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	<title>Matthias WINCKHLER - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Matthias WINCKHLER - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>HAENDEL, Tamerlano &#8211; Freiburg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-tamerlano-freiburg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yves Jauneau]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 10 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Tamerlano, œuvre sombre et d’une rare intensité dramatique, est encore trop rarement donné, en comparaison notamment d&#8217;Alcina ou de Giulio Cesare. Composé durant l’été 1724, il marque une rupture dans le genre de l’opera seria en plaçant un ténor, Bajazet, au centre de l’action, et non un castrat ou une prima donna. Le livret de Nicola &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><i><span style="font-weight: 400;">Tamerlano</span></i><span style="font-weight: 400;">, œuvre sombre et d’une rare intensité dramatique, est encore trop rarement donné, en comparaison notamment d&rsquo;<em>Alcina</em> ou de <em>Giulio Cesare</em>. Composé durant l’été 1724, il marque une rupture dans le genre de l’opera seria en plaçant un ténor, Bajazet, au centre de l’action, et non un castrat ou une <em>prima donna</em></span><span style="font-weight: 400;">. Le livret de Nicola Francesco Haym repose en partie sur un texte antérieur d’Agostino Piovene &#8211; lui-même inspiré de la tragédie française </span><i><span style="font-weight: 400;">Tamerlan ou la mort de Bajazet</span></i><span style="font-weight: 400;"> de Jacques Nicolas Pradon &#8211; écrit pour </span><i><span style="font-weight: 400;">Il Bajazet</span></i><span style="font-weight: 400;"> (1719), opéra de Francesco Gasparini créé par le ténor italien Francesco Borosini. Ce dernier arriva à Londres pour créer ce même rôle dans le </span><i><span style="font-weight: 400;">Tamerlano </span></i><span style="font-weight: 400;">haendélien, impressionnant le compositeur par ses qualités vocales et dramatiques. Inspirée d’un épisode historique, la captivité du sultan ottoman Bayezid Ier par Tamerlan en 1402, l&rsquo;œuvre explore également la relation père-fille entre Bajazet et Asteria. Cette dernière, désirée par Tamerlano, est quant à elle éprise du prince grec Andronico. Le </span><i><span style="font-weight: 400;">Tamerlano</span></i><span style="font-weight: 400;"> de Haendel se distingue en premier lieu par l&rsquo;importance des récitatifs accompagnés ou des ariosos, notamment dans un troisième acte d’une grande densité émotionnelle. La virtuosité et la beauté des arias ne sont toutefois pas en reste, Asteria et Andronico ayant été chantés à la création par les deux superstars de l&rsquo;époque Francesca Cuzzoni et Senesino.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Comme à son habitude,</span><b> René Jacobs</b><span style="font-weight: 400;"> a préparé ce </span><i><span style="font-weight: 400;">Tamerlano</span></i><span style="font-weight: 400;"> de manière approfondie et méticuleuse, exigeant de tous un investissement total. Ainsi, tous les chanteurs interprètent leur rôle sans partition, avec une implication profonde dans l&rsquo;œuvre. Le chef gantois, interventionniste mais toujours inspiré, dirige jusqu&rsquo;au moindre récitatif, dont il répartit l&rsquo;accompagnement entre le luth (la fidèle et remarquable </span><b>Shizuko Noiri</b><span style="font-weight: 400;">), la harpe (</span><b>Mara Galassi</b><span style="font-weight: 400;">), le clavecin/orgue (</span><b>Riccardo Magnus</b><span style="font-weight: 400;">) et le violoncelle engagé de </span><b>Stefan Mühleisen</b><span style="font-weight: 400;">. Ce travail minutieux, maintenu dans une tension constante, est spectaculaire, transformant chaque scène en un moment de théâtre vibrant. La direction de René Jacobs, puissante et subtile, se distingue par son équilibre parfait, sans brusquerie : quelle merveille par exemple que ces récitatifs accompagnés ou encore cette ouverture dont la majesté indique toute la gravité du récit à venir. Les jeunes chanteurs, soutenus par cette direction musicale stimulante, livrent des performances sans doute bien plus intenses qu’ils n’en auraient données sous d’autres baguettes. Une mise en espace, accompagnée de quelques éléments (un siège pour le trône de Tamerlano, un châle pour signaler le travestissement d&rsquo;Irene en servante), permet au public de comprendre l&rsquo;action de manière limpide. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Dans le rôle-titre, </span><b>Paul-Antoine Bénos-Djian</b><span style="font-weight: 400;"> impressionne par une voix corsée, dont les graves percutants soulignent avec justesse la noirceur du personnage. Son chant, d’une précision remarquable, fait briller les vocalises (« A dispetto d’un volto ingrato »), et son incarnation du tyran s’impose avec évidence, sans forcer le trait. Le ténor <strong>Thomas Walker</strong> déploie un timbre souple et lumineux dans l’aigu, mais solidement ancré dans le grave, restituant avec justesse la tessiture hybride de Bajazet. Son interprétation habitée culmine dans la scène de la mort du troisième acte, rendue avec une vérité dramatique poignante, mais sans excès de pathos.</span></p>
<p><b>Katherina Ruckgaber</b><span style="font-weight: 400;"> déploie en Asteria une voix légère et claire, soutenue par une ligne d’une grande finesse et ornementée avec justesse. Très investie scéniquement, la soprano émeut par une fragilité frémissante (« Cor di padre »), malgré quelques tensions dans l&rsquo;aigu. </span><b>Alexander Chance</b><span style="font-weight: 400;"> incarne un Andronico juvénile, très bien projeté, qui s&rsquo;accorde idéalement avec celle d’Asteria, comme en témoigne leur bouleversant duo « Vivo in te ». Le contre-ténor anglais vocalise avec précision ; et si l’interprétation reste encore un peu sage, elle se distingue par une élégance constante. En Irene, </span><b>Helena Rasker</b><span style="font-weight: 400;"> dégage une présence scénique marquante, qui correspond parfaitement au caractère piquant et décalé du personnage. Le timbre chaud et velouté de la contralto se mêle idéalement aux clarinettes dans l&rsquo;aria « Par che mi nasca in seno », seul exemple haendélien de l&#8217;emploi de ces instruments. Enfin, en une seule aria, le baryton-basse </span><b>Matthias Winckhler</b><span style="font-weight: 400;">, très présent scéniquement, marque les esprits grâce à une ligne vocale souple et d&rsquo;une belle profondeur.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Les musiciens du </span><b>Freiburger Barockorchester</b><span style="font-weight: 400;">, fidèles à eux-mêmes, jouent ce soir comme si leur vie en dépendait, pour reprendre les mots de René Jacobs. La beauté des couleurs (flûtes), l&rsquo;impeccable mise en place (ces cordes et ces hautbois !) impressionne tout au long de la représentation. Accueilli en triomphe par le public de Freiburg, ce concert était le prélude à une tournée européenne. René Jacobs dirigera par ailleurs ce glorieux </span><i><span style="font-weight: 400;">Tamerlano</span></i><span style="font-weight: 400;"> en 2026, cette fois en version scénique au Festival Haendel de Karlsruhe.</span></p>
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		<title>MOZART, Grande Messe en ut mineur &#8211; Paris (Philharmonie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-grande-messe-en-ut-mineur-paris-philharmonie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yves Jauneau]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Feb 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La fameuse Grande Messe en ut mineur K. 427 de Mozart est régulièrement programmée à la Philharmonie. On se souvient notamment de versions mémorables dirigées ici même par John Eliot Gardiner en 2016 ou encore par Marc Minkowski en 2018. Profondément influencée par Bach et Haendel, cette œuvre est, on le sait, restée inachevée. Pour &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p data-start="101" data-end="708">La fameuse <i>Grande Messe en ut mineur</i> K. 427 de Mozart est régulièrement programmée à la Philharmonie. On se souvient notamment de versions mémorables dirigées ici même par John Eliot Gardiner en 2016 ou encore par Marc Minkowski en 2018. Profondément influencée par Bach et Haendel, cette œuvre est, on le sait, restée inachevée. Pour le concert de ce soir, <b>Jordi Savall</b> en propose une version reconstituée par <b>Luca Guglielmi</b>, qui assure également ce soir la partie d&rsquo;orgue. Pour l&rsquo;occasion, l&rsquo;artiste italien, comme il l&rsquo;explique dans <a href="https://deneb.philharmoniedeparis.fr/uploads/documents/NPGS-10-02-25-20-h-Mozart-Savall.pdf">le programme de salle</a> a enrichi les sections laissées inachevées (Credo, Sanctus et Agnus Dei) en s&rsquo;efforçant de « minimiser les nouvelles compositions et d’utiliser autant que possible la musique originale de Mozart ». Guglielmi a ainsi puisé dans d&rsquo;autres œuvres du compositeur (cantate <i>Davide penitente</i> K 469 et <i>Messe en ut majeur</i> K 337 par exemple), et en écrivant certains accompagnements laissés incomplets dans le manuscrit original. Si la reconstitution est habile, il est toujours difficile d&rsquo;y adhérer complètement lors d&rsquo;une première écoute, les ajouts sonnant toujours un peu bizarrement à l&rsquo;écoute d&rsquo;une œuvre si connue.</p>
<p data-start="101" data-end="708">Au-delà de la brièveté frustrante du concert – une heure de musique à peine, c&rsquo;est décidément trop peu –, c&rsquo;est surtout la direction de Jordi Savall qui suscite des réserves. Trop empressée et rigide, elle prive l’œuvre de la respiration nécessaire à son déploiement. Plus d’une fois, les solistes se retrouvent en difficulté dans leurs vocalises, faute d’un soutien suffisamment souple, et surtout, jamais ne s’installe ce sentiment de recueillement qui devrait habiter cette Messe. Tout se passe comme si l’artiste espagnol, au lieu de laisser la musique s’épanouir, poursuivait un métronome implacable.</p>
<p data-start="101" data-end="708">Les choristes de <strong>La Capella Nacional de Catalunya</strong> et les instrumentistes du <strong>Concert des Nations</strong>, malgré leur engagement, ne parviennent pas totalement à compenser cette raideur. Les premiers, toujours investis, manquent parfois de précision, notamment dans les passages à double chœur et les fugues, où l’équilibre et la netteté des lignes laissent à désirer. Les seconds offrent certes de belles couleurs instrumentales – avec notamment des cuivres expressifs et un trio de solistes remarquable dans le « Et incarnatus est » –, mais souffrent d’un manque de cohésion et de puissance.</p>
<p data-start="101" data-end="708">Heureusement, l&rsquo;équipe de solistes vient quelque peu sauver cette soirée en demi-teinte. Là encore, on aurait toutefois aimé que la direction leur laisse plus d’espace pour s’épanouir pleinement. Les sopranos <strong>Giulia Bolcato</strong> et <strong>Elionor Martínez</strong>, aux timbres d’une belle pureté, surmontent avec brio les exigences techniques de leurs arias, tandis que la mezzo <strong>Marianne Beate Kielland</strong> impose une présence affirmée dans le « Laudamus te ». Moins sollicités par la partition, le ténor <strong>David Fischer</strong>, impeccable dans les vocalises du « Quoniam », et la basse M<strong>atthias Winckhler</strong> complètent avec élégance ce quintette vocal.</p>
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		<title>La Création</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/la-creation-lesprit-des-lumieres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 11 Jun 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est probablement la fréquentation, durant ses séjours en Angleterre, des grands oratorios de Haendel qui fut à l’origine de l’intérêt porté par Haydn à cette forme ambitieuse. C’est aussi d’Angleterre qu’il ramena le livret de la Création, ultérieurement traduit en Allemand, mais c’est au célèbre Baron von Swieten et ses Associés, qui furent aussi mécènes de &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est probablement la fréquentation, durant ses séjours en Angleterre, des grands oratorios de Haendel qui fut à l’origine de l’intérêt porté par Haydn à cette forme ambitieuse. C’est aussi d’Angleterre qu’il ramena le livret de la <em>Création</em>, ultérieurement traduit en Allemand, mais c’est au célèbre Baron von Swieten et ses Associés, qui furent aussi mécènes de Mozart et de Beethoven, qu’on doit le soutien qui permit à Haydn de murir son projet pendant plusieurs années et de le mener à bien. Bien que puisé au cœur du récit biblique, le thème de la création du monde est ici traité dans l’esprit des Lumières et reconnaît la place centrale de l’homme comme aboutissement du projet divin.</p>
<p>La plus grande originalité de la partition réside dans son introduction orchestrale représentant le chaos, que le compositeur avait soigneusement préservée de toute indiscrétion jusqu’au jour de la première exécution de l’œuvre, et qui prend, sous la baguette de <strong>Jordi Savall</strong>, de savantes couleurs de mystère qui en révèlent à la fois toute l’originalité et toute la science. Outre les éléments très contrastés que toutes les interprétations mettent en évidence, on trouve ici une recherche de timbres, de climats, une élaboration dramatique particulièrement soignée et instruite.</p>
<p>Les mêmes caractéristiques, soin, attention aux détails mais aussi  souci de la forme et élaboration dramatique, se retrouvent tout au long de l’enregistrement qui met particulièrement bien en lumière les éléments structurels de la partition : son découpage en trois parties, chacune centrée sur un thème bien précis : les éléments, les animaux, l’homme et le paradis terrestre, et composées chacune d’abord du récit biblique, ensuite d’un commentaire lyrique où apparaissent les airs confiés aux parties solistes, et enfin d’un chœur de louanges.</p>
<p>A tout moment, le chef souligne le rôle primordial de l’orchestre qui est le véritable moteur du récit et qui lance toutes les propositions thématiques de l’œuvre. Ces propositions très élaborées sont d’une grande richesse à laquelle le <strong>Concert des Nations</strong> rend honneur, et à laquelle le chef donne tout sa cohérence.</p>
<p>Le fait d’avoir – à juste titre – mis l’orchestre au centre du projet laisse objectivement moins de place aux solistes, d’ailleurs assez peu sollicités, et enregistrés un petit peu en retrait, comme issus du chœur (ce qui n’est pas du tout le cas). Pas de mise en avant d’une brochette de vedettes, donc, mais une distribution très homogène et de bonne qualité, parfaitement en ligne avec les propositions du chef, et qui contribue à la très grande cohérence de cet enregistrement. Pris individuellement, ces trois solistes sont pourtant ce qu’on pourrait appeler de solides pointures de la jeune génération: la soprano coréenne <strong>Yeree Suh</strong> a été formée à Berlin et Leipzig, le jeune ténor <strong>Tilman Lichdi</strong> s’est un peu spécialisé dans le répertoire baroque, et en particulier l’œuvre de Bach quant au jeune baryton bavarois <strong>Matthias Winckhler</strong>, il s’est déjà abondamment fait remarquer à l’opéra de Hanovre ou même à Salzbourg. Leurs compétences à tous les trois, tant pour ce qui concerne la technique vocale que le style ou la connaissance du répertoire classique sont très solides, et se trouvent ici humblement mises au service du projet du chef.</p>
<p>Il en va de même de l’enthousiasme contenu du chœur de la <strong>Capella Reial de Catalunya</strong>, à qui revient la tâche de faire les synthèses, de tirer la morale des différents épisodes et de louer le seigneur, l’esprit des lumières n’étant pas opposé ici à une foi bien réelle et assumée.</p>
<p> </p>
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		<title>BACH, La Passion selon saint Jean — Paris (Radio France)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bach-passion-selon-saint-jean-paris-radio-france-luks-larchitecte/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Jamar]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 Apr 2022 04:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L&#8217;imminente Semaine Sainte amène nécessairement son lot de festivités musicales leipzigoises. A Paris, on se presse à l&#8217;auditorium de Radio France pour la Saint Jean, avant d&#8217;aller à la Philharmonie pour la Saint Matthieu. Il était sage de la part des deux salles de programmer deux artistes aussi différents que Vaclav Luks et Philippe Herreweghe &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L&rsquo;imminente Semaine Sainte amène nécessairement son lot de festivités musicales leipzigoises. A Paris, on se presse à l&rsquo;auditorium de Radio France pour la <em>Saint Jean</em>, avant d&rsquo;aller à la Philharmonie pour la <em>Saint Matthieu</em>. Il était sage de la part des deux salles de programmer deux artistes aussi différents que Vaclav Luks et Philippe Herreweghe lors de ces deux soirées.</p>
<p>C&rsquo;est donc à Václav Luks, et à son Collegium 1704 que revient la primeur de la<em> Saint Jean</em>, devant un auditorium de Radio France quasi comble. On a beaucoup glosé sur les différences entre les deux passions de Bach. La<em> Saint Jean</em> est celle d&rsquo;un homme de théâtre, d&rsquo;un cantor cherchant encore à affirmer auprès des autorités de la ville ce format encore nouveau qu&rsquo;est celui d&rsquo;une passion. Il ne s&rsquo;y refuse aucun effet dramatique, et coule le livret anonyme dans un format compact : on juge, crucifie et enterre le Christ en moins de deux heures.</p>
<p>C&rsquo;est une lecture charpentée et énergique que livre ici <strong>Václav Luks</strong>. La battue est nette et précise, redoutablement efficace dans les chœurs, où l&rsquo;on suit le contrepoint avec aisance. Il sait néanmoins rester attentif au besoin de ses solistes, proposant une direction plus souple dans les airs et les chorals. Peut-être que le texte est laissé un peu de côté dans ces derniers : le son collectif du Collegium vocale 1704 est d&rsquo;une plastique irréprochable, mais les correspondances texte/musique qui font toute la saveur des chorals semblent gommées par endroits. Ce léger manque est compensé par un orchestre tiré au cordeau, duquel on retiendra avant tout les pupitres de traverso et de viole de gambe.</p>
<p>A défaut de présenter des artistes tchèques, le plateau réunit ce soir quelques noms familiers du chant baroque. Les premiers honneurs vont d&#8217;emblée à <strong>Sophie Junker</strong>, qui gratifie le public d&rsquo;un « Ich folge dir gleichfalls » rayonnant de bonté. Autre succès de la soirée : celui de <strong>Christian Immler</strong> en Ponce Pilate, qui croque en quelques phrases à peine toute l&rsquo;ambivalence du personnage. <strong>Sebastian Kohlhepp</strong> est un Evangéliste vigoureux, dont on comprend chaque traître-mot. La voix se couvre légèrement dans l&rsquo;aigu, mais la prestation est d&rsquo;une musicalité à toute épreuve. Passons en revanche rapidement sur la prestation fragile de <strong>Tobias Hunger</strong>, qui peine à arriver au bout de ses deux airs, sans proposer de lecture musicale convaincante. L&rsquo;alto de <strong>Benno Schachtner</strong> est plus ambivalent : la voix est parfois mise en difficulté (médium et grave peu sonores), mais ses qualités de musicien lui permettent de livrer un « Es ist vollbracht » sur le fil. <strong>Matthias Winckhler</strong> a tout pour incarner le Christ, et les années à venir permettront à la tierce aiguë de gagner en présence.</p>
<p>C&rsquo;est avant tout par la netteté et la vigueur de son trait que s&rsquo;impose cette Passion, et les quelques fragilités dans le plateau vocal ne feront pas non plus oublier une prestation musicale de qualité.</p>
<p> </p>
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		<item>
		<title>Ein deutsches Requiem</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/ein-deutsches-requiem-une-nouvelle-version-emouvante/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marcel Quillevere]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 Mar 2021 05:23:28 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Encore un nouvel enregistrement du Requiem Allemand de Brahms, dira-t-on. Il y a en déjà tant de remarquables ! Or dès le début, cette nouvelle interprétation nous émeut et nous passionne. Dirigée par Ralf Otto elle est d&#8217;une grande beauté et tranche sur celles de ses illustres prédécesseurs par une approche plus intime et apaisée. Brahms &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Encore un nouvel enregistrement du <em>Requiem Allemand</em> de <strong>Brahms</strong>, dira-t-on. Il y a en déjà tant de remarquables ! Or dès le début, cette nouvelle interprétation nous émeut et nous passionne. Dirigée par Ralf Otto elle est d&rsquo;une grande beauté et tranche sur celles de ses illustres prédécesseurs par une approche plus intime et apaisée. Brahms  a toujours revendiqué son appartenance à une longue tradition musicale et se voulait l’héritier de Bach, de Beethoven et surtout de son maître et ami Robert  Schumann (le début du Requiem fait songer à <em>Manfred</em>). <strong>Ralf Otto</strong> à la tête de l’<strong>Orchestre Philharmonique de la Radio Allemande</strong> s’en souvient tout au long de l’enregistrement. Dès lors l’idée qu’il a eu d’engager le <strong>Bachchor de Mayence</strong> est judicieuse<strong>. </strong>Cet ensemble met au service de Brahms une couleur spécifique, d’une grande homogénéité, acquise au contact des œuvres du Cantor de Leipzig. Il est remarquable d’intensité, dans un recueillement permanent, et l’orchestre est à l’unisson.</p>
<p>La gestation du <em>Requiem </em>a été longue et jusqu’au dernier moment Brahms a accordé une grande importance à la sonorité de l’ensemble orchestral. Dès le début de la composition, il avait eu l&rsquo;idée d&rsquo;intégrer un orgue, un peu à la manière des bourdons dans la musique ancienne. Par la suite, il a aussi tenu à ce qu’un rôle essentiel soit accordé au contrebasson qui, à ses côtés, donne cette couleur dense et profonde de l’ensemble. D’autre part il a insisté sur l’importance des harpes (même s’il a proposé un « ad libitum »). Ce qui n’était pas fréquent à l’époque. Ralf Otto s’est attaché à respecter ces souhaits de Brahms. Ce n’est pas souvent qu’on entend ainsi les harpes accompagner le chant d’espoir qui débute l’œuvre. Elles contribuent à cet esprit de sérénité face au destin inexorable. De même, le thème enthousiaste de la joie (<em>« </em>und kommen mit Freuden<em> »</em>) est ici tout en retenue, d’un lyrisme lumineux.  Le deuxième mouvement, « Denn alles Fleisch..<em>.»</em> (<em>Toute chair est comme l’herbe</em>) conserve sa force dramatique de marche funèbre, et Ralf Otto souligne à nouveau la filiation avec Robert Schumann. Plusieurs musicologues précisent que le compositeur a utilisé là  le scherzo d’une symphonie inachevée qu’il avait commencé à écrire suite à la tentative de suicide de Schumann.</p>
<p>L’air de baryton « Herr, lehre doch mich, dass ein Ende mit mir haben muss » est de même interprété avec sobriété et ferveur par <strong>Matthias Winckhler</strong>, excellent interprète de Lieder, dont le timbre clair et la diction rappellent Dietrich Fischer-Dieskau. Le début de l’air est bouleversant comme une prière à peine murmurée. Aucune emphase non plus dans l’air de soprano « Ihr habt  nun Traurigkeit<em> </em>» magnifiquement interprété par la soprano autrichienne <strong>Christina Gansch</strong> dans la grande tradition du chant viennois. L’Orchestre de la Radio Allemande, né de la fusion des Orchestres de Kaiserslauten et Saarbrücken, est magnifique.</p>
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		<title>BACH, La Passion selon saint Matthieu — Versailles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/passion-selon-saint-matthieu-versailles-la-musique-et-les-lieux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 Apr 2019 06:24:16 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On révère les musiciens du Concert des Nations pour leurs interprétations de Monteverdi, de Charpentier, de Couperin, on guette même avec impatience leurs symphonies de Beethoven à l’occasion des 250 ans du compositeur. Mais en attendant leur Passion selon saint Matthieu, on avait quelques doutes. Le génie sans égal de Bach pour l’architecture sans décorum, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On révère les musiciens du<strong> Concert des Nations</strong> pour leurs interprétations de Monteverdi, de Charpentier, de Couperin, on guette même avec impatience leurs symphonies de Beethoven à l’occasion des 250 ans du compositeur. Mais en attendant leur <em>Passion selon saint Matthieu</em>, on avait quelques doutes. Le génie sans égal de Bach pour l’architecture sans décorum, son éloquence austère où le discours se déroule sans adjectif, où la créativité avance sans digression et où les lignes musicales se déploient sans se courber, la cathédrale de sobriété qu’il a été capable de bâtir, recoupent-ils totalement le langage naturel de<strong> Jordi Savall </strong>et de son ensemble ?</p>
<p>Dès les premières mesures d’un chœur initial (« Kommt, Ihr Töchter… ») prenant et poignant, les arguments classiques qui voudraient opposer le baroque « latin » au baroque « allemand » volent en éclat. Cette <em>Passion </em>sera fervente, fiévreuse, théâtrale parfois, mais appuyée sur un style toujours juste et rigoureusement maîtrisé. La remarquable mise en contrastes du duo avec chœur « So ist mein Jesu nun gefangen », les couleurs saisissantes du choral qui clôt la Première partie témoignent de la cohérence de cette interprétation, qui trouvera, dans la seconde partie, maintes façons de se développer. Ainsi de « Geduld, wenn mit falsche Zungen stechen » et de « Komm, süsses Kreuz », où Jordi Savall empoigne sa viole de gambe avec une certaine exaltation, ainsi des récitatifs, plus habités et plus fiévreux à mesure que la Crucifixion approche, ainsi des cadences doloristes de « Erbarme dich », pris dans un tempo retenu sans que s’éteigne jamais un bouleversant feu intérieur.</p>
<p>A ce travail si abouti, auquel répond un double-orchestre dont les quelques faiblesses (aux flûtes, aux hautbois) ne viennent pas ternir l’engagement, il faut que des voix marquantes puissent s’unir. La <strong>Maîtrise du Conservatoire de Dole</strong> et la <strong>Capella Reial de Catalunya </strong>offrent un plein chant, somptueux et souverain, à toutes les interventions du chœur. Aux récitatifs aussi, qu&rsquo;ils viennent ponctuer d&rsquo;éclats rageurs à l&rsquo;heure des Faux Témoignages. Du côté des solistes, les interventions de <strong>Rachel Redmond</strong>, de <strong>Marta Mathéu</strong>, de <strong>Kristin Mulders</strong>, de <strong>Nils Wanderer</strong>, de <strong>Marco Scavazza</strong>, retiennent particulièrement l’attention dans un paysage pleinement satisfaisant. On ne se lasse pas d’entendre le Jésus ombrageux de <strong>Matthias Winckhler</strong>, dont chaque réplique souligne l’autorité naturelle, et le Judas captivant et complexe de <strong>Marc Mauillon </strong>mériterait presque (n’y voir aucun blasphème !) d’avoir le premier rôle. Si <strong>Florian Sivers</strong> ne montre pas un caractère vocal aussi affirmé, et sonne parfois quelque peu suave, cela sied à la figure de l&rsquo;Evangéliste dont il tient la longue partie avec une douceur qui est aussi une distance au récit et aux événements.</p>
<p>Il est presque minuit quand le concert se termine et, en remontant les allées de la Chapelle Royale, on songe : deux jours après l’incendie de Notre-Dame de Paris, qu&rsquo;il est beau d’entendre de telles musiques dans de tels lieux – et qu&rsquo;il est vital de protéger et de faire vivre, et la musique et les lieux !</p>
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		<title>KORNGOLD, Die Tote Stadt — Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/die-tote-stadt-toulouse-billet-dentree-gagnant/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Nov 2018 08:45:15 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Christophe Ghristi vient de faire entrer Die tote Stadt au répertoire du Capitole, et on s’en réjouit. Mais pour présenter l’œuvre à un public qui la découvre, le choix de la production créée à Nancy en 2010 était-il le meilleur ? Alors et depuis, lors des reprises, elle a été louée haut et fort pour l’intelligence &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Christophe Ghristi</strong> vient de faire entrer <em>Die tote Stadt </em>au répertoire du Capitole, et on s’en réjouit. Mais pour présenter l’œuvre à un public qui la découvre, le choix de la production créée à Nancy en 2010 était-il le meilleur ? Alors et depuis, lors des reprises, elle a été louée haut et fort pour l’intelligence avec laquelle elle tente de résoudre les problèmes que pose l’œuvre à qui veut la représenter. Mais pour une première vision, le critère n’aurait-il pas dû être la fidélité aux intentions de Korngold ?</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/la_ville_morte_-_matthias_winckhler_frank_-_credit_patrice_nin.jpg?itok=CuH7HRKE" title="Matthias Winckhler (Frank) et Torsten Kerl (Paul) © Patrice Nin" width="468" /><br />
	Matthias Winckhler (Frank) et Torsten Kerl (Paul) © Patrice Nin</p>
<p>En sortant du spectacle, c’est au conte d’Andersen « Les habits neufs de l’empereur » que nous avons pensé. On se souvient que l’admiration était de commande jusqu’à ce qu’un enfant ose dire que ces vêtements n’existaient pas. Cette production est-elle le chef d’œuvre incontestable qu’on est sommé d’admirer sous peine d’être rangé chez les Béotiens ? Plus qu’intelligent, le dispositif scénique de <strong>Raimund Bauer</strong> nous semble habile, car il éveille des références qualifiantes pour le spectateur qui penserait aux sérigraphies de Warhol ou aux natures mortes à la Hockney. Mais si les images répétitives de compartiments voisins s’accordent à l’idée d’obsession, leur presque vide proche de l’abstrait n’est pas cohérent avec l’attachement au passé qui a conduit Paul l’esthète à choisir Bruges comme refuge où s’enterrer. Sans ignorer qu’en évoquant les didascalies nous aggravons notre cas – rappelons malgré tout que le livret et les indications qu’il contient émanent des auteurs, le compositeur et son père – le minimalisme des accessoires les ignore. Or si les Korngold ont pris des libertés avec le roman <em>La ville morte </em>d’abord en faisant d’épisodes que Rodenbach raconte comme réels une suite d’images mentales qui expriment l’inconscient du héros et ensuite en modifiant la fin, pourquoi aller au-delà ? Après tout, l’œuvre est fondée sur la notion de fidélité !</p>
<p>Or <strong>Philipp Himmelmann</strong> se permet, quand la scène finale doit montrer, selon la volonté des créateurs, Paul refermant la porte et quittant sa demeure-tombeau, de le faire se rasseoir et regarder devant lui, immobile, comme si rien n’était arrivé, en train de reprendre la contemplation – attente – méditation – où il apparaissait au début. Il ne fait pourtant pas de doute qu’Erich Korngold, dans la vitalité de sa jeunesse créatrice – dix-neuf ans au moment où il commence la composition de l’opéra et vingt-trois ans lors des premières représentations – pousse le héros vers la vie. L’infidélité du compositeur au roman justifie-t-elle celle du metteur en scène ? Encore, si le public connaissait l’œuvre. Les spectateurs ont-ils compris pourquoi les personnages ne sont jamais en présence directe ?  Ont-ils bien vu que leurs positions respectives reconstituent les face-à-face ? Car il faut bien dire que malgré tout le soin des interprètes la coordination et la synchronisation ne sont pas toujours parfaites.</p>
<p>Et quelle idée se seront-ils faite de Marietta ? En 1920, le personnage est un manifeste féministe et moderniste : c’est une femme qui revendique sa liberté amoureuse, artiste soumise à la précarité qui ne dédaigne pas les amis généreux et aime le plaisir sans hypocrisie. Dans le tableau qui précède les visions de Paul, avant qu’elle ne devienne un élément de ses images mentales, on la voit se livrer sur lui à une reptation sans équivoque tandis qu’elle célèbre la danse en des termes exaltés, telle une bacchante. Combien de spectateurs l’auront vue alors comme une prostituée ? Un mot encore pour les costumes de <strong>Bettina Walter</strong> ; la troupe des danseurs porte peut-être les tenues de scène, au sortir de la répétition. Le public aura-t-il reconnu le Pierrot ? Pourquoi ne pas le rendre facilement identifiable, et lui permettre d’éveiller le souvenir de celui de Schönberg ? Nous n’irons pas plus loin dans le détail des aspects de cette production qui nous laissent réticents, surtout pour une découverte. Il reste un spectacle indéniablement séduisant sur le plan formel, où les éclairages très étudiés de <strong>Gerard Cleven</strong> jouent un rôle important dans la valorisation des couleurs.  </p>
<p>Heureusement, un opéra, c’est de la musique et du chant. Les Toulousains ont donc pu découvrir la partition foisonnante de Korngold avec leurs musiciens sous la direction de <strong>Leo Hussain</strong>. L’orchestre semble déguster le festin sonore préparé par Erich Korngold. Le chef semble lui aussi prendre plaisir à diriger cet organisme vivant qui rugit ou étincelle, et s’abandonner peut-être à la richesse du son jusqu’à omettre des nuances. On ne perd rien néanmoins des allusions wagnériennes, ni des mélodies comme des pastiches de Puccini, des courbes et des accents évoquant Lehar et des pleins où l’orchestre est une houle à la Richard Strauss. Ne serait-ce que pour cette splendeur <em>La ville morte </em>conquiert ses droits au Capitole. Mais cette abondante matière sonore pose le problème de la distribution des deux rôles principaux, les plus exposés au flux parfois torrentiel de l’orchestre.</p>
<p>Depuis presque deux décennies, <strong>Torsten Kerl</strong> interprète Paul. Bientôt proche de ce qu’on appelle la force de l’âge, il a dans sa voix l’éclat et l’endurance nécessaires pour porter le personnage dans son exaltation. Mais sa musicalité lui permet de nuancer l’expression, de contrôler rigoureusement l’émission, et ces qualités jointes à son expérience du personnage, dont il rend sensible le trouble profond, en font un des plus remarquables interprètes du rôle et donc un atout majeur de ces représentations. Les Toulousains ont la chance, aux côtés de ce Paul d’exception, de découvrir <strong>Evgenia Muraveva</strong>, une cantatrice qui se révèle à la hauteur de son partenaire sur le plan de la prouesse vocale, car elle a aussi l’étendue, la puissance et la résistance nécessaires à camper la jeune femme hardie. Certaines nuances sont-elles de son fait ou correspondent-elles à une décision du chef et du metteur en scène ? Elles participent en tout cas à la construction du personnage, et témoignent de l’investissement de la cantatrice.   Ils recueilleront tous deux un triomphe des plus mérités.</p>
<p>Les distinguer parce que premiers rôles n’enlève rien à la valeur du reste de la distribution, particulièrement soignée. Vingt ans après son Compositeur dans <em>Ariane à Naxos, </em><strong>Katerine Goeldner</strong> retrouve le Capitole pour incarner Brigitta, la gouvernante dévouée, soucieuse du « qu’en dira-t-on ». On la trouverait presque trop brillante pour ce personnage auquel elle donne quasiment du chic, dans sa tenue d’une austère élégance et d’une voix ferme dont le très léger vibrato semble un effet de l’art. L’ami Frank est campé avec bienveillance et mesure par <strong>Matthias Winckhler</strong>, sonore sans ostentation. <strong>Thomas Dolié </strong>fait sensation dans la romance de Pierrot, tant le grain de la voix et la projection impressionnent. <strong>Norma Nahoun</strong> et <strong>Julie Pasturaud</strong>, en collégiennes ( ?) délurées, <strong>Antonio Figueroa</strong>, qui chante en coulisse et puis en scène tour à tour Gaston et Victorin, sans oublier <strong>François Almuzara </strong>dans sa brève apparition en comte Albert, complètent plaisamment la troupe dont Marietta est l’étoile. La qualité musicale et vocale aidant, on savoure le moment, et ce n’est pas la prestation du chœur invisible qui le ternira. Musicalement et vocalement, au moins, la réussite est telle que cette <em>Ville morte </em> a gagné son billet d&rsquo;entrée au répertoire du Capitole !</p>
<p> </p>
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