Dans l'ombre du grand Giacomo

Sonetti et favole

Par Laurent Bury | lun 23 Septembre 2019 | Imprimer

En France, on ignore superbement que, loin de se cantonner à l’opéra, l’Italie s’essaya elle aussi à la mélodie. On sait que Martucci composa une Canzone dei ricordi, on connaît Il tramonto de Respighi mais c’est souvent à peu près tout. De manière générale, nos compatriotes ont l’impression qu’après la mort de Puccini le 29 novembre 1924, l’Italie musicale plongea dans un profond sommeil dont elle ne devait guère sortir qu’avec Vol de nuit de Dallapiccola en 1940.

Heureusement, des initiatives isolées, œuvre de courageux artistes, viennent nous montrer que rien n’est plus faux. Le label Stradivarius publie ainsi un disque dont tout indique qu’il sera suivi d’au second au moins, puisqu’il porte le sous-titre de Post-Puccini Part I. Ce premier volume prend comme point de départ chronologique l’année 1922 et va jusqu’en 1945. Le doyen des compositeurs présents est Arturo Buzzi-Peccia, contemporain de Puccini puisque né en 1854, mais qui vécut jusqu’en 1943 ; la « génération de 1880 » est la mieux représentée, et le benjamin est Roberto Lupi (1908-1971). Ces noms ne vous disent rien ? CQFD. Pizzetti, Malipiero, Casella sont un peu plus connus, et encore. Mais qui en France, hormis les spécialistes, a déjà entendu parler de Virgilio Mortari (1902-1993) ? Découvertes garanties, donc, avec un tel programme.

Sur le plan sonore, c’est surtout l’influence des contemporains français qui frape d’abord : on est tantôt proche du dépouillement ironique d’un Erik Satie, tendance Socrate en un peu plus mélodique, tantôt des dissonnances « Groupe des Six » à la Poulenc, dont le Bestiaire a dû être entendu de l’autre côté des Alpes.

Quant aux textes mis en musique par ces messieurs, on trouve – sans surprise – les grands noms de la poésie italienne, Dante et Pétrarque en tête. Plus inattendus, des textes en prose de Léonard de Vinci, très habilement arrangés par Roberto Lupi, et d’une brièveté presque déconcertante (à peine 50 secondes pour plusieurs mélodies du recueil), ou les sonnets satiriques de Francesco Berni, auteur de la Renaissance, ou de Laurent le Magnifique. Mais il y a aussi, curieusement, des textes comiques, presque naïfs, d’auteurs du début du XXe siècle : Carlo Alberto Salustri, dit Trilussa, et ses poèmes en dialecte romain, Antonio Beltramelli et ses histoires enfantines.

Cette exploration d’un répertoire peu fréquenté, on la doit apparemment à la soprano Stacey Mastrian, dont la carrière semble se partager entre le baroque et le contemporain. Italo-américaine, elle ne rencontre aucun problème ni dans l’élocution rapide parfois nécessaire, ni dans la maîtrise du romanesco, dialecte de la capitale, et elle sait traduire l’humour de plusieurs de ces compositions. L’extrême aigu est légèrement acide, mais il est peu sollicité. Le pianiste Scott Crowne paraît aussi à l’aise dans la facétie que dans le genre plus sérieux, qualité indispensable pour explorer un programme aussi diversifié.

 

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