Haydn en kilt

Scottish Airs

Par Clément Taillia | jeu 26 Juin 2014 | Imprimer

Si les séjours de Joseph Haydn outre-Manche n’ont pas dépassé les frontières anglaises, ils lui ont offert l’occasion de découvrir la musique écossaise, largement diffusée dans les salons de l’époque. Le compositeur autrichien a été séduit au point d’en adapter plus de 200, dont le présent disque reprend une infime partie.

Signés par un compositeur au faîte de sa vie, de sa gloire et de son art (occupé, à la même époque, par l’écriture de ses superbes Saisons, comme le rappelle la notice d’accompagnement), ces arrangements méritent à plusieurs égards, et au-delà de leur intérêt historique et musicologique, une oreille attentive : le violon et le violoncelle s’ajoutent au piano pour offrir à la voix un accompagnement  aux couleurs et aux textures sans cesse renouvelées, et le génie créatif de Haydn ménage quelques passages mémorables, à l’exemple de l’introduction mystérieuse de « Mary’s Dream », ou des dialogues malicieux entre les musiciens dans « There was a lass ». Ils trouvent, en cet enregistrement, des interprètes imbattables. Tous les amateurs de Lied et de mélodie connaissent la sensibilité et l’intelligence de Werner Güra. Claire sans être blanche, sa voix n’est pas mise à rude épreuve dans ces chansons populaires dont il épouse avec finesse un rien policée les contours mélancoliques (« Morag ») ou humoristiques (la voix de fausset de « Jenny’s Bawbee », la balourdise égrillarde de « My love she’s but a lassie yet »). Il trouve en Christoph Berner, Julia Schröder et Roel Dieltiens, plus que des accompagnateurs : les superbes couleurs du pianoforte disent à elles seules tout ce que les teintes et les sonorités des instruments d’époque apportent en naturel, en spontanéité, en rudesse parfois, à ces mélodies.

Pourquoi finalement une impression mitigée ? Parce qu'à l’impossible nul n’est tenu : ni Haydn, qui fut souvent contraint de composer ses arrangements sans disposer encore du texte définitif de l’air, ni les interprètes, dont l’impeccable probité n’est pas dénuée d’une certaine timidité, ne peuvent rendre à ces chansons l’individualité et l’originalité qui, substantiellement, leur manque. Les pistes se succèdent sans accroc, mais sans que rien d’inattendu ne viennent un peu râper le plaisir lisse de l’écoute. Il fallait, pour le moins, les trois mouvements du 43e trio, égrenés au fil du disque, pour rappeler que la musique de Haydn n'est pas seulement charmante et jolie. 

 

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