Giulini n'était pas là pour s'amuser

Falstaff

Par Christophe Rizoud | mer 04 Avril 2012 | Imprimer
 
Pourquoi avoir extrait des archives de la BBC ce Falstaff enregistré au Festival d’Edinburgh en 1955, qui n’avait jamais été publié, si ce n’est pour la direction de Carlo Maria Giulini.
La distribution est globalement convenable, les voix se marient plutôt bien dans les nombreux ensembles mais pris séparément aucun des chanteurs réunis ne laisse là une empreinte indélébile de son art. Le talent comique de l’interprète du rôle-titre, Fernando Corena (1916-1984) n’est pas à remettre en cause. La clarté de la diction est notable mais la discographie regorge de Falstaff plus éloquents sur le plan dramatique et musical. Walter Monachesi (Ford) semble dépassé par les exigences de la partition. Son monologue au deuxième acte le trouve à bout d’arguments, trop clair de timbre, débordé par l’ampleur de l’écriture, court de grave et d’aigu, et surtout impuissant à traduire la rage sourde et les affres de la jalousie dans ce qui est un des seuls airs typiquement verdiens de l’opéra. En Fenton, Juan Oncina (1925-2009) dut passer son tour au 3e acte, épuisé par trop d’Amalviva dans Le Barbier de Seville également à l’affiche cette saison-là. C’est dire si ses interventions aux 1er et 2e actes ne le montrent pas sous son jour le meilleur. Appelé à la rescousse, Kevin Miller est cueilli à froid par sa romance (« Dal labbro il canto estasiato vola »). Le son est pincé, le ton trémulant. On attend avec impatience que Nanetta vienne le tirer de ce mauvais pas. Las, Eugenia Ratti, alors âgée de 22 ans, offre un chant acide comme un fruit vert. L’Alice d’Anna Maria Rovere n’a pas beaucoup plus d’atouts si ce n’est une aisance dans le registre supérieur qui laisse penser que son soprano se serait mieux satisfait de la fille que de la femme de Ford. En Mrs Quickly, Oralia Dominguez, connue pour avoir interprété Amneris en 1951 à Mexico aux côtés de Maria Callas, s’invente une voix de contralto avec pour conséquence l’impression de disposer de deux chanteuses au lieu d’une.
Tout cela ne mériterait donc pas que l’on s’attarde au-delà du raisonnable s’il n’y avait Carlo Maria Giulini. Le Maestro venait alors de succéder à Victor de Sabata au poste de directeur musical de La Scala de Milan. Sa direction est comme on peut s’y attendre remarquable. Le Royal Philharmonic Orchestra n’a pas la majesté sonore d’autres formations que l’on a pu entendre dans le même opéra (on pense à Karajan en 1980 à la tête du Philharmonique de Vienne). Mais, dans ce qui relève du mécanisme d’horlogerie, pas un seul ressort n’est disloqué. On reprochera simplement à ce travail d’orfèvre un manque de fantaisie qui empêche Falstaff de vraiment jubiler. De la rigueur oui, du sérieux non. Pourtant le public semble beaucoup s’amuser en ce 25 août 1955. Des éclats de rire viennent fréquemment ponctuer la représentation. La bonne humeur était sur scène plus que dans la fosse.
 
 
 
 

 

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