Le Cantor, à Weimar

Bach : Cantates BWV 199, 152 et 202

Par Yvan Beuvard | jeu 25 Mai 2017 | Imprimer

Spécialiste du répertoire baroque – même si elle commet quelques incursions réussies au-delà – Carolyn Sampson est surtout connue pour avoir fréquemment illustré l’œuvre de Bach, souvent sous la direction de Philippe Herreweghe. Ayant atteint sa pleine maturité, elle ajoute le présent enregistrement à quelques dizaines de CD dont aucun ne laisse indifférent. Toutes écrites à Weimar entre 1712 et 1730, les trois cantates qu’elle nous propose illustrent la prodigieuse richesse d’invention et la diversité des registres du Cantor.


Ainsi , « Weichet nur, betrübte Schatten »,  cantate nuptiale bien connue (BWV 202), riche de cinq arias, où la voix dialogue tour à tour avec le hautbois, la basse continue, le violon, puis le hautbois, dansant, et enfin avec tous les instruments réunis pour une gavotte très française.  Carolyn Sampson rayonne d’un charme printanier : rondeur, plénitude, conduite d’un chant parfaitement articulé, n’étaient quelques intonations un cheveu trop basses, ce qui ne manque pas de surprendre. Les solistes instrumentaux, tous rompus à ce style, se montrent exemplaires. On retiendra particulièrement la deuxième aria - « Phöbus eilt mit schnellen Pferden » - (repris par Bach en guise de finale de la 6e sonate pour violon et clavecin, en sol majeur, BWV 1019) et la modeste gavotte finale, fraîche et dansante à souhait.


Le climat change avec  « Tritt auf die Glaubensbahn » [marche sur le chemin de la foi], BWV 152, de caractère chambriste, intime, malgré la présence d’une basse qui se verra confier une aria, deux récitatifs et le duo final. C’est le quatuor instrumental singulier qui retient déjà l’attention (flûte à bec, hautbois, viole d’amour et viole de gambe), dès la longue sinfonia d’ouverture, au contrepoint serré. L’aria où la basse dialogue avec le hautbois est bien servi par la voix d’Andreas Wolf, timbrée, longue de souffle.  Le second air, en trio, la soprano tissant son chant avec la viole d’amour et la flûte, précède le duo ravissant des voix, qui réunit tous les interprètes.


La dernière,  piétiste, « Mein Herz schwimmt im Blut » [mon cœur nage dans le sang] , BWV 199,  est une œuvre clé, annonciatrice des grandes pages de Leipzig. Ainsi, les récitatifs font-ils appel aux cordes en plus de la basse continue. Toutes les émotions du pécheur en proie au remords sont peintes avec un souci expressif rare, sinon sans précédent. Les modulations nombreuses du premier air (adagio) où le hautbois s’unit au chant, avec d’amples phrases douloureuses sont bien illustrées. Les autres arias nous conduiront vers la joie franche de la gigue finale. A signaler le Corale con viola obligata, dont le véritable soliste est la viole, le chant se voyant confier les simples phrases du choral.


Un programme pertinent, illustré par des voix sûres et, surtout, par des instruments solistes remarquables à plus d’un titre : maîtrise superlative de ce répertoire, avec une attention particulière aux nuances, aux phrasés et articulations. Les musiciens du Freiburger Barockorchester conduits du violon par Petra Müllejans sont une référence en la matière; la souplesse, la fluidité de leur chant se marie à merveille aux voix de Carolyn Sampson et d’Andreas Wolf.


La plaquette n’appelle que des éloges, avec une présentation fouillée des œuvres dans leur contexte, et les textes chantés, traduits en français et en anglais.


 

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