Soupirs dans un jardin anglais

Folksongs, Britten

Par François Lesueur | mar 05 Mai 2009 | Imprimer
La nature cosmopolite de Benjamin Britten le poussa à s’intéresser tout au long de son existence à la musique de toutes les époques, de tous les styles et de tous les pays. Parallèlement à ses œuvres lyriques, il témoigna d’un attachement irrépressible pour les mélodies des divers terroirs et territoires qu’il consigna dans des cahiers de Folksongs qui l’accompagnèrent jusqu’à sa mort. C’est dans cet imposant corpus que le ténor australien Steve Davislim, découvert à Paris en 2002 dans le rôle-titre d’Oberon de Weber dirigé par John-Eliot Gardiner au Châtelet et la pianiste (et chef d’orchestre) Simone Young, sont allés puiser pour établir le programme du présent récital.
Les premières adaptations de mélodies populaires par Britten datent des années quarante, au moment où son inspiration était en crise. A la différence de Béla Bartók, Britten avait à cœur de rester fidèle à la mélodie originale laissant éclater son génie dans l’accompagnement pianistique. Bien que le compositeur n’ait jamais souhaité appartenir à la Folksong Society, dont le caractère universitaire et la rigidité le repoussaient, il ne cessa, comme en témoigne cet album, de se passionner pour ce patrimoine, non exclusivement britannique ; on se souvient de l’enregistrement de Chansons populaires françaises réalisé par Anne-Sophie von Otter et Bengt Forsberg en 2000 (DG). Le jeu rigoureux et convaincant de Simone Young met particulièrement bien en valeur le chant nuancé de Steve Davislim. Sa voix ronde et bien posée, sa prononciation soignée et la sensibilité de son approche dessinent les univers contrastés contenus dans ces mélodies.
Débuté avec le célèbre poème de Yeats « The Salley gardens » d’une inspiration poignante, le chanteur sonne très juste dans « The plough boy » (Le jeune laboureur), une mélodie de Shield qui raconte le rêve d’ascension sociale fait par un simple garçon de ferme, avec une grâce teintée d’amertume, comme dans « O waly waly », pathétique expression du désespoir amoureux, ainsi que dans « The ash grove » (La frênaie) où le narrateur s’épanche sur l’amour impossible et la douleur de la solitude, sur une ligne pianistique hagarde, soulignée par de remarquable dissonances. « The foggy, foggy dew » (La vaporeuse rosée) d’après un poème anonyme pourrait être abordée de manière plus croustillante, la drôlerie libertine et les sous-entendus lascifs manquant de panache, mais fort heureusement Steve Davislim,  malgré un aigu assez fixe, voire éteint, se rattrape avec le périlleux « The trees they grow so high », commencé a cappella puis rejoint lentement par le piano et avec « The last rose of summer » dont les chromatismes évoquent irrésistiblement les échos maritimes de Peter Grimes.
 
François Lesueur

 

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