Une Norma grandiose au Met

Par Christian Peter | dim 08 Octobre 2017 | Imprimer

Centième ouvrage lyrique diffusé en direct depuis le Metropolitan Opera de New-York dans les cinémas du monde, Norma de Bellini a ouvert ce samedi 7 octobre la saison des retransmissions. Il s'agit d'une nouvelle production signée David McVicar qui opte pour une vision traditionnelle de l'ouvrage. Point ici de transposition hasardeuse ni d'interprétation fantaisiste du livret. Deux décors superposés alternent durant la représentation: le rideau s'ouvre sur une forêt éclairée par la lune au milieu de laquelle trône un chêne géant. Au tableau suivant,ce décor s'élève laissant apparaître au-dessous la demeure de Norma, une sorte de yourte en bois ornée de tentures rouges. Lors de la scène finale la forêt réapparait, illuminée cette fois par le soleil couchant devant lequel se dresse un menhir. Les costumes sont sobres, robes grises ou noires pour Norma et Adalgise, tunique et pantalon noirs pour Pollione, la direction d'acteurs, minimaliste, va droit à l'essentiel, laissant les interprètes se concentrer sur le chant.

Anna Netrebko, initialement prévue dans le rôle-titre, ayant jeté l'éponge, c'est à Sondra Radvanovsky qu'échoit le rôle de la druidesse. Avons-nous perdu au change? Assurément non tant l'interprétation de la soprano canadienne se révèle fascinante. Tour à tour amante et mère, désespérée ou assoiffée de vengeance, les différents affects du personnage trouvent un écho dans cette voix solide, aux coloris chatoyants et à l'aigu triomphant, rompue aux exigences du bel canto comme en témoignent les variations dont elle orne la reprise le la cabalette « Ah bello a me ritorna » ou son art incomparable des sons filés. A cet égard, le fameux « Son io » au dernier tableau est proprement miraculeux. Et que dire de son « Deh non volerli vittime » qui a embué le regard de bien des spectateurs.

A ses côté, Joseph Calleja, grand habitué désormais du Met, ne démérite pas. Le ténor maltais a pour lui un timbre ensoleillé, d'un irrésistible séduction, une capacité à vocaliser avec aisance et un aigu facile et brillant qui lui permet d'émettre sans effort dans son air, le contre-ut de « Eran rapiti i sensi » que beaucoup de ténors escamotent. On lui pardonnera un départ quelque peu laborieux, la voix ayant mis un petit moment à s'échauffer, pour ne retenir que son interprétation particulièrement électrisante. A la fin de l'ouvrage, Sondra Radvanovsky et lui nous ont offert une scène finale proprement spectaculaire saluée par une ovation debout. L'Opéra de Paris se décidera-t-il un jour à inviter ce bel artiste ?

En grande forme vocale dès son apparition, Joyce DiDonato n'est rien moins que l'une des meilleures Adalgise que l'on ait entendues. Elle a pour elle la jeunesse tant vocale que physique et la fragilité du personnage qu'elle campe avec une profonde vérité comme en témoigne sa scène d'entrée face à Joseph Calleja où elle se montre à la fois craintive et débordante d'amour. Ses duos avec Radvanovsky sont un véritable enchantement tant leurs voix et leurs techniques s'accordent idéalement. Belle idée que de la faire apparaître, désemparée et perdue, devant le bûcher où se consument Norma et Pollione durant les dernières mesures de l'ouvrage.

Ajoutons enfin que Matthiew Rose est un Oroveso de belle tenue et que Michelle Bradley est une Clotilde aux moyens prometteurs.

Au pupitre, Carlo Rizzi propose une direction à la fois spectaculaire et contrastée. Le chœur « Guerra guerra » est mené tambour battant  tandis que « Casta diva » ou « Mira o Norma » s'étirent en longueur, mettant en valeur le legato impeccable des interprètes.

​Samedi prochain, le 14 octobre, le Met retransmettra dans tous les cinémas du réseau Pathé Live, La Fûte enchantée, dirigée par James Levine.