Auber saison 2

Auber : intégrale des ouvertures, volume 2

Par Jean Michel Pennetier | lun 25 Janvier 2021 | Imprimer

Naxos poursuit son travail de redécouverte du compositeur Daniel François Esprit Auber avec un deuxième enregistrement dirigé par Dario Salvi (sans oublier un tout premier CD dirigé par Wolfgang Dörner à la tête de Orchestre Régional de Cannes). Le programme n'a pas d'ordre particulier, ni chronologique, ni logique tout court. Certaines pages ne sont plus de simples raretés, mais des découvertes absolues pour les plus anciennes. Ainsi de L'erreur d'un moment, qui est le premier ouvrage scénique d'Auber : un opéra en un acte, donné en 1805 par des amateurs dans le cadre d'une représentation privée. A l'époque, le jeune Auber est un dilettante dont le père indulgent admire le talent. La musique en est vive et légère, mais Auber n'a pas encore trouvé le style si particulier qui sera le sien. L'ouverture, élégante et raffinée, se présente comme une sorte de quatuor à cordes. C'est en analysant une version révisée de l'ouvrage, en 1811, que Luigi Cherubini acceptera de prendre Auber comme élève. L'œuvre est inspirée d'un opéra-comique plus ancien, L'erreur d'un moment ou La Suite de Julie, composé par Nicolas Dezède en 1773, un an après une première Julie inspirée de La Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau, les deux livrets étant dus à la plume de Jacques Marie Boutet de Monvel. Probablement bisexuel, Monvel trouva refuge en Suède et devint protégé de Gustave III  (lui-même futur inspirateur d'Auber avec Gustave III ou le bal masqué, repris par Verdi avec Un Ballo in maschera). Puisque nous en sommes aux digressions, signalons que Beethoven composa Neuf variations sur « Lison dormait » de Mozart, tirées de Julie. Ceci pour dire que le monde est petit ! De 1805 également, le Concerto pour violon en ré majeur est une autre rareté (ou plutôt, une rareté encore plus rare car ce CD ne contient pas précisément de tubes !). L'œuvre est encore un peu mozartienne, virtuose, superbement servie par Markéta Čepická,  premier violon de l'Orchestre Tchèque Philharmonique de Chambre de Pardubice. Le presto final, qui évoque une tarentelle, offre déjà des prémices du futur style du compositeur, connu pour ses mélodies entêtantes. Dirigé avec la vivacité et la légèreté qui conviennent par Dario Salvi, l'ensemble du concerto s'écoute et se réécoute avec grand plaisir. En 1812, Auber est donc l'élève de Cherubini et c'est la première fois qu'il étudie sérieusement la musique. Son deuxième opéra-comique, Couvin, ou Jean de Chimay, est donné au château de Chimay. Il est interprété encore une fois par des amateurs, parmi lesquels le prince et la princesse… de Chimay, François Joseph de Riquet de Caraman-Chimay et l'ancienne merveilleuse, Mme Tallien. Malgré son goût pour les Lumières, celle-ci était de noblesse espagnole. Quant au comte, il était l'arrière-arrière-petit-fils du constructeur du Canal du Midi. Son fils Joseph est à l'origine de la brasserie de Chimay et subventionna l'établissement des moines trappistes en 1850. Le couple mélomane accueillera pendant 25 ans les musiciens les plus renommés de l'époque. Les préludes des actes I et II sont très courts : le premier, d'une relative solennité dut plaire à Cherubini ; le second laisse à peine entrevoir le futur style du compositeur. Entre 1813 et 1819, le compositeur n'écrit que deux ouvrages : en 1813, Le Séjour militaire (qu'on retrouve dans la première livraison de ce projet), puis, en 1819, Le Testament et les Billets doux (un échec). Pendant ces six années, Auber préfère fréquenter les salons où il improvise au piano. Son père mort, ruiné, en 1819, Auber est désormais soutien de famille, et il a déjà 37 ans : par obligation et par goût, il décide de devenir musicien professionnel. Il compose La Bergère Chatelaine, dont l'ouverture figure elle aussi au programme du précédent CD de Dario Salvi. C'est un succès public, boudé par la critique. Le programme du CD nous amène directement 12 ans après la composition des extraits de Couvin. Le concert à la cour, ou La débutante, connaît un franc succès puisque ce petit acte est joué 246 fois. Adèle doit auditionner à la cours de Stuttgart. Le maître de chapelle, Ascanio tente de saboter son concert avec des tempi erratiques, mais la partie est sauvée quand le vieil ami d'Adèle, Victor, repousse le chef pour conduire l'orchestre. L'ouverture est du pur Auber, inspiré, en apparence joyeux au premier abord, mais avec déjà avec un peu de cette réserve en demi-teinte en arrière-plan typique des meilleurs ouvrages du compositeur. Léocadie date de la même époque mais son intrigue est plus dramatique (une histoire de fille-mère qui finit bien). L'ouverture est un brin solennelle mais les deux entractes davantage dans la manière du compositeur. Fiorella nous conte l'histoire d'un triangle amoureux à Rome au début de l'époque napoléonienne : Fiorella aime bien Albert mais lui préfère Rodolphe, un ancien amoureux, espion qu'elle va réussir à soustraire à la police. L'ouverture en est légère et agréable. Il est dommage que la prise de son soit ici un brin étouffée avec un parterre d'instruments sans grand relief, ce qui n'est pas le cas pour le délicieux entracte qui suit. Les courts entractes de La Fiancée (une histoire d'amour bien compliquée) et l'entracte un brin nostalgique de Lestocq (livret inspiré de l'histoire vraie de l'aventurier français Jean Armand de Lestocq qui contribua à mettre Élisabeth Ière sur le trône de Russie) nous laisse sur notre faim. Au global, ce nouvel opus de l'intégrale symphonique des œuvres d'Auber est nettement plus réussi que le précédent, avec une direction plus adéquate, alerte et contrastée, mais l'orchestre reste parfois un peu pâle. Comme d'habitude, le prix de ce disque est aussi agréable que son contenu : à moins de 10 euros, il serait dommage de ne pas en profiter !

 

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