Les fastes burlesques d'un conte revisité

Cendrillon - Bruxelles (La Monnaie)

Par Claude Jottrand | ven 16 Décembre 2011 | Imprimer
 

 

Voici venu Noël et le temps des contes: la Monnaie propose, en guise de spectacle de fin d'année, une production créée en 2006 à Santa Fe et reprise ici dans la bonne humeur, l'humour et l'enchantement, une Cendrillon comme on en a rêvé enfant, drôle, charmante, enchanteresse.

Dès avant le lever du rideau, le spectateur est plongé dans un grand livre de Perrault, dont les pages écrites en caractères d'époque, avec lettres ornées en début de chapitre, constituent un ingénieux dispositif scénique qui, par différentes transformations, va l'accompagner tout au long de la pièce. Dans cet univers subtilement évocateur, au chic inaltérable (les décors sont dus à Barbara de Limburg), vont surgir les personnages du conte, entourés d'une noria de choristes, danseurs et figurants, déclinés sur le mode de la farce, pour une mise en scène extrêmement virtuose qui a la légèreté du champagne. Chaque mouvement en est réglé comme une chorégraphie, emportant le spectateur au pays des songes tout en provocant de nombreux moments d'hilarité.

Les costumes, imaginés par le metteur en scène lui-même, comme tirés d'un dessin animé, robes à faux-cul déclinées en pourpre et rouge, manteau royal bordé d'hermine, couronnes de carton-pâte et longues barbes bifides, caractérisent très généreusement chaque personnage, bons et mauvais également traités avec sympathie. Les accessoires et le mobilier, en ligne avec le décor, sont particulièrement soignés, dans la veine féerique qui domine l'ensemble du spectacle; quatre destriers blancs emmènent Cendrillon au bal et son carrosse est somptueux.
 

Au delà de ces belles images, c'est essentiellement par la voie du burlesque que Laurent Pelly cherche à séduire le spectateur : et même si, de-ci de-là, de légers décalages de tempo viendront troubler la belle mécanique qu'il a mise en place, on admirera l'efficacité théâtrale de cette conception originale et joyeusement festive d'une partition par ailleurs assez pauvre en réels moments d'intensité dramatique. Les quelques pages plus intimes, où tout ce mouvement s'arrête pour laisser parler les sentiments, tels le premier monologue de Cendrillon ou son duo avec le Prince, paraissent par contraste un peu désinvestis, et l'émotion tarde à paraître.

Une des originalités de cette production est de proposer, pour les rôles principaux de Cendrillon et du Prince, deux distributions différentes : un premier duo mezzo et soprano (c'est la version initiale voulue par Massenet - elle est tenue à la Monnaie par Anne-Catherine Gillet et Sophie Marillet - mes confères de la presse papier se sont longuement étalés sur les mérites de ces deux chanteuses) et un second duo mezzo - ténor, version certes moins légitime sur le plan musicologique, mais scéniquement plus crédible : en allant vers l'âge adulte et en découvrant la séduction et l'amour, l'orgueil et la jalousie, Cendrillon fait pénétrer la réalité des sentiments dans l'univers féerique du conte, et nous livre quelques messages : la pureté des sentiments triomphera toujours, et ne croyez jamais ceux qui diront que vous avez rêvé vos quelques instants de bonheur ! Cette seconde version, que nous avons vue ce vendredi, nous vaut aussi le plaisir d'entendre l'excellent Frédéric Antoun, un prince au charme latin indéniable.

Du côté des voix, le casting est relativement homogène, et globalement de bonne qualité : les plus convaincantes sont sans conteste le ténor susnommé, très beau timbre même si la voix n'est guère puissante, et la mezzo Nora Gubisch dans le rôle, irrésistible de drôlerie, de la méchante belle-mère. Soulignons aussi la belle prestation de Lionel Lhote, qui conçoit avec une grande générosité le personnage du père, avec une diction parfaite. Notre enthousiasme est plus modéré pour la Fée de Eglise Gutiérrez, à la voix un peu instable malgré de belles notes filées dans le registre aigu, et le français approximatif de Rinat Shaham dans le rôle titre, au timbre peu varié, mais délicieuse à regarder.

Dans la fosse, Alain Altinoglu coordonne l'ensemble avec beaucoup d'allant, ménageant ses effets, particulièrement attentif à respecter la liberté des chanteurs. Choristes et danseurs, très sollicités dans des scènes d'une drôlerie irrésistible – la présentation des jeunes filles de la noblesse devant le Prince désabusé ou l'essayage des pantoufles –, méritent certainement une mention spéciale, et contribuent largement à la réussite de la soirée.

 

 

 

 

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