Tosca au Met, retour vers le futur ?

Par Christophe Rizoud | mar 02 Janvier 2018 | Imprimer

Avant d’être le spectacle de tous les désistements, Tosca, à l’affiche du Metropolitan Opera dimanche soir, 31 décembre, est une nouvelle production envisagée par Peter Gelb – le directeur de l’institution lyrique new-yorkaise –, comme un manifeste en faveur d’un retour à la tradition pour représenter les grands titres du répertoire. Retour à la tradition, c’est-à-dire respect du livret mais aussi démarche résolument esthétique. En 2009, Peter Gelb avait réveillé la querelle entre progressistes et conservateurs en substituant à la vision zeffirellienne du chef d’œuvre de Puccini celle plus stylisée de Luc Bondy. Dans une récente interview, il reconnaissait en avoir tiré les leçons : « Quand il s’agit d’une pièce classique du répertoire, la beauté compte – et c’est ce que le public veut ».

Le tohu-bohu provoqué à Paris par la relecture spatiale de La Bohème semble lui donner raison. A une nuance près : si à Paris, public et critique ont ensemble majoritairement conspué la proposition de Claus Guth, à New York, seule cette dernière émet des réserves sur le travail de David McVicar. Le metteur en scène n’aurait rien à dire d’après Anthony Tommasini, le correspondant du New York Times. Mais, s’agissant du meilleur polar lyrique jamais composé, faut-il forcement avoir quelque chose à dire ? Dans la salle, l’accueil a été enthousiaste. Les dorures de Sant’Andrea della Valle au premier acte ont été chaleureusement accueillies, « comme au temps de Zeffirelli », déplore Tommasini. Applaudir les décors lorsqu’ils sont imposants est une tradition new-yorkaise, toujours en vigueur, quel que soit le metteur en scène.

Alors oui, évidemment, pourquoi vouloir faire du neuf en refaisant du vieux ? A Vienne, la mise en scène de Tosca, signée Margarethe Wallmann date de la fin des années 1950. Qui s’en émouvrait si une telle position ne conduisait à terme à une momification de l’art lyrique ? Eviter aux standards du répertoire des approches illisibles semble relever de l’évidence. Rien de tel pour décourager un nouveau public, d’abord attiré par les ouvrages connus, de retourner à l’opéra – c’est sans doute là où Paris a fait fausse route avec La Bohème. Entre les positions extrêmes de Claus Guth et celles académiques de David McVicar, il ne faut pas forcément chercher un juste milieu difficile à atteindre, mais accepter la cohabitation enrichissante d’approches diverses. Et surtout ne pas écouter l’avis des critiques.

 

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