Le long chemin vers l'opéra

Foccroulle : E vidi quattro stelle

Par Alexandre Jamar | mer 11 Novembre 2020 | Imprimer

Le monde de l'opéra connait avant tout Bernard Foccroulle comme administrateur. Fort d'un instinct musical presque infaillible, il insuffla une identité artistique forte aussi bien à la Monnaie de Bruxelles qu'au Festival d'Aix-en-Provence. Mais le résumer à ces deux postes, ce serait passer sous silence sa double vocation d'organiste et de compositeur, pourtant bien antérieure. Un disque venant de paraître chez Fuga Libera nous fait découvrir cet univers sonore singulier que le Liégeois s'est bâti au fil des années.

Bernard Foccroulle a une passion pour le Baroque, et sa discographie est là pour en témoigner. On le retrouve volontiers dans son catalogue, puisque les œuvres pour « instruments anciens » en constituent une grande partie (orgues historiques, clavecin, cornetto...). E vidi quattro stelle ne fait pas exception à ce titre. Ce que ce projet apporte de nouveau, c'est avant tout un format à mi-chemin entre l'oratorio, le madrigal et la cantate. Deux personnages dialoguent dans cette scène : un Dante-narrateur confié au baryton, et une Beatrice soprano, qui ne sont pas sans rappeler le Combattimento de Monteverdi. Les deux chanteurs sont encadrés d'un effectif judicieusement pensé. Orgue et harpe constituent un totem sonore capable aussi bien d'attaques et d'articulations que de nappes colorées et continues. Les trois trombones et le cornet peuvent venir compléter cette masse harmonique occasionnellement, mais ils sont surtout utilisés en complémentarité des voix, dans une polyphonie ciselée et sentie. Ce travail minutieux se retrouve dans le chant, où le compositeur concilie ancrage textuel et souplesse vocale.

Dans cette partition, Nikolay Bortchev chante beaucoup et partout. La partie est gourmande en sauts de registres, et le baryton s'en sort honorablement, mais il nous a semblé que la connexion entre les notes et leur sens ne s'était pas encore pleinement établie.
De ce point de vue, et peut-être grâce à des facilités généalogiques, Alice Foccroulle tire nettement mieux son épingle du jeu. Le Canto XXIII se dévoile tout en souplesse, et nous permet d'apprécier le timbre riche et fruité de la chanteuse.

L'histoire ne dit pas encore si cette quasi-cantate est l'amorce d'un projet scénique, mais on ne peut que se réjouir d'entendre davantage de musique vocale de la part d'un grand nom de la direction d'opéra.

 

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