Così fan tutte au Met : quel cirque !

Par Christian Peter | lun 02 Avril 2018 | Imprimer

Samedi 30 mars le Metropolitan Opera retransmettait dans les cinémas Così fan tutte de Mozart dans une nouvelle production de Phelim McDermott qui avait déjà signé in loco celle de The Enchanted island en 2011. Le metteur en scène britannique situe l’action au cœur des années 50, dans le célèbre parc d’attraction de Coney Island à New-York. Ainsi l’on aperçoit en fond de scène une grande roue et des montagnes russes qui se détachent sur un magnifique coucher de soleil rouge orangé. Les décors aux couleurs vives de Tom Pye nous plongent dans cette atmosphère joyeuse et bariolée des fêtes foraines où tout n’est qu’artifice et faux-semblants comme dans le stratagème imaginé par Don Alfonso pour dessiller les yeux des deux jeunes militaires et, pour que l’illusion soit parfaite, de vrais artistes de cirque peuplent la scène, une avaleuse de sabre, une femme à barbe, une cracheuse de feu, des nains, une charmeuse de serpents… La maison des deux sœurs devient un motel où Despina est employée comme femme de chambre et au début de l’ouvrage, Alfonso et ses deux acolytes sont attablés dans un club Playboy peuplé de Bunny girls.

C’est une distribution essentiellement juvénile et homogène qui a été réunie autour de Christopher Maltman, Alfonso plus malicieux que foncièrement cynique qui, en véritable maître de cérémonie comme en témoigne son costume rouge à paillettes au tableau final, mène le jeu avec une implacable virtuosité. Vocalement le baryton anglais ne démérite pas, le style mozartien n’a pas de secret pour lui et sa voix sombre et sonore confère au personnage un ascendant certain sur ses deux amis.

Les jeunes hommes, qui portent des uniformes d’officiers de marine au lever du rideau, reviennent non pas déguisés en Albanais mais vêtus de jeans et d’un blouson de cuir avec une coiffure à la James Dean et une fine moustache. Lauréat du concours Operalia en 2013, Ben Bliss possède un timbre clair et homogène. Son « aura amorosa » phrasée avec élégance n’appelle que des éloges. Dans son duo du deuxième acte avec Fiordiligi, « Fra gli amplessi » sa voix se pare d’accents d’une suavité irrésistible. Voilà un ténor mozartien aux moyens prometteurs à qui l'on pardonnera quelques aigus émis en arrière en début de soirée, sans doute à cause du trac. Adam Plachetka est un Guglielmo moins fanfaron et sûr de lui qu’à l’accoutumée, qui laisse entrevoir une certaine fragilité dans son duo avec Dorabella. Ce jeune baryton tchèque est doté d’une voix virile et solide qui ne manque pas d’agilité.

Les personnages féminins sont également bien servis, Serena Malfi campe une Dorabella mutine à souhait. Sa voix, délicieusement enjoué dans  « È amore un ladroncello », se fait sensuelle dans son duo « Il cor vi dono » au point de troubler son partenaire et son timbre délicatement ambré se marie fort bien avec le soprano limpide d’Amanda Majeski. La cantatrice américaine, que les Parisiens ont applaudie en Vitellia à Garnier à l’automne dernier, possède une voix longue qui lui permet de triompher des embûches du rôle de Fiordiligi, en particulier les graves de « Come scoglio » émis sans effort apparent. Cependant, c’est son « Per Pietà » tout en nuances et empreint de nostalgie qui lui vaudra une belle acclamation de la part du public. Cet air, qu’elle chante dans une montgolfière qui s’élève dans le ciel constitue l’un des temps forts de la soirée. Reine de Broadway, Kelli O’Hara s’est déjà produite au Met dans La Veuve joyeuse ​en 2015. Elle aborde ici un répertoire plus ambitieux et s’en tire avec les honneurs. La voix paraît bien projetée, autant que l’on puisse en juger au cinéma, et le style n’appelle aucune réserve, ce qui constitue une manière d’exploit pour une chanteuse spécialisée dans la comédie musicale. Très à l’aise sur la scène, la soprano est irrésistible en faux médecin aussi bien qu’en notaire au timbre nasillard. Pour un peu elle volerait presque la vedette à ses partenaires.

David Robertson propose une direction énergique avec des tempi globalement rapides, notamment dans les ensembles, qui n’excluent pas les moments de pure poésie comme le trio « Soave sia il vento » où la musique semble planer en apesanteur.

Le 14 avril prochain, le Metropolitan Opera retransmettra dans les cinémas du réseau Pathé Live Luisa Miller de Verdi avec Sonya Yoncheva, Piotr Beczala et Placido Domingo.
  

 

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