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	<title>Pierre Jassogne, auteur/autrice sur Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Pierre Jassogne, auteur/autrice sur Forum Opéra</title>
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		<title>MOZART, Die Zauberflöte — Liège</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/die-zauberflote-liege-la-guerre-des-etoiles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre Jassogne]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 18 Dec 2015 06:19:40 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On n’évoquera aucun réveil de la force, mais juste un rêve éveillé dans ce blockbuster qu’est La Flûte enchantée de Mozart. L’occasion de redécouvrir la surprenante et féérique production des talentueux Cécile Roussat et Julien Lubek dans un décor poétique, tissé dans la toile du rêve de l’enfant Tamino parti à la conquête de l’amour, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On n’évoquera aucun réveil de la force, mais juste un rêve éveillé dans ce <em>blockbuster</em> qu’est <em>La Flûte enchantée</em> de Mozart. L’occasion de redécouvrir la surprenante et féérique production des talentueux <strong>Cécile Roussat</strong> et <strong>Julien Lubek</strong> dans un décor poétique, tissé dans la toile du rêve de l’enfant Tamino parti à la conquête de l’amour, de l’amitié et de la vérité dans un univers enchanté, où les illuminations et autres enchantements s’enchaînent les uns aux autres. A l’instar de Mozart, les deux Français font le pari de la naïveté, pour transmettre une vision touchante du chemin qu’est la vie, livrant <em>« des plaisirs simples </em><em>et des trésors secrets »</em>, comme le disait Goethe en personne.</p>
<p>Véritablement, il y a chez ces deux compères un mélange de malice amusée et de tendresse étonnée. Et ce sont ces qualités qui inondent durant trois heures la scène. L’opéra de Mozart devient le rêve d’un enfant alité : Tamino et Papageno sortent de son lit, la Reine de la Nuit du cadre d’un tableau, les trois dames sont des potiches de cheminée qui s’animent et deviennent à petits pas des sarcophages égyptiens. Chapeau de travers comme un ramoneur, Monostatos emmène avec lui d’irrésistibles grosses têtes. Par contraste, l’univers de Sarastro est sérieux mais jamais solennel : c’est le monde du savoir symbolisé par les livres dans lequel on pénètre à travers la bibliothèque ! Et tout cela est frais, sincère, immédiat…</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="302" src="/sites/default/files/styles/large/public/zauberflote-c-opera-royal-de-wallonie-lorraine-wauters-17.jpg?itok=1kAlwa2o" title="© Opéra Royal de Wallonie - Lorraine Wauters" width="452" /><br />
	© Opéra Royal de Wallonie &#8211; Lorraine Wauters</p>
<p>Dans le rôle de Pamina, prenant les traits d’une poupée prisonnière dans sa cage, et un peu tendue au départ, <strong>Anne-Catherine Gillet</strong> se libère dans le deuxième acte pour venir illuminer la scène dans les envolées lyriques, donnant à son personnage intensité et charme. <strong>Anicio Zorzi Giustiniani</strong> est un Tamino crédible quoique son allemand semble à quelques moments du premier acte pour le moins pittoresque. Cela ne l’empêchera pas de dominer le second avec noblesse et conviction. C’est d’ailleurs toute l’ambiguïté de<em> La Flute enchanté</em>e : bien que Mozart désigne son œuvre comme « Grand Opéra », elle possède plutôt les caractéristiques du <em>singspiel</em>, œuvre où alternent dialogues et airs. Les personnages étant à l’origine interprétés par des acteurs, Mozart a dû renoncer aux récitatifs et aux airs virtuoses, à l’exception de ceux écrits pour la Reine de la Nuit, interprétée par la soprano <strong>Burcu Uyar</strong> qui s’en sort bien malgré des aigus un peu nasillards lors du premier air, « O zittre nicht, mein lieber Sohn », censé être un véritable feu d’artifice de vocalises. C’est surtout dans le deuxième air, « Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen », qu’elle se montre sous son meilleur jour avec ses vocalises chargées de passion.  <strong>Mario Cassi</strong> se révèle être un parfait Papageno : outre son chant « Der Vogelfänger bin ich ja » aussi célèbre que jovial, sa gentillesse et sa bonhomie traversent l’œuvre entière comme un instant de bonheur. Seule faiblesse, celle du jeune <strong>Gianluca Buratto</strong> qui manque de grave pour interpréter le rôle de Sarastro. Pour le reste, les petits rôles sont très soignés à l’instar de l’interprétation d’<strong>Anneke Luyten</strong>, en Première Dame au service de la reine ou encore le ténor <strong>Krystian Adam</strong> en Monostatos. Quant aux trois enfants, ces <em>drei knaben</em> ont beaucoup de charme.</p>
<p>A la tête de l’orchestre, le directeur musical de l’Opéra royal de Wallonie, <strong>Paolo Arrivabeni</strong> signe ici sa première <em>Flûte</em>. On sait l’homme verdien, et on a senti qu’Arrivabeni ne rendait pas toute la vivacité de l’œuvre de Mozart, restant à certains moments trop figé. L’orchestre manquait parfois de précision, n’arrivant pas toujours à relancer toute la féérie de l’action déployée musicalement et scéniquement sur le plateau. Dommage, mais après tout, un spectacle peut être meilleur que la somme de ses parties. C’est sans aucun doute le cas ici et l’impression qui s’impose à la fin de cette <em>Flûte enchantée </em>que l’on peut applaudir jusqu’au 5 janvier prochain. </p></p>
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		<title>PUCCINI, Tosca — Rome</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/tosca-rome-la-grande-bellezza/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre Jassogne]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 04 Dec 2015 06:08:15 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans cette production romaine, la Tosca de Puccini continue d&#8217;épouser les émotions complexes et les funestes silhouettes avec une beauté aussi étonnante qu&#8217;arrogante…  Mais c&#8217;est d’abord pour le critique étranger un formidable exercice anthropologique à la façon d’une scène du Roma de Fellini. Car sur le plateau, c’est un vrai défilé de mode, à croire &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans cette production romaine, la <em>Tosca </em>de Puccini continue d&rsquo;épouser les émotions complexes et les funestes silhouettes avec une beauté aussi étonnante qu&rsquo;arrogante… </p>
<p>Mais c&rsquo;est d’abord pour le critique étranger un formidable exercice anthropologique à la façon d’une scène du <em>Roma</em> de Fellini. Car sur le plateau, c’est un vrai défilé de mode, à croire que tout le quartier du Parioli, le « Neuilly » romain s’est donné rendez-vous à l’opéra. On discute, on bavarde, on se toise… Un peu comme pour un match de la Roma face à la Lazio, on dirait que la ville s’arrête le temps d’une soirée. Quand le rideau se lève, le spectacle est autant sur scène que parmi le public. On chuchote, on s’exclame en reconnaissant tel ou tel lieu mythique de la capitale italienne, on chantonne aussi, tout en surveillant du coin de l’œil le portable et les résultats du <em>calcio</em> au point d’énerver les touristes mélomanes de passage. Mais on ne peut toutefois que se réjouir de voir ce spectacle, en sentant toutes les vibrations d’un public romain totalement acquis, quand on sait que le Teatro Costanzi risquait de fermer ses portes en 2014.  Certes, l’essentiel n’est pas là, et c’est sur scène que le vrai spectacle s’est joué. Evidemment quand il s’agit de toucher à un monstre sacré, difficile de se montrer original dans la mise en scène. </p>
<p>Mais c’est là tout le charme de cette production d’<strong>Alessandro Talevi</strong>, en nous présentant des décors et costumes reconstitués à partir des croquis originaux d’Adolf Hohenstein pour la première représentation de la Tosca qui eut lieu à Rome le 14 janvier 1900. Le charme opère encore plus d’un siècle plus tard…</p>
<p>Le ténor <strong>Stefano La Colla</strong> est Mario Cavaradossi, le peintre amant de la cantatrice, Flora Tosca. La Colla, c’est tout ce qu’on espère du ténor italien dans la grande tradition. Un rôle taillé sur mesure, tant ce personnage est interprété avec sentiment, mais aussi virilité. La Colla a vécu, respiré et incarné Cavaradossi, chantant avec passion et enthousiasme. La Colla sait être un véritable soleil sur la scène, tant sa voix est ample et son souffle tient la longueur, il peut être sombre aussi aux moments les plus dramatiques avec une émotion jamais feinte. Quand culmine l’acte III, et son fameux « E lucevan le stelle », le ténor l’interprète avec une grande beauté, une de celle que l’on espère en allant voir le célèbre opéra de Puccini. C’est le cas ici, et le ténor s’en amuse au point de faire, sous les acclamations du public et à la demande du chef, le bisse immédiatement.</p>
<p>Quant à Tosca,  on retrouve la jeune soprano napolitaine <strong>Anna Pirozzi</strong>. A nos confrères de <em>La Repubblica</em>, elle confiait que chanter Tosca à Rome était Le rêve de tout chanteur. Pirozzi a un timbre riche et coloré, et sa prestation aussi naturelle qu’impressionnante lui permet d&rsquo;allier musicalité et puissance. Sa voix est chaude, vibrante, toujours dosée à bon escient. Dès l’acte I, son duo avec Cavaradossi est d’une sensualité poignante. Pendant la scène de torture, dans l&rsquo;acte II, elle crie et sanglote avec une passion extrême. Quelques minutes plus tard, commençant doucement avant d’évoluer vers un éclat de douleur passionnée, son « Vissi d&rsquo;arte » est d’une clarté impressionnante, comme si Pirozzi était emportée par le choc de ce qui arrive au moment d’assassiner Scarpia. Quant au troisième acte, lors du second duo avec Cavaradossi, tous les accents passionnés se mêlent au pressentiment dépressif de la mort. Tout l&rsquo;acte apparaît alors comme un jeu de phrasé intelligent, rendant la douleur de la cantatrice vraiment crédible.</p>
<p>Le baryton <strong>Giovanni Meoni</strong> interprète enfin le terrible baron Scarpia. Sa voix se combine parfaitement à la férocité hypocrite du personnage. Avec un phrasé aussi féroce qu’inoubliable, Meoni sculpte les mots qui précèdent le <em>Te Deum</em>, et on sait déjà que le deuxième acte sera le sien, jouant l’ensemble avec l’impudence du tyran et la violence sinistre du maître chanteur comme au moment de ce passage d’une puissance extrême, « Già, mi dicon venal ».</p>
<p>Pour sa part, <strong>Donato Renzetti</strong> contribue à rendre cette <em>Tosca </em>aussi passionnante que populaire. Certes, il n’y a pas toujours une profonde attention dans la conduite, créant parfois un sentiment vague, une vibration fébrile et bavarde qui semble épouser celle du public, mais l’ensemble laisse surtout la première place à l’interprétation sur scène, comme si Renzetti cherchait à rendre toutes les nuances de cette partition impressionniste. </p></p>
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		<title>ROSSINI, Il barbiere di Siviglia — Liège</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/le-barbier-de-seville-liege-un-spectacle-au-poil/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre Jassogne]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 18 Oct 2015 15:38:26 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est en novembre 2008 que Stefano Mazzonis, patron de l’Opéra Royal de Wallonie, avait signé une première production du Barbier de Séville. On peut le revoir à Liège jusqu’au 24 octobre. Une production résolument basée à Séville, certes traditionnelle, mais surtout survitaminée, à la limite même du kitsch. Le rôle-titre est confié à Lionel Lhote &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est en novembre 2008 que <strong>Stefano Mazzonis</strong>, patron de l’Opéra Royal de Wallonie, avait signé une première production du <em>Barbier de Séville</em>. On peut le revoir à Liège jusqu’au 24 octobre. Une production résolument basée à Séville, certes traditionnelle, mais surtout survitaminée, à la limite même du kitsch.</p>
<p>Le rôle-titre est confié à <strong>Lionel Lhote</strong> dont on avait pu saluer la prestation dans <a href="http://www.forumopera.com/ernani-liege-un-opera-en-bataille"><em>Ernani</em> le mois dernier, toujours à Liège</a>. Timbre chaud, élégance vocale, le baryton associe à tout cela aussi des qualités de comédien indéniables. Lhote adore la scène, et cela se voit, s’entend, à vous faire croire que le rôle de Figaro n&rsquo;a plus aucun secret pour le baryton belge, en témoigne son interprétation du célèbre <em>« Largo al factotum »</em>.</p>
<p>C’est, ensuite, un joli plateau, réuni autour de la Rosina, interprétée par la soprano <strong>Jodie Devos</strong>, lauréate en 2014 du Concours Reine Elisabeth. De quoi créer l’événement dans la Cité ardente puisque la presse locale s’est attachée essentiellement à la prestation de la Belge, attendue au tournant tant par le public que par les critiques. Même si le rôle est souvent confié à des mezzos, il convient parfaitement au tempérament solaire de la jeune femme, mêlant humour et caractère, douceur et ironie. Techniquement, Jodie Devos semble même presque s’amuser des difficultés des airs si virtuoses du <em>Barbier</em>, tant son jeu est vivifiant avec une voix très claire, très perçante aussi. Il faut dire que la jeune chanteuse incarne son premier grand rôle de soliste, et de surcroît, elle admet volontiers qu’elle chante peu de Rossini. Aussi, reste-t-on donc captivé par le charme juvénile de l’interprète, sa fraîcheur scénique, mais aussi par son charmant <em>« Una voce poco fa »</em>, un tour de force sur lequel la soprano n’a pas trébuché, en variant savamment les cadences.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/il_barbiere_di_siviglia_laurent_kubla_jodie_devos_et_lionel_lhote_c_opera_royal_de_wallonie_-_lorraine_wauters-11.jpg?itok=jptJs7WB" title="Laurent Kubla (Don Basilio), Jodie Devos (Rosina) et Lionel Lhote (Figaro) © ORW/Lorraine Wauters" width="468" /><br />
	Laurent Kubla (Don Basilio), Jodie Devos (Rosina) et Lionel Lhote (Figaro) © ORW/Lorraine Wauters</p>
<p>Pour conquérir la jeune Rosina, le ténor argentin <strong>Gustavo De Gennaro</strong> interprète le comte Almaviva. Un peu trop figé sur scène au départ, sa prestation prend peu à peu corps avec un timbre charmeur même, sauf au moment d’aborder le fameux Rondo final de l&rsquo;opéra où il a parfois tendance à vaciller. Il faut dire qu’Almaviva a fort à faire face au fantasque Dottore Bartolo, interprété par le flamboyant baryton italien <strong>Enrico Marabelli</strong> qui en fait des tonnes avec panache. Dans le rôle de Don Basilio, la basse <strong>Laurent Kubla</strong>, par contre, n’arrive pas à développer pleinement ses talents sur scène, notamment quand il s’agit d’interpréter l’air célèbre de la <em>Calunnia</em>. Un crescendo qui n’atteint pas la vérité dramatique qu’on est en droit d’espérer pour un tel morceau.</p>
<p>Quant à la direction musicale, si les intérêts du maestro se portent surtout pour le répertoire baroque et le classique, <strong>Guy Van Waas</strong> arrive tout de même à nous emporter dans la fièvre rossinienne. Reste les chœurs liégeois, si décriés d&rsquo;autres fois, dans ce <em>Barbier</em>, le travail de <strong>Pierre Iodice</strong> semble heureusement faire effet, et c’est tant mieux…</p>
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		<item>
		<title>VERDI, Ernani — Liège</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/ernani-liege-un-opera-en-bataille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre Jassogne]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 27 Sep 2015 08:24:35 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>De cet Ernani, créé en 2014 à Monte-Carlo, on retiendra surtout le retour de Jean-Louis Grinda, ancien directeur général de l’Opéra Royal de Wallonie. À Liège, il était donc là en terrain conquis avec un public acquis à sa cause.  Mettant en scène un ouvrage « proscrit » de Giuseppe Verdi puisque Victor Hugo fit obstacle à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="rtejustify">De cet <a href="/spectacle/la-bataille-dernani-naura-pas-lieu"><em>Ernani</em>, créé en 2014 à Monte-Carlo</a>, on retiendra surtout le retour de <strong>Jean-Louis Grinda</strong>, ancien directeur général de l’Opéra Royal de Wallonie. À Liège, il était donc là en terrain conquis avec un public acquis à sa cause. </p>
<p class="rtejustify">Mettant en scène un ouvrage « proscrit » de Giuseppe Verdi puisque Victor Hugo fit obstacle à sa représentation à l’Opéra de Paris, le Monégasque s’efforce vaille que vaille de se départir d’un livret trop alambiqué pour rendre uniquement la beauté de la musique dans des décors troublants avec l&rsquo;utilisation d&rsquo;un miroir incliné en fond de scène. Sans révolutionner le genre, Jean-Louis Grinda prend le parti d’une esthétique picturale assez classique : la <em>Bataille de San Romano</em> de Paolo Uccello forme l’écrin, et les interprètes naissent de ce tableau pour venir s’engloutir sur scène. Certes, les « modernes » diront que ce n’est pas d’une grande originalité, mais on ne se lancera pas dans une bataille esthétique pour cet <em>Ernani</em>… Jean-Louis Grinda peut surtout compter sur la direction musicale de <strong>Paolo Arrivabeni</strong> qui semble emporter à lui seul par son énergie la scène liégeoise. Avec un enthousiasme sans pareil, sa performance tient du miracle : il soutient passionnément et intensément la partition ampoulée d’<em>Ernani</em>. C&rsquo;est qu’avec ce cinquième ouvrage lyrique, Verdi n&rsquo;a pas eu la main légère. Certes, on reconnaît à quelques reprises des parallèles avec les œuvres à venir comme <em>Il Trovatore, </em>mais<em> </em>le public liégeois, si prompt à s’enthousiasmer d’habitude, semble un peu troublé par cette œuvre vindicative et nerveuse.</p>
<p class="rtejustify">Sur scène, les interprètes sont eux aussi happés par cette terrible impétuosité qui ravira les plus assidus. Toutefois, si les deux premiers actes manquent parfois d&rsquo;éclat dans leur interprétation au point de se dire comme Elvira,  « Ernani ! Involami ! » (Ernani ! Fuyons ensemble !), il faut attendre le troisième pour sentir toute l’ « étreinte odieuse » de ce drame lyrique et être finalement emporté par la rage et la passion comme il convient avec Verdi.</p>
<p>	<img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/ernani_gustavo_porta_c_opera_royal_de_wallonie_-_lorraine_wauters-29.jpg?itok=yJJC5Een" style="line-height: 1.5" title="Ernani (Gustavo Porta) (c) Opéra Royal de Wallonie/Lorraine Wauters" width="468" /><br />
	 © Opéra Royal de Wallonie/Lorraine Wauters</p>
<p class="rtejustify">Comme la vengeance boîteuse, la voix du ténor argentin <strong style="line-height: 1.5">Gustavo Porta</strong> vacille quelque fois, notamment lors des deux premiers actes, mais il faut dire qu&rsquo;en Ernani, le chanteur s’aventure sur un terrain instable. Pour sa première à Liège, il n’arrive hélas pas suffisamment à s’imposer, ce qui rend trop peu sensible son adieu à la vie… L’Elvira de la soprano cubano-américaine<strong style="line-height: 1.5"> Elaine Alvarez</strong> impressionne davantage pour son enthousiasme scénique que pour sa prestation vocale qui manque de stabilité et parfois de nuances. Cependant, tout marche, et le hasard corrige le hasard ; de là vient l&rsquo;équilibre dans cette oeuvre emportée. </p>
<p class="rtejustify">Qu’à cela ne tienne, <strong style="line-height: 1.5">Lionel Lhote</strong> – le régional de l’étape &#8211; règne en maître sur le reste de ses partenaires. Sans être le prototype parfait du baryton verdien, le Belge ne cesse néanmoins d’impressionner en Don Carlo. Eloquent et incisif dans les récitatifs, il magnifie l’œuvre avec un solennel et ample « Oh, de’ verd’anni miei » qu’il sculpte de sa voix dans un marbre orgueilleux avant de nous éblouir avec un émouvant final « Oh, sommo Carlo ! ». D’ailleurs, c’est à lui que le public réservera ses plus beaux applaudissements. Quant à la basse bulgare <strong style="line-height: 1.5">Orlin Anastassov</strong>, incarnant Don Ruy Gomez de Silva, il allie souplesse et puissance, en étant capable d’une véritable présence scénique, alors qu’il était annoncé souffrant. Reste l’énorme point faible de cette production liégeoise, les chœurs. Sous la direction de <strong style="line-height: 1.5">Pierre Iodice</strong>, ils manquent tout simplement de rythme et de cohésion, emportés, semble-t-il, dans le fleuve impétueux et véhément du grand jeu verdien. </p>
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		<title>DONIZETTI, L&#039;elisir d&#039;amore — Liège</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lelisir-damore-liege-un-elixir-western-qui-fait-mouche/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre Jassogne]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Jun 2015 05:30:30 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Des délires d&#8217;amour au pays des cow boys : cela passe ou cela casse. Avec ses airs de western spaghetti et ses flonflons de saloon, on retiendra surtout de L&#8217;Elisir d&#8217;amore de l&#8217;Opéra de Liège son exécution musicale. On est à peine plongé au cœur d&#8217;un village du Far West, en carton pâte, que résonnent &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/lelisir-damore-liege-un-elixir-western-qui-fait-mouche/"> <span class="screen-reader-text">DONIZETTI, L&#039;elisir d&#039;amore — Liège</span> Lire la suite »</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="rtejustify">Des délires d&rsquo;amour au pays des cow boys : cela passe ou cela casse. Avec ses airs de western spaghetti et ses flonflons de saloon, on retiendra surtout de <em>L&rsquo;Elisir d&rsquo;amore</em> de l&rsquo;Opéra de Liège son exécution musicale. On est à peine plongé au cœur d&rsquo;un village du Far West, en carton pâte, que résonnent les premières notes du prélude donizettien, sous la baguette assurée de <strong>Bruno Campanella</strong>. Il faut dire, pour ce qui est du décor, que le tableau est pour le moins pittoresque. Car dans l&rsquo;opéra-western mis en scène par <strong>Stefano Mazzonis di Pralafera</strong>, on trouve une femme-shérif aux airs de Calamity Jane, des bandits, des prostituées de saloon, un croque-mort qui semble sortir tout droit d&rsquo;un album de Lucky Lucke et même un chien plus intrépide que Rantanplan. Au départ, on craint que tous ces éléments criards soient là pour compromettre la parfaite réussite de la représentation, surtout si l&rsquo;on a du mal à scinder <em>L&rsquo;Elisir d&rsquo;amore </em>de cette mémorable production viennoise qui, en 2005, avait décrété le succès d&rsquo;Otto Schenk et de la triade Netrebko-Villazón-D&rsquo;Arcangelo. Et pourtant, le résultat final de cette version liégeoise du célèbre <em>melodramma giocoso</em> est loin de déplaire. Malgré les quelques perruques fluorescentes, les transformations royalistes de la « regina Isotta » en « regina Paola », les clins d&rsquo;œil un peu hasardeux au ragtime de Scott Joplin et à la musique des westerns spaghetti d&rsquo;Ennio Morricone (qui parviennent à trouver leur place – étonnamment – dans la partition donizettienne), cet <em>Elisir d&rsquo;amore</em> finit par enivrer et conquérir.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="303" src="/sites/default/files/styles/large/public/dscf4844.jpg?itok=ZMA7DDT3" title="Adrian Sampetrean (Dulcamara) © Opéra de Liège" width="452" /><br />
	Adrian Sampetrean (Dulcamara) © Opéra de Liège</p>
<p class="rtejustify">Évidemment, l&rsquo;exécution musicale y est pour beaucoup. Avec la maîtrise de Bruno Campanella, le charme de l<em>’Elisir </em>fait vraiment de l’effet. Sur scène,<strong> Maria Grazia Schiavo</strong> est une Adina excellente : son timbre pur et cristallin épouse à merveille les caprices du personnage, en maîtrisant les aigus avec aisance et élégance. Même le jeune ténor <strong>Davide Giusti </strong>fait preuve de valeur. Il faut dire qu&rsquo;il était attendu au tournant jusqu’à la dernière minute. On a craint un instant qu&rsquo;en manquant de brillance, son rôle de Nemorino, en niais magnifique ne lui colle à la peau toute la représentation. Ce ne fut pas le cas, et c’est tant mieux. Son Nemorino tendre et frisé est fort crédible, et le timbre puissant et chaleureux de sa voix ne manque pas de susciter quelque <em>furtiva lagrima</em> d&rsquo;émotion. <strong>Julie Bailly</strong>, quant à elle, est une Giannetta fraîche et délicate, accompagnée par des chœurs très harmonieux. Mais la vraie surprise, c&rsquo;est <strong>Adrian Sâmpetrean</strong>, néophyte de l&rsquo;opéra de Liège. Déployant un talent sans faille, tant scénique que musical, et hilarant à tout point de vue, la basse roumaine incarne le charlatan Dulcamara à la perfection, en dépit d&rsquo;une tenue vestimentaire quelque peu grotesque. Son interprétation est entraînante et irréprochable, même lorsqu&rsquo;il tente de vendre une bouteille de son « specifico » miraculeux&#8230; au chef d&rsquo;orchestre ! Seul le Belcore de <strong>Laurent Kubla </strong>s&rsquo;avère peu convaincant. Le baryton reste trop en retrait dans son rôle de méchant et n’arrive pas à la hauteur de ses autres partenaires de scène. Par moment, sa voix semble manquer de fermeté, et c&rsquo;est dommage. Certes, dans le livret de Felice Romani, Belcore est le personnage le moins réussi, et il faut reconnaître également que le baryton belge a été sans doute limité par des impositions scéniques ayant caricaturé son interprétation à l&rsquo;extrême. Cela constitue la seule fausse note d&rsquo;une production qui, finalement, respecte le caractère joueur de l&rsquo;opéra donizettien, en accumulant les pirouettes, sans pour autant dénaturer l&rsquo;œuvre.</p>
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