacle est aussi dans la salle, mais considérablement décalé par rapport au drame qui va suivre.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/the-greek-passion-2023-sf-monika-rittershaus-008-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-139353"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Lukasz Golinski,Fotis et Charles Workman,Yannakos © SF/Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>L’intrigue est simple à résumer : alors que le patriarche d’un village distribue les rôles que ses paroissiens incarneront dans la représentation de la Passion lors de la prochaine fête de Pâques, arrive un groupe de réfugiés grecs en détresse qui demande asile. On leur accorde une terre sur la montagne. Transcendés par les rôles qu’on leur a attribués, certains paroissiens se sentent investis d’une mission envers ces réfugiés, alors que les autres tentent de les spolier ou les rejettent. La tension monte au sein du village et le patriarche en vient à excommunier Manolios qui devait jouer Jésus et quelques apôtres avec lui. L’affaire se termine dans le sang, Manolios assassiné par Panaïs qui avait été pressenti pour le rôle de Judas. Parallèlement, une intrigue de nature sentimentale avait désuni le couple formé par Manolios et Lenio, qui choisit de s’unir finalement à Nikolio, tandis que la jeune veuve Katarina s’investit avec une passion très physique dans le rôle de Marie-Madeleine.</p>
<p>La mise en scène signée <strong>Simon Stone</strong> utilise avec profit l’énorme masse des chœurs (celui des paroissiens, celui des migrants plus un chœur d’enfants, soit largement plus d’une centaine d’intervenants) dont il fera l’essentiel du décor de la pièce. Un fatras d’accessoires emmenés par les réfugiés, quelques spectaculaires dispositifs surgis du sol ou des cintres (cette salle n’offre quasi pas de coulisses) suffiront à situer l’espace, accentuant par là le caractère universel du drame qui se joue. Bien sûr, on songe à l’actualité des masses de migrants qui embarrassent toute l’Europe, même si à mon sens le thème central de la pièce tourne plutôt autour du poids de l’assignation des rôles, de l’incarnation quasi involontaire, par les villageois, des emplois qui leur ont été attribués et qu’ils vont endosser malgré eux comme un destin inéluctable. Cette emprise du religieux sur la vie quotidienne des villageois, symbolisée par une énorme croix lumineuse, et le drame auquel elle va conduire toute la communauté, si elle forme un sujet certes moins dans l’air du temps, est au moins autant au cœur de l’œuvre, qui peut aussi être vue comme une sorte d’oratorio porté à la scène, finissant par un Kyrie et un Amen.</p>
<p>Fidèle au texte, explicative – ce qui est plutôt une qualité lorsque la pièce est peu familière du public – cette mise en scène comporte aussi son lot de moments spectaculaires, parfois inattendus : l’apparition d’un Christ gonflable dégingandé surgi du sol, une douche tombant des cintres, l’utilisation de la galerie supérieure du manège salzbourgeois pour figurer le territoire accordé aux réfugiés, le recours aux animaux vivants (un petit âne adorable, un mouton et une chèvre) tout cela fait sens ; c’est un travail de mise en scène très honnête et inspiré, en adéquation avec la musique de Martinů.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="683" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/the-greek-passion-2023-sf-monika-rittershaus-010-1-683x1024.jpg" alt="" class="wp-image-139354"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Sara Jakubiak, Katerina et Sebastian Kohlhepp, Manolios© SF/Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>La qualité du plateau est excellente et très homogène, dominée par les performances de <strong>Sebastien Kohlepp</strong> en Manolios et <strong>Sara Jakubiak</strong> en Kateřina. L’un et l’autre semblent transcendés par leur rôle et livrent des performances d’une qualité exceptionnelle&nbsp;: lui, magnifique voix de ténor héroïque, en imposant par l’intensité dramatique, et elle par l’engagement scénique et la beauté vocale. On notera aussi la très grande qualité de l’autre soprano de la distribution, <strong>Christina Gansch</strong> en Lenio, voix tout aussi agréable, révélant de vrais moments d’émotion. Autour d’eux, chacun trouve aisément sa place, l’étagement et la caractérisation des voix est parfaitement établi. Janakos le marchand repenti (<strong>Charles Workman, </strong>belle voix claire et puissante) vous arracherait des larmes, tant <strong>Julian Hubbard</strong> en Panaïs, le Judas révolté, que Nikolio, le ténor <strong>Aljoscha Lennert</strong>, jeune berger un peu niais, ou <strong>Matthäus Schmidlechner </strong>(Michelis), <strong>Matteo Ivan Rašic</strong> (Andonis) et <strong>Alejandro Baliñas Vieites</strong> (Kostandis) – les autres apôtres – sont parfaitement distribués.</p>
<p>Petite déception du coté de <strong>Gabor Betz</strong> en prêtre Grigoris, un rien moins impressionnant qu’il eut fallu, alors que son rival Fotis, le prêtre des migrants, chanté par <strong>Ł</strong><strong>uckasz Goli</strong><strong>ń</strong><strong>ski</strong> met énormément de conviction dans la défense de son rôle.</p>
<p>Très émouvante également, mais dans un rôle secondaire, la vieille femme chantée par la néerlandaise <strong>Helena Rasker</strong> fait forte impression, tant par son timbre magnifique de contralto au vibrato parfaitement mesuré que par la justesse de son intervention. A <strong>Scott Wilde</strong> est dévolu un rôle symboliquement important et qu’il porte avec beaucoup de dignité : celui d’un vieillard issu de la communauté des migrants qui s’en va mourir volontairement dans les fondations du village nouveau que les siens tentent de construire. Enfin, au pire larron de la bande, Ladas, interprété par <strong>Robert Dölle</strong>, le metteur en scène prête un accent américain à couper au couteau et des airs de Donald Trump du plus grand effet comique.</p>
<p>Il me semblait, pendant les trois quarts du spectacle, que les Wiener Philharmoniker, dirigé avec rigueur et précision par le jeune chef français <strong>Maxime Pascal</strong> – valeur montante de la scène internationale – jouait trop fort et sans trop de couleurs une partition instrumentale assez chargée. Mais c’était sans doute pour ménager un effet de contraste et de recueillement lors de la scène finale, sorte de vaste prière incantatoire qu’il réussit de façon très spectaculaire.&nbsp;</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/martinu-recke-pasije-la-passion-grecque-salzbourg/">MARTINU, Řecké pašije (La Passion grecque) &#8211; Salzbourg</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>WAGNER, Tristan und Isolde — Luxembourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/tristan-und-isolde-luxembourg-situations-etranges-emotions-fortes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Mar 2023 05:00:10 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Reprise d’une production du Festival d’Aix-en-Provence où le spectacle fut créé la saison dernière, cette mise en scène controversée fait en ce moment étape à Luxembourg pour trois représentations. En ce jour de première, la salle n’est pas pleine, hélas, et s’éclaircira même en cours de route ; une partie des spectateurs aura été déroutée par &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Reprise d’une production du Festival d’Aix-en-Provence où le spectacle fut créé la saison dernière, cette mise en scène controversée fait en ce moment étape à Luxembourg pour trois représentations. En ce jour de première, la salle n’est pas pleine, hélas, et s’éclaircira même en cours de route ; une partie des spectateurs aura été déroutée par l’audace ou la complexité du propos du metteur en scène. On peut le comprendre tant la transposition est radicale et peut praraître éloignée de la tradition. Pourtant, le visuel est splendide de bout en bout, l&rsquo;émotion est sans cesse au cœur du spectacle, chaque détail fait sens pour qui veut se donner un peu de  peine et chercher à comprendre, et jamais l&rsquo;œuvre n&rsquo;est rabaissée.</p>
<p>La conception même du spectacle, telle qu’elle apparait dans les notes d’intentions du metteur en scène <strong>Simon Stone</strong>, est assez complexe en effet pour qu’on prenne le temps de l’expliquer. Durant le prologue, une femme entre deux âges s’aperçoit que son mari la trompe : elle aime toujours mais ne se sent plus aimée. Elle va puiser dans le mythe wagnérien le matériau d’une longue réflexion métaphysique sur le sens de l’amour, du désir, du temps qui passe et du vieillissement, nourrissant ainsi sa décision de rupture qui interviendra tout à la fin du spectacle, par un glissement progressif entre le mythe et la réalité au cours du long monologue de la mort d’Isolde. On peut juger qu’une telle mise en abîme n’est pas strictement nécessaire, ou même qu’elle jette un peu de confusion dans le spectacle. Mon avis est plutôt qu’elle ajoute une dimension très contemporaine et presque psychanalytique sans dévoyer l’œuvre, et qu’elle sollicite de la part du spectateur une réflexion approfondie sur ce qu’est un mythe, ce qu’il peut apporter à nos vies contingentes, et comment il devient intemporel à travers la plus belle des musiques.</p>
<p>Le spectacle commence par une petite fête entre amis dans l’appartement d’une femme. Décor somptueux, en format cinémascope, vue à 180 degrés sur la ville, éclairages magnifiques, tout concourt à une atmosphère d’aisance et de luxe qui bien entendu ne préserve pas des affres du désamour et de la trahison. Le même appartement devient alors le bateau qui amène Isolde en Cornouailles par une terrible nuit d’orage, où s’établit le rapport de force entre les futurs amants, le lieu de l’échange du philtre, de leur attirance irrésistible et soudaine. Tout le premier acte est passé sans aucune longueur, déroulant des images magnifiques de mer déchaînées ou de soleil radieux.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/230225_ext_grandtheatre_tristant_isolde_opl_c_eric_devillet_21.jpg?itok=hSZ7aT3P" title="Ann Petersen, Isolde et Daniel Frank, Tristan© Philharmonie Luxembourg/Eric Devillet" width="468" /><br />
	Ann Petersen, Isolde et Daniel Frank, Tristan © Philharmonie Luxembourg/Eric Devillet</p>
<p>Le deuxième acte se déroule dans un bureau open-space avec vue panoramique sur les toits de Paris. C’est dans la clandestinité, après les heures de travail, qu’Isolde retrouve son amant, c’est au bureau qu’ils passent leur nuit torride. Le metteur en scène, dans une sorte de délire onirique, va démultiplier ce couple, le représenter aux divers âges de la vie, dans différentes configurations, pour en faire une sorte de couple universel. Ici aussi, les images défilent à travers les fenêtres, du crépuscule à l’aube, créant des tableaux magnifiquement éclairés (<strong>James Farncombe</strong>) avec des ciels à couper le souffle. Aussi soudainement que l’éclatement d’une bulle, l’atmosphère bascule complètement dès que les amants sont surpris. Le travail de caractérisation de chaque personnage et les interactions entre eux est particulièrement bien soigné ; la consternation générale face à la trahison, le désespoir du Roi Marke sont tangibles et bouleversants, de même que l’escalade de violence qui conduit au geste de Melot. Le spectateur est comme au cinéma, complètement happé par la mise en scène en même temps qu’il est envoûté par la musique.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/230225_ext_grandtheatre_tristant_isolde_opl_c_eric_devillet_41.jpeg?itok=k-zEylN4" title="Josef Wagner, Kurwenal, Daniel Frank, Tristan et Joel Williams, un marin© Philharmonie Luxembourg/Eric Devillet" width="468" /><br />
	Josef Wagner, Kurwenal, Daniel Frank, Tristan et Joel Williams, un marin © Philharmonie Luxembourg/Eric Devillet</p>
<p>Et la magie continue au troisième acte. Toute la dernière partie du spectacle est menée avec une grande maestria, une parfaite adéquation entre mise en scène et ligne musicale, le cheminement d’une rame de métro amplifiant le déroulement de la partition. Le spectateur est pris par la main, aspiré par le mouvement. Nous voici à présent à la Porte des Lilas, dans un wagon du métro parisien, avec ses voyageurs et son musicien ambulant (le cor anglais) ; une rixe éclate et Melot réédite son coup de couteau vengeur. Dans une accélération du temps, les stations vont alors défiler, comme les stations d’un chemin de croix, celui de l’agonie de Tristan. Télégraphe, Place des Fêtes, des passagers entrent et sortent, Jourdain, l’agonie se prolonge ; fidèle et magnifique, Kurwenal est aux côtés de son Prince. Pyrénées, au plus mal Tristan quitte un peu la réalité. Par les fenêtres du métro, il est transporté dans un paysage de montagnes. Belleville, Goncourt, Isolde embarque, dans une somptueuse robe de lamé or, la raison de Tristan vacille, il retrouve la mer du premier acte, le sentiment d’urgence est de plus en plus présent, le défilement des stations s’accélère. République, Rambuteau, c’est le grand air de la mort d’Isolde, paroxysme de trouble, d’angoisse et d’émotion. Hôtel de Ville, Châtelet : revenue à la vie civile, redevenue le personnage contemporain qu’on a vu pendant le prologue, elle quitte la rame sans se retourner. La rupture avec Tristan est consommée. Rideau. </p>
<p>Le casting, différent de celui d’Aix en Provence, est assez homogène, avec même quelques éléments exceptionnels : saluons tout d’abord la très belle performance de <strong>Ann Petersen</strong> en Isolde, puissante, maternante, dominatrice, très à l’aise vocalement et dominant le rôle jusqu’au bout sans faillir. A ses côtés, le Tristan de <strong>Daniel Frank</strong> est un peu moins héroïque : la voix, parfois aux limites de sa capacité, ne disconvient pas au rôle mais présente peu de variété de couleurs, peu d’inflexions expressives, de sorte que la prestation paraît globalement un peu terne. Le rôle de Brangäne est chanté par <strong>Katarina Karnéus</strong>, dont la belle voix grave au timbre ambré opère avec charme. Fort bien distribué également, le Kurwenal de <strong>Josef Wagner</strong> (il tenait déjà le rôle à Aix), peu présent au début, se révèle au dernier acte suscitant beaucoup d’émotion. Magistrale à tout point de vue, la prestation de <strong>Franz-Josef Selig</strong> en Roi Marke impressionne par l’ampleur caverneuse de la voix, somptueuse, par le physique, imposant, et par l’autorité du chanteur. <strong>Leon Košavić</strong> (Mélot) réussit à donner une véritable présence et beaucoup de relief au rôle du mauvais tandis que le jeune <strong>Joel Williams</strong>, fidèle et discrète présence tout au long du dernier acte, prête son physique avantageux au double rôle du berger et du marin.</p>
<p>Une telle réussite ne serait pas possible, c’est évident, sans la complicité de la fosse et de l’orchestre dont Lothar Koenigs tire le meilleur parti possible. Avec des tempi relativement lents au début (en particulier pour l’ouverture donnée avec beaucoup de solennité), une grande attention portée à la synchronisation des éléments visuels et musicaux, comme au cinéma, le chef contribue pour beaucoup à la solidité de l’édifice global. La profondeur des timbres, la réalisation de quelques solo instrumentaux laissent parfois un peu à désirer, mais l’ensemble est de belle tenue, assurant la cohérence musicale d’un bout à l’autre du spectacle.</p>
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		<title>DONIZETTI, Lucia di Lammermoor — New York</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lucia-di-lammermoor-new-york-en-direct-de-new-york-lucia-dans-les-faubourgs-industrialises-de/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 23 May 2022 16:45:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour son avant-dernière retransmission de la saison dans les cinémas, le Metropolitan Opera a choisi Lucia di Lammermoor dans la nouvelle production de Simon Stone qui effectuait pour l’occasion ses débuts sur la scène new-yorkaise. Lors de la première du 23 avril dernier, l’accueil du public a été mitigé, il faut dire que le metteur &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour son avant-dernière retransmission de la saison dans les cinémas, le Metropolitan Opera a choisi <em>Lucia di</em> <em>Lammermoor </em>dans la nouvelle production de <strong>Simon Stone</strong> qui effectuait pour l’occasion ses débuts sur la scène new-yorkaise. Lors de la première du 23 avril dernier, l’accueil du public a été mitigé, il faut dire que le metteur en scène australien a transposé l’action de nos jours, au nord-est des Etats-Unis, dans les banlieues pauvres de cette région industrielle autrefois florissante, que l’on a surnommée « Rust Belt » (ceinture de rouille) depuis qu’elle a amorcé son déclin à la fin du siècle dernier. Si l’idée ne manquait pas d’intérêt, sa réalisation n’a pas toujours été à la hauteur de nos attentes.</p>
<p>Placé sur une tournette, le décor de <strong>Lizzie Clachan</strong> est constitué d’une maison délabrée où vivent Lucia et son frère, d’un fast-food, d’une pharmacie et d’un motel avec autour une station d’épuration et un terrain vague à l’occasion transformé en drive-in, avec des voitures en plus ou moins bon état. Dans l’une d’elle, Edgardo lutine Lucia pendant leur duo après l’avoir tirée des griffes d’un agresseur armé d’un couteau. Un écran placé au-dessus de la scène diffuse des images en gros-plan filmées par des vidéastes disséminés sur le plateau, de quoi distraire l’attention des spectateurs du Met. Au cinéma nous ne voyons pas cet écran, sauf lorsqu’on y projette les fantasmes de l’héroïne. Ainsi, pendant la scène de la folie, une séquence en noir et blanc de Lucia heureuse dans les bras d’Edgardo se superpose aux images réelles de la jeune fille, abondamment couverte de sang telle Sissi Spacek dans <em>Carrie au</em> <em>bal du diable</em> et entourée de plusieurs zombies, clones d’Arturo, ruisselants eux-aussi d’hémoglobine. Hormis cette scène grand-guignolesque qui finit par amuser le public au lieu de l’émouvoir, la transposition fonctionne plutôt bien, au prix de quelques libertés prises avec le texte dans les sous-titres. En somme, l&rsquo;histoire des amours contrariées d’Edgardo et Lucia s’intègre naturellement dans l’univers hyperréaliste qui nous est montré à un détail près cependant, comment Enrico et Normanno ont-il pu empêcher Lucia de communiquer avec son amant à l’ère du portable et des réseaux sociaux? Dommage enfin que l’utilisation intempestive de la tournette -un tic récurrent de Stone- et les mouvements virevoltants de la caméra finissent par donner le tournis surtout au premier acte.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/i-s5z2xp5-x2.jpg?itok=FC4sZXq-" title="Artur  Ruciński, Nadine Sierra &amp; Deborah Nansteel  © Ken Howard / Met Opera" width="468" /><br />
	Artur  Ruciński, Nadine Sierra &amp; Deborah Nansteel  © Ken Howard / Met Opera</p>
<p>Pour cette série de représentations l’ouvrage a été confié à une équipe quasi irréprochable. Les chanteurs se sont tous révélés d’excellents comédiens, en particulier les trois rôles principaux filmés le plus souvent en gros plans. Doté d’une voix solide, <strong>Alok Kumar</strong> campe un Normanno sournois à souhait, tandis que <strong>Deborah Nansteel</strong> est impeccable en bonne copine et confidente de Lucia. Son timbre cuivré se marie idéalement à celui de sa partenaire. Vêtu d’un costume rose pâle <strong>Eric Ferring</strong> incarne un Arturo bien peu glamour, à la limite du ridicule, néanmoins sa voix ne manque pas d’intérêt, les parisiens pourront d’ailleurs l’applaudir la saison prochaine en Lurcanio dans <em>Ariodante</em> à Garnier. <strong>Christian van Horn</strong>, qui remplaçait Matthiew Rose, est tout à fait convaincant en pasteur hiératique et sentencieux, dommage que son registre grave manque par trop de profondeur pour le rôle. Vêtu et tatoué comme un petit caïd de banlieue, <strong>Artur Ruciński </strong>effectue une composition magistrale dans le rôle d&rsquo;Enrico. Scéniquement son personnage est tout à fait crédible et vocalement il l’interprète avec une voix robuste et un chant nuancé. Il s’autorise même à la fin de sa cabalette du premier acte, « La pietade in suo favore », un aigu longuement tenu. <strong>Javier Camarena</strong> s’est montré quelque peu en retrait en début de soirée, sans doute un coup de fatigue, s’agissant de la neuvième et dernière représentation, mais il a gagné petit à petit en assurance, pour livrer une apparition spectaculaire lors du mariage et une scène finale poignante, servie par une ligne de chant souveraine et subtilement nuancée. Aucune fatigue n’est perceptible en revanche dans la prestation somptueuse de <strong>Nadine Sierra</strong> dont le medium s’est étoffé au fil des années et le registre aigu a gagné en rondeur et luminosité. Sa grande voix de soprano lyrique aux couleurs ambrées fait merveille dans son air d’entrée, phrasé avec goût. De plus, la cantatrice, qui possède une technique d’une solidité à toute épreuve, n’est pas avare de trilles et ses coloratures éminemment expressives sont négociées avec précision jusqu’au suraigu. Sa Lucia robuste et volontaire trouve son acmé dans une scène de la folie éblouissante -magnifiée par les sonorités fantomatiques de l’harmonica de verre- dans laquelle transparaît, tout en nuances, la fragilité du personnage. C’est une ovation bien méritée que le public lui a réservée.</p>
<p>A la tête de l’orchestre du Metropolitan Opera dont on ne lasse pas d’admirer les superbes sonorités, notamment des cordes et des vents, <strong>Riccardo Frizza</strong> connaît son Donizetti sur le bout des doigts et propose une direction souple et équilibrée. Il souligne avec subtilité les contrastes entre les passages purement élégiaques et les scènes pleinement dramatiques. Précisons pour finir que si la partition n&rsquo;est pas tout à fait complète, elle comporte relativement peu de coupures, les cabalettes par exemple, sont presque toutes doublées.</p>
<p>La saison des retransmissions du Met dans les cinémas du réseau Pathé Live s’achèvera le samedi 4 juin avec <em>Hamlet</em>, un opéra de Brett Dean, créé au Festival de Glyndebourne en 2017.</p>
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		<title>Lucia tatouée à New York</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/lucia-tatouee-a-new-york/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 16 May 2022 15:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La mode des tatouages ne fait pas seulement fureur sur les plages. A New York, le Metropolitan Opera propose actuellement une Lucia di Lammermoor qui ne lésine ni sur l’hémoglobine, ni sur l’encre de Chine comme le montre sur Instagram une séance de maquillage d’Arthur Rucinski, l’interprète d’Enrico dans cette production signée Simon Stone. A &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La mode des tatouages ne fait pas seulement fureur sur les plages. A New York, le Metropolitan Opera propose actuellement une <i>Lucia di Lammermoor</i> qui ne lésine ni sur l’hémoglobine, ni sur l’encre de Chine comme le montre sur Instagram une séance de maquillage d’<strong>Arthur Rucinski</strong>, l’interprète d’Enrico dans cette production signée <strong>Simon Stone</strong>. A découvrir de ce côté de l’Atlantique <i>live in HD </i>au cinéma le samedi 21 mai. </p>
<blockquote class="instagram-media" data-instgrm-captioned="" data-instgrm-permalink="https://www.instagram.com/reel/CdVvjA2DGMn/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" data-instgrm-version="14" style=" background:#FFF; border:0; border-radius:3px; box-shadow:0 0 1px 0 rgba(0,0,0,0.5),0 1px 10px 0 rgba(0,0,0,0.15); margin: 1px; max-width:540px; min-width:326px; padding:0; width:99.375%; width:-webkit-calc(100% - 2px); width:calc(100% - 2px);">
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<a href="https://www.instagram.com/reel/CdVvjA2DGMn/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" style=" background:#FFFFFF; line-height:0; padding:0 0; text-align:center; text-decoration:none; width:100%;" target="_blank" rel="noopener"><svg height="50px" version="1.1" viewbox="0 0 60 60" width="50px" xmlns="https://www.w3.org/2000/svg" xmlns:xlink="https://www.w3.org/1999/xlink"><g fill="none" fill-rule="evenodd" stroke="none" stroke-width="1"><g fill="#000000" transform="translate(-511.000000, -20.000000)"><g><path d="M556.869,30.41 C554.814,30.41 553.148,32.076 553.148,34.131 C553.148,36.186 554.814,37.852 556.869,37.852 C558.924,37.852 560.59,36.186 560.59,34.131 C560.59,32.076 558.924,30.41 556.869,30.41 M541,60.657 C535.114,60.657 530.342,55.887 530.342,50 C530.342,44.114 535.114,39.342 541,39.342 C546.887,39.342 551.658,44.114 551.658,50 C551.658,55.887 546.887,60.657 541,60.657 M541,33.886 C532.1,33.886 524.886,41.1 524.886,50 C524.886,58.899 532.1,66.113 541,66.113 C549.9,66.113 557.115,58.899 557.115,50 C557.115,41.1 549.9,33.886 541,33.886 M565.378,62.101 C565.244,65.022 564.756,66.606 564.346,67.663 C563.803,69.06 563.154,70.057 562.106,71.106 C561.058,72.155 560.06,72.803 558.662,73.347 C557.607,73.757 556.021,74.244 553.102,74.378 C549.944,74.521 548.997,74.552 541,74.552 C533.003,74.552 532.056,74.521 528.898,74.378 C525.979,74.244 524.393,73.757 523.338,73.347 C521.94,72.803 520.942,72.155 519.894,71.106 C518.846,70.057 518.197,69.06 517.654,67.663 C517.244,66.606 516.755,65.022 516.623,62.101 C516.479,58.943 516.448,57.996 516.448,50 C516.448,42.003 516.479,41.056 516.623,37.899 C516.755,34.978 517.244,33.391 517.654,32.338 C518.197,30.938 518.846,29.942 519.894,28.894 C520.942,27.846 521.94,27.196 523.338,26.654 C524.393,26.244 525.979,25.756 528.898,25.623 C532.057,25.479 533.004,25.448 541,25.448 C548.997,25.448 549.943,25.479 553.102,25.623 C556.021,25.756 557.607,26.244 558.662,26.654 C560.06,27.196 561.058,27.846 562.106,28.894 C563.154,29.942 563.803,30.938 564.346,32.338 C564.756,33.391 565.244,34.978 565.378,37.899 C565.522,41.056 565.552,42.003 565.552,50 C565.552,57.996 565.522,58.943 565.378,62.101 M570.82,37.631 C570.674,34.438 570.167,32.258 569.425,30.349 C568.659,28.377 567.633,26.702 565.965,25.035 C564.297,23.368 562.623,22.342 560.652,21.575 C558.743,20.834 556.562,20.326 553.369,20.18 C550.169,20.033 549.148,20 541,20 C532.853,20 531.831,20.033 528.631,20.18 C525.438,20.326 523.257,20.834 521.349,21.575 C519.376,22.342 517.703,23.368 516.035,25.035 C514.368,26.702 513.342,28.377 512.574,30.349 C511.834,32.258 511.326,34.438 511.181,37.631 C511.035,40.831 511,41.851 511,50 C511,58.147 511.035,59.17 511.181,62.369 C511.326,65.562 511.834,67.743 512.574,69.651 C513.342,71.625 514.368,73.296 516.035,74.965 C517.703,76.634 519.376,77.658 521.349,78.425 C523.257,79.167 525.438,79.673 528.631,79.82 C531.831,79.965 532.853,80.001 541,80.001 C549.148,80.001 550.169,79.965 553.369,79.82 C556.562,79.673 558.743,79.167 560.652,78.425 C562.623,77.658 564.297,76.634 565.965,74.965 C567.633,73.296 568.659,71.625 569.425,69.651 C570.167,67.743 570.674,65.562 570.82,62.369 C570.966,59.17 571,58.147 571,50 C571,41.851 570.966,40.831 570.82,37.631"></path></g></g></g></svg></a></p>
<p><a href="https://www.instagram.com/reel/CdVvjA2DGMn/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" style=" background:#FFFFFF; line-height:0; padding:0 0; text-align:center; text-decoration:none; width:100%;" target="_blank" rel="noopener">Voir cette publication sur Instagram</a></p>
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<p style=" color:#c9c8cd; font-family:Arial,sans-serif; font-size:14px; line-height:17px; margin-bottom:0; margin-top:8px; overflow:hidden; padding:8px 0 7px; text-align:center; text-overflow:ellipsis; white-space:nowrap;"><a href="https://www.instagram.com/reel/CdVvjA2DGMn/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" style=" color:#c9c8cd; font-family:Arial,sans-serif; font-size:14px; font-style:normal; font-weight:normal; line-height:17px; text-decoration:none;" target="_blank" rel="noopener">Une publication partagée par The Metropolitan Opera (@metopera)</a></p>
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		<title>WAGNER, Tristan und Isolde — Aix-en-Provence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/tristan-und-isolde-aix-en-provence-madame-bovary-cest-elle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 17 Jul 2021 01:09:54 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Wagner lisait-il Flaubert lorsqu’il composa Tristan et Isolde ? Simon Stone au Grand Théâtre de Provence le suggère. Telle Madame Bovary, Isolde échappée de ses landes celtiques s’efforce de conjurer la médiocrité d’une vie bourgeoise. Tristan est un mari volage qu’elle aimerait asservir. Fantasme et réalité s’entremêlent dans des décors contemporains – loft, open space, métro. &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Wagner lisait-il Flaubert lorsqu’il composa <em>Tristan et Isolde</em> ? <strong>Simon Stone</strong> au Grand Théâtre de Provence le suggère. Telle Madame Bovary, Isolde échappée de ses landes celtiques s’efforce de conjurer la médiocrité d’une vie bourgeoise. Tristan est un mari volage qu’elle aimerait asservir. Fantasme et réalité s’entremêlent dans des décors contemporains – loft, <em>open space</em>, métro. Il faut parcourir le programme si l’on veut valider certaines hypothèses. Melot serait donc le fils d’une première union avec Marke, enfant que la séparation de ses parents conduira à tuer le beau-père. Œdipe affleure. Le mythe vacille mais ne rompt pas. Une fois encore, il faut une explication de texte préalable pour déchiffrer une mise en scène sinon confuse. Est-ce ainsi que l’on veut rendre l’opéra accessible ?</p>
<p>L’histoire retiendra en ricanant la<em> Liebestod</em> ligne 11, entre les stations Hôtel de Ville et Châtelet, comme elle se plait régulièrement à ressasser la transposition de <em>La Bohème</em> dans l’espace. Déjà des calembours circulent à l’entracte. Tristan et Isolde qui ne meurent pas à la fin de l’opéra, ce n’est pas si courant. Tout n’est pas pourtant pas à jeter dans cette approche iconoclaste, ne serait-ce que sur le seul plan esthétique : la perspective des décors, la poésie du quotidien, le contraste saisissant entre les banalités de la vie courante et l’intensité des sentiments&#8230;</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/tris0.jpg?itok=_9Gcme-6" title=" © Jean-Louis Fernandez" width="468" /><br />
	 © Jean-Louis Fernandez</p>
<p>Peu importe en fait les circonvolutions intellectuelles nécessaires pour recoller les morceaux d’un livret dépiécé lorsque le pouvoir de la musique s’impose, au-delà de sa représentation.</p>
<p>De retour à Aix-en-Provence, après une Tétralogie qui motiva l’édification du Grand Théâtre, <strong>Sir Simon Rattle</strong> retrouve le London Symphony Orchestra dont aucun des musiciens n’avait encore joué l’intégralité de l’opéra. Le chef d’orchestre avoue lui-même la relation névrotique qu’il entretient avec la partition : « Il ne serait pas exagéré de dire que, si je dirigeais consécutivement deux exécutions de <em>Tristan et Isolde</em>, je pourrais en devenir fou ». C’est, au-delà de l’endurance, cet engagement jusqu’au-boutiste que l’on éprouve face à la densité sonore d’une direction concentrée, équilibrée dont la véhémence ne s’exerce jamais au détriment des chanteurs.</p>
<p>Et quels chanteurs ! Des piliers du chant wagnérien, inoxydables, immarcescibles, imputrescibles. A-t-on jamais entendu Marke monologuer avec une telle humanité ? A-t-on jamais éprouvé avec une telle vérité les blessures d’une âme trahie ? <strong>Franz-Joseph Selig</strong> se pose en référence. Toute interprétation sera désormais mesurée à l’aune de cette voix d’airain dont la solidité raconte la fragilité.</p>
<p>A-t-on jamais observé Tristan agoniser avec aussi peu de concession, d’un timbre dont le métal n’est jamais corrompu, quelle que soient les exigences de l’écriture ? <strong>Stuart Skelton</strong> n’est pas un de ces bucherons qui abattent en ahanant les forêts wagnériennes. Derrière l’athlète, se devine le <em>Liedersänger</em> qui refuse de dissocier la note du mot.</p>
<p>A-t-on jamais vu une <em>Liebestod </em>s’épancher avec une telle évidence ; a-t-on jamais ressenti l’impression lustrale d’un flot longtemps contenu qui enfin se libère ? <strong>Nina Stemme</strong> ne cherche pas à économiser des moyens dont l’intégrité laisse pantois. Les imprécations du premier acte cinglent ; l’aigu transperce, non flèche mais javelot, droit, long, large ; la voix résiste à tous les coups de boutoir d’une partition inhumaine avec, comme ses partenaires, une capacité à parcourir l’échelle des décibels, du cri jusqu’au murmure – relatif étant donné la charge orchestrale.</p>
<p>En un cercle vertueux qui veut que les meilleurs suscitent le meilleur, les autres interprètes se hissent à un même niveau d’excellence : <strong>Jamie Barton</strong>, Brangäne inflexible dont les appels du 2<sup>e</sup> acte hantent encore la mémoire une fois le rideau tombé ; <strong>Josef Wagner, </strong>Kurwenal héroïque, vaillant, noble à l’égal de son maître ; <strong>Dominic Sedgwick</strong> qui n’a pas besoin du surcroit d’attention accordé à Melot par la mise en scène pour faire valoir l’éclat de son baryton ; jusqu’à <strong>Yvan Thirion</strong>, ancien artiste de l’Académie d’Aix-en-Provence, dont les interventions <em>a cappella</em> du pilote se posent en modèle de phrasé et de musicalité.</p>
<p>Le public de la première a, paraît-il, applaudi l’équipe musicale mais accueilli par une salve de huées le metteur en scène au tomber de rideau. Simon Stone absent lors des saluts, c’est debout que la salle ovationne l’ensemble des interprètes.</p>
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		<title>VERDI, La traviata — Paris (Garnier)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-traviata-streaming-paris-garnier-violetta-sur-les-reseaux-sociaux-streaming/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 06 Jul 2020 03:56:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A l&#8217;occasion de la rediffusion en streaming de La Traviata  (visible jusqu&#8217;au 9 novembre 2020), nous vous proposons de retrouver ci-après le compte rendu de la représentation du 12 septembre 2019 . C’est un accueil triomphal que le public de l’Opéra Garnier a réservé au rideau final à l’ensemble des protagonistes de cette nouvelle production &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>A l&rsquo;occasion de la rediffusion en streaming de <em>La Traviata </em> (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.operadeparis.fr/magazine/la-traviata-replay">visible jusqu&rsquo;au 9 novembre 2020</a>), nous vous proposons de retrouver ci-après le compte rendu de la représentation du 12 septembre 2019 .</strong></p>
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<p>C’est un accueil triomphal que le public de l’Opéra Garnier a réservé au rideau final à l’ensemble des protagonistes de cette nouvelle production de <em>La traviata</em> à l’exception du metteur en scène et de son équipe qui ont dû essuyer quelques huées vite noyées sous les applaudissements.</p>
<p>Il faut dire que Simon Stone nous a servi une version « branchée » de l’opéra de Verdi, en situant l’action de nos jours et en faisant de Violetta une star médiatique, une sorte de Kim Kardashian, égérie d’une marque de parfum, qui consulte régulièrement le nombre de ses « followers » sur ses comptes Facebook ou Instagram dont les pages sont projetées en grand sur les hémicycles placés sur une tournette, qui servent de décor. Sont également projetés les SMS qu’elle échange avec sa mère, Flora, son médecin et plus tard Alfredo et son banquier. On apprend ainsi que son cancer a récidivé ce qui ne l’empêche pas de fumer comme un pompier pendant tout le premier acte, et, plus tard, qu’elle est dans une mauvaise passe financière. Nous aurons droit également aux affiches publicitaires de son parfum et aux gros titres des journaux à scandale qui commentent sa liaison avec Alfredo. Le premier acte se situe dans une boîte à la mode où le champagne coule à flots, Puis Violetta sort et se retrouve dans une ruelle où des fêtards fument devant des poubelles. C’est là qu’Alfredo la rejoint pour lui déclarer sa flamme, Après quoi elle quitte les lieux en Uber dans une superbe voiture blanche avant de chanter « Ah ! fors’è lui » en traversant la place des Pyramides pour se retrouver devant un kebab où elle achète de quoi calmer une petite faim. Au deuxième acte Alfredo interprète son air en écrasant du raisin, les pieds nus dans un baquet, Giorgio Germont surprend Violetta en train de traire une vache, puis ils chantent leur duo devant une petite chapelle à plusieurs mètres l’un de l’autre sans savoir quelle attitude adopter. La fête chez Flora est une soirée costumée libertine avec pour décor des tubes de néons multicolores représentant des corps nus en train de copuler de toutes les manières possibles. Au dernier acte nous sommes dans un hôpital où Violetta reçoit sa chimio avant de revenir sur les lieux qu’elle a traversés au début et finir par disparaître dans une ouverture étroite entre deux décors d’où s’échappent d’épais nuages de fumée.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="311" src="/sites/default/files/styles/large/public/5d78c9ca0000000000000009_big_0.jpg?itok=fYqSQ6-J" title="La traviata © Charles Duprat / Opéra national de Paris" width="468" /><br />
	La traviata © Charles Duprat / Opéra national de Paris</p>
<p>Passée la surprise du premier acte qui en met plein la vue et fonctionne somme toute plutôt bien, le spectacle s’enlise à partir du II et tourne à vide comme la tournette dont les grincements finissent par agacer, le metteur en scène n’ayant pas su exploiter efficacement jusqu’au bout son idée de départ, accumulant les détails inutiles voire sordides. Dommage.</p>
<p>Fort heureusement sur un plan musical nous sommes à la fête. Notons que la partition est donnée dans sa quasi intégralité, en particulier pour Violetta qui chante les deux couplets de « Ah fors’è lui » et de « Addio del passato ». Alfredo et son père chantent leur cabalette respective sans toutefois les doubler.</p>
<p>Au pupitre <strong>Michele Mariotti</strong> se plait à mettre en valeur certains détails de l’orchestre que l’on n’entend pas habituellement, sa direction aux tempos souvent rapides fait ressortir les contrastes entre les différents tableaux. Excellente prestation des chœurs malgré quelques décalages qui devraient s’estomper par la suite.</p>
<p>Des seconds rôles tous impeccables, citons le Baron Douphol sonore de <strong>Christian Helmer</strong>, le Gastone élégant de <strong>Julien Dran</strong> et le Marquis d’Obigny jovial de <strong>Marc Labonnette</strong>. <strong>Thomas Dear</strong> est un Docteur Grenvil à la voix profonde et <strong>Marion Lebègue</strong> campe avec conviction une Annina attachée à sa maîtresse. Dotée d’un timbre charnu, <strong>Catherine Trottmann</strong> propose une Flora d’une grande sensualité tant sur le plan scénique que vocal.</p>
<p>En Germont père, <strong>Ludovic Tézier</strong> donne une magistrale leçon de chant verdien. A cet égard son « Di provenza il mar il suol » est en tout point remarquable, la voix est homogène et bien projetée, le legato est souverain et le style accompli. La cabalette qui suit ne manque pas de panache.</p>
<p><strong>Benjamin Bernheim</strong> trouve en Alfredo un rôle à la mesure de ses moyens. La voix est large et remplit sans peine tout le théâtre, de plus le ténor possède une dynamique qui lui permet de nuancer sa ligne de chant avec bonheur. Le registre aigu est émis avec facilité mais l’ut à la fin de « Oh mio rimorso » est prudemment esquivé. Son duo final avec Violetta est particulièrement émouvant.</p>
<p>Enfin <strong>Pretty Yende</strong> effectue une prise de rôle réussie comme le confirme l’ovation debout à laquelle elle a eu droit à la fin de la représentation. Certes, la voix n’est pas grande mais à Garnier elle parvient à passer la rampe. Le premier acte, adapté à sa tessiture, ne lui pose aucun problème, « Ah fors’è lui » tout en demi-teintes fait mouche et le « Sempre libera », éblouissant, s’achève sur un mi bémol sonore et bien tenu. Au II elle tient crânement tête à Tézier et met le public dans sa poche avec un « Dite alla giovine » chanté sur un fil de voix. Si l’on aurait aimé un « Amami Alfredo » plus large et plus dramatique, saluons la sagesse de l’artiste qui à aucun moment ne force ses moyens et finit par convaincre tout à fait dans une scène finale particulièrement bouleversante. Sa prestation à n’en pas douter, ira en se bonifiant au fil des représentations.   </p>
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		<item>
		<title>KORNGOLD, Die Tote Stadt — Munich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/die-tote-stadt-munich-jonas-kaufmann-nouvelle-etape-nouveau-triomphe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Dec 2019 22:51:43 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/jonas-kaufmann-nouvelle-tape-nouveau-triomphe/</guid>

					<description><![CDATA[<p>C’était l’événement annoncé de la fin de l’année 2019, c’est désormais un triomphe avéré, tant pour Jonas Kaufmann qui affrontait un nouveau rôle aux exigences extrêmes que pour les acteurs émérites de cette Ville morte. Le ténor bavarois poursuit donc l’ascension qui doit le mener vers Tristan – un troisième acte en avril à Boston et &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’était l’événement annoncé de la fin de l’année 2019, c’est désormais un triomphe avéré, tant pour <strong>Jonas Kaufmann</strong> qui affrontait un nouveau rôle aux exigences extrêmes que pour les acteurs émérites de cette <em>Ville morte</em>. Le ténor bavarois poursuit donc l’ascension qui doit le mener vers Tristan – un troisième acte en avril à Boston et Carnegie, et une prise de rôle en 2021 en Bavière, si l’on en croit les on-dit locaux (Krzysztof Warlikowski mettrait en scène) – et l’étape « Paul » le conduit déjà très près de ce sommet. Le rôle, proprement écrasant, mobilise le chanteur dans de longs monologues, exige un médium solide tout en sollicitant fréquemment l’aigu dans des phrases à la tension extrême. Jonas Kaufmann ne s’économise pas et galbe les muscles vocaux dès ses premières répliques. Celui à qui certains ont reproché un certain maniérisme par le passé en seront pour leur frais : émission claire, voix à la puissance certaine et aigus de poitrine claironnants, il se réserve les demi-teintes et <em>piani </em>dont il a le secret pour les passages les plus tendres, les instants d’intimité et de fragilité de Paul. L’endurance du ténor ne laisse aucun doute, et même, après un premier acte tendu, il retrouve une souplesse exemplaire, brûle les planches de sa voix et de sa présence dans le duo du deuxième acte et couronne son incarnation dans un final à la poésie magnifiée par un timbre qui aura conservé toute sa fraîcheur. Il s’impose déjà comme un grand Paul et laisse entrevoir le Tristan qu’il pourrait être demain.</p>
<p>Une telle réussite est rendu possible en partie par l’équipe autour du chanteur. <strong>Marlis Petersen</strong> s’avère l’aiguillon parfait pour piquer ce Paul. Présence scénique encore plus magnétisante que celle du ténor, elle le pousse dans ses retranchements et porte leurs disputes et ébats dans des confins torrides. Pourtant ses premières interventions font craindre un sous-dimensionnement comme pour la <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/salome-munich-la-grenouille-et-le-boeuf"><em>Salome</em> </a>de l’été passé. Certes, la matière vocale n’est pas aussi étoffée qu’on pourrait le souhaiter et cette Marietta s’avère davantage espiègle vocalement que pleinement séductrice, faute des moirures suffisantes. Pourtant, de scène en scène, Marlis Peterson installe son personnage en même temps qu’elle caracole, véritable furie scénique. Sa transformation en apparition de Marie, jeune femme en phase terminale d’un cancer, sidère le public, de même que le cristal pur avec lequel elle chante ces quelques répliques déchirantes. Les duos des actes suivants, qu’elle charge de tout l’érotisme physique et vocal qu’elle peut mobiliser, finissent d’emporter toutes les réserves. Chanceux Jonas Kaufmann, qui après Kristine Opolais à Londres dans Puccini, trouve en Marlis Petersen une égale bête de scène. Chanceux les spectateurs qui assistent à pareille rencontre.<br />
	Le bémol de la soirée vient du reste de la distribution qui, sans démériter, ne se hisse pas aux mêmes sommets. <strong>Jennifer Johnston</strong> compose une Birgitta émouvante mais parfois en mal de justesse ; <strong>Andrzej Filonczyk</strong> s’avère bien trop prosaïque de timbre et de ligne pour enchanter le lied de Pierrot ou sortir Frank de l’anonymat amical que lui a dévolu le livret. Pas de sensation particulière chez les autres rôles secondaires, certes courts : même le Comte Albert de <strong>Dean Power</strong> ou le Gaston de <strong>Manuel Gunther</strong> s’oublient aussi vite qu’ils quittent la scène. A tout le moins, reconnaîtra-t-on à tous, y compris à <strong>Mirjam Mesak</strong> (Juliette) et <strong>Corinna Scheurle</strong> (Lucienne), un abattage scénique jubilatoire. Les chœurs, notamment ceux des enfants, s’avèrent excellents.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/lm0a5745.jpg?itok=mpnrHAFG" title="© Wilfried Hösl" width="468" /><br />
	© Wilfried Hösl</p>
<p>La proposition scénique de <strong>Simon Stone</strong>, créé avec sensation à Bâle en 2016, convainc, elle, tout à fait. L’action est transposée à notre époque dans une maison à la décoration design où trônent deux affiches, deux références filmographiques sous lesquelles le metteur en scène australien place sa lecture : <em>Blow-up</em> d’Antonioni et <em>Pierrot le Fou </em>de Godard. Ces clés de lecture sont aussi évidentes que pertinentes eu égard au livret du compositeur. Le rendu scénique trahit également l’homme du septième art qu’est Simon Stone. Cette maison en kit juchée sur une tournette fonctionne comme un implacable travelling dans la solitude et la démence de Paul, où les apparitions dédoublées de sa défunte épouse donnent à voir la santé mentale détraquée du veuf. La maison se disloque, ses pièces se retrouvent pour ainsi dire sens dessus dessous, comme dans le mauvais rêve que Paul est en train de faire. La virtuosité de ce dispositif achève de bluffer le spectateur au dernier acte, où la maison se recompose pour retrouver son agencement à la propreté maniaque du début. Manière de dire que, malgré ses dénégations, Paul n’en a pas fini avec son deuil qui l’empêche de vivre ?</p>
<p>Si l’on avait oublié la virtuosité de la baguette de <strong>Kirill Petrenko</strong>, il la rappelle dès les premières mesures, déployant un orchestre translucide et liquide où chaque détail se fond en un instant dans un tout ordonné. On se régale des interventions des deux harpes, on grimace un peu devant des timbales toujours très mises en avant par le chef russe. Couleurs et timbres, le directeur musical les manie comme un alchimiste : chaque scène trouve sa juste ambiance, chaque soliste reçoit l’équilibré soutien dont il a besoin. Pourtant cette direction de haut vol laisse un regret : <em>Die tote Stadt</em> comporte aussi ses envolées lyriques, celles qui galvanisent les deux chanteurs sur scène et l’on aurait aimé que la maîtrise maniaque de Kirill Petrenko s’abandonne parfois dans l’hédonisme d’un sentiment exprimé de manière simple et immédiate.</p>
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