Trop molle ferveur

Vepres de la Vierge Marie

Par Laurent Bury | ven 19 Décembre 2014 | Imprimer

Pour fêter les 850 ans de la cathédrale Notre-Dame de Paris, les autorités ecclésiastiques ont eu grandement raison de commander une œuvre à un compositeur vivant, œuvre qui servirait de pendant aux Vêpres de la Vierge de Monteverdi. Pour mettre en musique l’office marial, il a semblé judicieux de solliciter Philippe Hersant, connu notamment pour son opéra Le Château des Carpates, dans lequel il déclarait avoir pastiché Monteverdi pour faire chanter la cantatrice défunte imaginée par Jules Verne. Pour rendre hommage à son lointain confrère, Hersant a d’ailleurs tenu à inclure des instruments anciens, cornets et sacqueboutes, dans l’orchestration de ses Vêpres de la Vierge Marie.

Hélas, le respect dû au modèle canonique n’a-t-il pas intimidé notre contemporain ? Sa partition manque cruellement de flamme et de mystère, et la somnolence guette à plus d’un moment. Sur une heure et quart de musique, que de pages lentes et compassées, où l’on cherche en vain ce ui viendrait ranimer l’intérêt de l’auditeur.

Tout commence pourtant plutôt bien, avec une première plage où dialoguent le grand orgue et l’orgue de chœur, et où un chœur mixte énonce les paroles de l’Invitatoire : il y a là un souffle authentique, et l’on ne perd pas une syllabe du texte, grâce à la diction impeccable des différents ensembles qui forment la Maîtrise Notre-Dame. Malheureusement, cette hauteur d’inspiration n’est que rarement atteinte par la suite. Pour les voix solistes – un Alain Buet irréprochable, qui n’a jamais à sortir de sa stricte zone de confort, et auquel s’adjoint en duo, uniquement pour le Psaume 121, le ténor Robert Getchell –, Philippe Hersant semble se contenter d’une déclamation finalement assez proche du rythme de la voix parlée, gentiment soutenue par le chœur et les orgues. L’écriture chorale n’offre rien de saillant non plus, malgré quelques effets assez réussis, comme l’intervention des voix de femme dans l’Ave Maris Stella, ou le côté nébuleux et planant du chœur dans le Gloria final.

Même le Magnificat pâtit de cette tiédeur un peu traînante, au lieu d’être l’explosion de joie à laquelle on pourrait s’attendre. En matière de musique d’Eglise, sans remonter à Poulenc ou Messiaen, il est quand même possible de se montrer plus audacieux : ce n’est pas une question de génération, ainsi que l’a montré récemment l’admirable réussite du Requiem de Thierry Lancino, né quelques années à peine après Philippe Hersant.

 

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