Ariane chez Naxos

Hans Pftizner. Complete Lieder vol. 3

Par Laurent Bury | mar 30 Juillet 2019 | Imprimer

Entreprise courageuse que celle initiée par le label Naxos : enregistrer une intégrale des lieder composés par Hans Pfitzner, compositeur dont même le Palestrina, aujourd’hui son seul titre de gloire, est loin d’encombrer les scènes, même dans le monde germanique. Evidemment, ses convictions conservatrices, voire rétrogrades en art, ne lui ont pas valu que des amis ; heureusement pour sa mémoire, il ne fut jamais trop en odeur de sainteté sous le Troisième Reich, même si ses relations avec le régime nazi restent assez ambiguës.

Malgré tout, il devrait être possible d’examiner à présent sa musique indépendamment des considérations historiques et politiques. C’est ce qu’a notamment permis de faire le label CPO en publiant récemment une captation de son opéra Die Rose vom Liebesgarten ou, il y a un peu plus longtemps, un magnifique récital de lieder avec orchestre. Pour les lieder avec piano, Naxos fait donc paraître un troisième volume, et l’on peut déjà annoncer qu’il y en aura deux autres, puisque CPO, toujours, a déjà proposé naguère une intégrale de lieder de Pfitzner en cinq CD. Y a-t-il vraiment place pour une deuxième interprétation de ces mêmes mélodies ? Dans l’absolu, oui, sans doute, et tant pis si le marché en décide autrement : ne vaut-il pas mieux deux intégrales Pfitzner plutôt qu’une énième version des lieder de tel ou tel compositeur déjà maintes fois honoré par le disque ?

Passionné par la musique allemande de cette première moitié du XXe siècle, le pianiste et chef d’orchestre Klaus Simon est celui sur les épaules duquel repose l’opération, puisqu’il a jusqu’ici été l’instrumentiste attitré des trois premiers volumes ; on ne voit pas pourquoi Naxos ne lui ferait pas confiance pour les derniers, d’autant que la sobriété de son jeu est à même de faire ressortir cette étonnante modernité qui surgit parfois au détour d’une des mélodies de Pfitzner. Dans les deux plages sur lesquelles s’ouvre le disque, l’oreille est surprise par un accompagnement pianistique imprévisible ; dans les six Liebeslieder de 1924, on se rapproche de Poulenc à certains moments, tandis que le dépouillement de tel autre nous rapproche étonnamment de la seconde école de Vienne. Même si ces lieder avec piano seul n’ont pas la séduction straussienne de ceux qui furent orchestrés, le mélomane peut donc y trouver de quoi retenir son intérêt, même si une écoute en continu n’est pas forcément la meilleure façon d’apprécier cette musique. Pfitzner ne se situe pas toujours aux mêmes hauteurs, et l’inspiration ne lui sourit pas également dans tous les lieder ici retenus.

Vedette du premier volume (le deuxième était confié au ténor Colin Balzer), la soprano Britta Stallmeister revient pour queques plages de ce troisième disque. Egalement protagoniste chez Naxos d’une possible intégrale des mélodies de Korngold qui semble ne pas avoir dépassé le volume 1, cette soprano allemande n’est pas dénuée de qualités, mais l’on se prend à rêver ce qu’un aigu plus généreux aurait pu faire de ces œuvres.

Cependant, la voix que l’on entend surtout sur ce disque, c’est celle de la mezzo Tanja Ariane Baumgartner, qui commence sérieusement à faire parler d’elle, que ce soit en France (Le Château de Barbe-Bleue à Toulouse) ou l’été dernier à Salzbourg. « Voix immense qui arde son timbre riche et agréable même dans les forte les plux extrêmes », écrivait notre collègue à propos de sa prestation dans Les Bassarides de Henze. Pas de forte extrême ici, pas d’orchestre à surmonter, mais on retrouve ce timbre enveloppant, cette opulence de la voix dont l’effet est indéniable.

En toute fin de programme, un inédit au disque : la révision en 1933 d’un chant de Noël composé en 1902, qui fait intervenir un chœur d’enfants (il n’est pas sûr toutefois que ce supplément suffira à persuader ceux qui posséderaient déjà l’intégrale CPO de se jeter sur le disque Naxos).

 

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