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FREISLICH, ROEMHILDT, DU GRAIN – Cantates de l’Avent

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CD
19 février 2026
Plus qu’une découverte, une révélation

Note ForumOpera.com

4

Détails

Muzycznen Dziedzictwo Miasta Gdanska
[Le patrimoine musical de la ville de Gdańsk, conservé dans la collection de la bibliothèque de Gdańsk]

FREISLICH, ROEMHILD, DU GRAIN – Cantates de l’Avent

Johann Balthasar Christian Freislich (ca 1690-1764)
Cantate « Lobe den Herrn meine Seele », pour soprano, alto, ténor, basse, chœur, orchestre et basse continue
Johann Theodor Roemhildt (1684-1756)
Cantate « Ich freue mich dess, das mir geredt ist », RoenV 144, pour soprano, alto, ténor, basse, chœur, orchestre et basse continue
Cantate « Zeuch doch allerliebster Jesu », RoemV 35, pour soprano solo, violon, chœur et basse continue
Cantate « Ach dass die Hüllfe us Zion über Israel käme », RoemV 28, pour soprano, alto, ténor, basse, chœur, orchestre et basse continue
Johann Jeremias du Grain (17 ??-1756)
Cantate « Aller Adam, du musst sterben » (1737), pour soprano, chœur, orchestre et basse continue

Goldberg Baroque Ensemble

Karolina Brachman, soprano
Sebastian Kaniuk, alto
Wojciej Winnicki, ténor
Szymon Kobylinski, basse
Andrzej Szadejko, orgue

Direction musicale
Wojciej Martuszewski

Un CD DUX 0689,
Durée 54′
Enregistré à Gdansk en septembre 2008

Prospère depuis ses origines, Gdansk, l’ancienne Dantzig, l’une des quatre villes hanséatiques, maintenant le plus grand port polonais, fut germanophone de 1569 à 1945, si ce n’est plus tôt (les chevaliers teutoniques…). C’est la seconde ville polonaise (après Cracovie) pour la richesse de son patrimoine, que l’on redécouvre à la faveur de ce premier enregistrement d’une série annoncée. Il ne comporte que des œuvres inédites de compositeurs contemporains de Bach et Haendel, ignorés de la plupart de nos ouvrages courants. Tous trois partagent leur origine (l’Allemagne du Nord, la Saxe) comme leur culture luthérienne, et nous laissent une œuvre essentiellement sacrée (Passions et cantates). Du Grain fut élève de Telemann à Hamboug, Roemhild (1) de Kuhnau à Leipzig et Freislich venait de Thuringe. Ce CD inaugure une collection consacrée aux nombreux trésors que recèle la Bibliothèque de Gdansk, programme conduit par le Goldberg Ensemble (2).

Avouons-le, ces noms ne sont pas familiers des amateurs de musique baroque. La diffusion des enregistrements que le Goldberg Ensemble leur a déjà consacrés est restée confidentielle en France. Et, par-delà cet aspect, c’est vraiment regrettable. Quitte à bousculer les hiérarchies et les certitudes dogmatiques de certains mélomanes, osons l’écrire : la qualité de l’écriture de ces œuvres n’a rien à envier à celles de Bach. Longtemps, ce dernier a été présenté comme l’aboutissement ultime d’une tradition passée de mode. Or, toutes ces œuvres contemporaines ou à peine postérieures à celles de Cantor de Saint-Thomas respirent le même air et ne présument pas d’un quelconque épuisement.

Johann Balthasar Christian Freislich (3), cadet de deux ans de Bach, s’inscrit dans le même courant. Il allie l’écriture la plus élaborée à une constante séduction sonore. La brève cantate chorale qui nous est offerte « Lobe den Herrn, meine Seele » [Mon âme loue le Seigneur], est festive, rayonnante, et l’orchestre comme le chœur emportent l’adhésion. L’influence italienne y est sensible pleinement intégrée au langage baroque germanique. Les deux suivantes, dues à Johann Theodor Roemhildt (1684-1756) comportent toutes les composantes de la forme, du chœur ouvragé du début de la première (« Ich freue mich dess, dass mir geredt ist » [je me réjouis de ce qui m’est dit]), qui sera repris en guise de finale, en passant par l’aria, le récitatif, l’ensemble (duo) et le choral, qui achève la deuxième. Sebastian Kaniuk, alto, au timbre séduisant, à la voix longue et déliée, se marie idéalement au violon. Nous le retrouverons avec un réel bonheur dans la cantate suivante, de Johann Jeremias Du Grain, dont il sera l’unique soliste, virtuose, la vigueur et le caractère dramatique étant remarquablement servis. Karolina Brachmann, notre soprano, à l’émission chaleureuse et ductile, sera l’unique soliste de la seconde cantate de Roehmhildt. La voix ample et chaude de la basse Szymon Kobylinski trouve dans son récitatif arioso et l’aria suivante l’occasion de s’épanouir. Le ténor Wojciech Winnicki participe à deux duos, le premier avec la basse, le second avec l’alto (et le violon solo). La voix est claire, conduite avec bonheur. Deux chorals, homophones, dépourvus de développement, pour conclure la « Zeuch doch, allerliebster Jesu », de Roemhild, et « Alter Adam, du musst sterben », de Du Grain. Avec la précédente, la dernière cantate du programme, « Ach dass die Hülfe aus Zion über Israel käme » [Ah, que l’aide de Sion puisse parvenir à Israël !], de Roemhildt, à elle seule, malgré sa brièveté, mériterait l’acquisition de l’enregistrement. Elle s’ouvre par une sinfonia brillante, empreinte de majesté, puissante, suivie d’un chœur d’ouverture, d’une belle polyphonie, qui sera repris en guise de conclusion. L’aria de basse, centrale, est encadrée par une aria de soprano et le duo alto-ténor mentionné plus haut. Outre nos solistes, sont réunis seize instrumentistes (4 à la basse continue, dont un basson agile et sonore, les douze autres comportant les cordes, un hautbois, deux cors, deux trompettes et timbales) et une dizaine de choristes. Stylistiquement parfaits, de couleurs splendides (les cors tout particulièrement), d’une constante dynamique, le Goldberg Ensemble, conduit par Wojciej Martuszewski, rayonne, à l’égal des meilleures formations baroque de notre temps. Seul regret : la notice d’accompagnement est exclusivement en polonais, reproduisant cependant les textes chantés en allemand.

Une première discographique qu’il convient de saluer, tant pour le plaisir de son écoute que pour la découverte de compositeurs qui contribuent à replacer Bach dans son contexte.

1. Röhmhild est à la fois le nom d’une petite ville de Thuringe, sans doute le berceau familial du compositeur, non loin de Meiningen, et celui d’un facteur de pianos particulièrement apprécié par Liszt. 
2. Johann Gottlieb Goldberg, dont le nom reste attaché aux Variations de Bach, était né à Gdansk/Dantzig. 
3. Il nous avait été révélé par d'autres cantates, publiées dans la série Musica Baltica.

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❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
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❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

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Johann Balthasar Christian Freislich (ca 1690-1764)
Cantate « Lobe den Herrn meine Seele », pour soprano, alto, ténor, basse, chœur, orchestre et basse continue
Johann Theodor Roemhildt (1684-1756)
Cantate « Ich freue mich dess, das mir geredt ist », RoenV 144, pour soprano, alto, ténor, basse, chœur, orchestre et basse continue
Cantate « Zeuch doch allerliebster Jesu », RoemV 35, pour soprano solo, violon, chœur et basse continue
Cantate « Ach dass die Hüllfe us Zion über Israel käme », RoemV 28, pour soprano, alto, ténor, basse, chœur, orchestre et basse continue
Johann Jeremias du Grain (17 ??-1756)
Cantate « Aller Adam, du musst sterben » (1737), pour soprano, chœur, orchestre et basse continue

Goldberg Baroque Ensemble

Karolina Brachman, soprano
Sebastian Kaniuk, alto
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Wojciej Martuszewski

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Durée 54′
Enregistré à Gdansk en septembre 2008

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