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	<title>Matteo STRAFFI - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Sat, 05 Sep 2026 10:41:37 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Matteo STRAFFI - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>PERGOLESI, L’Olimpiade</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/pergolesi-lolimpiade/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Rouvière]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 05 Sep 2026 07:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Bien qu’il s’agisse de l’une des partitions de Pergolèse ayant bénéficié de la plus large diffusion européenne, L’Olimpiade, l’ultime de ses quatre opéras sérias, n’est ni le plus original, ni le plus réussi. Les premiers symptômes de la tuberculose, qui devait emporter le musicien l’année suivante, ont pu causer cette baisse d’inspiration. Mais on l’imputera &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Bien qu’il s’agisse de l’une des partitions de Pergolèse ayant bénéficié de la plus large diffusion européenne, <em>L’Olimpiade</em>, l’ultime de ses quatre opéras sérias, n’est ni le plus original, ni le plus réussi. Les premiers symptômes de la tuberculose, qui devait emporter le musicien l’année suivante, ont pu causer cette baisse d’inspiration. Mais on l’imputera surtout à la hâte avec laquelle il dut écrire, pour une troupe romaine ne possédant pas le lustre de celle qui avait donné <em>Adriano in Siria</em> à Naples – à peine trois mois plus tôt. De fait, le célébrissime livret de Métastase, magistralement traité par Vivaldi en 1734, dut être aménagé (on en supprima les chœurs), et plusieurs pages d’<em>Adriano</em> y furent greffées sans grand discernement.</p>
<p>La distribution d’origine, entièrement masculine comme l’exigeait la censure papale, réunissait cinq castrats (trois sopranos, deux mezzos) et deux ténors, dont les rôles s’avèrent également exigeants sans pour autant paraître très caractérisés – rendant la résurrection de l’ouvrage hasardeuse, comme l’ont prouvé ses deux précédents enregistrements (Armiliato, Arkadia, 1993 ; de Marchi, Sony, 2011).</p>
<p>La présente version aurait pu rebattre les cartes, si les contraintes économiques n’avaient fait préférer une captation sur le vif (sur scène, à Jesi, patrie du compositeur) à une véritable intégrale : ce qui occasionna nombre de coupures (trois airs, tous dévolus aux personnages féminins, et quatre <em>da capo</em> passent à la trappe), qui, de façon symptomatique, se voient justifiées, non par le chef, mais par… le metteur en scène ! Le choix du <em>live</em> confère certes un supplément de vie aux récitatifs mais ne flatte guère une distribution fragile, non plus qu’un ensemble instrumental réduit (près de deux fois moins de musiciens que chez de Marchi), relégué au second plan par une prise de son fort sèche.</p>
<p>Bien que privé de son formidable Chœur Ghislieri, <strong>Giulio Prandi</strong> reste l’un des plus intéressants « baroqueux » italiens : au clinquant assez uniforme de ses prédécesseurs, il oppose une direction toute en nuances, qui met en relief, dès l’ouverture mais également au sein de chaque air, les variations dynamiques, modifications de climat et de tempo propres à l’école galante.<br />
L’équipe vocale ne brille pas par sa technique, avec une émission souvent serrée côté sopranos ou qui se réfugie dans le nez côté ténors. Ces derniers, particulièrement <strong>Matteo Straffi</strong>, camouflent néanmoins avec habileté les difficultés que peuvent leur poser des rôles trop graves. Chez les dames, <strong>Theodora Raftis</strong> confirme les promesses faites par le récent <em>Astarto</em> de Bononcini (CPO, 2025) : si son timbre clair n’évoque guère les castrats d’antan, elle affronte avec un incontestable panache l’épineux rôle du <em>primo uomo</em>. Dommage que son grand air pour deux orchestres, initialement conçu pour Caffarelli (« Torbido in volto »), ait été réduit à son premier tiers… En revanche, <strong>Josè Maria Lo Monaco</strong>, chant peu soigné, notes extrêmes effleurées, s’effondre dans les pages de bravoure confiées au anti-héros Licida. <strong>Colombo</strong>, <strong>Frigato</strong>, <strong>Ascioti</strong> ont leurs moments mais aussi des faiblesses que davantage de répétitions et/ou une captation en studio auraient atténuées…</p>
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		<title>PERGOLESI, L&#8217;Olimpiade &#8211; Beaune</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/pergolesi-lolimpiade-beaune/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Jul 2026 04:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il faut bien l&#8217;avouer, l&#8217;opéra seria peut parfois faire peur. Bien loin de nos canons dramatiques contemporains, il est construit sur une alternance réglée de récitatifs et d&#8217;airs à da capo, et, à l&#8217;intérieur des airs eux-mêmes, sur une succession d&#8217;affects exposés puis repris à l&#8217;identique. Le genre peut donc aisément ennuyer, si l&#8217;on n&#8217;y perçoit &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">Il faut bien l&rsquo;avouer, l&rsquo;opéra<em> seria</em> peut parfois faire peur. Bien loin de nos canons dramatiques contemporains, il est construit sur une alternance réglée de récitatifs et d&rsquo;airs à <em>da capo</em>, et, à l&rsquo;intérieur des airs eux-mêmes, sur une succession d&rsquo;affects exposés puis repris à l&rsquo;identique. Le genre peut donc aisément ennuyer, si l&rsquo;on n&rsquo;y perçoit qu&rsquo;une mécanique un peu raide. Mais il y a des soirées comme cette <em>Olimpiade</em> de Pergolèse donnée dans la cour de l&rsquo;Hôtel-Dieu au Festival de Beaune, où toute impression de lassitude s&rsquo;évapore face à des interprètes qui semblent parler naturellement cette langue : avec pour seul ressort le texte et la musique, l&rsquo;œuvre apparaît sans temps mort, parcourue d&rsquo;une tension qui jamais ne retombe. À la tête de son <strong>Orchestra Ghislieri</strong>, invité pour la première fois à Beaune, <strong>Giulio Prandi</strong> rappelle que ce théâtre réputé rigide déploie en réalité une rhétorique brûlante de la passion – pourvu qu&rsquo;on sache la faire entendre.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">Le livret de <em>L&rsquo;Olimpiade</em> est signé Métastase, le plus fameux librettiste du siècle : une cinquantaine de compositeurs le mirent en musique. Trois parmi les plus célèbres s&rsquo;en emparèrent en l&rsquo;espace de dix-huit mois – Caldara à Vienne, Vivaldi à Venise, puis le tout jeune Pergolèse à Rome, en janvier 1735. L&rsquo;intrigue situe aux Jeux d&rsquo;Olympie un dilemme cornélien : Licida veut conquérir la belle Aristea, promise au vainqueur des Jeux ; mais, piètre athlète, il demande à son ami Mégacle de concourir sous son nom. Or Mégacle aime Aristea en secret, et en est aimé&#8230; Le voici donc sommé, par amitié, de gagner la femme qu&rsquo;il aime pour la céder à un autre. De ce sacrifice naissent jalousies, désespoirs et tentatives de suicide, jusqu&rsquo;aux reconnaissances finales : Licida, qui avait délaissé Argène, lui revient, tandis qu&rsquo;Aristea s&rsquo;unit à son Mégacle.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">Ce qui frappe, dans cette partition de jeunesse du compositeur – qui disparaîtra, hélas, tout juste un an après sa création – c&rsquo;est sa singulière liberté. L&rsquo;invention mélodique est constante, et d&rsquo;une variété de tons rare – de la fanfare héroïque de « Superbo di me stesso » à la tendresse voilée du sommeil de Licida, « Mentre dormi », où les cordes en sourdine et les cors tenus dessinent l&rsquo;une des plus belles pages de l&rsquo;ouvrage. Le compositeur va jusqu&rsquo;à resserrer le livret de Métastase pour en aviver le drame : aux adieux de Licida promis à l&rsquo;échafaud, là où le poète n&rsquo;avait prévu qu&rsquo;un chœur, il enchaîne les numéros d&rsquo;un seul élan, portant le pathétique à son comble. On comprend que l&rsquo;œuvre, peu jouée après sa création romaine, ait pourtant été copiée à la main dans toute l&rsquo;Europe, et que Rousseau ait cité en modèle, dans son <em>Dictionnaire de musique</em>, le duo « Ne&rsquo; giorni tuoi felici ». Longtemps, <em>L&rsquo;Olimpiade</em> de Pergolèse n&rsquo;aura connu au disque qu&rsquo;une seule version, dirigée par Alessandro De Marchi, mais il en est paru justement une deuxième ces jours-ci, captée à Jesi en novembre dernier avec quasiment la même distribution que ce soir, sous la baguette de Giulio Prandi.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">Au cours de cette soirée à marquer d&rsquo;une pierre blanche, c&rsquo;est d&rsquo;abord l&rsquo;orchestre qui emporte l&rsquo;adhésion. L&rsquo;Orchestra Ghislieri est bariolé, engagé, d&rsquo;une précision de tous les instants ; l&rsquo;ouverture éclate en couleurs foisonnantes, cors, basson et hautbois en tête, et les introductions des airs virtuoses flamboient. Dans un air de Mégacle au troisième acte, un trio formé de deux violons et d&rsquo;un alto se détache du reste de l&rsquo;orchestre, en une page d&rsquo;une modernité confondante. À la tête de sa phalange, Giulio Prandi propose une direction qui est un modèle d&rsquo;équilibre : attentive, dramatique, souple, colorée, elle tient le fil du drame de bout en bout sans laisser retomber la tension. Les récitatifs à eux seuls fondent la qualité de la soirée : partout admirables, portés par un italien soigné et suprêmement éloquent, ils sont gorgés de théâtre et de musique. On regrettera à peine quelques <em>da capo</em> écourtés dans le dernier acte et deux ou trois scènes coupées : l&rsquo;ouvrage n&rsquo;y perd rien de sa force, et la soirée y gagne en tension.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">La révélation vocale de la soirée, c&rsquo;est <strong>Theodora Raftis</strong> dans le rôle de Mégacle. La voix n&rsquo;a rien d&rsquo;extraordinaire en soi – l&rsquo;aigu reste court, le grave ténu –, mais quel tempérament ! Un timbre traversé de métal, incisif, une incarnation puissante et d&rsquo;une variété rare. Son récitatif plein de superbe après sa victoire aux Jeux, puis surtout son « Se cerca, se dice » (une <em>aria parlante </em>aux antipodes du <em>da capo</em>, que Pergolèse fragmente en une plainte haletante), où elle exprime tous les sentiments qui traversent le personnage avec un aplomb souverain, imposent un portrait saisissant. Elle brille encore dans l&rsquo;unique duo de l&rsquo;ouvrage, « Ne&rsquo; giorni tuoi felici », qui clôt le premier acte :<span class="_animating_yu34g_10" data-newtext-seq="40"> une </span><span class="_animating_yu34g_10" data-newtext-seq="61">vaste page au lyrisme presque </span><span class="_animating_yu34g_10" data-newtext-seq="82">déjà mozartien, que </span><span class="_animating_yu34g_10" data-newtext-seq="102">les violons parcourent </span><span class="_animating_yu34g_10" data-newtext-seq="125">d&rsquo;un frémissement </span><span class="_animating_yu34g_10" data-newtext-seq="143">continu, et l&rsquo;un des </span><span class="_animating_yu34g_10" data-newtext-seq="164">moments les plus </span><span class="_animating_yu34g_10" data-newtext-seq="181">marquants de la soirée.</span></p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">À ses côtés, <strong>Anna Bonitatibus</strong> retrouvait Licida, qu&rsquo;elle avait déjà chanté ici même, en 2003, sous la baguette d&rsquo;Ottavio Dantone – son unique apparition au Festival de Beaune jusque-là. La voix est moins assurée qu&rsquo;autrefois aux deux extrémités de la tessiture, mais quel bonheur que cette interprétation ! La chanteuse est l&rsquo;incarnation même de la <em>morbidezza</em> : chaque mot est goûté, croqué comme un fruit, tout à la fois expressif, rhétorique et dramatique. Son <em>aria di furore</em> de la fin du deuxième acte, « Gemo in un punto », est particulièrement marquant : on y mesure une maîtrise technique et physique rare, où le chant semble surgir du corps entier, chaque période menée d&rsquo;un seul geste jusqu&rsquo;à son terme. Il y a là comme un corps à corps avec la musique et le texte, non contre la difficulté, mais pour exprimer la passion sans jamais déborder tout à fait : l&rsquo;essence même du <em>seria</em>, en somme. Ce ce que Bonitatibus donne à voir et entendre ici, l&rsquo;œuvre entière le dit à sa façon. Le <em>lieto fine</em> de <em>L&rsquo;Olimpiade</em> n&rsquo;a rien du <em>deus ex machina</em> : ce sont des scènes de reconnaissance, et surtout un appel à la raison, qui dénouent une à une les impasses. Chez Métastase, la raison désamorce les passions comme le chanteur, sur scène, maîtrise les siennes.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">Autour de ce couple, le reste de la distribution se tient à belle hauteur. En Clistene, <strong>Anicio Zorzi Giustiniani</strong> oppose une voix de ténor un rien rêche, au rendu parfois métallique, mais d&rsquo;une grande éloquence, au caractère incisif tout à fait bienvenu dans ce personnage de roi. <strong>Carlotta Colombo</strong> prête à Aristea un timbre acidulé, légèrement piquant, où perce une émotion frémissante – sa scène de fureur, cinglante, fait particulièrement mouche. Quant au personnage d&rsquo;Argène, il trouve en <strong>Silvia</strong> <strong>Frigato</strong> une avocate au timbre cendré, qui mord dans le mot italien avec un abattage réjouissant. <strong>Matteo Straffi</strong> compose un Aminta au grain clair, d&rsquo;une élégance toute mozartienne (le Ferrando de <em>Così</em> n&rsquo;est pas loin), que son air redoutable « Siam navi », hérissé d&rsquo;appels de cors, met un peu en difficulté dans l&rsquo;aigu. Enfin <strong>Francesca Ascioti</strong> intrigue par un contralto d&rsquo;une noirceur sauvage, presque fauve, et prête au vieux confident Alcandro une drôlerie grinçante quand il importune les amants, une vraie dignité quand il apaise le drame.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">Si cette <em>Olimpiade</em> emporte pleinement l&rsquo;adhésion, c&rsquo;est que deux réussites s&rsquo;y conjuguent : une partition d&rsquo;une inventivité inépuisable, aux airs foisonnants et à l&rsquo;orchestre somptueux, et des interprètes qui en parlent la langue, sous la battue d&rsquo;un chef qui lui rend tout son théâtre. Nul besoin d&rsquo;organes phénoménaux pour que l&rsquo;œuvre déploie toutes ses beautés musicales et théâtrales, il suffit d&rsquo;interprètes qui en exaltent le style et en goûtent les mots. Beaune l&rsquo;a prouvé – et France Musique diffusera ce concert le 7 août à 20 heures, pour qui voudra s&rsquo;en assurer.</p>
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		<title>STRADELLA, Moro per amore — Caprarola</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/moro-per-amore-caprarola-stradella-ou-la-vie-de-chateau/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Sep 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Andrea De Carlo est un chef passionné et passionnant, enthousiaste lorsqu&#8217;il évoque Alessandro Stradella à qui il dédie depuis dix ans un magnifique festival. Il participe ainsi à revivifier de charmants villages et promène les spectateurs dans les plus beaux lieux patrimoniaux de la Tuscia, de Caprarola à la villa Lante de Bagnaia pour des &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Andrea De Carlo</strong> est un chef passionné et passionnant, enthousiaste lorsqu&rsquo;il évoque Alessandro Stradella à qui il dédie depuis dix ans un magnifique festival. Il participe ainsi à revivifier de charmants villages et promène les spectateurs dans les plus beaux lieux patrimoniaux de la Tuscia, de Caprarola à la villa Lante de Bagnaia pour des soirées d&rsquo;exception, à la jauge réduite.</p>
<p>C&rsquo;est donc un sentiment de privilège qui perdure après la brillante représentation de <em>Moro per Amore</em>, huitième et ultime opéra de Stradella qui ne l&rsquo;a jamais entendu puisqu&rsquo;il est mort assassiné avant sa première représentation.</p>
<p>Sous les fresques maniéristes du palais Farnese, l’œuvre méconnue trouve ici une juste redécouverte par un ensemble spécialiste qui a travaillé avec précision l&rsquo;interprétation comme la linguistique et s&rsquo;approprie les particularismes de l&rsquo;émission vocale traditionnelle de la musique romaine pour mieux jouer des couleurs de la partition. Stradella est un compositeur d&rsquo;une immense créativité et on ne s&rsquo;ennuie pas une seconde dans cette version de concert menée à bride abattue par le formidable <strong>ensemble Mare Nostrum</strong>. L&rsquo;œuvre est remarquable, d&rsquo;une étonnante souplesse dans sa structure – ici raccourcie mais bientôt disponible en intégrale car la même équipe en achève tout juste l&rsquo;enregistrement. Les récitatifs ne sont jamais ennuyeux et volent parfois la vedette aux airs, accompagnés par un continuo inventif dont les interprètes varient sans cesse. Mention spéciale pour la délicatesse de l&rsquo;association harpe, guitare, violoncelle ainsi que pour la belle sensibilité de <strong>Lucia Adelaïde di Nicola,</strong> superbe claveciniste et musicologue distinguée, indispensable cheville ouvrière dans la redécouverte du répertoire.</p>
<p>Précision des attaques, soutien indéfectible au plateau, vitalité et spontanéité de l’interprétation, en dépit d&rsquo;un volume un peu trop uniformément fort, Andrea de Carlo met en exergue tous les reliefs du brillant contrapuntiste qu&rsquo;est le compositeur, suivi comme un seul homme par la phalange de 9 excellents musiciens en partie issus du <em>Young Project</em> de l&rsquo;ensemble. Car le chef, qui enseigne la viole de gambe au conservatoire de Rome, a le goût de la pédagogie et quatre des sept chanteurs sont également issus de ce programme qui avait donné ce même opéra en version scénique au Palazzo Altemps l&rsquo;an passé dans la capitale italienne.</p>
<p>Tous portent avec talent l&rsquo;histoire d&rsquo;amour embrouillée de ce « maure par amour » prêt à « mourir d&rsquo;amour » comme le suggère le double sens du titre.</p>
<p>Pas de black face pour<strong> Danilo Pastore</strong> qui prête sa sensibilité à l&rsquo;amoureux travesti et compense une voix peu percussive par une grande délicatesse comme dans le bouleversant « La fortuna è troppo avara ».</p>
<p>Face à lui, <strong>Silvia Frigato</strong> est une fabuleuse Eurinda qui se rit des nombreuses chausse-trappes de la partition, des harmoniques audacieuses et jubilatoires d&rsquo;un « Ogni petto, ogni cor ». Les registres sont parfaitement unifiés en dépit d&rsquo;un ambitus exigeant, le timbre glorieux dans « Furie terribile », les vocalises toujours souples et précises et la palette de couleurs exemplaires comme dans le déchirant « Sepellitevi nel cor ».</p>
<p>La reine est bien entourée par une dame d&rsquo;atours de grande classe en la personne de <strong>Margarita</strong> <strong>Slepakova</strong> aux médium parfois fragile mais à la belle sensibilité comme dans le « T&rsquo;intendo ». Elle forme un bien joli couple avec le ténor puissant de <strong>Matteo Straffi</strong>, à l&rsquo;airain dépourvu du moindre effort apparent dès son « Accingetevi ». Le jeune chanteur gagnerait simplement à plus de nuances comme dans leur duo « Amorosa impazienza ».</p>
<p>L&rsquo;excellent Fiorino du sopraniste <strong>Federico Fiorio</strong> complète avantageusement la distribution, fort d&rsquo;une émission au naturel confondant, de vocalises ductiles et d&rsquo;un épatant talent de comédien plein de friponnerie.</p>
<p>Il donne la réplique à la gourmande Lindora de<strong> Eleonora Filipponi</strong> qui cabotine avec une totale jubilation comme dans le chatoyant « Libertà, libertà » bien que la voix, très large, peine parfois ailleurs par manque de focus.</p>
<p>L&rsquo;auditeur aimerait profiter plus encore du timbre plein, charnu, bien campé de <strong>Masashi Tomosugi,</strong> moins présent sur scène, et sort heureusement étourdi de cette soirée menée tambour battant, dans l&rsquo;attente impatiente d&rsquo;une découverte plus complète au disque.</p>
<p> </p>
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