Schwarzkopfissime

Elisabeth Schwarzkopf : The Complete Recitals, 1952-1974

Par Sylvain Fort | mer 09 Décembre 2015 | Imprimer

Au premier abord, ce coffret est fait pour les amateurs d’objets vintage. Car voici réunis sous leur pochette d’origine – sépia, noir et blanc, pastel, chromo – les récitals publiés par Elisabeth Schwarzkopf de 1952 à 1974. Nous sommes en plein dans le glamour 50s et 60s, avec arabesques et stylisation. Justification ultime de ce coffret, les programmes des récitals sont restitués dans leur conception originelle, débarrassés des fill-ups dont, de réédition en réédition, on avait affublé ces programmes se suffisant assez à eux-mêmes et relevant en tout état de cause d’une volonté artistique précise. La restauration sonore réalisée pour l’occasion nous les offre dans un son glorieux. Grâces soient rendues à Warner et au maître-d’œuvre de cette réédition, l’indispensable Bertrand Castellani.

Côté programme, c’est moins glamour. C’est exigeant, souvent ardu, parfois âpre. Derrière le sourire fancy la rigueur artistique et vocale présidant à la brassée de Wolf et Strauss qui occupent de nombreux volumes de ce coffret, l’intransigeance que ne saurait diluer le titre censément neutre de « Elisabeth Schwarzkopf Songbook », la rigueur des Schubert et des Mozart – tout cela n’est guère adouci par un album de Noël tout de religiosité sobre.

Bref, ce coffret, c’est Schwarzkopf en son plus schwarzkopfien : seule, avec des accompagnateurs de haute tenue, donnant libre cours à son génie de l’exactitude et de la plénitude par l’exactitude. C’est dire les vertiges que nous donne cette succession d’explorations vocales et musicales. Pas un disque ici n’est superflu ou de simple circonstance. Chacun porte dans son répertoire propre un regard et une interprétation qui sont faits pour être définitifs. Les quatre volumes du Songbook sont un parcours au pays de ce que le lied a de plus raffiné et profond, proposés dans des lectures d’une sophistication suprême – le legs Schumann, si particulier, est là. Les duos baroques avec Seefried sont un autre joyau méconnu et étrange. La moisson des Wolf, incluant le live de 1953, est évidemment sans comparaison. D’un disque à l’autre se composent à la fois un portrait de Schwarzkopf et une collection de joyaux dont chacun a sa propre taille et sa propre eau. Rien ici ne se ressemble. Tout est singulier – pour ainsi dire, fait main. La métaphore de l’artisanat d’art est cependant inadéquate. Car à force de fréquentation avec les miracles répétés qu’opèrent cette voix, cette intelligence, cette exceptionnelle pénétration musicale, il faut bien l’avouer : c’est de génie du chant qu’il s’agit, voilà tout.

 

 

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