Dieu, que c'est beau !

Ludovic Tézier, Verdi

Par Christophe Rizoud | lun 08 Février 2021 | Imprimer

Verdi et le baryton : une histoire d’amour initiée avec Nabucco, alors que le compositeur cherchait à tracer son chemin sur les sentiers épineux de la gloire, poursuivie ensuite pendant un demi-siècle, jusqu’à Falstaff, et qui perdure aujourd’hui à travers ses meilleurs interprètes. Verdi, nouveau Pygmalion dont la Galatée serait cette tessiture naturelle, entre basse et ténor, gorgée de vitamines afin de passer dans l’histoire de l’art lyrique du second au premier plan : époux jaloux, père abusif ou roi déchu... Combien la France a-t-elle compté de grands barytons verdiens ? Deux, trois, cinq ? Pas beaucoup plus. Peu importe, elle en tient un aujourd’hui, un vrai qui crache du son et des notes comme jaillit la lave du volcan, brûlante, résineuse, érubescente : Ludovic Tézier dont un premier récital chez Sony, illumine l’actualité discographique.

Avouons-le : on aurait aimé, pour cette première collaboration, un répertoire plus vaste que notre baryton national aurait parcouru de ce même pas héroïque. Les contrées verdiennes certes mais aussi sa terre d’origine. Le souvenir d’Athanael dans Thaïs à Monte-Carlo il y a quelques jours en attise l’envie.

Puis, si l’on veut émettre des réserves, il peut apparaître paradoxal de présenter les opéras de Verdi saucissonnés en airs, quand on sait combien le compositeur s’est escrimé à en élargir le cadre, à les envisager en fresquiste à la façon de larges tableaux et non plus comme une succession conventionnelle de numéros fermés. La jubilation de Vargas, la scène de Posa perdent de leur vigueur théâtrale lorsqu’elles sont comme ici amputée de leurs répliques (choix d’autant plus surprenant que, plus loin, Carlo dans Ernani a droit aux réparties de Riccardo – chantées par Paolo Antognetti –, moins essentielles pourtant). Cela peut expliquer une approche plus démonstrative qu’expressive, l’impression de traverser, admiratif, moins une galerie de portraits que la salle principale d’une glyptothèque habitée de statues de bronze, majestueusement posées sur leur socle de marbre, géantes, indéboulonnables.

Dieu, qu’elles ont belle allure, ainsi érigées, imposantes, colossales, coulées dans un métal inoxydable sur toute la tessiture, d’un extrême à l’autre de la portée, sans que jamais on ne perçoive le coup de burin. Quel timbre, quelle fierté, quel orgueil et combien de trésors s’offrent ainsi à nos oreilles comblées : Renato que l’on n’a rarement entendu si noble ; Ford, – le premier rôle verdien de Ludovic Tézier, en 1998 à Tel Aviv –, atrabilaire, hargneux, dont la rage s’exerce d’autant plus terrible que l’enregistrement s’interrompt avant l’entrée sautillante de Falstaff chargée de ramener le drame dans le droit chemin de la comédie ; Luna tel qu’applaudi à plusieurs reprises sur scène, le poing fermé, la mâchoire serrée ; Iago moins démoniaque qu’herculéen ; Nabucco royal ; Rigoletto écumant de rage ; Macbeth indomptable jusqu’à ce que la voix se serre et que, dans le cantabile, le remords s’épanche en un inépuisable legato… Tous, superbes, tous représentatifs du baryton-verdi, typologie vocale qualifiée par Ludovic Tézier de caméléon, spécimen élevé au rang de demi-dieu par la puissance magnétique de sa voix.

 

 

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