Tombé dans l’oubli comme les autres opera seria de Rossini, Armida n’en sort vraiment que lorsque Tullio Serafin, alors directeur du Maggio Musicale de Florence consacre l’édition 1952 au compositeur. Pour le rôle-titre, composé pour la virtuose Isabella Colbran, il a trouvé l’interprète : ce sera Maria Callas. Depuis 1947 il a découvert l’extension de cette voix étrange et eu la preuve de la versatilité phénoménale de l’interprète, quand elle a chanté dans la même semaine Brünnhilde et Elvira des Puritani. Six ténors sont requis mais un rôle peut-être attribué à une basse – comme à la création – et la structure de l’œuvre permet que l’un d’eux interprète deux rôles. Francesco Albanese est plutôt verdien mais il a chanté Almaviva et Ramiro, Mario Filippeschi a chanté Arnold, et Gianni Raimondi, qui a aussi chanté Arnold, sera quelques années plus tard Amenofi et Idreno aux côtés de Joan Sutherland. L’enregistrement est une captation pirate qui garde la trace de bruits parasites et pour les puristes la partition n’est pas intégrale. Alors, pourquoi préférer cette version à d’autres ? Parce qu’aucune des autres Armida, même June Anderson, même Renée Fleming entendue sur le vif dans sa première incarnation à Pesaro, même Ruth Iniesta, que nous avons admirée à Bad Wildbad, ne nous donne ce frisson qui désarme les réticences. L’impact de la voix de Maria Callas est tel qu’on est aussitôt sous le charme impérieux de ce timbre, dense, charnu, et soudain capable de s’alléger en caresse insinuante, de ces élans vertigineux qui emportent, de ces trilles infinis, de ces aigus qui annihilent tout désir de leur résister. Cette effervescence vocale est la manifestation immédiate de la puissance du personnage : on la subit, on s’en enivre, on s’y abandonne, elle nous ravit. Que dire d’autre, sinon que la séduction de cette Armida l’emporte sur les défauts de cette version et c’est pourquoi elle fait partie de notre discothèque idéale !
Maria Callas (Armida), Francesco Albanese (Rinaldo), Mario Filippeschi (Ubaldo/Gernando), Alessandro Ziliani (Goffredo), Gianni Raimondi (Carlo), Marco Stefanoni (Astarote)
Orchestre et chœur du Teatro Comunale di Firenze – Dir. Tullio Serafin
Istituto Discografico Italiano – 2 disques – Date de parution : 2002, enregistré en 1952

