De la vaillance et du cœur

Michael Fabiano, Verdi-Donizetti

Par Brigitte Maroillat | ven 17 Mai 2019 | Imprimer

Ce disque dédié à Verdi et Donizetti est le premier opus du partenariat exclusif scellé en juillet dernier entre le ténor Michael Fabiano et le label Pentatone. De Poliuto et Maria di Rohan de Donizetti aux opéras verdiens Oberto et Il Corsaro, l’enregistrement comporte certains airs peu entendus dont le «Qual sangue sparsi » de la version originale de La Forza del destino de Saint-Pétersbourg en 1862. De quoi attirer d’emblée l’attention. Le titre de l’album met côte à côte les deux compositeurs, mais le cœur du ténor porte à l’évidence vers Verdi qui se taille ici la part du lion, marquant ainsi la volonté affirmée de Michael Fabiano d’investir de plus en plus à l’avenir les terres du Maître de Busetto.

Si son interprétation de « La donna è mobile » du Duc de Mantoue dégage une belle énergie, le rôle apparaît désormais un peu léger pour autant de vaillance affichée dans une voix qui a pris incontestablement du corps et du coffre. On sent le jeune ténor prêt à prendre d’assaut des rôles plus consistants. L’énergie et la  puissance s’entendent tout au long du disque, mais elles ne priment toutefois à aucun moment sur le sens du phrasé, si important chez Verdi, comme ici dans Un Ballo in maschera et plus encore dans Oberto où Michael Fabiano, à l’aigu aisé, livre une interprétation impeccable de « Ciel che feci !...Ciel pietoso ». De même, dans Ernani, le ténor est capable de belles nuances dans l’expression du texte même si l’émission parait parfois un peu tendue. De par sa belle expressivité, il sait également conférer une forte dimension à Jacopo de I due Foscari, lequel est pourtant un personnage passif dans une imploration permanente. Du piano subtil à l’aigu péremptoire, il lui confère une belle présence, soignant la ligne de chant en lui insufflant avec brio une vaillance désespérée. Dans Luisa Miller, si l’émission est forte (un poco troppo à notre sens) dans « Oh ! fede negar potessi », le ténor ne néglige toutefois pas de varier les couleurs et de mettre les nuances requises. Toutefois, dans La forza del Destino, l’énergie qui meut Michael Fabiano le conduit parfois à forcer le trait dans les passages dramatiques, même s’il démontre par ailleurs une belle maîtrise des changements de rythme de cet air rare « Qual sangue sparsi » . De même, dans Il Corsaro, on peut regretter que le ténor n’allège pas davantage sa ligne vocale pour amplifier les couleurs.

Si Verdi représente pour Michael Fabiano une rive d’avenir, Donizetti n’en reste pas moins dans son parcours le socle sur lequel la passion s’est transformée en vocation scellant ainsi le destin de l’artiste. Et c’est peut-être dans ce répertoire que le ténor trouve le mieux ici l’équilibre idéal entre puissance et élégance. Langoureux et fougueux, il nous livre un Edgardo de Lucia di Lamermoor d’une grande intelligence avec le texte et une voix égale sur toute la longueur, l'émission sachant parfaitement épouser les nuances de la partition avec un lyrisme émouvant. Dans Poliuto, il opte pour un chant à la fois héroïque et romantique. Il trouve les demi-teintes nécessaires à l’élégance de l’écriture dans un équilibre entre Adolphe Nourrit, à qui le rôle était destiné, et Gilbert Duprez qui l’a créé en version française. Dans Maria di Rohan, sans posséder le timbre suave et enivrant requis pour Riccardo, il se tire toutefois honorablement de l’air difficile « Alma soave o cara » qu’il investit avec sensibilité là où d’autres le hurlent plus qu’ils ne le chantent.

Sous la baguette d’Enrique Mazzola, à la tête du London Philharmonic Orchestra, la musique se fait entendre avec une verve toute italienne mais dans une élégance à la française. Elle s'épanche délicieusement. Il y a ainsi dans cette direction une jubilation permanente qui est un véritable plaisir d’écoute.

 

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