Œuvre scénique par essence, sans air ni scène isolable, L’Affaire Makropoulos n’est pas l’opéra qui se prête le plus facilement à l’écoute au disque. Pourtant, l’excellence des deux intégrales en langue originale justifie amplement d’en acquérir l’une ou l’autre. Au jeu de la comparaison, Charles MacKerras en 1979 fait pencher la balance en sa faveur grâce notamment à un Philharmonique de Vienne en très grande forme. La lumière des timbres, le lyrisme des cordes, l’engagement constant, en font une version aussi métaphysique que sensuelle. Elisabeth Söderström s’inscrit avec évidence dans cette optique très lyrique (là où la version tchèque de 1964 est plus théâtrale). Grande chanteuse, son Emilia Marty bénéficie certes d’une voix rayonnante de santé, mais aussi de qualités de diseuse capable des nuances les plus fines. La diva immortelle y gagne en ambiguïté et en mélancolie. Ne manque à cet enregistrement qu’une distribution d’ensemble un peu plus caractérisée pour en faire une référence indépassable. Tout le reste y est, l’orchestre et le chant travaillant à part égale à rendre éloquente l’étrange beauté de l’œuvre.
Elisabeth Söderström (Emilia Marty), Peter Dvorsky (Albert Gregor), Vladimir Krecjik (Vitek), Anna Czakova (Kristina), Zdenek Svehla (Janek), Dr. Kolenaty (Dalibor Jedlicka), Jiri Joran (Un machiniste), Ivana Mixova (Une femme de ménage), Beno Blachut (Hauk-Sendorf), Blanca Vitkova (Une femme de chambre)
Orchestre Philharmonique de Vienne, Chœur du Staatsoper de Vienne. Direction Charles MacKerras. Decca, 1979


