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Brahms, « Aber die Liebe… » – Marie-Claude Chappuis

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CD
20 mai 2023
La clarté, l’intimité, une grâce légère…

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Détails

Johannes Brahms

Meine Liebe ist grün, Op. 63/5 (Félix Schumann)
Von ewiger Liebe, Op. 43/1 (Jozef Wenzig)
Dein blaues Auge, Op. 59/8 (Klaus Groth)
Am Sonntag Morgen, Op. 49/1 (Paul Heyse)
Sieben Fantasien, Op. 116 : 4. Intermezzo
Deutsche Volkslieder :
Die Sonne scheint nicht mehr, WoO 33/5
Da unten im Tale, WoO 33/6
Mein Mädel hat einen Rosenmund, WoO 33/25
Die Mainacht Op. 48/2 (Ludwig Hölty)
Sieben Fantasien, Op. 116 : 3. Capriccio
Zwei Gesänge, Op. 91 :
1. Gestillte Sehnsucht (Fr. Rückert)
2. Geistliches Wiegenlied (Em. Geibel)
Sieben Fantasien, Op. 116 : 1. Capriccio
Vier ernste Gesänge, Op. 121 (arrgt pr vx et quat. : J.-P. Moeckli):
1. Denn es gehet (Ecclésiaste)
2. Ich wandte mich (Ecclésiaste)
3. O Tod, wie bitter bist du (Ecclésiaste)
4. Wenn ich mit Menschen (St Paul, Lettre aux Corynthiens)

Marie-Claude Chappuis, mezzo-soprano
Christian Chamorel, piano
Hans Egidi, alto
Quatuor Sine Nomine

Cd Prospero Classical
Durée 55’24’’
Enregistré à la Salle de Musique de la Chaux-de-Fonds (Suisse)
14-17 Janvier 2021
Prise de son : Ines Kalmann et Martin Korn
Parution le 26 mai 2023

Ce qui séduit, c’est l’impression de naturel. Et la complicité entre les musiciens. Marie-Claude Chappuis se veut « prima inter pares ». Ce que traduit la prise de son : la voix n’est pas mise en avant, elle est fondue dans le piano, le piano orchestral et charpenté de Christian Chamorel.
Ce qui séduit aussi, c’est une certaine légèreté de touche, la clarté de la voix, le refus du pathos. Marie-Claude Chappuis est ici davantage soprano que mezzo, sans perdre rien de la sensualité du timbre.

Cela saute à l’oreille dès le fringant, fougueux, frémissant « Meine Liebe ist grün » qui ouvre le programme comme on ouvre une fenêtre sur un jardin amoureux. « Mon amour est vert comme un buisson de lilas », écrit Félix Schumann, et la diction parfaite se met au service de l’envol radieux de la mélodie. Beauté du timbre, sourire dans la voix, et rayonnement d’un piano charnu et plein d’élan. Christian Chamorel n’a pas peur de timbrer sur le superbe Steinway de la Salle de musique de La Chaux-de-Fonds, et sur ce son très dense, solide, aux graves profonds, Marie-Claude Chappuis peut dérouler les lignes de « Von ewiger Liebe ».

Intime et radieux

Nombre de mezzos ont enregistré ces Lieder, qui sont parmi les plus fameux de Brahms, en cultivant des graves sépulcraux. À l’évidence, la chanteuse fribourgeoise, familière de la langue allemande (le canton de Fribourg est bilingue et Marie-Claude Chappuis a accompli une bonne partie de son parcours à Vienne et Berlin après avoir étudié à Innsbruck avec Birgit Fassbaender) aime un Brahms lumineux et lyrique. Intime et radieux. Écoutez les superbes lignes cambrées, aériennes, éperdues de « Am Sonntag  Morgen » (étonnante générosité mélodique de Brahms, qui égrenne en une minute et dix secondes assez de thèmes pour bâtir une symphonie).
Les trois Deutsche Volkslieder rayonnent de grâce et de candeur, évidents comme le sont les Liebesliederwalzer, émanation d’une sensibilité Biedermeier, populaire, aimable et tendre, avant une mélancolique « Mainacht » où la voix s’envole, légère, lumineuse, passant avec élégance du ton de la confidence à de beaux éclats dorés. Beaucoup de science dans cette apparente désinvolture.

Marie-Claude Chappuis et Christian Chamorel © Christian Meuwly

Cet album est conçu comme un continuum qu’idéalement on écouterait du début à la fin, sans picorer… De là, l’alternance de tempos lents et vifs, de là aussi la présence de trois plages de pur piano, extraites de l’opus 116. Christian Chamorel, qu’on connaît brillant mendelssohnien, s’y montre grand brahmsien, étirant le temps dans l’Intermezzo n°4, sans jamais perdre l’architecture, ni rien céder sur la rondeur et la fermeté du son, et les deux Capriccios, n° 3 et 1, sont amples, puissants, opulents. À l’évidence, Chamorel pense orchestre.

Une spiritualité en arrière-plan

Marie-Claude Chappuis et Christian Chamorel sont des partenaires de Lied de longue date et c’est à deux qu’ils ont construit ce programme, en appelant pour les deux mélodies avec alto op. 91 le merveilleux Hans Egidi, par ailleurs altiste du Quatuor Sine Nomine. Hans Egidi dit justement que la première phrase de Gestillte Sehnsucht est l’une des plus jolies choses qu’on ait écrites pour l’alto. Et il la fait chanter avec délices, cela s’entend, avant que la voix de Marie-Claude Chappuis ne déroule la superbe mélodie, à nouveau en prenant le parti de la transparence, de la lumière et de l’allègement. L’alliance des deux timbres est idéale, celui très ample de l’archet, et celui étonnamment limpide du mezzo. Il s’agit ici de désir et de renoncement, ce pourrait être pathétique, mais ce qu’on entend, c’est bien une « nostalgie apaisée », et c’est le titre même du poème de Rückert.

Le second Lied de l’opus 91 introduit un thème plus spirituel. Geistliches Wiegendlied (« Berceuse spirituelle ») est la traduction par Emanuel Geibel d’un poème de la Nativité de Lope de Vega. Ici la voix et les cordes dialoguent et s’entrelacent, sur un pied d’égalité. C’est un Lied où on pourrait sentimentaliser à l’envi. Mais à nouveau simplicité et pudeur dominent, pour mettre en valeur l’évidence radieuse de la ligne musicale.

Une confiance joyeuse

Les Vier ernste Lieder, op. 121 sont la partie la plus déroutante de ce disque. Non pas tant la très habile transcription pour quatuor à cordes due à Jean-Pierre Moeckli, que les Sine Nomine tressent avec finesse, de sorte que rien ne se perd de la sincérité de Brahms, luthérien pudique et secret.

Mais on est tellement accoutumé à des interprétations visant au grandiose et au solennel qu’on est étonné par l’intimité, la modestie, pour ne pas dire la candeur, de cette lecture discrète. Les mots de l’Ecclésiaste, tragiques, d’une noirceur absolue, Marie-Claude Chappuis semble vouloir les rendre à l’innocence, de telle sorte qu’on se retrouve, paradoxe ! en déficit sinon de désespoir, du moins de gravité… Mais il y a dans cette voix un rayonnement qui vaut prière.
Il va sans dire que ces mélodies sont chantées de façon exquise, et on se prend à penser que cette innocence voulue (ou instinctive ?), cette confiance joyeuse, cette ferveur légère (la transparence du timbre !) trouvent leur source dans les derniers mots du dernier Lied, le plus surprenant ici parce que le plus lumineux, mots de St Paul : « Nun aber bleibt Glaube, Hoffnung, Liebe, diese drei ; aber die Liebe ist die grösste unter ihnen – Ce qui demeure aujourd’hui c’est la foi, l’espérance et l’amour ; mais le plus grand des trois, c’est l’amour », des mots qui ont été choisis justement comme sous-titre de l’album…

Photos © Christian Meuwly

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Meine Liebe ist grün, Op. 63/5 (Félix Schumann)
Von ewiger Liebe, Op. 43/1 (Jozef Wenzig)
Dein blaues Auge, Op. 59/8 (Klaus Groth)
Am Sonntag Morgen, Op. 49/1 (Paul Heyse)
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Deutsche Volkslieder :
Die Sonne scheint nicht mehr, WoO 33/5
Da unten im Tale, WoO 33/6
Mein Mädel hat einen Rosenmund, WoO 33/25
Die Mainacht Op. 48/2 (Ludwig Hölty)
Sieben Fantasien, Op. 116 : 3. Capriccio
Zwei Gesänge, Op. 91 :
1. Gestillte Sehnsucht (Fr. Rückert)
2. Geistliches Wiegenlied (Em. Geibel)
Sieben Fantasien, Op. 116 : 1. Capriccio
Vier ernste Gesänge, Op. 121 (arrgt pr vx et quat. : J.-P. Moeckli):
1. Denn es gehet (Ecclésiaste)
2. Ich wandte mich (Ecclésiaste)
3. O Tod, wie bitter bist du (Ecclésiaste)
4. Wenn ich mit Menschen (St Paul, Lettre aux Corynthiens)

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