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DONIZETTI – L’Esule di Roma

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CD
5 mars 2024

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Melodramma eroico en 2 actes
Musique de Gaetano Donizetti sur un livret de Domenico Gilardoni
Création le 1e janvier 1828 au Teatro San Carlo de Naples

Détails

Murena, un sénateur
Nicola Alaimo

Argelia, sa fille
Albina Shagimuratova

Settimio, un tribun banni
Sergei Romanovsky

Publio, général de l’armée envoyée contre les Sarmates
Lluis Calvet i Pey

Leontina, confidente d’Argelia
Kezia Bienek

Lucio, un centurion
André Henriques

Fulvio, un décurion
André Henriques

Opera Rara Chorus

Chef des chœurs
Stephen Harris

Britten Sinfonia

Direction musicale
Carlo Rizzi

2 CD Opera Rara ORC64

Enregistré aux Fairfields Halls, Croydon, en mai 2023

 

Vingt-deuxième opéra de Donizetti (sur soixante-et-onze), L’Esule di Roma, ossia Il proscritto, créé le 1e janvier au San Carlo de Naples, n’a pas jusqu’à présent retrouvé la faveur des théâtres modernes. Le livret, plutôt étrange, n’a pas inspiré le compositeur bergamasque au niveau de ses chefs-d’œuvre les plus connus (le premier d’entre eux, chronologiquement, à avoir défié le temps étant Anna Bolena, créée trois ans plus tard en décembre 1830). L’intrigue est inspirée d’un mélodrame de Louis-Charles Caigniez dont le seul titre donne une idée de l’étendue du problème : Androclès ou le Lion reconnaissant (1804). L’action se déroule à Rome sous le règne de Tibère, empereur de 14 à 37. Le général Publio (baryton), retournant victorieux, est acclamé par la foule, malheureusement sur une musique de foire que l’on croirait tirée de L’Elisir d’amore, plutôt qu’évocatrice de la grandeur impériale romaine. Publio doit épouser Argelia (soprano), fille du sénateur Murena (basse), à condition néanmoins d’en être aimé. Toutefois, la jeune fille est amoureuse de Settimio (ténor), tribun exilé. Cette disgrâce est due à un sombre complot, sur la nature duquel le librettiste n’a pas jugé bon de s’épancher, et auquel a participé… Murena. Celui-ci, dans un soliloque original, se montre rongé par le remords, d’autant que sa fille a disparu. La joyeuse marche anachronique conclut la scène. Argelia n’est pas perdue pour tout le monde car son amoureux, Settimio est revenu d’exil pour la revoir (air et cabalette pour le ténor, suivis d’un duo). La musique reste un peu conventionnelle et, si le duo séduit, il rappelle un peu « Ai capricci della sorte » de L’Italiana in Algeri. Reconnu on ne sait pas trop comment, Settimio est arrêté. Confrontée à Publio, Argilia avoue son amour et Publio, noblement, lui promet son aide. Il tient sa promesse en intercédant afin que Settimio puisse une dernière fois rencontrer Argilia tandis que le Sénat délibère sur le sort du jeune homme. Lors de cette entrevue, il lui annonce qu’il connait l’auteur du complot et, après maints couplets, finit par balancer Murena. Celui-ci, dont les partisans viennent de faire condamner Settimio, surgit, à nouveau accablé par sa culpabilité. Il supplie Settimio de ne pas révéler les preuves de sa machination et est prêt à l’aider à fuir Rome. Mais le jeune homme refuse, préférant la mort à une fuite honteuse. Pour clore l’acte, Donizetti renonce ici au classique concertato pour un splendide terzetto dont la musique est de la plus belle eau (au point que le compositeur la réutilisera en partie pour le duo de Devereux et Stuarda de Maria Stuarda). L’acte II débute par une très belle scène de folie dans laquelle Murena continue à se repentir. La scène qui suit fut ajoutée par Donizetti pour la création milanaise en juillet 1828 : dans sa prison, Settimio attend son exécution (air et cabalette). La musique en reste toutefois assez conventionnelle. Finalement, Murena décide de tout avouer pour sauver Settimio. Il demande à Argelia les documents prouvant sa culpabilité mais celle-ci, par piété filiale, refuse de s’exécuter et déchire les documents. Murena décide de tout dire à l’empereur. Tandis qu’on mène Settimio au supplice, Argelia se lamente (air). Publio lui apporte la bonne nouvelle : dans l’arène, Settimio a été reconnu par le lion qu’il avait sauvé par le passé (!!!). De son côté, Murena a été gracié par Tibère. Argelia se réjouit dans une pétulante cabalette. Toute ressemblance avec les moeurs de l’empire romain serait purement fortuite.

Le rôle de Murena fut créé par Luigi Lablache, exceptionnel artiste qui créa plus tard le rôle de Giorgio dans I Puritani. Il n’est donc pas étonnant que quelques unes des plus belles pages de l’ouvrage, et en tout cas les plus originales, soient réservées à la basse, Nicola Alaimo répond parfaitement à ce double défi vocal et dramatique. Sa technique rossinienne lui apporte la souplesse et la virtuosité exigée. En authentique belcantiste, Alaimo sait également faire varier les couleurs de sa voix pour rendre les émotions de son personnage. Enfin, son talent dramatique lui permet d’animer les nombreuses déclamations par lesquelles Donizetti a choisi d’exprimer le sentiment de culpabilité de Murena et qui constituent une des originalités de l’ouvrage. A peine regrettera-t-on quelques timides raucités à de rares moments. Sergei Romanovsky a la lourde tâche de défendre un rôle relativement virtuose (on y sent encore l’influence de Rossini, même si les exigences de virtuosité sont atténuées). Familier des opéras de Rossini, le ténor russe s’acquitte aisément des difficultés de la partition, quoiqu’on n’aurait pu espérer davantage de folies dans les variations et le registre aigu. Romanovsky maitrise également les différents registres en gérant intelligemment les dynamiques. Toutefois, Donizetti réclame un timbre un peu plus large que Rossini : la palette de couleurs est ici un brin limitée. Albina Shagimuratova est également très virtuose (quoiqu’on pourrait là encore attendre un peu plus de folie). Son timbre léger et cristallin évoque davantage une Norina qu’une des héroïnes ultérieures plus dramatiques de Donizetti, mais sa typologie vocale semble correspondre à celle de la créatrice, Adelaide Tosi (d’ailleurs l’ouvrage n’est pas vraiment dramatique). Le baryton Lluis Calvet i Pey défend avec talent le court rôle de Publio : une voix à suivre. L’ensemble des petits rôles n’appelle pas de réserves.

Comme dans le précédent Il Proscritto, on saluera la qualité de cet enregistrement qui combine encore une fois l’urgence de la scène (l’ouvrage avait été donné en concert au Cadogan Hall) et la perfection du studio. La direction de Carlo Rizzi est une fois de plus électrisante tout en restant attentive aux chanteurs. L’Opera Rara Chorus et le Britten Sinfonia répondent idéalement à cette approche dynamique et passionnée. Sans atteindre les grands ouvrages de la maturité, L’Esule di Roma reste une plaisante surprise à découvrir, d’autant qu’elle est ici superbement défendue.

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Esule di Roma - Opera Rara

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Musique de Gaetano Donizetti sur un livret de Domenico Gilardoni
Création le 1e janvier 1828 au Teatro San Carlo de Naples

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Murena, un sénateur
Nicola Alaimo

Argelia, sa fille
Albina Shagimuratova

Settimio, un tribun banni
Sergei Romanovsky

Publio, général de l’armée envoyée contre les Sarmates
Lluis Calvet i Pey

Leontina, confidente d’Argelia
Kezia Bienek

Lucio, un centurion
André Henriques

Fulvio, un décurion
André Henriques

Opera Rara Chorus

Chef des chœurs
Stephen Harris

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Enregistré aux Fairfields Halls, Croydon, en mai 2023

 

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