O nuit/night/nacht

Nocturnes

Par Laurent Bury | mar 20 Janvier 2015 | Imprimer

Des récitals de mélodie sur le thème de la nuit, on en connaît : Isabelle Druet n’était pas allée chercher plus loin le principe unificateur de son premier disque, qui puisait exclusivement dans le répertoire français. Pour se présenter au public, le jeune ténor anglais Rupert Charlesworth a choisi de se partager entre trois langues : la sienne, qui est aussi celle de Britten, la nôtre, et l’idiome du Lied. Il en résulte un programme qui panache allègrement les styles et les époques, évitant ainsi toute monotonie, toute uniformité.

Ce disque s’inscrit dans une série consacrée au « Lauréats HSBC du festival d’Aix-en-Provence », la filiale française de la banque britannique soutenant chaque année les jeunes artistes de l’Académie du festival. Lauréat HSBC en 2011, Rupert Charlesworth chanta la même année Damon dans Acis et Galatée à Aix, et fut la doublure de l’un des petits rôles dans Written on Skin. L’été dernier, il a participé au spectacle Trauernacht d’après des cantates de Bach, et on le reverra à Aix dans Le Songe d’une nuit d’été de Britten, où il sera Lysander. Quant à la pianiste Edwige Herchenroder, elle était Lauréate HSBC en 2013 et elle accompagnait Rupert Charlesworth en juillet 2014 pour un récital donné à l’hôtel Maynier d’Oppède, récital qui a servi de point de départ au présent disque.

Sans doute en partie grâce au temps passé en France, Rupert Charlesworth maîtrise bien notre langue, qu’il chante néanmoins encore avec un soupçon de préciosité dont il gagnera à se défaire avec les années. Il est agréable d’entendre une voix de ténor dans ces mélodies souvent abordées par les sopranos (le jeune Debussy de « Nuit d’étoiles », « L’Heure exquise » de Reynaldo Hahn). Et il y a même une touche d’originalité avec « Vous m’avez regardé avec toute votre âme », de Lili Boulanger.

Dans le répertoire allemand, Rupert Charlesworth privilégie le premier romantisme, avec trois beaux Schubert, que complètent un Mendelssohn, un Liszt et deux Brahms. Mélodies d’une simplicité souvent naïve qui en fait presque des chansons, et que l’oreille retient facilement. Le timbre très léger de l’interprète, qui recourt très régulièrement au falsetto, s’accorde bien avec la légèreté de ces pages, et la pianiste a l'intelligence de ne pas aller à l'encontre de cette tendance.
La profondeur, on la trouvera dans les mélodies britanniques, où le ténor est bien sûr le plus à son aise, et où il peut le mieux s’abandonner à une mélancolie introspective en sachant exactement jusqu’où il peut aller, compte tenu de sa parfaite maîtrise des nuances du texte. Le mélomane français découvrira peut-être à cette occasion la production de Lennox Berkeley (1903-1989), compositeur anglais de mère française, ici représenté par trois pièces. Si Britten est infiniment plus connu, on n’en dira pas autant d’Arnold Bax, d’Ivor Gurney ou même de Gerald Finzi. Seul regret : en picorant ainsi une mélodie par-ci, une mélodie par-là, ce disque éveillé l’appétit de l’auditeur qui aspire à entendre davantage qu’un seul numéro de ces différents recueils et cycles rares de ce côté-ci de la Manche.

 

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