Femmes, Luxembourg et genre

Und hab’ so große Sehnsucht doch

Par Laurent Bury | lun 12 Août 2019 | Imprimer

Des compositrices, il semble bien qu’il y en ait toujours eu. Plus ou moins brimées, plus ou moins tenues dans l’ombre, bien sûr, mais ce n’est pas depuis hier, ni même avant-hier, que des femmes ont eu l’envie et le goût de créer de la musique. Le label Solo Musica braque les projecteurs sur l’une d’elles : la Luxembourgeoise Helen Buchholtz (1877-1953). A 33 ans, ayant hérité de la fortune familiale, elle épousa un médecin allemand, étant bien entendu qu’ils n’auraient pas d’efnants afin qu’elle puisse consacrer tout son temps à la composition. Plusieurs de ses lieder furent publiés, mais il est extrêmement difficile de dater le reste de ses compositions. C’est uniquement grâce à son neveu Franois Ettinger que ses partitions furent sauvées des flammes auxquelles elles avaient été condamnées après son décès ; elles sont depuis 2000 déposées dans les archives du CID Fraen an Gender / Centre d’information et de documentation Femmes et Genre, à Luxembourg. Sur ses 135 opus, on dénombre une cinquantaine de lieder, une vingtaine de chœurs, une douzaine de sonates pour piano et cinq œuvres pour grand orchestre.

Même si cela n’est pas précisé, il y a donc tout à parier que les deux CD qui viennent de paraître réunissent de premiers enregistrements mondiaux. Et non content de diffuser la musique d’Helen Buchholtz, le CID Fraen an Gender a passé commande à quatre compositrices installées au Luxembourg d’œuvres directement liées à celles de leur aînée (attention : à la remière lecture, la liste des plages est un peu déroutante, car il faut le temps de comprendre que le nom des compositrices figure non pas avant mais après le titre de leur œuvre).

Face à la musique d’Helen Buchholtz, très proche de Brahms et des compositeurs de la deuxième moitié du XIXe siècle, d’excellente facture et souvent pleine de charme mélodique à défaut d’être toujours très originale, nos contemporaines ont pour la plupart, afin de répondre à la commande, repris des textes qui avaient inspiré ses lieder. Einsamer Weg de Buchholz a inspiré 5 Coloristic Miniatures à Tatsiana Zelianko (née en 1980). Catherine Kontz (née en 1976) a composé une vocalise qui décompose en lettres le poème Und um die Holzbank duffete der Flieder. Albena Petrovic (née en 1965), à qui Solo Musica a récemment consacré un disque monographique, s’est emparé du poème Illusions, en français. La Britanique Stevie Wishart (née en 1969), elle, a procédé différemment, puisqu’il a choisi de mettre en musique des poèmes de Willy Goergen, dont Helen Buchholtz était l’amie (enfin, à en croire la présentation signé Danielle Roster, puisque parmi les textes reproduits en fin de livret, il est indiqué « auteur inconnu »…).

Pour interpréter tout cela, la soprano allemande Gerlinde Sämann dont on nous précise qu’elle est non-voyante, et le pianiste Claude Weber, déjà présent dans le premier disque consacré à Helen Buchholz en 2003, où il accompagnait la soprano Mady Bonert. Gerlinde Sämann possède une diction correcte du français, pour les quelques mélodies dans notre langue, et sa voix limpide est parfaitement à sa place dans les compositions contemporaines et dans un certain nombre de pièces de Buchholz ; à l’écoute de certains aigus un peu minces, on se dit néanmoins que certains lieder appelleraient sans doute une voix plus large, sinon wagnérienne, un timbre plus épanoui.

 

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