Ce qui frappe d’abord dans cette version, c’est l’énergie incisive de la direction de Marc Minkowski, qui insuffle à l’ouvrage un mouvement dramatique constant, sans jamais sacrifier la souplesse du phrasé baroque. L’ouverture donne le ton : élancée, claire, résolument vivante, elle prépare un spectacle musical où récitatifs et arias révèlent tour à tour les enjeux et les drames intérieurs des personnages. L’orchestre, d’une remarquable cohésion, offre des couleurs raffinées, soutenues par un continuo nerveux qui rend au théâtre de Haendel toute sa richesse expressive.
La distribution contribue largement à cette réussite. Magdalena Kožená campe une Alcina à la fois souveraine et vulnérable, dotée d’un timbre souple qui porte admirablement la douleur dissimulée derrière les sortilèges. Anna Bonitatibus est un Ruggiero d’une grande finesse, alliant bel canto raffiné et poésie touchante. Morgana (Erin Morley), lumineuse et agile, et Bradamante (Elizabeth DeShong), affirmée et sombre, se distinguent également.
Dans la discographie lyrique haendélienne, cet enregistrement se place sur le podium, aux côtés des Ariodante ou Giulio Cesare … dirigés par le même Marc Minkowski.
Magdalena Kožená (Alcina), Anna Bonitatibus (Ruggiero), Erin Morley (Morgana), Elizabeth DeShong (Bradamante), Valerio Contaldo (Oronte), Alois Mühlbacher (Oberto), Alex Rosen (Melisso)
Les Musiciens du Louvre, Marc Minkowski (direction)
Pentatone, 2024

