Curiosité

La Favorite

Par Jean Michel Pennetier | mar 29 Janvier 2019 | Imprimer

Depuis quelques années, La Favorite a retrouvé en langue originale le chemin des scènes mondiales (sauf celle de l'Opéra de Paris, malgré le succès de ces reprises), parfois même avec son ballet. Ces diverses exécutions musicales ont montré (si certains en doutaient encore ceux) l'importance d'un plateau vocal de haut niveau et d'une baguette énergique, seuls capables d'amener une représentation à incandescence. Pour cet enregistrement, capté sur le vif en février 2018 à Florence, on est malheureusement loin du compte. Mezzo sopranisant, Veronica Simeoni n'est pas le grand mezzo que l'on attend dans ce rôle : la voix est certes homogène sur la tessiture, mais ceci se traduit par des graves trop discrets et un aigu insuffisamment électrisant. Toutefois, la chanteuse italienne est aussi une fine musicienne, d'une grande intégrité, et compose, avec ses moyens, une Léonor attachante avec un engagement dramatique bien dosé à défaut d'être enthousiasmant. Simeoni est par ailleurs la seule artiste du plateau à offrir des variations bienvenues dans les reprises. Celso Abelo ne peut guère rivaliser avec des monstres sacrés tels qu'Alfredo Kraus ou Luciano Pavarotti, ni même Juan Diego Flórez aujourd'hui. Plus séduisant en salle (à distance, donc), le timbre est ici sans charme, l'émission trop nasale et l'accent italien souvent exotique. Mais, là encore, le chanteur est un authentique artiste, nuançant avec goût, jouant sur les différents registres d'émission mixte et de poitrine, colorant son chant et ciselant finement le texte (malheureusement souvent peu compréhensible si on ne le connait pas déjà). Les rares suraigus que le chef a bien voulu lui laisser sont exécutés avec une extrême facilité (quel gâchis). Pour cette prise de rôle, le jeune Mattia Olivieri est encore un peu vert : son Alphonse XI de Barcelone, dans la même mise en scène, le verra en net progrès. On apprécie néanmoins déjà un impeccable legato, une belle longueur de souffle et un timbre intéressant. Le jeune baryton sait également varier son émission avec intelligence en fonction des situations dramatiques. La prononciation française, correcte au début, tend à se détériorer au fil de l'ouvrage, comme si le chanteur n'avait pas disposé d'un temps suffisant pour préparer le rôle (il semble en effet qu'il soit arrivé deux semaines avant la première). Comme son collègue ténor, Olivieri soigne son texte, mais pas nécessairement à bon escient. Par exemple, lorsqu'il chante  « Quand d'être aimé, pour toujours il se flatte, Ne le chassez jamais de votre cœur », il répète de manière menaçante les nombreux  « chassez » , comme s'il donnait un ordre, au lieu d'user du ton doucereux qui conviendrait. En Balthazar, la basse Ugo Guagliardo est totalement insuffisante, coincée dans un ambitus trop étroit pour rendre justice aux aigus et graves de la partition. Les seconds rôles, comme le choeur, ne brillent guère vocalement, et pour chanter aussi mal en français, il faut vraiment y mettre beaucoup d'application. Fabio Luisi propose une direction sous Lexomil, souvent apathique, avec des accélérations sporadiques dépourvues de justification dramatique. Si les effets des anxiolytiques disparaissent vers la fin de l'acte II, il semble que le chef italien s'en soit servi une double dose pour l'acte III, d'une lenteur désespérante. Quand, en plein milieu du duo « Viens ! Je cède éperdu », le tempo ralentit encore, on se dit que quelqu'un a dû oublier de changer les piles à l'entracte. A la mollesse de la baguette, répond un orchestre anémique : rien ici qui puisse rappeler le faste du grand opéra français, ni l'énergie du belcanto romantique. Le chef ayant également décidé de castrer le plateau en interdisant variations (indispensables dans ce ,répertoire, surtout quand on donne toutes les reprises), et suraigus (non écrits, mais qu'on aime bien quand même !), l'écoute au volant est à déconseiller dans le cas d'un long trajet. Une version DVD existe également.

 

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