Cette obscure clarté…

Tenebris

Par Frédéric Platzer | jeu 27 Décembre 2012 | Imprimer
 
Le répertoire baroque français lié aux périodes de Pâques et de la Toussaint est exploré depuis plusieurs dizaines d’années avec beaucoup de bonheur par de nombreux ensembles qui ont pris la suite du travail de pionniers initié en leur temps par le Concerto Vocale et les Arts Florissants. Au sein d’une discographie désormais bien fournie, les noms de Marc-Antoine Charpentier et de François Couperin ont longtemps été pratiquement les seuls à avoir l’heur de figurer en frontispice sur les pochettes de disques. Mais s'ils sont les plus connus, ils n’ont pas été les seuls à avoir pratiqué ce type de musiques intimement liées à ces périodes de l’année pendant lesquelles tout faste – musical y compris – était proscrit. Comme le rappelle très justement notre confrère Sylvain Fort, auteur de la notice du disque, ces musiques faisant largement place à la méditation étaient paradoxalement interprétées par les mêmes chanteurs et musiciens qui se produisaient d’ordinaire à l’Opéra. Nous n’avons donc pas affaire à des œuvres de moindres qualités techniques et expressives mais à des pièces d’un grand intérêt musical.
Ceci posé, Jérôme Correas et son ensemble Les Paladins (ici en formation plus que réduite, deux violons et une basse continue) nous propose ici un panorama de ces musiques pétries d’intériorité à travers des œuvres pour une et deux voix et continuo de Sébastien de Brossard, Joseph Michel et Nicolas Bernier qui portent suivant les cas les titres de Leçon des morts ou de Leçon de ténèbres. Ces partitions d’une dizaine de minutes chacune suivent très scrupuleusement les textes qu’elles illustrent et nous font entendre tout l’arsenal rhétorique alors largement en vigueur dans la musique française de la fin du XVIIe siècle, n’hésitant pas non plus çà et là à évoquer le style aussi expressif que virtuose alors pratiqué en Italie. Pour parfaire le tout, Jérôme Correas et ses Paladins ont eu la très bonne idée d’intercaler de magnifiques pièces instrumentales aux atmosphères également très dignes, dues à Henry du Mont et à François Couperin, qui prolongent de manière efficace la suspension du temps opérée dans les pièces vocales.
Si les deux chanteurs – Isabelle Poulenard et Jean-François Lombard – sont excellents et nous donnent une idée très convaincante de ce que pouvaient réaliser dans un cadre religieux des interprètes venant du monde de l’opéra, il faut également souligner que ces derniers bénéficient d’un écrin instrumental de tout premier plan, ceci étant valable aussi bien pour la basse continue que pour les deux violonistes, tous étant au service de la soprano, du haute-contre et des œuvres présentées.
Pour conclure, il faut souligner la grande qualité de ce beau disque qui ne se laissera pas apprivoiser du premier coup d’oreille mais qui demandera que l’on y revienne plusieurs fois, afin d’y découvrir encore plus de beautés à chaque nouvelle écoute.
 

 

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