Strephon and Friends

Son of England

Par Laurent Bury | ven 30 Juin 2017 | Imprimer

« Pleurez, muses, pleurez, gémissez de votre perte ; le jeune et noble Stréphon n’est plus ; il a disparu comme une lumière qui se dissipe dans les airs, et il ne sortira plus de la nuit éternelle, où la mort l’a plongé ». Ainsi s’exprimait en 1685 l’écrivaine Aphra Behn dans son Idylle sur la mort du comte de Rochester. Le nom de Stréphon était à la mode dans les pastorales britanniques des XVIIe et XVIIIe siècles : on le retrouve également sous la plume de Swift, de  Pope, de Steele et de bien d’autres qui avaient besoin d’un joli nom hellénisant pour leurs bergers galants (à la fin de l’époque victorienne, c’est aussi le nom du héros de l’opérette de Gilbert & Sullivan Iolanthe). Rien d’étonnant donc à ce que Purcell soit à son tour devenu Stréphon dans le texte – anonyme – de l’Ode on the Death of Henry Purcell que lui consacra son cadet, le compositeur Jeremiah Clarke.

De Clarke, les Britanniques connaissent surtout la « Marche pour le prince de Danemark », que les plus grands trompettistes se font un plaisir d’enregistrer et qui est apparemment, dans le monde anglophone, une des musiques que l’on se doit d’interpréter lors de tout mariage digne de ce nom. Curieusement, on semble s’être jusqu’ici beaucoup moins bousculé pour graver sa musique vocale et, sans qu’il s’agisse d’une première mondiale au disque, le présent enregistrement a peu de chances de faire doublon. Côté Purcell, en revanche, les versions ne manquent pas pour les Funeral Sentences for the Death of Queen Mary. Un peu moins fréquenté s’avère Welcome to All the Pleasures, ode pour la Sainte-Cécile qu’on ne confondra pas avec Hail ! Bright Cecilia. Sans doute le nom de Purcell sera-t-il plus vendeur et attirera-t-il davantage le chaland que ne l’aurait un disque revêtu du seul nom de Clarke.

C’est alors qu’il appartient aux interprètes de faire montre de qualités aptes à convaincre le mélomane. Trois des chanteurs sont anglophones, ce qui est déjà un bon point. Katherine Watson ne cesse de s’affirmer, et l’ode de Clarke lui offre une occasion supplémentaire de laisser éclater une vraie nature, avec une remarquable autorité dans son intervention qui fait d’elle une messagère de mort (« Hold, shepherds, hold ! »). Parfois agaçant à voir chanter, Jeffrey Thompson sait se départir de tout maniérisme pour laisser affleurer une émotion sincère, chuchotant presque, avec une pudeur dont on lui sait gré. Le contre-ténor américain Nicholas Tamagna bénéficie d’un air dans Welcome to All Pleasures, où sa présence introduit dans la pastorale une note de délicieuse étrangeté. La basse Geoffroy Buffière parvient à concilier le poids nécessaire dans le grave et l’agilité dans l’aigu. Les Cris de Paris et Le Poème harmonique livrent une prestation convaincante, tant dans la délicatesse pastorale que dans la déploration tragique.

Paradoxalement, c’est peut-être la page la plus connue, la musique pour la reine Mary, qui retient le moins l’attention, peut-être parce qu’on y sent les chanteurs plus bridés, moins libres d’y exprimer leur personnalité. Les deux morceaux qui l’encadrent, par leur variété d’atmosphère, engagent davantage l’auditeur.

 

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