Jamais plus ?

The Raven

Par Laurent Bury | jeu 03 Août 2017 | Imprimer

Né en 1955, Toshio Hosokawa est déjà l’auteur de quatre opéras : le premier, Vision of Lear, remonte à 1998, et attira sur lui l’attention de grandes institutions occidentales, puisque suivirent Hanjo, commande du festival d’Aix-en-Provence, créé en 2004 ; Matsukaze, commande de La Monnaie, créé en 2011 ; Stilles Meer, créé à l’Opéra de Hambourg en 2016 (qui vient de paraître en DVD chez Euroarts). A chaque fois, le succès est au rendez-vous, ce qui montre que le compositeur japonais n’est pas de ceux qui écrivent des opéras parce que le genre est à la mode, mais parce qu’il sait et veut écrire pour la voix.

C’est d’ailleurs à l’issue des représentations de Matsukaze que Hosokawa a décidé d’écrire une pièce spécialement destinée à Charlotte Hellekant, qui était avec Barbara Hannigan l’une des deux voix féminines de son deuxième opéra. Il a choisi de mettre en musique l’un des plus célèbres poèmes de la littérature américaine, « Le Corbeau » d’Edgar Poe, dont les dix-huit strophes se terminent toutes par ce refrain obsédant : Nevermore, « plus jamais » (ou par une légère variante, nothing more, « rien de plus », ou evermore, « à jamais »).

On pourrait tout d’abord regretter qu’il n’y ait sur ce disque rien de plus : The Raven mis en musique dure 45 minutes, et pour compléter, Naxos s’est contenté de faire enregistrer à la soliste le poème sans musique, ce qui ressemble fort à du remplissage. N’aurait-il pas été possible de puiser dans l’abondante production de Hosokawa pour la voix, afin de proposer un CD d’une durée décente ? Certes, le label a déjà beaucoup œuvré (tout comme Wergo) pour la diffusion des œuvres du Japonais, mais il aurait dû être possible de trouver un complément de programme plus musical.

On peut ensuite déplorer que le compositeur lui-même ne donne pas un peu plus à chanter à son interprète : la partition a souvent recours au parlé, ou à un chanté très proche de la déclamation, et finalement, la voix n’a pas tant que ça d’occasions de se déployer dans toute la plénitude de sa palette expressive. Ce minimalisme pourra faire paraître l’œuvre un peu longue, en dépit de l’adéquation du style de Hosokawa avec ce récit cauchemardesque, histoire d’une hallucination perturbante.

Enfin, la voix même de Charlotte Hellekant ne sera plus jamais ce qu’elle avait pu être un quart de siècle auparavant, à l’époque de sa splendeur et de son Ottone dans un mémorable Couronnement de Poppée aixois. En 2014, date de l’enregistrement, le grave avait conservé une belle densité, mais certains aigus étaient devenus moins agréables à entendre, gagnés par un vibrato parfois très accentué. Reste l’entente indéniable entre la chanteuse et les instrumentistes luxembourgeois de l’ensemble United Instruments of Lucilin, créé en 1999 et spécialisé dans la musique contemporaine, également dédicataire et créateur de la partition, ici dirigé par le chef Kentaro Kawase.

 

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