Au Châtelet, un Petit Prince dépoétisé, mais brillamment exécuté

Par Brigitte Cormier | ven 13 Février 2015 | Imprimer

Le Petit Prince de Saint-Exupéry à l’origine du livret de l’opéra de Michaël Levinas est une œuvre à part, universellement reconnue pour sa poésie et sa portée philosophique. Après Lausanne, Genève et Lille où il a été sauf exception plutôt bien accueilli, la voici au Théâtre du Châtelet qui poursuit ses missions d’éducation et d’ouverture à un large public. Présentée pour la première fois à la scène en langue française,  ce titre a tout pour attirer des spectateurs de tous âges. En effet, ce 11 février, on aurait pu compter plusieurs centaines de spectateurs de 7 à 14 ans encadrés par leurs parents ou leurs enseignants...

La scénographie est fluide et les lumières sont chaleureuses.  Si, très loin des naïves aquarelles originales, les décors et les costumes oscillent entre science-fiction, bande dessinée et conte pour enfants, l’identité visuelle du Petit Prince avec ses cheveux blonds ébouriffés, son costume vert et sa longue écharpe est d’emblée reconnaissable. Le texte et la direction d’acteurs penchent vers la comédie parfois même vers la farce dissonante. Les chanteurs offrent une riche palette vocale, de soprano à baryton-basse en passant par mezzo, contre-ténor et ténor. Tous méritent des compliments pour leur engagement. Se distinguent : Jeanne Crousaud avec ses suraigus et son plaisir à articuler les mots dans le rôle titre ; l’excellent contre-ténor Rodrigo Ferreira dans Le renard et Le serpent ; la mezzo Catherine Trottmann dans La rose.

Aujourd’hui baignant dans des univers virtuels insolites et souvent terrifiants, les enfants ne s’étonnent plus ni des voyages dans l’espace, ni des comportement absurdes des « grandes personnes ». Sont-ils sensibles à cet « essentiel invisible pour les yeux », aux notions d’éphémère et de responsabilité mis en avant par Saint-Exupéry ? On ose encore l’espérer. À travers les sept types humains hautement caricaturés sans méchanceté, le spectacle a le mérite de traiter ces questions ô combien cruciales de manière à la fois sérieuse et ludique. En contrepoint, plus qu’en accompagnement, la musique de Levinas, avec ses couleurs orchestrales variées, ses claviers superposés, ses vents surprenants, ses grincements, ses bruits sourds et ses sons électroniques étranges, fait ressentir le poids des impasses psychologiques et des absurdités auxquelles les humains sont confrontés, sans avoir, néanmoins jusqu’à maintenant, réussi à tuer ni l’espoir ni les rêves qui les habitent.

Musique et livret Michaël Levinas - Mise en scène Lilo Baur - Décors et costumes : Julian Crouch - Lumières : Fabrice Kebour - Le petit Prince Jeanne Crousaud- L'aviateur Vincent Lièvre-Picard - La rose : Catherine Trottmann - Le renard, Le serpent Rodrigo Ferreira - Le roi, L’ivrogne, L’allumeur de réverbères, L’aiguilleur : Alexandre Diakoff - LeVaniteux, Le financier, Le géographe : Benoît Capt - Orchestre de Picardie, Direction musicale : Arie van Beek - Paris, Théâtre du Châtelet,

 

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