Verlaine-Silène, saturnien satyre

Les Donneurs de sérénades

Par Laurent Bury | lun 01 Février 2016 | Imprimer

Sept poèmes seulement pour vingt-quatre plages ! Voilà qui en dit long sur le succès remporté par Verlaine auprès des compositeurs, et pas seulement en France. Pour ce qui semble bien être son premier disque en solo, le ténor Carl Ghazarossian a eu l’excellente idée d’aller chercher au-delà du trio Fauré-Debussy-Reynaldo Hahn, et a ainsi déniché quelques pépites qui donnent véritablement l’impression que la mélodie française est une mine d’or inépuisable, pour peu qu’on ait le courage de s’aventurer hors des sentiers battus.

Le hasard des publications vient de ramener sous le feu des projecteurs le compositeur Josef Szulc, dont le label Malibran a récemment publié l’opérette La Victoire de Samothrace. De ce Polonais ayant étudié à Paris avant de s’installer en Belgique, on entend ici trois mélodies particulièrement réussies : une sautillante « Mandoline », une très poétique « lune blanche » et un superbe « En sourdine », inédites au disque comme plusieurs autres partitions réunies sur ce disque. On entend aussi une belle version de « La lune blanche » par Charles Radoux, compositeur originaire de Liège (1877-1952). On retrouve l’exquis mélodiste qu’était Charles Bordes avec « J’allais par les chemins » (le label Timpani a fait paraître un disque réunissant toutes ses mises en musique de poèmes de Verlaine). On découvre le talent de Poldowski, pseudonyme derrière lequel se dissimulait la fille de Henryk Wieniawski, connue sous les noms d’Irène Wieniawska ou de Régine Wieniawski.

Diction irréprochable et délicatesse de l’interprétation sont les deux grands atouts sur lesquels peut s’appuyer Carl Ghazarossian. La demi-teinte et la nuance piano lui conviennent le mieux, car deux ou trois fois, un aigu émis forte a tendance à partir dans le nez ou à virer au cri ; le recours à la voix de tête, pour lequel il opte le plus souvent, permet de rester dans l’atmosphère recueillie. Par ailleurs, ce n’est pas une mauvaise idée que d’avoir voulu faire dialoguer les voix dans les différentes versions du « Colloque sentimental », mais la première intervention de François Masset, dans une mélodie signée Charles Bordes, produit hélas une impression désastreuse, car elle semble porter avec elle un univers esthétique tout autre, comme si les deux artistes s’exprimaient dans des idiomes radicalement différents. Peut-être cela tient-il à une ligne de chant tendue où la soprano (qui se présente parfois comme mezzo) est contrainte de trop donner de la voix, perturbant le climat installé par la voix du ténor en introduisant une dimension plus « opératique », très éloignée de la diction parlée. Heureusement, leur association fonctionne infiniment mieux dans les autres versions (Canteloube, Debussy). Quant au « Nocturne » de Louis Aubert, il s’agit d’un authentique duo où les voix se superposent et s’enlacent très voluptueusement, très adéquatement soutenues par le piano sobre de David Zobel.

 

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