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	<title>Yang XU - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<title>Yang XU - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>HAENDEL, Serse — Karlsruhe</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Feb 2019 06:19:08 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’ouverture du 42e festival Haendel proposé par l’Opéra de Karlsruhe a lieu cette année avec quelques minutes de retard ; en effet, plutôt que de bloquer le théâtre, les représentants syndicaux viennent (une triade en gilet jaune), avec l’accord de la direction, exposer les revendications du personnel de l’opéra avec notamment des exigences de salaires à la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’ouverture du 42e festival Haendel proposé par l’Opéra de Karlsruhe a lieu cette année avec quelques minutes de retard ; en effet, plutôt que de bloquer le théâtre, les représentants syndicaux viennent (une triade en gilet jaune), avec l’accord de la direction, exposer les revendications du personnel de l’opéra avec notamment des exigences de salaires à la hausse que le public applaudit. C’est ensuite le plus calmement du monde que la Première de la nouvelle production du cru peut démarrer. L’ouverture donne immédiatement le ton du spectacle, quand le rideau se lève sur une scène où se déroule un spectacle de casino alors qu’à l’extrême-droite, sur l’avant-scène, un couple fornique, obligeant le spectateur à vriller de l’œil pour saisir l’ensemble de ce qui est montré. On imagine la réaction de ceux qui n’aiment pas être assaillis visuellement d’entrée de jeu, ce qui perturbe l’écoute : c’est à une débauche visuelle qu’on assiste, et ce n’est qu’un début ! D’aucuns serrent les dents, d’autres sont ravis.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/fvt_009_gp_serse_5c66c9b4aa2dd7.55038048.jpg?itok=iPLvZ4lH" title="© Falk von Traubenberg" width="468" /><br />
	© Falk von Traubenberg</p>
<p>L’intrigue et le genre mixte de <em>Serse</em> permettent de nombreuses facéties et certaines <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/serse-dusseldorf-plus-drole-tu-meurs">productions</a> en ont largement exploité la veine comique. La mise en scène du jour s’inscrit dans cette tendance et peut concourir pour une place sur le podium de la production la plus drôle. L’abondance de numéros est l’occasion d’une cascade de gags qui, grâce notamment au comique à répétition avec variantes, provoquent l’hilarité (sauf chez ceux dont les dents étaient un peu trop serrées). Après sa mise en scène d’<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/arminio-karlsruhe-la-perruque-lui-va-si-bien"><em>Arminio</em></a> ici-même en 2016, <strong>Max Emanuel Cencic </strong>reprend du service et s’accorde toutes les libertés. Hyperactif (il n’est qu’à consulter son agenda pour <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/pas-de-repit-pour-max-emanuel-cencic-en-2019">2019</a>), le contre-ténor est également doté d’une imagination débordante dont profite le spectacle. On ne s’ennuie pas un instant pendant les quelque quatre heures du spectacle.</p>
<p>Max Emanuel Cencic a transposé l’action à Las Vegas et s’en explique dans un entretien retranscrit dans le programme. Selon lui, Haendel a choisi sept personnages qui valent pour les sept péchés capitaux. C’est la cupidité qui caractérise le mieux le roi Serse qui, non content d’avoir tout, veut plus encore, y compris l’impossible : obtenir l’amour sincère. Son frère Arsamene souffre également d’hybris, car il a droit à l’amour, mais ambitionne un pouvoir absolu qu’il n’aura jamais, ainsi en a décidé le destin. Le fameux platane est précisément vu ici comme l’arbre du destin. Mais d’arbre, nous n’en verrons point (quoique, si, dans le fond trois palmiers en pur plastique rivalisent avec les arécacées du papier peint sans oublier les motifs en feuillage des chemises hawaïennes). « Ombra mai fu » est interprété par Serse au piano (encore des grincements de mâchoires : « Comment, du piano chez Haendel, comment ose-t-on ! »), accompagné par l’orchestre. Il faut préciser que Serse a la tête de Michael Douglas alias Liberace et que les saynètes semblent tout droit sorties du film de Steven Soderbergh. Loin du <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/actu/xerxes-ses-amours-ses-batailles-et-son-gros-platane">personnage historique</a>, Serse est ici plus proche du divo castrat ou des stars du kitsch des années soixante-dix. On s’en régale d’autant plus que la parodie oscille intelligemment entre la tragédie (certaines scènes font énormément penser à Genet ou Fassbinder pour <em>Querelle</em>) et la comédie. Si la caricature est salace et le trait forcé, le spectacle ne tombe cependant jamais dans la vulgarité, sans doute parce que la débauche de bling bling qui nous est proposée est loin d’atteindre les abysses de mauvais goût auxquels certains tenants du pouvoir actuels nous ont habitués. Le spectacle dans le spectacle qui se développe devant nous n’est pas sans rappeler <em>Cabaret</em> de Bob Fosse, en une mise en abyme d’autant plus intéressante que les agissements de Serse, qui cumule les succès avec le label « Las Vegas gramophone », n’est pas sans évoquer les exigences et les excès de Caffarelli, créateur du rôle. Entre références raffinées et kitsch absolu, le spectateur est à la fête et ne sait plus où donner de la tête. Rares sont les airs où le protagoniste peut développer ses variantes seul sur scène ; nombreux sont les protagonistes qui s’affairent autour du soliste et c’est toute une faune bariolée qui s’active (des Pretty Women qui font du shopping, une famille qui consomme une glace dans un Diner sorti d’un tableau de Hopper sous acide, un Freddie Mercury tout cuir faisant office de videur dans un bar gay, des Playboy Bunnies mâles et femelles, etc.), dans une profusion clinquante mais impeccablement chorégraphiée. Le résultat est cohérent et jouissif.</p>
<p>Tout cet habillage met merveilleusement en valeur les voix, particulièrement homogènes. Bien sûr, <strong>Franco Fagioli</strong> sort du lot et en fait des tonnes, mais il est là pour ça… En paon vaniteux toutes plumes dehors (il faut le voir se préparer pour sa nuit d’amour dans la salle de bains rikiki), il s’en donne à cœur joie avec un naturel confondant, donnant l’impression de s’exprimer en <em>parlar cantando</em>, alors que la technique est phénoménale, la performance épique et les moyens gigantesques. Il se permet d’expédier un « Ombra mai fu » au piano (allez donc savoir si c’est lui qui joue ou pas…) tout en artifices et apparemment sans âme, puis distille les effets les plus délirants et les roucoulades virtuoses qui culminent dans le « Crude furie » en apothéose paroxystique. Max Emanuel Cencic, excellent directeur d’acteurs, il faut le souligner, sait également tirer son épingle du jeu et rivalise de jérémiades qui se développent en délicates lamentations dans le rôle du frère, frustré dans son rêve de pouvoir mais finalement comblé dans sa quête amoureuse victorieuse. On observe avec grand intérêt la manière dont le contre-ténor transpose sur scène la « concurrence » qui pourrait être celle qui l’opposerait à Franco Fagioli, alors que les deux approches se complètent et s’harmonisent, Cencic déployant une sensibilité et une intériorité subtile fascinantes. Dans le rôle bouffe d’Elviro, <strong>Yang Xu</strong> compose un numéro très honnête et fort drôle et l’on peut en dire autant de <strong>Pavel Kudinov</strong>, formidable dans son personnage de père terrifié par un Serse furibond sans que cela nuise à ses beaux graves. Tout à fait ravissante et très à l’aise en femme convoitée et jalousée de toutes parts, <strong>Lauren Snouffer</strong> campe une Romilda attachante et épanouie, parfaite dans le lyrisme mais aussi dotée d’une certaine maturité toute en opulences. Ovationnée par le public, <strong>Katherine Manley</strong> se surpasse dans le rôle frustré d’Atalanta qu’elle pimente avec une technique impeccable doublée de qualités théâtrales époustouflantes. Quant à <strong>Ariana Lucas</strong>, chacune de ses trop rares apparitions est un régal de verve comique et la mezzo se tire parfaitement bien des difficultés du rôle d’Amastre.</p>
<p>Sous la direction inspirée de <strong>George Petrou</strong>, les Deutsche Händel-Solisten sont tout à leur affaire et la couleur orchestrale est riche à souhait. On se permet toutes sortes de fantaisies, telles celle déjà évoquée de se plier à l’ornementation d’un piano kitschissime (sans oublier quelques cordes grattées à la guitare par Franco Fagioli, décidément omniprésent), ou encore l’imitation par les cordes de la sonnerie du téléphone. Un régal sur toute la ligne… Au final, l’ovation est immense et quelques semblants de protestation à l’arrivée de l’équipe technique se font rapidement noyer par l’enthousiasme général. Il reste encore des dates pour découvrir cette production et les autres temps forts du <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.staatstheater.karlsruhe.de/programm/haendel-festspiele-2019/">festival</a> qui s’achèvera le 2 mars prochain. Par ailleurs, on peut d’ores et déjà prendre ses billets pour le <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.staatstheater.karlsruhe.de/programm/haendel-festspiele-2019/2020/">43<sup>e</sup> festival</a> programmé entre le 14 et le 26 février 2020 avec entre autres, la reprise de <em>Serse</em> et la nouvelle production de <em>Tolomeo</em>.</p></p>
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		<title>HAENDEL, Semele — Karlsruhe</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/semele-karlsruhe-mission-impossible-a-la-maison-blanche/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 Feb 2017 06:09:17 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après la version de concert de l’oratorio Theodora proposée dans le cadre de la 40e édition du festival Haendel au Staatstheater de Karlsruhe, c’est à la production inédite de l’année qu’on assiste en ce samedi après-midi, 25 février, dans une salle comble. Cet autre oratorio bénéficie cette fois d’une mise en scène dont on remarque &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après la version de concert de l’oratorio <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/theodora-karlsruhe-les-delices-du-martyre">Theodora</a> proposée dans le cadre de la 40<sup>e</sup> édition du <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/actu/internationale-handel-festspiele-karlsruhe">festival Haendel</a> au Staatstheater de Karlsruhe, c’est à la production inédite de l’année qu’on assiste en ce samedi après-midi, 25 février, dans une salle comble. Cet autre oratorio bénéficie cette fois d’une mise en scène dont on remarque immédiatement le caractère spectaculaire du décor. La scène circulaire mobile est ainsi habillée d’une demi-coupole qui lui confère des allures d’hémicycle. L’impression est celle de se trouver dans l’intérieur du Panthéon de Rome croisé avec le bureau ovale de la Maison blanche. La grande réussite du décor de <strong>Gideon Davey</strong> est de donner une sensation de gigantisme combinée avec des dimensions à taille humaine, nécessaires au bon déroulement des scènes intimistes de l’ouvrage. Par ailleurs, le jeu des lumières d’<strong>Alex Brok </strong>contribue habilement à ciseler des ambiances froides autour des immortels et de chaudes éclaircies pour la très humaine Semele et son entourage. Décors, costumes et lumières évoquent l’univers de Hitchcock et les années 1950, mais aussi des blockbusters plus contemporains tels <em>Mission impossible</em>. On pense évidemment aux Kennedy et à Marilyn dans la caractérisation des personnages, alors que le metteur en scène <strong>Floris Visser</strong> affirme s’appuyer plutôt sur l’affaire Monica et les Clinton ainsi que la série <em>House of Cards</em>. Pour le metteur en scène, cet oratorio a tout d’un opéra et il est ici traité comme tel. Il faut dire que les idées ne manquent pas et que l’on ne connaît aucun temps mort. Mais l’ensemble ressemble tout de même beaucoup à la mise en scène maintenant devenue un classique de Robert <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/dvd/la-cruaute-du-petit-ecran">Carsen</a>. L’agitation bourdonnante de la messagère Iris, par exemple, jusqu’à son petit tailleur serré, nous sont plus que familiers. Il en va de même pour les journaux à scandale ou les photos prises par les espions et tant d’autres détails qui sont directement inspirés de la production d’Aix. Cet hommage appuyé ou ces emprunts caractérisés ne sont pas un problème en soi, sauf que l’on s’amuse bien moins ici qu’avec la version précitée : on sourit bien davantage que l’on ne rit franchement. Ces réserves mises à part, il faut admettre que l’ensemble se tient bien et fait sens.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/fvt_hp1_semele_087_58a5d8540e5cf9.97687600.jpg?itok=744gHnnU" title="© Falk von Traubenberg" width="468" /><br />
	© Falk von Traubenberg</p>
<p>En Semele, <strong>Jennifer France</strong> fait merveille. Tour à tour charmante, d’une naïveté irrésistible ou d’un narcissisme insupportable, son abattage scénique est remarquable. La voix, flexible et affirmée, n’est pas en reste et la soprano campe une héroïne aux facettes contrastées, sans jamais faiblir. Doté d’un physique de rêve, <strong>Ed Lyon</strong> se tire avec les honneurs du rôle exigeant de Jupiter. Ni falot, ni puissamment divin, il est constamment en représentation et sous contrôle. Il nous réserve cependant de beaux moments d’émotion quand il se trouve contraint de foudroyer Semele. <strong>Katharine Tier</strong> est, pour sa part, impériale en Junon. On retiendra essentiellement le jeu scénique de la mezzo australienne, même si elle se tire avec les honneurs des chausse-trapes de la partition et notamment du redoutable « Hence, hence, Iris hence away ». <strong>Hannah Bradbury</strong> papillonne délicieusement et campe une Iris honorable avec une ligne de chant suffisamment agile. En revanche, <strong>Dilara Baştar</strong> propose une Ino bien fade vocalement. Les autres seconds rôles se montrent à la hauteur de leur tâche mais on retiendra surtout la présence de <strong>Yang Xu</strong>, dont les accents caverneux magnifient le rôle de Somnus.</p>
<p>Les chœurs laissent une très bonne impression de cohésion et de présence efficace, toujours en phase avec les solistes, d’autant plus remarqués qu’ils sont constamment sollicités par de nombreux changements de costumes. De même, on peut souligner la belle unité de l’orchestre, efficacement et sobrement conduit par <strong>Christopher Moulds</strong>. Cela dit, on aurait aimé plus de fantaisie et de surprises dans cette prestation. Au final, l’impression reste mitigée devant un spectacle de belle qualité mais bien (trop) sage.</p>
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		<title>BELLINI, I Capuleti e i Montecchi — Karlsruhe</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/i-capuleti-e-i-montecchi-karlsruhe-formidable-romeo/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 12 Jun 2016 05:44:43 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le rideau s’ouvre sur un espace divisé en trois parties égales superposées pour cette nouvelle production des Capuleti e i Montecchi du Staatstheater de Karlsruhe. Ce duplicata optique nous donne donc trois balcons, ou au choix trois caveaux bordés d’une sorte de tour-capsule qui n’est pas sans rappeler les séries télés de science-fiction des années &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le rideau s’ouvre sur un espace divisé en trois parties égales superposées pour cette nouvelle production des <em>Capuleti e i Montecchi </em>du Staatstheater de Karlsruhe. Ce duplicata optique nous donne donc trois balcons, ou au choix trois caveaux bordés d’une sorte de tour-capsule qui n’est pas sans rappeler les séries télés de science-fiction des années soixante-dix. Voilà qui n’est guère encourageant… Arrive ensuite un chœur vêtu de costumes qu’on croirait découpés dans des sacs plastiques collés de biais et surtout de travers ; on a très peur, d’autant que l’orchestre semble dès les premières mesures à la peine dans la fosse, ou plutôt, pas du tout intéressé par la musique de Bellini. Pourtant, très vite, la mise en scène de <strong>Tilman Hecker</strong> s’avère efficace : les étages permettent des effets de circulation intéressants, comme par exemple la scène où Romeo pleure sa belle sur un tombeau qui apparaît trois fois en tout, enlacé à l’étage intermédiaire par le père de la jeune fille, Capellio, puis plus bas par le fiancé malheureux Tebaldo, le tout illustrant trois deuils très différents les uns des autres. Toute la poésie et la richesse émotionnelle qui sourd de l’apparente simplicité mélodique de Bellini sont ainsi intelligemment servies. Les costumes de <strong>Julia von Leliwa</strong>, curieux télescopage de Matrix avec Albator, deviennent également petit à petit séduisants et l’utilisation de la couleur (bleue électrique pour les Capuleti guelfes et rouge sang ou jaune soufre pour les Montecchi gibelins) judicieuse. Il faut dire que les jeux de lumière de <strong>Rico Gerstner</strong> y sont pour beaucoup. Romeo a tout de la rock star croisée avec un héros de manga japonais dans son justaucorps à bretelles que n’aurait pas détesté David Bowie : et pourtant, en le voyant, on songe à peu près autant aux Véronais du Moyen Âge qu’aux Italiens du XIX<sup>e</sup> siècle. Mais avant tout, le costume met idéalement en valeur l’androgynie du rôle, tout comme les étages compartimentés rapprochent curieusement les protagonistes des spectateurs et, surtout, permettent une excellente projection. La salle du théâtre de Karlsruhe bénéficie, il faut le préciser, d’une acoustique remarquable. À tel point que les interprètes peuvent se permettre de chanter le dos au public, face au décor, sans que l’audition en soit perturbée.</p>
<p>Il faut saluer l’excellent niveau vocal de la troupe de Karlsruhe dont on a déjà pu se délecter il y a peu avec <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/macbeth-karlsruhe-le-meurtre-un-terrible-tue-lamour"><em>Macbeth</em></a>, notamment. Il s’agit ce soir de la première de la distribution B. Si les cinq solistes tirent plutôt bien leur épingle du jeu, c’est le Romeo de <strong>Kristina Stanek</strong> qui ressort très nettement. Chaque intervention de la mezzo illumine le plateau et transcende la soirée. Graves éclatants, trilles de rossignol, vaillance continue se jouant de toutes les difficultés (excepté d’infimes scories), la jeune femme, fraîchement intégrée dans la troupe de Karlsruhe et déjà remarquable en Eliza dans <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/my-fair-lady-karlsruhe-chassez-le-naturel-il-revient-au-galop"><em>My Fair Lady, </em></a> incarne avec fougue et ardeur un adolescent ambigu et frémissant, au charme troublant. <strong>Ina Schlingensiepen</strong>, en revanche, est bien moins convaincante en Giulietta. Sans doute mieux adaptée au rôle d’une Violetta, la voix apparaît trop mûre, peu angélique et la soprano a bien du mal à venir à bout des difficultés belcantistes du rôle. <strong>Konstantin Gorny</strong> tire habilement son épingle du jeu en Capellio, père irrascible et intraitable, qu’il incarne avec force et caractère, essentiellement de par la noble beauté de son timbre. <strong>Jesus Garcia</strong> campe un honnête Tebaldo quand <strong>Yang Xu</strong> en Lorenzo se distingue surtout par ses qualités scéniques. Mais tous se mettent au diapason de Romeo et le quintette du finale du premier acte, notamment, est pure merveille.</p>
<p>Les chœurs, bien entraînés, sont impeccables, ce qui n’est pas forcément le cas de l’orchestre et certainement pas des solistes (en particulier le cor) dont les interventions sont pourtant si importantes pour installer ou intensifier les tensions dramatiques. La direction de <strong>Daniele Squeo</strong> semble bien conventionnelle et détachée, même si le chef est ovationné par le public badois, ainsi que l’orchestre et toute la distribution vocale. C’est bien normal, puisque l’on joue à domicile… L’opéra de Karlsruhe propose deux distributions pour ses productions, mais également une soirée de gala. Pour <em>I Capuletti e i Montecchi</em>, c’est le <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.staatstheater.karlsruhe.de/programm/gala/2144/">2 juillet prochain</a> que l’on pourra découvrir <strong>Laura Claycomb</strong> en Giulietta et <strong>Vivica</strong> <strong>Genaux</strong> en Romeo.</p>
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