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Phaéton

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DVD
6 novembre 2019
L’amour de la gloire… et la beauté

Note ForumOpera.com

3

Infos sur l’œuvre

Tragédie en musique, en un prologue et cinq actes

Composée par Jean-Baptiste Lully

Poème de Philippe Quinault, d’après « La chute de Phaéton » de Nicolas Boileau

Création (sans décors ni costumes) le 6 janvier 1683 à Versailles ; création scénique le 27 avril 1683 à Paris, au Théâtre du Palais-Royal.

Détails

Mise en scène

Benjamin Lazar

Scénographie

Mathieu Lorry-Dupuy

Costumes

Alain Blanchot

Lumières

François Menou

Phaéton

Mathias Vidal

Lybie

Éva Zaïcik

Théone

Victoire Bunel

Saturne / Epaphus / Jupiter

Lisandro Abadie

Triton / le Soleil / la Déesse de la Terre

Cyril Auvity

Climène

Léa Trommenschlager

Protée / le Roi tributaire

Viktor Shapovalov

Astrée / une Heure du jour

Elizaveta Sveshnikova

Mérops

Aleksandre Egorov

Une Heure du jour

Alfiya Khamidullina

musicAeterna

Le Poème Harmonique

Direction musicale

Vincent Dumestre

Deux CD (77′ 18 et 71′ 49) et un DVD de 153′, Château de Versailles, CVS015,

Enregistrement public en juin 2018 à l’Opéra Royal du Château de Versailles

A la suite de la production versaillaise, le compte-rendu qu’en faisait Laurent Bury s’achevait par le vœu qu’un enregistrement immortalise cette re-création. C’est chose faite, et, tel l’âne de Buridan, on ne sait que choisir, puisque l’album associe le DVD à l’enregistrement audio (2 CD). Comme le rappelle Philippe Beaussant, « Phaéton est la seule des tragédies lyriques dont le héros ne soit pas amoureux ». La recherche de la gloire est la première ambition de Phaéton, qui l’entraînera à conduire le char du soleil et à son « trébuchement » de la catastrophe finale. Très certainement référence à la chute de Fouquet, dont l’éclat faisait de l’ombre au monarque, l’ouvrage pose aussi la question de la légitimité des héritiers (Phaéton et Epaphus). Evidemment, l’action comporte une scène du sommeil, un oracle, et – plus qu’un orage conventionnel – le cataclysme qui le conclut. Le spectacle a été conçu pour être donné à Perm puis à Versailles. Aussi les contraintes ont-elles limité la mise en scène, comme elles justifient les nombreuses citations vidéo d’origine russe.

La longue complicité entre Vincent Dumestre et Benjamin Lazar est connue, qui réalisaient il y a dix ans Cadmus et Hermione. Le second prend le parti de situer le prologue (avec Astrée et Saturne) après la catastrophe finale, qu’ils vont nous raconter, depuis l’avant-scène, dans la pénombre couleur mastic, nous promettant « le retour de l’âge d’or ». Cette première approche, un peu misérable, prend toute sa valeur dans la progression qui s’amorce aussitôt le lever du rideau. Le plateau reste dépourvu de véritable décor, un jeu de rideaux, des colonnes carrées, rotatives et pourvues de miroirs, une vidéo surprenante, et de remarquables éclairages y suppléent. Les costumes, originaux, variés, relevant du baroque comme du contemporain, les maquillages singuliers, aussi, donnent à chacun son enveloppe crédible, en harmonie avec l’ensemble.

Ni machines, ni métamorphoses, la mise en scène évacue une part du merveilleux.  Mais l’illusion est bien là, notamment dans la formidable scène finale. Les lumières et la vidéo traduiront remarquablement l’embrasement de la terre. Pas de danseurs non plus, même si les ballets demeurent, illustrés de projections surprenantes (parades militaires, couronnements…) et de quelques rondes des chanteurs du chœur. Une pantomime particulièrement réussie : Isis, dont les portes du temple se sont fermées, suffit par ses mouvements expressifs à nous faire oublier les Furies.

La distribution ne comporte aucune faiblesse. Chacun des chanteurs, le plus souvent familiers de la musique baroque, en a assimilé les subtilités. A la qualité de la déclamation s’ajoute la saveur de la prononciation originale restituée. Pour autant, la prosodie raffinée de Lully n’est pas toujours compréhensible. Aussi regrette-t-on que la brochure soit dépourvue du texte, tout comme le DVD, sous-titré seulement en anglais et en allemand. De la même manière, le statisme des chanteurs, leur gestuelle du temps, très codifiée, participent au jeu dramatique, malgré leur artifice.

Des quatre principales voix de femmes, émouvantes sont les deux rivales, dont la complémentarité est idéale. Victoire Bunel chante Théone, l’amante délaissée. Son ample monologue « Il me fuit l’insconstant » est un sommet de l’ouvrage. Son récit du troisième acte « Perfide, il est donc vrai que vous me trahissez »… au III, l’air avec refrain « Ah Phaéton, est-il possible »… Non moins touchante est la Libye d’Eva Zaïcic. On en connaît les qualités. Sa conduite vocale et dramatique est superbe. Très sollicitée, l’orgueilleuse Clymène, mère possessive de l’anti-héros, est Léa Trommenschlager. Chacune de ses interventions est un bonheur (« Vous êtes son fils », au III, tout particulièrement). Sa joie exubérante au début du dernier acte est sincère, servie par un chant exemplaire. Elizaveta Sveshnikova (Astrée et la première heure du jour) ne démérite jamais.

Lisandro Abadie sera tour à tour Saturne, Epaphus, enfin Jupiter. Entre sa première intervention (dans le Prologue) et l’injonction jupitérienne « Au bien de l’Univers, ta perte est nécessaire », la voix a trouvé sa place, puissante, autoritaire, avec ses accents de tendresse paternelle. Protée, Viktor Shapovalov, chante deux airs spectaculaires, dont l’oracle, qui nous révèle le destin promis à Phaéton « Le sort de Phaéton », avec ses chutes de la ligne mélodique, illustrant celle annoncée.  C’est une des pages les plus fortes. La voix est solide, sonore, égale. Mathias Vidal campe un Phaéton jeune, orgueilleux, téméraire, infidèle, dont on mesure aussi les faiblesses. La voix est toujours aussi claire, d’une aisance et d’une vérité dramatique rares. Cyril Auvity sera tour à tour Triton, le Soleil et la Déesse de la Terre. Pour brèves que soient ses interventions, elles sont autant de moments de sourire comme d’émotion. « C’est toi que j’en atteste », suivi du dialogue du Soleil avec son fils est un sommet dramatique. Mérops est chanté par Aleksandr Egorov, voix impressionnante d’autorité.

Vincent Dumestre a fusionné opportunément les forces du Poème harmonique et de MusicAeterna, l’enfant chéri de Teodor Currentzis. L’orchestre, outre l’accompagnement subtil du chant, nous réserve bien des pages dont les couleurs et l’énergie relèvent de l’évidence. L’ouverture, bien sûr, mais aussi la chaconne du milieu du 2ème acte (alors que l’usage était de la réserver pour la fin), les danses, le divertissement du III, où les Furies – invisibles – menacent Phaéton qui vient de forcer les portes du temple. Les bois, fruités, auxquels l’orchestration fait la part belle, sont délicieux.

Les chœurs, variés, sont amplement sollicités. Le finale leur réserve la plus belle part (« Dieu, quel feu », « O Dieu, qui lancez le tonnerre ») pour la catastrophe, que n’accompagnera aucune lamentation. Le caractère haché de leur chant, s’il participe à la clarté de la prosodie, aurait sans doute mérité d’être moins systématique. Les bruits de pas, quelques interjections ajoutées (« Un héros qui mérite… »), n’altèrent pas le propos.

L’importante brochure d’accompagnement, trilingue, ne comporte pas le livret, que l’auditeur trouvera aisément sur le net.

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Tragédie en musique, en un prologue et cinq actes

Composée par Jean-Baptiste Lully

Poème de Philippe Quinault, d’après « La chute de Phaéton » de Nicolas Boileau

Création (sans décors ni costumes) le 6 janvier 1683 à Versailles ; création scénique le 27 avril 1683 à Paris, au Théâtre du Palais-Royal.

Détails

Mise en scène

Benjamin Lazar

Scénographie

Mathieu Lorry-Dupuy

Costumes

Alain Blanchot

Lumières

François Menou

Phaéton

Mathias Vidal

Lybie

Éva Zaïcik

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Saturne / Epaphus / Jupiter

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