Essai transformé

Arabesque

Par Christophe Rizoud | mer 02 Octobre 2013 | Imprimer
 
En 2011, le premier récital pour Sony de la jeune soprano Olga Peretyatko avait été un choc tant les moyens vocaux et l’insolence de l’artiste avaient impressionné, bien au-delà de notre rédacteur en chef Christophe Rizoud. Après un tel succès, il n’est jamais évident de confirmer. Sur scène, depuis deux ans, la belle Olga a fait son chemin : habitudes prises à Pesaro, première Elvira, concerts parisiens, débuts à Salzbourg et à Verone cet été (nous y étions !), débuts au Met dans ce rôle au printemps 2014, Aix l’été prochain… C’est dire si « Arabesque », son second récital, était attendu. Enrique Mazzola dirige l’orchestre symphonique de la Norddeutsche Rundfunk avec énergie et dynamisme.
Le programme, polyglotte (italien, russe, allemand et français) mêle à un répertoire dans lequel Olga Peretyatko a déjà fait ses preuves quelques surprises.
Dans l’aria des Nozze di Teti e Peleo, qui reprend largement le « Cessa di più resistere » du Barbier, la démonstration de virtuosité, d’aisance et de classe est saisissante. Les deux extraits des Puritains, sans doute le sommet du disque, confirment aussi la parfaite adéquation de la vocalité de la soprano à l’écriture bellinienne, dans l’agilité comme dans le chant spianato. Par-delà la technique, il y a surtout une personnalité, qui cisèle chaque phrase et dont on connaît le rayonnement sur scène. Avec Mozart, la surprise ne vient ni du long air de concert (8 minutes) qui ouvre le CD, ni de celui de Susanna dans lequel Peretyatko se promène avec classe. En revanche, le choix du « Non mi dir bel idol mio » excite l’intérêt. Le récitatif de Donna Anna est magnifique, comme la reprise sur le souffle ainsi que la deuxième partie de l’aria, plus virtuose. Mais évidemment, cette Anna est bien légère et manque quelque peu de largeur. La deuxième surprise, le boléro d’Elena des Vespri siciliani, en italien, appelle un regard comparable. Ces choix laissent penser, déjà, que la belle Olga souhaite élargir son répertoire et marcher sur les traces de sa compatriote Anna Netrebko. Pourtant, la comparaison s’arrête vite tant leurs timbres sont différents. Attention à ne pas aller trop vite…
Le reste du programme fait honneur à la langue française avec notamment un superbe « Ouvre ton cœur » du rare Vasco de Gama de Georges Bizet. Pour une artiste qui ne parle pas notre langue, la prononciation, à défaut d’être parfaitement compréhensible en tous points, est assez claire et les premières prises de rôle sur scène ne devraient pas tarder. Quelques standards pour soprano (Villanelle et Il Bacio) complètent très agréablement le programme.
L’essai est donc transformé pour Olga Peretyatko. La saison 2013-14 marquera sans nul doute une nouvelle progression. On sent déjà que le medium ne demande qu’à s’épanouir, comme un bon vin, tandis que les vocalises pyrotechniques appartiennent, déjà, d’une certaine manière aux premières années de sa carrière. Il sera passionnant d’observer comment elle guidera son instrument et élargira son répertoire. Nous suivrons tout cela avec la plus vive attention !
 

 

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